Les épiscopats votent

« oui » au référendum

 

 

La nouvelle a été donnée « en bref », elle n’en est pas moins « sensationnelle », avec ses vingt-quatre lignes de texte ; et ses quatre lignes d’un titre que voici :« Les épiscopats européens voient

dans la Constitution [de l’Europe, celle sur quoi portera le référendum du 29 mai] un jalon pour l’unification européenne » . Cette prise de position collective en faveur de la Constitution contestée,

c’est le quotidien La Croix qui l’a annoncée vendredi dernier.

 

_ Le quotidien La Croix est en principe digne de foi quand, dans sa page « religion », il rend compte des propos, déclarations, comportements de l’épiscopat. D’ailleurs, depuis une semaine maintenant, aucun démenti n’est à notre connaissance venu contredire ou nuancer

cette prise de position massive de l’ensemble des évêques européens.

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Sur le fond, ils ont tout de même « regretté l’absence de la mention des racines judéo-chrétiennes dans la Constitution ».

 

 Regretté sans plus.

 

Cette apostasie officielle des anciennes nations chrétiennes est tout à fait secondaire et n’empêche pas de « se féliciter » des choses importantes : le « processus qui a permis

aux Constituants de trouver un compromis », bravo, et « la place centrale du respect de la dignité de l’homme [et] le droit à la vie réaffirmés au sommet du préambule ».

 

Ces choses-là « vont dans le sens des convictions des Eglises catholiques ». On aurait pu croire que les principales « convictions des Eglises » concernaient la divinité de

Jésus-Christ et par suite la gravité prioritaire de l’apostasie des nations, officiellement confirmée par la Constitution européenne en voie de ratification ; et qu’elle empêcherait

radicalement de « se féliciter » d’une telle Constitution. Mais non.

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Mais non, on « se félicite » du « respect de la dignité de l’homme », en feignant d’ignorer que cette dignité officielle consiste, selon la laïcité républicaine, à ne reconnaître « ni Dieu ni maître » qui soit supérieur  à la loi civile et aux consciences individuelles. Quant au « droit à la vie », il est « réaffirmé »… par des gouvernements qui n’arrêtent pas de pratiquer une politique d’avortements en masse.

 

Nous ressortir avec admiration, et comme décisifs, des clichés aussi trompeurs, est une dérisoire fumisterie.

 

_ La véritable dignité de la nature humaine est celle qui a été créée par Dieu d’une manière admirable (Deus qui humanae subtantiae dignitatem mirabiliter condidisti) et

qui a été rétablie par Dieu d’une manière encore plus admirable (et mirabilius reformasti), ainsi que le répètent à chaque messe les prêtres (éventuellement les évêques) qui célèbrent

le rite romain traditionnel ; et non pas cette « dignité » par laquelle l’homo democraticus s’arroge le droit souverain de rejeter la loi morale) naturelle, d’honorer l’homosexualité

et de rendre obligatoire la mixité des sexes, des ethnies, des nations, des cultures, des religions, dans un métissage universel.

_

On peut comprendre que les épiscopats européens n’aient aucune envie de se dresser dans une révolte frontale contre les gouvernements et leurs majorités (le plus souvent artificielles). Mais au lieu d’approuver une Constitution aussi contestable, charte fondamentale d’un

club anti-chrétien ouvert à la Turquie, ils pourraient au moins s’en tenir à une réserve prudente, supposée impliquer une réprobation implicite et distinguée. Leur attitude

actuelle est invraisemblable.

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Tellement invraisemblable que l’on se prend à douter. Et à y regarder

de plus près.

Les quatre lignes du titre de La Croix constituent une fausse nouvelle, selon un procédé fréquent dans l’« information religieuse » : un « président », une « commission » ou

un « comité » s’expriment, mais on oublie de préciser que, fussent-ils épiscopaux, ils n’engagent pas un épiscopat dans son ensemble ; la plupart du temps, ils ne l’ont même

pas consulté, ni averti. En l’occurrence il s’agissait seulement d’un certain Joseph Homeyer s’entretenant avec le tristement célèbre José Manuel Barroso, président à

Bruxelles de la Commission européenne.

 

Cet Homeyer est lui-même président de la Comece, c’est-à-dire la « commission des épiscopats de la communauté européenne ». Ses déclarations ne résultent pas d’un consensus unanime des épiscopats concernés. Elles sont tout au plus un signe. De mauvais augure.

 

JEAN MADIRAN (Présent, du 17 mars 2005)

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