Les
bienfaits de la messe tridentine
Conférence donnée à Fort Lee (New Jersey) le 20 mai 1995 à l'invitation de
l'association Christifidèles
La messe tridentine désigne le
rite de la messe fixé parle pape Pie V à la demande du concile de Trente et
promulgué le 5 décembre 1 570. Elle est issue de l'ancien rite romain dont on a
é supprimé différents ajouts et altérations. Au montent de cette promulgation,
les rites existant depuis au moins deux cents ans ont été conservés. II est
donc plus correct d'appeler ce missel celui de la liturgie du pape Pie V.
Foi et liturgie
Dès les origines de l'Église,
la foi et la liturgie ont été intimement liées. Le concile de Trente lui‑même
en est l'une des preuves: il déclara solennellement que le Sacrifice de la
messe est au centre de la liturgie catholique, contrairement à l'hérésie de
Martin Luther qui niait que la messe tilt un sacrifice.
L'histoire
dit développement de la foi nous apprend que cette doctrine a été fixée avec
autorité par le Magistère, dans l'enseignement des papes et des conciles. Nous
savons également que dans toute l'Église, et particulièrement au sein des
Églises orientales, la foi était le plus important facteur de développement et
de formation de la liturgie, surtout pour la messe.
Nous
trouvons des arguments décisifs sur cette question dans les premiers siècles de
l'Église. Le pape Célestin 1er écrivait aux évêques de Gaule en 422 :legem
credendi, lex statuit supplicandi ‑ la loi de la prière fixe la loi
de la foi. Cette idée a été reprise ultérieurement par l'expression, lex orandi, lex credendi [telle prière,
telle foi].
Les
Églises orthodoxes ont gardé la foi grâce à la liturgie. Le Pape, dans sa
dernière lettre [aux Églises d'Orient], montre l'importance de cette question,
puisqu'il écrit que l'Église latine a quelque chose à apprendre des Églises
orientales, notamment en matière de liturgie.
Sur les déclarations conciliaires
On néglige souvent la
distinction entre les deux sortes de déclarations et décisions conciliaires, à
savoir ce qui relève de la doctrine (théologie) et ce qui relève de la
discipline.
La plupart des conciles contiennent des déclarations à la fois doctrinales
et disciplinaires. Certains conciles ne comportent pas de déclarations on
décisions disciplinaires ; d'autres n'ont pas d’affirmation
doctrinales, mais uniquement des directives disciplinaires. Beaucoup de
conciles orientaux, après celui de Nicée, ne traitèrent que des questions de
foi. Le second concile de Toulon en 691 fut un concile entièrement oriental ‑
un concile qui ne donna que des déclarations et ne prit que des décisions
d'ordre disciplinaire, parce que les Églises d'Orient avaient été négligées
lors des précédents conciles. Ce concile mit à jour la législation
disciplinaire des églises orientales, surtout celle de l'église de
Constantinople.
Doctrine et discipline
Ces remarques sont importantes
parce que nous trouvons explicitement, dans le concile de Trente, les deux
notions: des chapitres et des canons qui traitent exclusivement des questions
de foi; et ensuite, dans presque toutes les autres sessions, après les
chapitres et canons théologiques, des sujets d'ordre exclusivement
disciplinaire. La distinction est importante. Tous les canons théologiques
affirment que quiconque s'oppose aux décisions du concile est exclu de la
communauté – anathema sit. Mais le
concile n'a jamais institué d'anathème pour des questions purement
disciplinaires ‑ les sanctions conciliaires ne touchent que les
déclarations doctrinales.
Enseignement du concile de Trente sur la messe
Cela va nous aider à poursuivre
notre réflexion. J'ai déjà fait remarquer le lien entre la foi et la prière ‑
entendons la liturgie ‑ et tout spécialement entre la foi et la plus
haute forme de liturgie, c'est‑à‑dire le culte public.
L'expression
classique de ce lien est donnée par le concile de Trente, qui traita de ce
sujet en trois sessions : la treizième session d'octobre 1551, la vingtième
session de juillet 1562, qui traita du Sacrement de l'Eucharistie, et surtout
la vingt‑et-unième session de septembre 1562, qui établit les chapitres
et canons dogmatiques concernant le Saint Sacrifice de la messe. À cela
s'ajoute un décret spécifique sur ce qui doit être observé et ce qui doit être
Me lors de la célébration de la messe. C'est une déclaration majeure,
officielle et classique qui transmet avec autorité l'esprit de l'Église en la
matière.
Le
décret étudie en premier la nature de la messe. Martin Luther renia ouvertement
et nettement cette nature même, en déclarant que la messe n'est pas un
sacrifice. II faut noter, de façon à ne pas troubler les fidèles peu avertis,
que les Réformateurs n'éliminèrent pas immédiatement toutes ces parties de la
messe qui exprimaient la foi véritable et contredisaient leurs nouvelles
doctrines. Par exemple, ils gardèrent l'élévation de l'hostie entre le Sanctus et le Benedictus.
Pour
Luther et ses adeptes, le culte consistait principalement en une prédication
destinée à instruire et à édifier, interrompue de prières et d'hymnes. La
réception de la sainte Communion n'était qu'un événement secondaire. Luther
maintint cependant la Présence du Christ dans le pain au moment de sa
réception, mais il nia fortement le Sacrifice de la messe.
Au
regard de cette négation nous pouvons mieux comprendre les défectuosités qui
s'ensuivirent dans la liturgie protestante, liturgie totalement différente de
celle de l'Église catholique. Nous comprenons mieux également la raison pour
laquelle le concile de Trente a défini la foi catholique en ce qui concerne la
nature du Sacrifice eucharistique: ce Sacrifice est une véritable force pour
notre salut. Dans le Sacrifice de Jésus‑Christ, le prêtre se substitue au
Christ lui‑même. Par le fait de son ordination, il est un véritable alter
Christus. Par la réalisation de la Consécration, le pain est changé en Cops du
Christ et le vin en Son Sang. L'opération de Son Sacrifice est l'adoration de
Dieu.
Le
concile spécifie que ce Sacrifice n'est pas un nouveau sacrifice, indépendant
du sacrifice unique de la Croix: il dépend de ce sacrifice unique du Christ,
actualisé de façon non sanglante, et rend ainsi substantiellement présents le
Corps et le Sang du Christ, qui demeurent cependant sous les apparences du pain
et du vin. Il n'existe pas, en conséquence, de nouveau mérite sacrificiel: nais
bien le fruit infini du sacrifice sanglant de la Croix que Jésus‑Christ
produit ou réactualise constamment dans la messe.
Il
s'ensuit que l'acte du Sacrifice se fait lors de la Consécration ;
l'Offertoire (par lequel le pain et le vin sont préparés en vue de la
Consécration) et la Communion font partie intégrante de la messe, mais ne
constituent pas l'essentiel de la messe. La partie essentielle est la
Consécration, par laquelle le prêtre, en la personne du Christ et en suivant le
même exemple, prononce les paroles de consécration utilisées par le Christ.
Cela
explique pourquoi la messe n'est pas et ne peut pas être une simple célébration
de communion, ou un souvenir - ou mémorial - du sacrifice de la Croix ; elle
est bien la réactualisation véritable, non-sanglante, du sacrifice de la Croix.
Nous
pouvons désormais comprendre pour la même raison pourquoi la messe est un
renouvellement efficace du sacrifice de la Croix. Elle est essentiellement une
adoration de Dieu, qui n'est offerte qu'à Lui. Cette adoration donne
immédiatement lieu à d'autres actes :la louange, l'action de grâces pour toutes
les grâces reçues, le regret de nos péchés, les demandes de grâces
indispensables. La messe peut bien sûr être offerte pour une ou pour toutes ces
intentions diverses. Les chapitres et canons de la session 22 du concile de
Trente ont institué et promulgué l'ensemble de ces données doctrinales.
Les
anathèmes du concile de Trente
Cette
nature fondamentalement théologique de la messe a plusieurs conséquences. La première
concerne le Canon de la messe.
La
liturgie romaine n'a toujours contenu qu'un seul Canon introduit par l'Église
voilà plusieurs siècles. Le concile de Trente affirma expressément, au chapitre
4, que ce Canon ne peut contenir d'erreur; en réalité, il ne contient rien qui
ne soit empli de sainteté et de piété, et rien qui n'élève pas l'âme des
fidèles vers Dieu. La composition de ce Canon est fondée sur les paroles même
de Notre Seigneur, la tradition des apôtres et les réglementations de saints papes.
Le canon 6 au chapitre 4 traite de l'excommunication de ceux qui maintiennent
que le Canon de la messe contient des erreurs et doit par conséquent être
aboli.
Au
chapitre 5, le concile affirme que la nature humaine nécessite des signes
extérieurs servant à élever l'esprit aux choses divines. Pour cette raison,
l'Église a introduit certains rites et signes : la prière silencieuse ou
vocale, les bénédictions, les cierges, l'encens, les ornements, etc. La plupart
de ces signes tirent leur origine des prescriptions apostoliques, de la
tradition.
Grâce à
ces signes visibles de foi et de piété, la nature du Sacrifice est préservée.
Les signes fortifient et encouragent les fidèles dans leur méditation sur les
éléments divins contenus dans le Sacrifice de la messe. Pour préserver cette
doctrine, le canon 7 traite de l'excommunication de ceux qui considèrent que
ces signes extérieurs conduisent à l'impiété et non à la piété. Cela est un
exemple de ce que j'ai dit plus haut: ce genre de déclaration, et le canon qui
la sanctionne, comporte un sens éminemment théologique, et non simplement
disciplinaire.
Au
chapitre 6, le concile met en valeur le souhait de l'Église de voir tous les
fidèles présents à la messe recevoir la sainte Communion ;il déclare cependant
que dam le cas où le prêtre célébrant la messe reçoit seul la sainte Communion,
cette messe ne doit pas être appelée privée ni être critiquée on interdite pour
autant. Car dans ce cas, les fidèles reçoivent la Communion spirituellement et,
par ailleurs, tons les sacrifices offerts par le prêtre en tant que ministre
officiel de l'Église, sont offerts au nom de tous les membres du Corps Mystique
du Christ. Le canon 8 traite donc de l'excommunication de tous ceux qui disent
que de telles messes sont illicites et qu'elles doivent par conséquent être
interdites - cela constitue une nouvelle déclaration d'ordre théologique.
Le
chapitre 8 est consacré au langage spécifique utilisé pour la messe. Nous
savons que toutes les religions usent d'une langue sacrée pour leur culte.
Durant les trois premiers siècles, l'Église catholique romaine se servit du
grec, qui était la langue commune à l'ensemble d u monde latin. Au quatrième
siècle, le latin devint la langue de référence dans tout l'Empire roman.. Le
latin resta des siècles durant, dans l'Église catholique romane, l'unique
langue du culte. l'ont naturellement, le latin devint la langue utilisée dans
le rite romain, particulièrement cri sa célébration principale, la messe. Cette
situation se maintint alors même que le latin était remplacé, en tant que
langue vivante, par toutes les différentes langues qui en découlèrent.
Le
concile de Trente : le latin et le silence
Demandons-nous
pourquoi il n'y a pas eu de nouveau changement à ce moment-là. La réponse est
que la divine Providence intervient même pour les choses de second ordre. Par
exemple, la Palestine - Jérusalem - est le lieu o ù Jésus-Christ a opéré la
Rédemption. Rome est le centre de l'Église. Pierre n'est pas né à Rome. Il est
venu à Rome. Pourquoi ? Parce que c'était le centre de l'Empire romain - ce qui
revient à dire, du monde. Ce qui a permis de propager la foi dans l'Empire
romain, ce fût un élément humain, un événement historique, dans lequel
intervient de façon certaine la divine Providence.
Le même
phénomène se retrouve dans les autres religions. Pour les Musulmans, la vieille
langue arabe est morte et pourtant elle reste la langue liturgique, la langue
du culte. Pour les Hindous, c'est le sanskrit. À cause de ce lien nécessaire
avec le surnaturel, tout culte requiert naturellement un langage religieux, qui
ne peut être une langue « vulgaire ».
Les
pères du concile savait parfaitement que la plupart des fidèles qui assistaient
à la messe ne comprenaient pas le latin ni même ne pouvaient lire la
traduction. Les fidèles étaient généralement illettrés. Les pères savaient
également que le contenu de la messe est très instructif pour les fidèles.
Cependant,
ils n'approuvèrent pas la vision des protestants qui pensaient qu'il était
indispensable de célébrer la messe en langue vernaculaire. Afin de favoriser
l'instruction des fidèles, le concile ordonna de maintenir en tout lieu la
vieille Coutume approuvée par la sainte Église romaine - qui est mère et
maîtresse de toutes les Églises -, et d'expliquer aux âmes le mystère central
de la messe.
Le
canon 9 traite de l'excommunication de ceux qui affirment que la langue d e la
messe ne peut être que le vernaculaire. Il est à remarquer que, dans tout un
chapitre et dans tout un canon, le concile d e Trente a rejeté l'exclusivité d
e la langue « vulgaire » dans les rites sacrés. De plus, il nous faut de
nouveau bien voir que le caractère de toutes ces réglementations conciliaires
n'est pas uniquement disciplinaire. Il est fondé sur des considérations
doctrinales et théologiques qui supposent la foi elle-même.
L'une
des premières raisons en est la vénération due au mystère de la messe. Le
décret qui suit ce chapitre et ce canon et qui concerne ce qui doit être
observé et évité lors de la célébration de la messe, déclare que« l'absence de
vénération ne peut être séparée de l'impiété ». Le manque de respect sous-tend
toujours l'impiété. De plus, le concile a voulu protéger la doctrine exprimée
dans la messe, et la précision d u latin préserve le contenu d'une
interprétation erronée et d'erreurs éventuelles dues à une imprécision
linguistique.
La
langue sacrée
Pour
ces raisons, l'Église a toujours défendu la langue sacrée, et, plus proche de
nous, le pape Pie XI a expressément déclaré que la langue employée devait être
non vulgaris. Pour ces mêmes raisons, le canon 9 prévoit l'excommunication pour
ceux qui affirment que le rite de l'Église romaine, dans lequel une partie du
canon et les paroles de la Consécration sont prononcées silencieusement, doit
être condamné. Même le silence a un fondement théologique.
Pour
finir, nous trouvons, dans le premier canon du décret de réforme, à la
vingt-deuxième session du concile de Trente, d'autres réglementations qui ont
un aspect disciplinaire, mais qui complètent également la partie doctrinale :
rien n'est plus propre à porter les fidèles à une compréhension approfondie du
mystère que la vie et l'exemple des ministres d u culte. Ces derniers doivent
modeler leur vie et leur comportement en vue de cette fin ; cette perspective
doit être reflétée par leurs vêtements, leur attitude et leurs propos. En tout
cela, ils doivent être dignes, modestes et religieux. Il leur est également
demandé d'éviter les moindres fautes puisque, dans leur cas, une faute légère
devient grave.C'est pourquoi les supérieurs doivent exiger des ministres sacrés
qu'ils vivent selon l'attitude proprement sacerdotale transmise par l'ensemble
de la tradition.
La
messe de saint Pie V et la messe de Paul VI
I1 nous
est plus facile maintenant d'évaluer et de comprendre le fondement théologique
des discussions et réglementations du concile de Trente sur la messe,
considérée comme le sommet de la liturgie sacrée. Nous comprenons mieux combien
les apports théologiques de la messe tridentine constituent une réponse aux
graves controverses du protestantisme, non seulement comme réponse à l'époque
du concile, mais également comme référence pour l'Église et pour la réforme
liturgique de Vatican II.
En
premier lieu, nous devons déterminer le vrai sens de cette réforme. Tout comme
pour la messe tridentine, nous attirons l'attention sur l'importance d'une
bonne compréhension de ce que l'on entendait par messe du pape Pie V, messe qui
répondait aux souhaits des pères du concile de Trente.
Nous
devons faire remarquer à ce point de notre réflexion, que l'appellation
correcte que nous pourrions donner à la messe issue d u concile Vatican II est
celle de « messe d e la commis Sion liturgique post-conciliaire ». D'après la
constitution de Vatican II sur la liturgie, il est clair que la volonté d u
concile et la volonté de la commission liturgique ne coïncident pas souvent, et
s'opposent même de façon évidente.
Nous
allons brièvement passer en revue les principales différences entre les deux
réformes liturgiques, tout comme il nous faut établir leurs caractéristiques
théologiques respectives.
Tout
d'abord, dans le contexte de l'hérésie protestante, la messe de Pie V porta
l'accent sur la vérité majeure selon laquelle la messe est un Sacrifice, ce qui
fût établi parles discussions théologiques et les réglementations spécifiques
du concile. La messe de Paul VI (ainsi appelée parce que la commission
liturgique chargée de la réforme après Vatican II a travaillé sous la
responsabilité ultime du Pape) met plutôt en lumière l'aspect général de la messe,
à savoir la Communion ; ce qui a pour résultat de transformer le Sacrifice en
ce qu'il est permis d'appeler un repas. La place importante accordée aux
lectures et à la prédication dans la nouvelle messe, la possibilité même
laissée au prêtre d'ajouter des explications et propos personnels, est une
réflexion de plus sur ce qu'il est légitime d'appeler une adaptation à l'idée
protestante du culte.
Le
philosophe français Jean Guitton dit que le pape Paul VI lui confia que c'était
dans son intention à lui de rapprocher autant que possible la nouvelle liturgie
catholique du culte protestant. Évidemment, il faut vérifier le sens véritable
de cette remarque, puisque tout l'enseignement de Paul VI fait preuve de son
absolue orthodoxie - tout particulièrement son excellente encyclique de 1965
sur l'Eucharistie, Mysterium Fidei, publiée avant la clôture du concile, ainsi
que le Credo dit Peuple de Dieu. Alors, comment expliquer cette déclaration
contradictoire ?
Poursuivons notre étude et essayons de
comprendre la nouvelle position de l'autel et d u prêtre. Selon les études toit
à fait fondées de Mgr Klaus Gamber sur la place de l'autel dans les anciennes
basiliques à Rome et ailleurs, le critère de l'ancienne position n'était pas
que l'autel doit être placé face à l'assemblée des fidèles, mais qu'il doit
plutôt être tourné vers l'orient, symbole du soleil levant que représente le
Christ, Celui que nous devons adorer. La toute nouvelle place de l'autel, ainsi
que la position du prêtre face à l'assemblée - interdites autrefois- deviennent
aujourd'hui le signe d'une messe conçue comme réunion de la communauté.
Par
ailleurs, dans l'ancienne liturgie, le Canon est le centre d e la messe,
comprise comme Lin Sacrifice. Selon l'attestation du concile de Trente, le Canon
se réfère lui-même à la tradition des apôtres ; il a été substantiellement
complété a u temps de Grégoire le Grand, en l'an 600. L'Église romaine n'avait
jamais eu d'autres Canons. Le passage même du mysterium fidei dans la
Consécration est, de façon évidente, l'apport explicite d'Innocent III lors de
l'intronisation de l'archevêque de Lyon. Je ne sais si la plupart des
réformateurs de la liturgie connaissent ce fait. Saint Thomas d'Aquin consacre
tout un article pour justifier ce mysterium fidei. Et le concile de Florence
confirma explicitement le mysterium fidei dans la forme de la Consécration.
De nos
jours, le mysterium fidei a été éliminé des paroles de la Consécration dans la
nouvelle liturgie. Pourquoi donc ? La permission a également été donnée de dire
d'autres Canons. Le second Canon - qui ne mentionne pas le caractère
sacrificiel de la messe - a sans doute le mérite d'être le plus court, mais il
a, de fait, supplanté partout l'ancien Canon romain. C'est ainsi que nous avons
perdu le sens théologique profond donné parle concile de Trente.
Le
mystère du Sacrifice divin est actualisé dans tout rite, même si cela se fait
de différentes façons. Dans le cas de la messe latine, le concile de Trente
attira l'attention sur la lecture silencieuse du Canon en latin. Chose qui est
abandonnée dans la proclamation du Canon à voix haute dans la nouvelle messe.
En
troisième lieu, la réforme qui a suivi Vatican II a détruit ou changé la
richesse de nombreux symboles liturgiques (même si le sens de ces symboles a
été conservé dans les rites orientaux). Le concile de Trente avait souligné
l'importance de ce symbolisme.
Même un
célèbre psychanalyste athée a déploré ce fait, en nommant le second concile du
Vatican, le « concile des Comptables ».
La
messe vulgarisée
La
réforme liturgique a totalement détruit un principe théologique qui, pourtant,
a été affirmé, et par le concile de Trente, et parle second concile du Vatican
après une longue et sérieuse discussion (j'y assistais et je peux confirmer que
la constitution conciliaire l'a clairement et substantiellement réaffirmé dans
le texte final). Ce principe est que la langue latine doit être conservée dans
le rite latin. Tout comme le permettait le concile de Trente, la langue
vernaculaire n'a été admise par les pères conciliaires de Vatican il que comme
une exception.
Mais
dans la réforme de Paul VI, l'exception est devenue une exclusivité. Les
raisons théologiques du maintien du latin pour la messe, statuées par les deux
conciles, nous paraissent bien justifiées lorsque nous voyons les conséquences
de l'utilisation exclusive de la langue vernaculaire introduite par la réforme
liturgique. La messe elle-même a souvent été vulgarisée par l'emploi du
vernaculaire, et de très sérieuses incompréhensions et erreurs doctrinales sont
le résultat de la traduction du texte original latin.
En
outre, il n'était pas permis autrefois d'employer la langue vernaculaire pour
les personnes qui étaient non seulement illettrées mais également totalement
étrangères les unes aux autres. De nos jours, les différents dialectes et
langues des catholiques de tribus et nations diverses, peuvent être utilisés
pour le culte, et nous vivons dans un monde qui devient de jour en jour plus
étroit: cette Babel de cultes publics a pour résultat la perte de l'unité
externe au sein de l'Eglise catholique, présente pourtant dans le monde entier,
autrefois l'Eglise étant unifiée en une commune voix. Par ailleurs, cette
situation est devenue bien des fois la cause d'une désunion interne au sein
même de la messe, laquelle devrait être l'esprit et le centre de la concorde
externe et interne des catholiques partout dans le monde. Les exemples de
désunion due à l'usage de la langue vulgaire abondent.
Ajoutons
une autre considération. Jadis, chaque prêtre du monde entier pouvait dire la
messe en latin pour toutes les communautés, et tous les prêtres comprenaient le
latin. Malheureusement, de nos jours, aucun prêtre ne peut dire la messe pour
tous les peuples ensemble. Nous devons admettre qu'en quelques décennies, après
la réforme de la langue liturgique, nous avons perdu cette possibilité de prier
et de chanter ensemble, même dans les grands rassemblements, comme les
conférences eucharistiques, ou bien dans les rencontres avec le Pape, lui qui
est le centre de l'unité de l'Église. Nous ne pouvons plus prier et chanter
ensemble.
En fin
de compte, à la lumière du concile de Trente, nous devons considérer avec
gravité l'attitude des ministres sacrés le concile a souligné combien
l'attitude des ministres sacrés est profondément reliée au ministère sacré. La
bonne attitude cléricale, l'habit, le maintien, le comportement, encouragent
les gens à suivre ce que disent et enseignent les ministres du culte.
Malheureusement, l'attitude déplorable de n ombreux clercs fait souvent oublier
la différence entre le ministre sacré et les laïcs, et accentue la différence
entre le ministre sacré et l'alter Christus.
Pour
résumer nos réflexions, nous pouvons dire que les bienfaits théologiques de la
messe tridentine correspondent aux déficiences théologiques de la messe issue
de Vatican II. Pour cette raison, les « fidèles du Christ » de la tradition
théologique doivent continuer à faire part, dans un esprit d'obéissance aux
supérieurs légitimes, de leur désir fondé et de leur préférence pastorale pour
la messe tridentine.