Dossier

 

Benoît XVI et l’Islam

 

 

 

(Mise à jour en l’année 2007)

 

En voici les éléments :

 

A- -La vision de Benoît XVI d’un dialogue idéal avec l’Islam

 

B- Lettre des 138 chefs musulmans au Souverain Pontife ainsi qu’à d’autres autres responsables religieux. Lettre en date du 13 octobre 2007.

 

C- Réponse de Benoît XVI

 

D- Exégèse de la lettre de Bertone par le père Samir pour la revue "Mondo e Missione" de l’Institut pontifical pour les missions étrangères

 

E-  Réponse du prince de Jordanie Ghazi bin Muhammad bin Talal

Au cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone

 

E- Benoît XVI est prudent et réservé.

 

 

 

 

NB : Je donne ici la pensée de Benoît XVI sur les relations avec l’islam,  telles qu’il les envisage. On ne trouvera ici qu’  un simple exposé historique :  les éléments de ces relations pour une prochaine appréciation. Toutefois on peut noter déjà que, même sur ce sujet, la doctrine conciliaire de « Dignitatis humanae » et de « Gaudium et Spes »  reste au cœur de la pensée de Benoît XVI,  comme elle fut au cœur de la pensée du cardinal Ratzinger. Celle qu’il exposait dans son livre « les principes de la Théologie catholique » dans son ultime chapitre : « L’Eglise et le monde à propos de la question de la réception du deuxième Concile de Vatican ». Je ne crois pas qu’un Pie IX, qu’un Pie X, qu’un Pie XII lui donneraient leur aval !

 

 

A-La vision de Benoît XVI d’un dialogue idéal avec l’Islam

 

Cette vision  est celle qu’il a présentée dans un passage de son discours à la curie lors de la présentation des vœux de Noël,  le 22 décembre 2006 :

"Dans un dialogue à intensifier avec l'Islam, nous devrons garder à l'esprit le fait que le monde musulman se trouve aujourd'hui avec une grande urgence face à une tâche très semblable à celle qui fut imposée aux chrétiens à partir du siècle des Lumières et à laquelle le Concile Vatican II a apporté des solutions concrètes pour l'Église catholique au terme d'une longue et difficile recherche.

"Il s'agit de l'attitude que la communauté des fidèles doit adopter face aux convictions et aux exigences qui s'affirment dans la philosophie des Lumières.

"D'une part, nous devons nous opposer à la dictature de la raison positiviste, qui exclut Dieu de la vie de la communauté et de l'organisation publique, privant ainsi l'homme de ses critères spécifiques de mesure.

"D'autre part, il est nécessaire d'accueillir les véritables conquêtes de la philosophie des Lumières, les droits de l'homme et en particulier la liberté de la foi et de son exercice, en y reconnaissant les éléments essentiels également pour l'authenticité de la religion.


"De même que dans la communauté chrétienne, il y a eu une longue recherche sur la juste place de la foi face à ces convictions - une recherche qui ne sera certainement jamais conclue de façon définitive - ainsi, le monde musulman également, avec sa tradition propre, se trouve face au grand devoir de trouver les solutions adaptées à cet égard.

"Le contenu du dialogue entre chrétiens et musulmans consistera en ce moment en particulier à se rencontrer dans cet engagement en vue de trouver les solutions appropriées. Nous chrétiens, nous sentons solidaires de tous ceux qui, précisément sur la base de leur conviction religieuse de musulmans, s'engagent contre la violence et pour l'harmonie entre foi et religion, entre religion et liberté
".

 

Dans ces paroles nous trouvons le formel de la pensée de Benoît XVI dans le dialogue à établir avec l’islam, mais pas  nécessairement la vérité que nous enseignait l’Eglise pendant des siècles et qu’elle exprimait dans sa doctrine sur le « droit public de l’Eglise »

Avec le Père Garrigou Lagrange nous ferions en effet remarquer que  « Nous pouvons (…) faire de la liberté des cultes un argument ad hominem contre ceux qui, tout en proclamant la liberté des cultes, persécutent l’Eglise (Etats laïcs et socialisants) ou empêchent son culte directement ou indirectement (Etats communistes, islamiques, etc.). Cet argument ad hominem est juste et l’Eglise ne le dédaigne pas, l’utilisant pour défendre efficacement le droit de sa liberté. Mais il ne s’ensuit pas que la liberté des cultes, considérée en elle-même, soit soutenable par les catholiques comme une principe, parce qu’elle est en soi absurde et impie : en effet la vérité et l’erreur ne peuvent avoir les mêmes droits » (De revelatione T II p 451)




B- Lettre des 138 chefs musulmans au Souverain Pontife ainsi qu’à d’autres autres responsables religieux. Lettre en date du 13 octobre 2007.

 




 

Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

A l’occasion du Eid al-Fitr al-Mubarak 1428 A.H. / October 13th 2007 C.E., et à l’occasion du Premier Anniversaire de la Lettre Ouverte de 38 Savants Musulmans à S.S. le Pape Benoît XVI,

Lettre Ouverte et Appel des Guides Religieuses Musulmans à:

 

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI,

Sa Toute-Sainteté Barthélemy I, Patriarche de Constantinople, New Rome

Sa Béatitude Theodoros II, Pope et Patriarche d’Alexandrie et de toute l’Afrique,

 ……

 

Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Que la paix et les bénédictions soient sur le Prophète Muhammad

UNE PAROLE COMMUNE ENTRE VOUS ET NOUS

Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Appelle à suivre la Voie de ton Seigneur par la Sagesse et la bonne exhortation, et

discute avec eux que de la meilleure manière. C’est ton Seigneur qui connaît le mieux celui qui s’écarte de Sa voie, comme Il connaît le mieux ceux qui sont bien guidés. (Le Saint Coran, Al-Nahl, 16:125)

 

(I) L’AMOUR DE DIEU

L’AMOUR DE DIEU EN ISLAM

Les témoignages de foi

Le credo central de l’Islam consiste en deux témoignages de foi ou Shahadahi, qui

affirment : il n’y a de dieu que Dieu, Muhammad est l’envoyé de Dieu. Ces deux

témoignages sont le sine qua non de l’Islam. Celui ou celle qui les prononce est un

musulman ; celui ou celle qui les nie n’est pas musulman. D’autre part, le Prophète

Muhammad (sur lui la Paix et les bénédictions divines) a dit: « La meilleure invocation : il n’y a de dieu que Dieu. »ii

 

La meilleure chose que tous les Prophètes ont dite

 

Développant cette meilleure invocation, le Prophète Muhammad (sur lui la Paix et

bénedictions divines) a dit aussi: La meilleure chose que nous avons dite – moi et les

prophètes qui m’ont précédé – est la parole: “il n’y a de dieu que Dieu, Seul et sans

associé, à Lui le Royaume ainsi que la Louange, et Il est puissant sur toutes chosesiii. Les phrases qui suivent le premier témoignage de foi sont toutes tirées du Coran ; chacune décrit un aspect de l’amour et de l’adoration de Dieu.

Le terme Seul rappelle aux musulmans que leurs cœurs (iv) doivent être consacrés à

Dieu Seul, puisque Dieu dit dans le Saint Coran: Dieu n’a pas doté l’homme de deux

cœurs (Al-Ahzab, 33:4). Dieu est Absolu, et l’adoration qui Lui est consacrée doit donc être totalement sincère.

L’expression Sans associé rappelle aux musulmans qu’ils doivent aimer Dieu uniquement, sans rival en leurs âmes, puisque Dieu dit dans le Saint Coran: Il est des hommes qui prennent en dehors de Dieu des associés qu’ils se mettent à aimer à l’égal de Dieu Lui-même ! Mais ce sont les croyants qui vouent à Dieu le plus grand amour. (Al-Baqarah, 2:165). En effet, leurs peaux et leurs cœurs s’adoucissent à l’évocation de Dieu…. (Al-Zumar, 39:23).

L’expression : A Lui le Royaume rappelle aux musulmans que leurs pensées ou

leurs compréhensions doivent être totalement vouées à Dieu, car le royaume correspond précisément à tout ce qui se trouve dans la création ou dans l’existence, et tout ce que la pensée peut connaître. Et tout est dans la Main de Dieu, puisque Dieu dit dans le Coran : Béni soit Celui qui détient le royaume et qui est Tout-Puissant (Al-Mulk, 67:1). L’expression : A Lui la Louange rappelle aux musulmans qu’ils doivent être reconnaissants envers Dieu, et Lui faire confiance avec tous leurs sentiments et toutes leurs émotions. Dieu dit dans le Saint Coran : Si tu leur demandes : « Qui a créé les Cieux et la Terre ? Qui a assujetti le Soleil et la Lune ? », ils répondront sûrement : « C’est Dieu ! » Pourquoi alors se détournent-ils de Lui ? N’est-ce pas Dieu qui prodigue Ses richesses ou les mesure à qui Il veut parmi Ses créatures, et dont la science englobe toute chose ? Et si tu leur demandes : « Qui fait tomber l’eau du ciel pour revivifier la terre après sa mort ? », ils répondront sûrement : « C’est Dieu ! » Dis : « Louange à Dieu ! » Mais la plupart d’entre eux ne raisonnent pas ! (Al-‘Ankabut, 29:61-63)v

Pour tous ces dons et plus encore, les êtres humains doivent toujours être sincèrement reconnaissants : C’est Dieu qui a créé les Cieux et la Terre. C’est Lui qui fait descendre du ciel une eau par laquelle Il fait produire des fruits pour vous nourrir. C’est Lui qui a mis à votre service les vaisseaux qui, par Son ordre, voguent sur la mer, comme Il a mis à votre service les rivières. Et c’est pour vous aussi qu’Il a assujetti le Soleil et la Lune à une gravitation perpétuelle, de même qu’Il a mis à votre service la nuit et le jour. Il a accédé à presque toutes vos demandes, au point que si vous essayiez de compter les bienfaits du Seigneur, vous ne sauriez les énumérer. Mais l’homme est pétri d’injustice et d’ingratitude. (Ibrahim, 14:32-34)vi

En effet, la Fatihah – qui est le chapitre le plus important du Coranvii – commence par la louange adressée à Dieu : Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Louange à Dieu, Seigneur des Mondes ! Le Clément, le Miséricordieux

Le Roi au Jour du Jugement dernier C’est Toi que nous adorons ! C’est Toi dont nous implorons le secours ! Guide-nous dans la voie droite, La voie de ceux que Tu as comblés de bienfaits, non la voie de ceux qui ont mérité Ta colère ni celle des égarés ! (Al-Fatihah, 1:1-7)

 

La Fatihah, récitée au moins dix-sept fois par jour par les musulmans dans les prières canoniques, nous rappelle la louange et la gratitude qui sont dues à Dieu pour Ses attributs de Bien infini et de Toute-Miséricorde ; pas seulement pour Sa bonté et Sa miséricorde à notre égard en cette vie, mais, en dernière instance, le Jour du Jugementviii quand elles compteront le plus, et quand nous espérerons être pardonnés pour nos péchés.

La Fatihah finit par des demandes de grâce et de guidance, pour que nous puissions

atteindre – à travers ce qui commence par la prière et la gratitude – le salut et l’amour, car Dieu dit dans le Saint Coran : Ceux qui auront cru et accompli de bonnes œuvres, le Miséricordieux sera pour eux Plein d’amour. (Maryam, 19:96)

L’expression : Il est Tout-Puissant sur toutes choses rappelle aux musulmans

qu’ils doivent garder à l’esprit la Tout-Puissance divine et craindre Dieuix. Dieu dit dans le Coran : … Craignez Dieu et sachez qu’Il est avec ceux qui Le craignent. / Faites des largesses pour soutenir la Cause de Dieu ! Ne vous exposez pas, de votre

propre initiative, à la perdition ; mais agissez de la manière la plus

bienfaisante, Dieu aime les gens vertueux. (Al-Baqarah, 2:194-5)…

Craignez donc Dieu et sachez que Dieu est implacable quand Il sévit. (Al-

Baqarah, 2:196)

 

A travers la crainte de Dieu, les actions et la force des musulmans devraient être

totalement vouées à Dieu. Dieu dit dans le Saint Coran : …Et sachez que Dieu est avec ceux qui Le craignent. (Al-Tawbah, 9:36) …. Ô vous qui croyez ! Qu’avez-vous à rester cloués au sol, lorsqu’on vous dit : « Allez combattre pour la Cause de Dieu ? » Préférez-vous la vie présente à la vie future ? Mais les plaisirs de cette vie ne sont-ils pas bien peu de chose ? / Si vous refusez d’aller au combat, Dieu sévira durement contre vous, et choisira un autre peuple que vous pour Le servir, sans que vous puissiez Lui nuire en quoi que ce soit, car Sa puissance n’a point de limite. (Al Tawbah, 9:38-39)

 

L’expression : A Lui le Royaume et la Louange, et Il est Puissant sur toutes

choses, prise dans son ensemble, rappelle aux musulmans que, de même que tout dans la création glorifie Dieu, tout en eux doit adorer Dieu : Tout ce qui est dans les Cieux et sur la Terre glorifie Dieu ; à Lui appartient le Royaume et la Louange, et Il est puissant sur toutes choses. (Al-Taghabun, 64:1)

Car, en effet, tout ce qui est dans les âmes humaines est connu de Dieu, et Il en

peut demander compte : Il sait ce qu’il y a dans les Cieux et sur la Terre, et Il connaît ce que vous cachez et ce que vous divulguez. Et Dieu est parfaitement Informé de ce

que renferment les poitrines des hommes. (Al-Taghabun, 64:4)

 

Comme nous pouvons le voir à partir des passages cités plus haut, les âmes sont

dépeintes dans le Saint Coran comme étant douées de trois facultés principales : la pensée ou l’intelligence, qui est faite pour comprendre la vérité ; la volonté qui est faite pour la liberté de choix ; et le sentiment qui est fait pour aimer le bien et le beaux. En d’autres termes, nous pourrions dire que l’âme humaine connaît, à travers la compréhension, la vérité, à travers la volonté, le bien, et à travers des émotions vertueuses et le sentiment, l’amour pour Dieu. En continuant dans la même sourate du Coran mentionnée précédemment, Dieu ordonne aux gens de Le craindre autant que possible, et d’écouter (et donc de comprendre la vérité), d’obéir (et donc de vouloir le bien), et de dépenser (et donc d’exercer l’amour et la vertu), ce qui, dit-Il, est meilleur pour nos âmes. En engageant tout ce qui constitue nos âmes – les facultés de connaissance, de volonté et d’amour – nous pouvons parvenir à être purifiés, et atteindre la réussite ultime : Craignez donc Dieu autant que vous le pouvez ! Ecoutez, obéissez, dépensez, dans l’intérêt de vos âmes, car ce sont ceux qui se prémunissent contre leur propre avarice qui seront les bienheureux. (Al-Taghabun, 64:16)

 

En bref, lorsque la phrase entière : Seul et sans associé, à Lui le Royaume et la

Louange, et Il est puissant sur toutes choses, est ajoutée au témoignage de foi – il n’y a de dieu que Dieu –, cette expression rappelle aux musulmans que leurs cœurs, leurs âmes individuelles ainsi que toutes les facultés et les capacités de leurs âmes (ou simplement leurs cœurs et leurs âmes en entier) doivent être totalement voués et attachés à Dieu. Ainsi Dieu dit-Il au Prophète Muhammad (sur lui la Paix et les bénedictions divines) dans le Saint Coran : Dis : Ma prière et mes actes de dévotion, ma vie et ma mort sont entièrement voués à Dieu, Seigneur des Mondes, / qui n’a point d’associé. Tel est l’ordre que j’ai reçu et auquel je suis le premier à me soumettre. / Dis : Devrais-je chercher un autre maître que Dieu, alors qu’Il est le

Seigneur de toute chose ? Nul ne commet le mal qu’à son propre

détriment, et nul n’aura à assumer les fautes d’autrui. (Al-An’am, 6:162- 164)

 

Ces versets résument la parfaite et complète dévotion du Prophète Muhammad

(sur lui la Paix et les bénedictions divines) à Dieu. C’est pourquoi, dans le Saint Coran, Dieu recommande aux musulmans qui aiment Dieu de suivre l’exemple prophétiquexi, afin d’être aimé en retourxii par Dieu : Dis (Ô Muhammad, aux êtres humains) : Si vous aimez Dieu, alors suivezmoi ; Dieu vous aimera et vous pardonnera vos péchés. Dieu est Plein de Pardon et de Miséricorde. (Aal ‘Imran, 3:31)

 

L’amour de Dieu, en Islam, fait donc partie intégrante de l’adoration complète et

totale de Dieu ; il ne consiste pas en une émotion partielle et vague. Comme nous l’avons vu plus haut, Dieu commande dans le Coran : Dis : Ma prière et mes actes de dévotion, ma vie et ma mort sont entièrement voués à Dieu, Seigneur des Mondes, / qui n’a point d’associé. Cet appel à être totalement voué et attaché à Dieu, cœur et âme, loin d’être un appel à une simple émotion ou une humeur, est en fait une injonction qui requiert un amour constant, actif et complet pour Dieu. Il exige un amour auquel le cœur spirituel le plus intérieur ainsi que l’ensemble de l’âme – avec son intelligence, sa volonté et son sentiment – prennent part à travers la dévotion.

 

Personne n’accomplit chose meilleure

 

Nous avons vu combien la phrase bénie : Il n’y a de dieu que Dieu, Seul et sans

associé, à Lui appartiennent le Royaume et la Louange, et Il est Puissant sur toutes

choses – qui est la meilleure chose que les prophètes ont dite – explicite ce qu’il faut

entendre par la meilleure invocation (Il n’y a de dieu que Dieu), en montrant ce qu’elle exige et entraîne, à travers la dévotion. Il reste à dire que cette formule bénie est aussi en elle-même une invocation sacrée – une sorte d’extension du Premier témoignage de foi (Il n’y a de dieu que Dieu), dont la répétition rituelle peut apporter, à travers la grâce de Dieu, certaines des attitudes dévotionnelles qu’elle exige, c’est-à-dire aimer et adorer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa pensée, de toute sa volonté ou sa force, et de tous ses sentiments. Ainsi le Prophète Muhammad (sur lui la Paix et les bénedictions divines) a-t-il recommandé cette invocation en disant : Ceux qui répètent cent fois par jour : « Il n’y a de dieu que Dieu, Seul et sans associé, à Lui appartiennent le Royaume et la Louange, et Il est

Puissant sur toutes choses », cela équivaut pour eux à libérer dix esclaves.

Cent bonnes actions sont inscrites pour eux, et cent mauvaises actions sont effacées. Cette formule ainsi répétée est une protection contre le diable pour cette journée jusqu’au soir. Personne n’accomplit chose meilleure que celle-ci, excepté celui qui fait davantage.xiii

En d’autres termes, l’invocation bénie : Il n’y a de dieu que Dieu, Seul et sans

associé, à Lui appartiennent le Royaume et la Louange, et Il est Puissant sur toutes

choses, n’exige et n’implique pas seulement que les musulmans doivent être totalement voués à Dieu et L’aimer avec tout leur cœur, toute leur âme, et tout ce qui est en eux. Cette invocation leur permet, comme son début (le témoignage de foi) – à travers sa répétition fréquentexiv – de réaliser cet amour avec tout leur être.

Dans l’une des toutes premières révélations dans le Coran, Dieu dit : Invoque le

Nom de ton Seigneur et consacre-toi à Lui totalement. (Al-Muzzammil, 73:8). 

 

L’AMOUR DE DIEU : PREMIER ET PLUS GRAND COMMANDEMENT

DANS LA BIBLE

 

Le Shema dans le Livre du Deutéronome (6:4-5), un élément central de l’Ancien

Testament et de la liturgie juive, énonce : Ecoute, Ô Israël : le Seigneur, notre Dieu,

Seigneur est Un ! / Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton

de toute ta force.xv De même, dans le Nouveau Testament, lorsque Jésus-Christ, le Messie (sur Paix), est interrogé à propos du plus grand commandement, il répond:

Les pharisiens ayant appris qu’il avait réduit les sadducéens au silence, se réunirent, et l’un deux, docteur de la Loi, vint lui poser cette question pour le mettre à l’épreuve : « Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? » Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ton intelligence. C’est là le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements procèdent toute la Loi et les Prophètes. » (Matthieu 22:34-40)

Et ailleurs : Un des scribes, les ayant entendu discuter, s’avança et, voyant que Jésus leur avait bien répondu, lui demanda : « Quel est le premier de tous les

commandements ? » Jésus répondit : « Le premier, le voici : Ecoute,

Israël, le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est Un. Tu aimeras le Seigneur,

ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton intelligence et de

toute ta force. C’est là le premier commandement. Le second lui est

semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de

commandement plus grand que ceux-là. » (Marc 12:28-31)

 

Le commandement d’aimer Dieu complètement est donc le premier et

grand commandement de la Bible. En effet, on en trouve nombre d’occurrences à

la Bible, comme : Deutéronome 4:29, 10:12, 11:13 (faisant aussi partie du Shema),

26:16, 30:2, 30:6, 30:10; Joshua 22:5; Marc 12:32-33 et Luc 10:27-28.

Toutefois, en ces divers endroits de la Bible, ce commandement apparaît dans

formes et des versions légèrement différentes. Par exemple, dans Matthieu 22:

aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute

intelligence), kardia étant le terme grec pour « cœur », psyche celui pour « âme

terme dianoia pour « intelligence ». Dans la version de Marc 12:30 (Tu aimeras

Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute intelligence et de toute force), le mot « force » est ajouté aux trois termes susmentionnés, traduisant le terme ischus.

L’expression du docteur de la Loi dans Luc 10:27 (qui est confirmée par

Christ (‘a.) dans Luc 10:28) contient les mêmes quatre termes rapportés par Marc

10

L’expression du scribe dans Marc 12:32 (qui est approuvée par Jésus-Christ (‘a.) dans Marc 12:34) contient les trois termes kardia (« cœur »), dianoia (« intelligence »), et ischus (« force »).

Dans le Shema du Deutéronome 6:4-5 (Ecoute, Ô Israël : le Seigneur notre Dieu,

le Seigneur est Un ! Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force), en hébreu le terme signifiant « cœur » est lev, le mot pour « âme est nefesh, et le mot pour « force » est me’od.

Dans Joshua 22:5, les Israélites reçoivent de Joshua (sur lui la Paix) l’ordre

suivant d’aimer et d’adorer Dieu : « Soyez attentifs à accomplir le commandement et la loi que Moïse, le serviteur du Seigneur, vous a ordonnés : d’aimer le Seigneur notre Dieu, de marcher dans toutes Ses voies, de garder Ses commandements, de tenir fermement à Lui, et de Le servir de tout votre cœur et de toute votre âme. »

(Joshua 22:5)

Ce qu’ont en commun toutes ces versions – malgré les différences de langage

entre l’hébreu de l’Ancien Testament, les mots originels de Jésus-Christ (sur lui la Paix) en araméen, et la version grecque actuelle transmise dans le Nouveau Testament –, c’est de commander d’aimer Dieu totalement de tout son cœur et de toute son âme, et d’être pleinement voué à Dieu. C’est le Premier et le Plus grand commandement pour les êtres humains. 

A la lumière de ce que nous avons vu comme nécessairement impliqué et évoqué

par la parole du Prophète Muhammad (sur lui la Paix et les bénedictions divines) : La

meilleure chose que nous avons dite – moi et les prophètes qui m’ont précédé – est la parole: “il n’y a de dieu que Dieu, Seul et sans associé, à Lui le Royaume ainsi que la Louange, et Il est puissant sur toutes chosesxvi, nous pouvons à présent comprendre l’expression : La meilleure chose que nous avons dite – moi et les prophètes qui m’ont précédé – comme assimilant la formule bénie “il n’y a de dieu que Dieu, Seul et sans associé, à Lui le Royaume ainsi que la Louange, et Il est puissant sur toutes choses, au « premier et plus grand commandement » qui consiste à aimer Dieu de tout son cœur et de toute son âme, suivant les différentes versions de la Bible. On pourrait dire que le Prophète Muhammad (sur lui la Paix et les bénedictions divines), par inspiration divine,  réaffirmait et exhortait au rappel du premier commandement biblique. Dieu sait mieux, mais nous avons certainement vu que leurs significations étaient effectivement similaires. En outre, nous savons également (comme les notes finales l’indiquent), qu’il est possible d’établir un autre parallèle remarquable entre ces deux formules : le fait qu’elles apparaissent à plusieurs reprises dans des versions et des contextes légèrement différents,

dont tous, néanmoins, soulignent la primauté de l’amour et de l’adoration totale de

Dieu.xvii

  

 (II) L’AMOUR DU PROCHAIN

 

L’AMOUR DU PROCHAIN EN ISLAM

On trouve nombre d’injonctions en Islam concernant la nécessité, et l’importance

éminente, de l’amour pour – et de la miséricorde envers – le prochain. Aimer le prochain une partie intégrante et essentielle de la foi en Dieu et de l’amour pour Dieu, parce ne peut y avoir, en Islam, de vraie foi en Dieu ni de droiture sans amour

prochain. Le Prophète Muhammad (ç.) a dit : « Aucun d’entre vous n’est croyant tant

n’aimerez pas pour votre frère ce que aimez pour vous-mêmes. »xviii Et aussi

Aucun d’entre vous n’est croyant tant que vous n’aimerez pas pour votre prochain

vous aimez pour vous-mêmes. »xix

Cependant, l’empathie et la sympathie à l’égard du prochain – et même les prières

formelles – ne suffisent pas. Elles doivent s’accompagner de générosité et du sacrifice Dieu dit dans le Saint Coran : La piété ne consiste pas à tourner sa facexx du côté de l’Orient ou de l’Occident ; la piété, c’est croire en Dieu, au Jugement dernier, aux anges, aux Livres et aux prophètes ; la piété, c’est donner de son bien – quelque attachement qu’on lui porte – aux proches, aux orphelins, aux indigents, aux voyageurs et aux mendiants ; la piété, c’est aussi racheter les captifs, accomplir la prière, s’acquitter de l’aumône, demeurer fidèle à ses engagements, se montrer patient dans l’adversité, dans le malheur et face au péril. Telles sont les vertus qui caractérisent les croyants pieux et sincères. (Al-Baqarah 2:177)

Et aussi : Vous n’atteindrez la piété qu’en faisant aumône d’une partie des biens

que vous aimez. Et quelque aumône que vous fassiez, Dieu en est parfaitement Informé. (Aal ‘Imran, 3:92)

Sans donner au prochain de ce que nous aimons, nous n’aimons pas vraiment

ni le prochain. 

 

L’AMOUR DU PROCHAIN DANS LA BIBLE

Nous avons déjà cité les paroles du Messie, Jésus-Christ (sur lui la Paix),

concernant l’importance éminente, juste après l’amour de Dieu, de l’amour du prochain C’est le premier et le plus grand commandement. / Et le second lui est

semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux

commandements procèdent toute la Loi et les Prophètes. (Matthieu 22:38-

40)

Et aussi : Le second lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il

n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. (Marc 12:31)

Il convient d’ajouter que ce second commandement se trouve également dans

l’Ancien Testament : Tu ne couvera pas de haïne pour ton frère dans ton cœur. Tu blâmeras certainement ton prochain, et tu ne porteras pas de faute à cause de lui. /

Tu ne prendras pas vengeance, ni garderas rancune envers les enfants de

ton peuple, mais tu aimeras ton prochain comme toi-même : Je suis le

Seigneur. (Lévitique 19:17-18)

Ainsi le second commandement, comme le premier commandement, exige

générosité et don de soi, et de ces deux commandements procèdent toute la Loi et les Prophètes. 

 

 (III) VENEZ A UNE PAROLE COMMUNE

ENTRE VOUS ET NOUS

 

Une parole commune

Alors que l’Islam et le Christianisme sont, de façon évidente, des religions

différentes – et que certaines de leurs différences formelles ne peuvent être minimisées est clair que les deux plus grands commandements représentent un terrain d’entente, ainsi qu’un lien entre le Coran, la Torah et le Nouveau Testament. Ce qui précède les deux commandements mentionnés dans la Torah et le Nouveau Testament, et ce d’où ils viennent, est l’Unité de Dieu, c’est-à-dire qu’il n’y a qu’Un seul Dieu. En effet, le Shema commence ainsi dans la Torah : (Deutéronome 6:4) Ecoute, Ô Israël, le Seigneur notre Dieu, est Un ! De même, Jésus (‘a) dit : (Marc 12:29) « Le premier de tous les commandements est : Ecoute, Ô Israël, le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est Un. De la même manière, Dieu dit dans le Saint Coran : Dis : Lui, Dieu, est Un. / Dieu Se se uffit à Lui-même. (Al-Ikhlas, 112:1-2) Ainsi l’Unité de Dieu, l’amour pour Lui, l’amour du prochain constituent la base commune sur laquelle l’Islam et le Christianisme le Judaïsme) se fondent.

Comment pourrait-il en être autrement puisque Jésus (sur lui la Paix) a dit

Matthieu 22:40) « De ces deux commandements procèdent toute la Loi et les

prophètes. ». De plus, Dieu confirme dans le Saint Coran que le Prophète Muhammad sur lui la Paix et la bénediction divine) n’a rien apporté de fondamentalement ou essentiellement nouveau : Ce qui t’est dit aujourd’hui est la même chose que ce qui était aux prophètes qui t’ont précédé (Fussilat 41:43). Aussi : Dis (Muhammad) : Je ne suis pas nouveau parmi les messagers ! J’ignore le sort que Dieu nous réserve aussi bien moi qu’à vous. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé, et ma mission ne consiste qu’à avertir en toute clarté. » (Al-Ahqaf, 46:9). Dieu confirme par là dans le Coran que les mêmes vérités éternelles que sont l’Unité de Dieu, la nécessité d’aimer et d’adorer Dieu totalement (en excluant donc toute fausse divinité), et la nécessité d’aimer les êtres humains, ses semblables, (et donc la justice), sous-tendent toute religion vraie : En vérité, Nous avons envoyé un prophète à chaque communauté avec le message suivant : « Adorez Dieu et éloignez-vous du culte des idoles ! » Et si certaines de ces communautés ont suivi la Voie de Dieu, d’autres ont préféré le chemin de l’erreur. Allez donc de par le monde et voyez quelle a été la fin de ceux qui criaient au mensonge ! (Al-Nahl, 16:36) Nous avons envoyé Nos messagers munis de preuves irréfutables, et Nous avons fait descendre avec eux le Livre et la Balance, afin de faire régner la justice parmi les hommes. (Al-Hadid, 57:25)

  

Venez à une parole commune !

 

Dans le Saint Coran, Dieu le Très-Haut indique aux musulmans de lancer l’appel

suivant aux chrétiens (et aux juifs – les gens des Ecritures) : Dis : « Ô gens des Ecritures ! Elevez-vous à une parole commune entre vous et nous, à savoir de n’adorer que Dieu Seul, de ne rien Lui associer et de ne pas nous prendre les uns les autres pour des maîtres en-dehors de Dieu. » S’ils s’y refusent, dites-leur : « Soyez témoins que, en ce qui nous concerne, notre soumission à Dieu est totale et entière. » (Aal ‘Imran 3:64)

Il est clair que l’expression bénie : de ne rien Lui associer se réfère à l’Unité

Dieu, tandis que l’expression : de n’adorer que Dieu Seul se réfère au fait d’être voué

totalement à Dieu. Elles renvoient ainsi au premier et plus grand Commandement. Selon l’un des plus anciens commentaires coraniques (tafsir) faisant autorité – le Jami’ Bayan fi Ta’wil Al-Qur’an d’Abu Ja’far Muhammad bin Jarir Al-Tabari (m. 310 A.H. 923 C.E.) –, de ne pas nous prendre les uns les autres pour des maîtres en-dehors Dieu signifie « de ne pas obéir les uns aux autres en désobéissant à ce que Dieu commandé, ni les glorifier en se prosternant devant eux comme ils se prosternent devant Dieu ». En d’autres termes, musulmans, chrétiens et juifs devraient être libres de suivre ce que Dieu leur a ordonné, sans avoir à « se prosterner devant des rois et autres »xxi;

Dieu dit ailleurs dans le Coran : Nulle contrainte en religion… (Al-Baqarah, 2:256),

qui se réfère indéniablement au second Commandement, c’est-à-dire à l’amour envers prochain, dont la justice,xxii et la liberté religieuse, sont une partie cruciale. Dieu dit dans Coran : Dieu ne vous défend pas d’être bons et équitables envers ceux qui ne vous attaquent pas à cause de votre religion, et qui ne vous expulsent pas de

vos foyers. Dieu aime ceux qui sont équitables. (Al-Mumtahinah, 60:8)

  

En tant que musulmans, nous invitons ainsi les chrétiens à se souvenir des paroles

de Jésus rapportées par les Evangiles (Marc 12:29-31) : … le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est Un. / Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton intelligence et de toute ta force. C’est là le premier commandement. / Le second lui est semblable: tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »

En tant que musulmans, nous disons aux chrétiens que nous ne sommes pas contre

eux et l’Islam n’est pas non plus contre eux – tant qu’ils ne déclarent pas la guerre aux musulmans à cause de leur religion, qu’ils ne les oppriment pas et qu’ils ne les expulsent pas de leurs foyers (conformément au verset du Coran [Al-Mumtahinah, 60:8] précédemment cité). De plus, Dieu dit dans le Saint Coran : Cependant, les détenteurs des Ecritures ne sont pas tous les mêmes, car parmi eux il y a une communauté pieuse dont les membres passent des nuits entières à réciter les versets de Dieu et à se prosterner. / Ils croient en Dieu et au Jour dernier ; ils ordonnent le Bien, réprouvent le Mal et s’empressent d’accomplir de bonnes œuvres. Ceux-là sont au nombre des justes. / Quelque bien qu’ils fassent, il ne leur sera pas dénié, car Dieu connaît bien ceux qui Le craignent. (Aal-‘Imran, 3:113-115)

Le Christianisme est-il nécessairement contre les musulmans ? Dans les Evangiles, Jésus-Christ (sur lui la Paix) dit : Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui ne rassemble pas avec moi dissipe. (Matthieu 12:30) Qui n’est pas contre nous est pour nous. (Marc 9:40) … car qui n’est pas contre vous est pour vous. (Luc 9:50)

Selon L’explication du Nouveau Testament donnée par Saint Theophylactxxiii, ces

affirmations ne sont pas contradictoires, car la première (dans le texte grec actuel du

Nouveau Testament) se réfère aux démons, tandis que les seconde et troisième

affirmations se réfèrent aux gens qui reconnurent Jésus, mais qui n’étaient pas chrétiens.

Les musulmans reconnaissent Jésus-Christ comme le Messie, non pas comme les

chrétiens (mais les chrétiens eux-mêmes ne se sont jamais tous accordés entre eux sur la nature de Jésus (sur lui la Paix) ), mais de la manière suivante : …. Le Messie Jésus, fils de Marie, est un envoyé de Dieu, Son Verbe déposé dans le sein de Marie, un Esprit émanant de Lui. (Al-Nisa’, 4:171). C’est pourquoi nous invitons les chrétiens à considérer les musulmans non contre eux mais avec eux, suivant les paroles de Jésus-Christ (sur lui la Paix).

Enfin, en tant que musulmans, et par obéissance au Coran, nous demandons aux

chrétiens de s’accorder avec nous sur ce que nos deux religions ont essentiellement en commun : … à savoir de n’adorer que Dieu Seul, de ne rien Lui associer et de ne pas nous prendre les uns les autres pour des maîtres en-dehors de Dieu. (Aal ‘Imran, 3:64).

Que ce terrain d’entente soit la base de tout dialogue interreligieux entre nous à

l’avenir, car de ce que nous avons en commun procèdent toute la Loi et les prophètes. (Matthieu 22:40). Dieu révèle dans le Saint Coran : Dites (Ô musulmans) : « Nous croyons en Dieu, à ce qui nous a été révélé, à ce qui a été révélé à Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et aux Tribus ; à ce qui a été donné à Moïse et à Jésus ; à ce qui a été révélé aux prophètes par leur Seigneur, sans établir entre eux aucune différence. Et c’est à Dieu que nous sommes entièrement soumis. / Si les gens du Livre adhèrent à votre croyance, ils seront dans la bonne voie ; et, s’ils s’en détournent, c’est qu’ils auront opté pour la scission. Dieu te suffira contre eux, car

Dieu entend tout et sait tout. (Al-Baqarah, 2:136-137)

 

Entre vous et nous

 

Trouver un terrain d’entente entre musulmans et chrétiens n’est pas une question de dialogue œcuménique poli entre des leaders religieux sélectionnés. Christianisme et l’Islam sont respectivement la plus nombreuse, et la seconde nombreuse, religion dans le monde et l’histoire. On rapporte que chrétiens et musulmans représentent respectivement plus du tiers, et plus du cinquième, de l’humanité. Ensemble, constituent plus de 55% de la population mondiale, ce qui fait de la relation entre communautés religieuses le plus important facteur contribuant à une significative dans le monde. Si les musulmans et les chrétiens ne vivent pas en paix, le monde ne peut être en paix. Avec l’armement terrible du monde moderne musulmans et des chrétiens qui se côtoient étroitement partout comme auparavant, aucune partie ne pourrait remporter unilatéralement un conflit entre plus des habitants de la planète. Ainsi notre avenir commun est-il en jeu. La survie lui-même est-elle peut-être en jeu.

Et à ceux qui, néanmoins, ont du goût pour le conflit et la destruction dans intérêt, ou calculent qu’ils parviendront finalement à vaincre par eux, nous sont nos âmes éternelles elles-mêmes qui seront aussi en jeu si nous ne réussissons sincèrement à déployer tous nos efforts en faveur de la paix et de l’harmonie commune. Dieu dit dans le Saint Coran : En vérité, Dieu ordonne l’équité, la charité libéralité envers les proches, et Il interdit la turpitude, les actes répréhensiblestyrannie. Dieu vous exhorte ainsi pour vous amener à réfléchir. (Al Nahl, 16:90) (sur lui la Paix) a dit : Heureux ceux qui apportent la paix…. (Matthieu 5: Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il damne sa vie ? (Matthieu

Ne faisons donc pas de nos différences une cause de haine et de querelles. Rivalisons les uns avec les autres dans la piété et les bonnes œuvres. Respectons nous les uns les autres, soyons bons, justes et aimables entre nous, et vivons dans la l’harmonie et la bonne volonté réciproque. Dieu dit dans le Saint Coran : Nous t’avons révélé le Coran, expression de la pure Vérité, qui est venu confirmer les Ecritures antérieures et les préserver de toute altération. Juge donc entre eux d’après ce que Dieu t’a révélé. Ne suis pas leurs passions, loin de la Vérité qui t’est parvenue. A chacun de vous, Nous avons tracé un itinéraire et établi une règle de conduite qui lui est propre. Et si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule et même communauté ; mais Il a voulu vous éprouver pour voir l’usage que chaque communauté ferait de ce qu’Il lui a donné. Rivalisez donc d’efforts dans l’accomplissement de bonnes œuvres, car c’est vers Dieu que vous ferez retour, et Il vous éclairera alors sur l’origine de vos différences. (Al- Ma’idah, 5:48)

 

Wal-Salaamu ‘Alaykum,

Pax Vobiscum.

© 2007 C.E., 1428 A.H.,

The Royal Aal al-Bayt Institute for Islamic Thought, Jordan.

 

Suivent un grand nombre de notes

 

Suivent les Signataires (par ordre alphabétique)

His Royal Eminence Sultan Muhammadu Sa’ad Ababakar

The 20th Sultan of Sokoto; Leader of the Muslims of Nigeria

H.E. Shaykh Dr. Hussein Hasan Abakar

Imam of the Muslims, Chad; President, Higher Council for Islamic Affairs, Chad

H.E. Prof. Dr. Abdul-Salam Al-Abbadi

President of Aal Al-Bayt University; Former Minister of Religious Affairs, Jordan

Etc.

 

 

C- Réponse de Benoît XVI

 

Elle s’est traduite par une courte lettre, au prince de Jordanie, en date du 19 novembre 2007, écrite par le secrétaire d’Etat, le cardinal Bertone,  au nom du Souverain Pontife :

 

Au prince de Jordanie Ghazi bin Muhammad bin Talal

du cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone

Votre Altesse Royale,

Le 13 octobre 2007, une Lettre ouverte adressée à Sa Sainteté le Pape Benoît XVI et à d'autres responsables chrétiens a été signée par cent trente-huit chefs religieux musulmans, parmi lesquels figurent Votre Altesse. Vous avez ensuite eu l'amabilité de la remettre Vous-même à Mgr Salim Sayegh, Vicaire du Patriarche latin de Jérusalem en Jordanie, en lui demandant de bien vouloir la faire parvenir à Sa Sainteté.

Le Pape m'a demandé de transmettre sa gratitude à Votre Altesse, ainsi qu'à tous ceux qui ont signé cette lettre. En outre, il souhaite Vous faire savoir qu'il apprécie profondément ce geste, en raison de l'esprit positif qui a inspiré le texte et de l'exhortation à un engagement commun pour promouvoir la paix dans le monde.

Sans ignorer ou diminuer nos différences en tant que chrétiens et musulmans, nous pouvons, et nous devons prêter attention à ce qui nous unit, à savoir la foi dans le Dieu unique, le créateur providentiel et le juge universel qui, à la fin des temps, considérera chaque personne selon ses actions. Nous sommes tous appelés à nous en remettre totalement à lui et à obéir à sa sainte volonté.

Se référant au contenu de l'Encyclique
Deus Caritas est ("Dieu est amour"), Sa Sainteté a été particulièrement frappée par l'attention accordée dans la lettre au double commandement de l'amour envers Dieu et envers les hommes.

Comme Vous le savez, au début de son Pontificat, le Pape Benoît XVI a affirmé: "Je suis profondément convaincu que nous devons proclamer, sans céder aux pressions négatives du moment, les valeurs de respect réciproque, de solidarité et de paix. La vie de tout être humain est sacrée, que ce soit pour les chrétiens ou pour les musulmans. Nous avons un champ d'action dans lequel nous nous sentons unis pour le service des valeurs morales fondamentales" (Discours aux représentants de diverses communautés musulmanes à Cologne, 20 août 2005). Ce terrain commun nous permet de fonder le dialogue sur un respect effectif de la dignité de chaque personne humaine, sur la connaissance objective de la religion de l'autre, sur le partage de l'expérience religieuse et, enfin, sur notre engagement commun à promouvoir le respect et l'acceptation réciproques chez les nouvelles générations.

Le Pape estime qu'une fois cet objectif atteint, il sera possible de coopérer d'une manière productive au sein de la culture et de la société et pour la promotion de la justice et de la paix dans la société et dans le monde entier.

En encourageant votre louable initiative, je suis heureux de Vous communiquer que Sa Sainteté recevrait volontiers Votre Altesse, ainsi qu'un groupe restreint que Vous voudrez bien choisir parmi les signataires de la Lettre ouverte. En même temps, une rencontre de travail pourrait être organisée entre votre délégation et le Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux, avec la coopération de certains Instituts pontificaux spécialisés comme l'Institut pontifical d'études arabes islamiques et l'Université pontificale grégorienne. Les détails de ces rencontres pourront été décidés par la suite si vous trouviez recevable le principe de cette proposition.

Je saisis l'occasion qui m'est offerte pour Vous réaffirmer, Altesse, l'assurance de ma plus haute considération.

Cardinal Tarcisio Bertone, Secrétaire d'État

Du Vatican, le 19 novembre 2007


 

On peut déduire de l’échange de lettres entre le cardinal Bertone et le prince de Jordanie que le fossé entre catholiques et musulmans reste encore très large et très profond, par rapport à ce cheminement indiqué par Benoît XVI.

D- Exégèse de la lettre de Bertone par le père Samir pour la revue "Mondo e Missione" de l’Institut pontifical pour les missions étrangères:

 

Commentaire de la lettre du cardinal Bertone

par Samir Khalil Samir

A une lettre de presque 30 pages Benoît XVI a répondu par une autre de moins de 400 mots. Manque de courtoisie ? Non, car il s’agit d’une réponse très profonde.

La lettre commence par exprimer une “estime profonde pour l’esprit positif qui a inspiré le texte et pour l’exhortation à un engagement commun pour la promotion de la paix dans le monde”. Et le pape Benoît XVI a souvent invité les uns et les autres à condamner sans ambiguïté la violence.

Le pape poursuit: “Sans négliger ou minimiser nos différences en tant que chrétiens et musulmans, nous pouvons et donc nous devrions nous concentrer sur ce qui nous unit”. Cette vision positive, jamais partiale, est caractéristique de Benoît XVI. Les différences ne doivent pas cacher ce qui nous unit, et inversement. C’est une parole de vérité (qawl al-haqq) comme le Coran (sourate 19,34) dit du Christ: “Il est la Parole de vérité”.

Le pape énumère trois éléments communs: le fait de croire en un Dieu unique, créateur prévoyant et (deuxième élément) juge universel qui, à la fin des temps, jugera chacun en fonction de ses actions. Enfin (troisième élément) le fait que nous sommes tous appelés à nous consacrer entièrement à lui et à obéir à sa sainte volonté.

Pour que tout cela ne reste pas au stade des “vœux pieux”, il fait cependant une proposition – qui est l’élément le plus important de toute la lettre: une invitation à une rencontre de travail entre d’une part un groupe de signataires choisis par le promoteur de la lettre et d’autre part un groupe de spécialistes choisis par le côté chrétien. Le but est de concrétiser la bonne volonté et de la rendre durable. Le pape recense quatre sujets de discussion.

Premier sujet: “le respect effectif de la dignité de tout être humain”. On ne trouve pas dans la lettre des 138 une référence explicite à ce propos. La dignité suppose le respect de la liberté de conscience, l’égalité entre homme et femme, entre croyant et non-croyant, la distinction entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique. Certains rédacteurs musulmans de la lettre pensent que “le dialogue éthico-social a déjà lieu chaque jour, par le biais d’institutions tout à fait séculières. C’est pourquoi de nombreux théologiens musulmans ne sont pas du tout intéressés par un dialogue purement éthique entre culture et civilisation”. Pour le pape, en revanche – comme il l’a dit le 22 décembre 2006 dans son discours aux cardinaux de la curie – “il est nécessaire d’accueillir les vraies conquêtes des Lumières, les droits de l’homme et en particulier la liberté de la foi et de son exercice, en reconnaissant en ces droits des éléments essentiels y compris pour l’authenticité de la religion”. Pour Benoît XVI, “actuellement, le contenu du dialogue entre chrétiens et musulmans consiste surtout à se rencontrer dans un engagement pour trouver des solutions justes”. Avec les musulmans, s’engager “contre la violence et pour la synergie entre foi et raison, entre religion et liberté”. Dans le dialogue, l’Eglise s’inspire de l’Evangile, mais elle ne l’impose pas comme base afin de n’exclure personne. La base est “la dignité de tout être humain”, exprimée au travers des droits de l’homme.

Deuxième sujet: la connaissance objective de la religion de l’autre. En réalité, les chrétiens n’ont pas une vraie connaissance de l’islam et les musulmans n’ont pas une vraie connaissance du christianisme. Cela implique de revoir tous les manuels scolaires mais aussi les discours prononcés dans les églises et dans les mosquées. C’est un vaste programme, long et essentiel.

Troisième sujet: le partage de l’expérience religieuse. La foi est expérience de Dieu, et non pas quelque chose d’intellectuel, une idéologie. Dialoguer, c’est partager l’expérience profonde de l’autre.

Le dernier sujet concerne les plus jeunes. Il convient de faire grandir une nouvelle génération qui promeuve le respect et l’acceptation de l’autre. Ce sont les jeunes, en effet, qui risquent de se laisser entraîner par l’idéologie de la violence. Avec cette réponse de Benoît XVI aux 138, on passe donc des bons sentiments à un projet de construction de la paix, en partant des jeunes.

E-  Réponse du prince de Jordanie Ghazi bin Muhammad bin Talal

 

Au cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone

du prince de Jordanie Ghazi bin Muhammad bin Talal

Eminence,

Je vous remercie de votre aimable lettre datée du 19 novembre 2007, dont un exemplaire m’a été remis par le nonce apostolique en Jordanie le 27 novembre 2007. Je ne suis que l’un des 138 signataires initiaux de la lettre ouverte "Une parole commune entre vous et nous", mais, pour répondre à votre lettre, j’ai contacté et consulté plusieurs hauts responsables et spécialistes religieux Musulmans qui ont signé la lettre ouverte ou lui ont ultérieurement apporté leur soutien. Ils ont gracieusement consenti à ce que je coordonne cette affaire pour eux. C’est pourquoi je puis maintenant vous répondre, pour eux et pour moi, de la manière suivante.

Tout d’abord, nous vous remercions de votre réponse, c’est-à-dire votre lettre et vos suggestions amicales. Nous vous prions également de transmettre nos remerciements à Sa Sainteté le pape Benoît XVI pour ses encouragements personnels et pour l’intérêt qu’il a manifesté.

Deuxièmement, nous sommes également très désireux de rencontrer Sa Sainteté à Rome. En effet nous avons eu connaissance de la récente visite au Vatican de Sa Majesté le roi Abd Allah bin Abd Al-Aziz d’Arabie Saoudite, Gardien des Deux Lieux Saints, ce qui nous encourage.

Troisièmement nous acceptons vraiment, en principe, le dialogue que vous avez proposé ainsi que le concept général et l’organisation. Nous enverrons toutefois, à la date qui vous conviendra le mieux en février ou mars 2008, si Dieu le veut, trois représentants pour définir avec Votre Eminence ou ses représentants les détails d’organisation et les procédures. Si Votre Eminence a une préférence pour telle ou telle date à l’intérieur de la période indiquée ci-dessus, nous la prions de nous informer en conséquence.

Quatrièmement, nous recevons la lettre de Votre Eminence comme une réponse à notre Lettre Ouverte Une Parole Commune. De plus Votre Eminence dit que : "Sa Sainteté a été particulièrement impressionnée par l’attention qui est donnée, dans la lettre, au double commandement de l’amour de Dieu et du prochain" et "que nous pouvons et devons donc prêter attention à ce qui nous unit, c’est-à-dire la foi en un Dieu unique, le Créateur prévoyant et le Juge universel qui, à la fin des temps fixera le sort de chaque être humain en fonction de ce qu’il ou elle aura fait" et cela sans jamais "négliger ou minimiser nos différences en tant que Chrétiens et Musulmans". Nous comprenons donc que la dimension intrinsèque de ce dialogue spécifique Catholiques-Musulmans sera fondée, si Dieu le veut, sur notre lettre Une Parole Commune – qui est essentiellement, comme vous le savez, une affirmation du Dieu unique et du double commandement de l’amour de Dieu et du prochain – même s’il se révèle qu’il y a des différences entre nous quant à l’interprétation ou la compréhension du texte de cette lettre, chacun s’appuyant sur sa sensibilité et ses traditions religieuses. Ces différences elles-mêmes sont probablement aussi un sujet de discussion entre nous et devraient être une occasion de respect et de célébration réciproques, et non de disputes qui divisent.

Nous croyons aussi que Sa Sainteté Benoît XVI a proposé de prendre les Dix Commandements (Exode 20, 2-17 et Deutéronome 5, 6-21) comme base de dialogue entre Juifs, Chrétiens et Musulmans. Nous n’avons pas d’objection à prendre, en outre, cette excellente idée comme base de la dimension extrinsèque de notre dialogue (puisque ces Commandements sont également prescrits plusieurs fois dans le Coran, sous différentes formes), à l’exception du Commandement de respecter le jour du Sabbat, que le saint Coran cite comme ayant été institué par Dieu pour les Anciens Israélites mais que les Musulmans ne sont plus tenus de respecter en tant que tel. Par "intrinsèque", j’entends ce qui se réfère à nos âmes et à leur constitution intérieure et, par "extrinsèque", j’entends ce qui se réfère au monde et donc à la société.

Nous comprenons donc que c’est sur cette base intellectuelle et spirituelle commune que nous allons poursuivre, si Dieu le veut, un dialogue portant sur les trois sujets généraux de discussion que Votre Éminence a sagement mentionnés dans sa lettre: (1) "Respect effectif de la dignité de tout être humain"; (2) "Connaissance objective de la religion de l’autre" par "le partage de l’expérience religieuse" et (3) "Engagement commun à promouvoir le respect et l’acceptation mutuels auprès de la jeune génération". Nous pourrions peut-être aussi discuter de la manière de donner aux résultats de notre dialogue sur ces trois sujets une application concrète entre Chrétiens et Musulmans, également fondée sur "Une Parole Commune" et sur les Dix Commandements (à l’exception de la remarque ci-dessus à propos du Sabbat).

Cinquièmement, notre "vision" du dialogue a été exprimée exactement par le communiqué publié par quelques uns des délégués musulmans à l’occasion de la rencontre "Pour un monde sans violence: religions et cultures en dialogue", (Naples, 21-23 octobre 2007, à la communauté de Sant’Egidio), qui déclarait:

Par définition le dialogue a lieu entre des personnes dont les points de vue sont différents, pas entre des gens qui sont du même avis. Dans le dialogue, il ne s’agit pas d’imposer son avis à son interlocuteur, ni de décider soi-même ce dont l’autre est capable ou incapable, ni même ce qu’il croit. Le dialogue commence avec une main ouverte et un cœur ouvert. Il propose mais ne décide pas tout seul du programme. Il s’agit d’écouter l’autre quand il exprime librement son point de vue et de s’exprimer soi-même. Le but est de voir où il y a des points communs afin de s’y rencontrer et, de cette façon, de rendre le monde meilleur, plus pacifique, plus harmonieux et plus aimant.

Notre "raison" de dialoguer est essentiellement que nous voulons chercher la bonne volonté et la justice pour pratiquer ce que nous, Musulmans, appelons rahmah (et qu’il vous plaît d’appeler caritas) afin de chercher par ce moyen Rahmah auprès de Dieu. Le prophète Mahomet (paix et bénédiction de Dieu sur lui) a dit: A celui qui ne manifeste pas de miséricorde, il ne sera pas manifesté de Miséricorde (Sahih Bukhari, Kitab Al-Adab, n° 6063).

Enfin notre "méthode" de dialogue est en accord avec le Commandement Divin qui figure dans le Saint Coran: Ne discutez avec les gens du Livre que de la manière la plus courtoise, sauf avec ceux d’entre eux qui font le mal (et qui vous blessent). Dites: "Nous croyons à la révélation qui est descendue vers nous et à la révélation qui est descendue vers vous. Votre Dieu et notre Dieu sont Un et nous Lui sommes soumis" (Al-Ankabut, 29:46).

Nous sommes convaincus, bien sûr, que votre attitude générale envers le dialogue est semblable à la nôtre, puisque nous avons le plaisir de lire (dans la première épître aux Corinthiens 13, 1-6) ces paroles de Saint Paul :

"Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se rengorge pas. Elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal. Elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité".

Je ne mentionne ces derniers éléments qu’en raison de quelques déclarations récentes provenant du Vatican et de certains de ses conseillers – elles ne peuvent pas avoir échappé à l’attention de Votre Éminence – à propos du principe même du dialogue théologique avec les Musulmans. Néanmoins, même si beaucoup d’entre nous considèrent que ces déclarations ont été remplacées par votre lettre, nous souhaitons vous redire que, comme vous, nous considérons qu’un accord théologique complet entre Chrétiens et Musulmans n’est, par définition, pas possible en soi, mais que nous souhaitons encore chercher et promouvoir une position commune et une coopération fondée sur nos points d’accord (comme indiqué ci-dessus) – que nous souhaitions appeler cette sorte de dialogue "théologique" ou "spirituel" ou toute autre chose – dans l’intérêt du bien commun et en vue du bien du monde entier, si Dieu le veut.

Je profite de cette occasion pour vous exprimer mes meilleurs vœux et mon profond respect et je vous prie de transmettre à Sa Sainteté le Pape Benoît XVI nos meilleurs vœux anticipés de très joyeux et paisible Noël.

Ghazi bin Muhammad bin Talal

Amman, Jordanie, le 12 décembre 2007

Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.

 

E- Benoît XVI est prudent et réservé.


Pourquoi ? Parce que en lisant la lettre des 138 musulmans, qui insiste tant  sur les commandements de l’amour de Dieu et de son prochain comme "parole commune" au Coran et à la Bible, elle semble vouloir porter le dialogue uniquement sur le terrain doctrinal et théologique.

Or il y a une différence abyssale entre le Dieu unique des musulmans et le Dieu trinitaire des chrétiens, avec le Fils qui s’est fait homme. La vraie "parole commune", pour le pape,  doit être cherchée ailleurs: "en appliquant ces commandements à la réalité concrète des sociétés pluralistes, ici et maintenant". Elle doit être cherchée dans la protection des droits de l’homme, de la liberté religieuse, de la parité entre l’homme et la femme, de la distinction entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique. La lettre des 138 est évasive ou muette sur tous ces sujets.

Et c’est un choix délibéré dans le monde musulman. L’un des principaux auteurs de la lettre, le théologien libyen Aref Ali Nayed, professeur à l’université de Cambridge, s’explique ainsi dans une interview accordée à "Catholic News Service", l’agence de la conférence des évêques des Etats-Unis:

"Le dialogue éthico-social est utile et l’on en a grand besoin. Mais ce type de dialogue se produit déjà chaque jour, par le biais d’institutions tout à fait séculières comme les Nations Unies et ses organismes. Si des communautés fondées sur la révélation religieuse veulent vraiment apporter leur contribution à l’humanité, leur dialogue doit être fondé théologiquement et spirituellement. De nombreux théologiens musulmans ne sont pas du tout intéressés par un dialogue purement éthique entre culture et civilisation".

 

Mais là n’est pas la pensée du pape dans le dialogue avec l’islam 

Le pape l’a expliqué de la manière la plus limpide dans un passage du discours qu’il a adressé à la curie le 22 décembre 2006 à l’occasion de la présentation des voeux de Noël 2006 et que j’ai rapporté au début de ce dossier (A):

"Dans un dialogue à intensifier avec l'Islam, nous devrons garder à l'esprit le fait que le monde musulman se trouve aujourd'hui avec une grande urgence face à une tâche très semblable à celle qui fut imposée aux chrétiens à partir du siècle des Lumières et à laquelle le Concile Vatican II a apporté des solutions concrètes pour l'Église catholique au terme d'une longue et difficile recherche.

"Il s'agit de l'attitude que la communauté des fidèles doit adopter face aux convictions et aux exigences qui s'affirment dans la philosophie des Lumières.

"D'une part, nous devons nous opposer à la dictature de la raison positiviste, qui exclut Dieu de la vie de la communauté et de l'organisation publique, privant ainsi l'homme de ses critères spécifiques de mesure.

"D'autre part, il est nécessaire d'accueillir les véritables conquêtes de la philosophie des Lumières, les droits de l'homme et en particulier la liberté de la foi et de son exercice, en y reconnaissant les éléments essentiels également pour l'authenticité de la religion.

"De même que dans la communauté chrétienne, il y a eu une longue recherche sur la juste place de la foi face à ces convictions - une recherche qui ne sera certainement jamais conclue de façon définitive - ainsi, le monde musulman également, avec sa tradition propre, se trouve face au grand devoir de trouver les solutions adaptées à cet égard.

"Le contenu du dialogue entre chrétiens et musulmans consistera en ce moment en particulier à se rencontrer dans cet engagement en vue de trouver les solutions appropriées. Nous chrétiens, nous sentons solidaires de tous ceux qui, précisément sur la base de leur conviction religieuse de musulmans, s'engagent contre la violence et pour l'harmonie entre foi et religion, entre religion et liberté".


Encore une fois,  il n’y a pas la moindre  trace dans la lettre des 138 de cette proposition adressée par Benoît XVI au monde musulman en décembre 2006. Signe que la distance entre les visions de l’un et des autres est réellement grande.

La vision de Benoît XVI est la même que celle que d’autres autorités du Saint-Siège manifestent chaque fois qu’ils abordent ce sujet. Preuve en est, le message adressé aux musulmans en octobre dernier, à l’occasion de la fin du Ramadan, par le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, présidé par le cardinal Jean-Louis Tauran. Un message qui est lui aussi centré sur "la liberté de la foi et son exercice" comme devoir de toutes les religions, conformément au "plan du Créateur".

C’est une vision que Ratzinger défend depuis des années avec une grande cohérence, d’abord en tant que cardinal puis en tant que pape.

Le discours de Ratisbonne sur la juste "synergie entre foi et raison" en est la fondation la plus achevée.