Flash Info au 6 février

 

Benoît XVI entrera en retraite de carême dimanche 10 février

 

Brèves

 

La retraite de carême du Pape Benoît XVI et de la Curie Romaine débutera le dimanche 10 février. Les exercices spirituels seront prêchés par le Cardinal Albert Vanhoye, SJ, ex Secrétaire de la Commission biblique pontificale. Le thème de méditation est tiré de l'Epître aux Hébreux: "Dans le Christ reconnaissons notre grand prêtre. Ayant un prêtre souverain qui a traversé les cieux, Jésus le Fils de Dieu, tenons ferme notre profession de foi".

Cette retraite commencera à 18 h en la chapelle Redemptoris Mater par les vêpres, la première médiation, l'adoration et la bénédiction eucharistiques. Les jours suivants: à 9 h laudes et méditation, à 10 h 15 tierce et méditation, à 17 h méditation, à 17 h 45 vêpres, adoration et bénédiction eucharistiques.

Les exercices spirituels du Pape et de la Curie romaine prendront fin samedi 16 à 9 h par les laudes et une méditation conclusive. Le temps de la retraite, les audiences privées comme l'audience générale du mercredi sont suspendues.

 

Message de Carême  2008 de Benoît XVI :sur le sens de l’aumône

 

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Motu Proprio de Benoît XVI et la prière pour les juifs

 

Dans la rubrique Théologie

L'Osservatore Romano publie aujourd'hui une note de la secrétairerie d'Etat qui annonce que:

Texte intégral du communiqué

En se référant aux dispositions contenues dans le  Motu Proprio  « Summorum Pontificum », du 7 Juillet 2007, sur la possibilité d'utiliser la dernière rédaction du Missale Romanum, antérieur au Concile Vatican II, publié en 1962 avec l'autorité du bienheureux Jean XXIII, le Saint Père Benoît XVI a décidé que l'Oremus et pro Iudaeis de la Liturgie du Vendredi Saint contenu dans le Missale Romanum soit remplacé par le suivant texte :

Oremus et pro Iudaeis
Ut Deus et Dominus noster illuminet corda eorum, ut agnoscant Iesum Christum salvatorem omnium hominum.
Oremus. Flectamus genua. Levate.
Omnipotens sempiterne Deus, qui vis ut omnes homines salvi fiant et ad agnitionem veritatis veniant, concede propitius, ut plenitudine gentium in Ecclesiam Tuam intrante omnis Israel salvus fiat. Per Christum Dominum nostrum. Amen.


Ce texte devra être utilisé, à partir de l’année courante, dans toutes les Célébrations de la Liturgie du Vendredi Saint avec le Missale Romanum.

Du Vatican, de 4 février 2008.

- Pro Iudaeis

Erik Peterson montrait déjà en 1936 par son analyse de la signification de 'perfidus' et 'perfidia' dans la littérature patristique, que ces mots se réfèrent avant tout à la perte de la foi chrétienne. Ce n’est qu’à l’époque médiévale que le mot perfidia acquiert dans la prière du Vendredi Saint le sens d’une condamnation morale indue du peuple de l’Ancienne Alliance

La crainte que le Motu Proprio du Pape Benoît XVI autorisant l’usage du Missel de saint Pie V ne réintroduise l’expression “perfidie juive” à l’intérieur de la prière d’intercession du Vendredi Saint et ne risque ainsi de favoriser des sentiments anti-juifs et antisémites, a reporté récemment l’attention sur cette expression.

Comme l’a écrit Sergio Luzzatto, le 19 août dernier, sur le Corriere della Sera, cette crainte est absolument infondée « puisque Benoît XVI a libéralisé l’emploi du Missel tridentin dans sa version de 1962, dont ont déjà été éliminées les formules sur les perfides Juifs et la perfidie juive ».

Mais la question reste d’actualité et elle est réapparue très récemment dans les débats. Aussi n’est-il peut-être pas inutile de montrer comment l’interprétation qui a été donnée au Moyen Âge de cette expression et les gestes qui l’ont accompagnée ont transformé le sens originaire l’expression et l’ont rendue totalement indue.

Pour ce faire, nous relirons l’article “Perfidia iudaica” qu’Erik Peterson écrivit dans la lointaine année 1936, mais qui reste, par bien des aspects, très actuel. Cet article fut publié sur la revue des Lazaristes Ephemerides liturgicae qui fête cette année son cent vingtième anniversaire. Tous nos vœux!

Protestant de lointaine origine suédoise et chercheur passionné de la vérité (ce que ses anciens et ses nouveaux coreligionnaires lui imputeront, taxant sa quête de romantique sans vouloir se souvenir qu’il marche en cela sur les traces de Justin et d’Augustin), Peterson, après être passé dans plusieurs universités allemandes, débarqua en 1930 à Rome et dans le catholicisme romain grâce, entre autres, à ses relations d’amitié avec une famille juive de Munich, chez laquelle il avait séjourné et qui l’avait aidé.

On a recommencé, à partir des années quatre-vingt, à citer fréquemment Der Monotheismus als politisches Problem, une œuvre de 1935. Le dernier à l’avoir fait en Italie est Enzo Bianchi, le 14 octobre dernier, sur La Stampa. Et à bon droit, vu que le bipolarisme théologie libérale/théologie politique, dont Peterson avait montré l’incohérence par rapport aux origines et à l’originalité du christianisme, semble être proposé aujourd’hui comme la seule alternative possible. Mais beaucoup d’autres textes de Peterson, eux aussi importants, comme Das Buch den Engeln de la même année 1935 (édité en Italie après la guerre, toujours par les soins des Lazaristes, et considéré par l’éminent patrologue Jean Daniélou comme un chef d’œuvre), ne sont connus que des spécialistes, ne serait-ce que parce que beaucoup d’entre eux n’ont pas été traduits.

L’article que nous examinons et dont nous tirons toutes nos citations semble appartenir à cette dernière catégorie.

La première partie de l’article met en évidence à travers la traduction de la liturgie du Vendredi Saint dans les langues modernes, que les expressions perfidia iudaica et perfidi Iudaei étaient encore traduites dans les années Vingt et Trente du siècle dernier de façon indue. La traduction se référait en effet à une infidélité ou une obstination spécifique du peuple élu, au point de constituer un véritable jugement moral sur ce peuple. Sauf une louable exception, écrit Peterson (p. 298), celle du « sage cardinal de Milan », Ildefonso Schuster, qui – ce n’est pas un hasard – avait reçu un avertissement quelques années auparavant de la part du Saint-Office pour avoir appelé cette formule « une superstition » (Cf. l’article de Hubert Wolf dans Historische Zeitschrift de 2004: “Pro perfidis Iudaeis. Die ‘Amici Israel’ und ihr Antrag auf eine Reform der Karfreitagsfürbitte für die Iuden [1928]”). Peterson ne pouvait pas connaître ce que l’on a su par la suite grâce à un autre article savant de Mgr Giuseppe M. Croce, publié en 2003 dans les Actes du Congrès international pour le bicentenaire de l’élection du pape Pie VII, à savoir que plusieurs évêques toscans avaient pendant un certain temps, déjà au début du XIXe siècle, totalement omis cette formule.

Peterson démontre par une analyse de la signification qu’ont dans la littérature patristique l’adjectif 'perfidus' et le substantif correspondant 'perfidia', qu’à l’origine ces termes n’indiquent rien d’autre que la perte de la foi à l’intérieur du camp chrétien. Cyprien déjà, dans le De Unitate, entend par 'perfidia' «l’incrédulité qui se diffusera dans les derniers temps et qui n’est pas seulement 'incredulitas', en tant qu’opposée à la fides, mais aussi, en tant que schisme, 'perfidia', ce qui conduit au concept d’apostasie» (p. 299). En d’autres termes, les 'perfidi' sont pour Cyprien les apostats et les schismatiques, « ceux qui ont abandonné l’Église et sa fides » (p. 300). Mais ce sont aussi les lapsi, dans la mesure où, écrit Peterson en citant toujours Cyprien (De lapsis 14), ceux-ci tombent non parce que leur foi a été combattue mais parce qu’elle avait déjà disparu avant le combat (« non fide congressa cecidit, sed congressionem perfidia prevenit »). Un paradoxe très actuel.

Quoiqu’il en soit, au-delà de ces exemples, 'perfidus' est toujours dans les écrits de Cyprien l’opposé de 'credens' et de 'fidens'.

De la même façon, chez tous les Pères suivants (de Hilaire de Poitiers à Jérôme, de Paulin de Milan à Lucifer de Cagliari, de Gaudence de Brescia à Isidore, pour n’en citer que quelques-uns) le mot 'perfidia' est usé principalement en référence à l’hérésie. L’expression « arriana perfidia », par exemple, deviendra habituelle pour indiquer le manque de foi des ariens. Mais le mot ne s’applique pas seulement à l’arianisme: Beda le Vénérable dans son Historia ecclesiastica 1, 10, par exemple, peut dire de Pélage que « s’opposant à l’aide de la grâce divine, il a répandu le poison de sa perfidie en long et en large » (« contra auxilium gratiae supernae venena suae perfidiae longe lateque dispersit »).

C’est dans la littérature pseudocyprienne du IIIe et IVe siècle, écrit Peterson, que l’« on parle déjà pour la première fois, si je ne me trompe, de la 'perfidia' des Juifs et des 'perfidi Iudaei' » (p. 303). Par la suite, les Pères ci-dessus mentionnés et beaucoup d’autres utiliseront à propos aussi des juifs et même des païens les mots 'perfidia' et 'perfidus' dans le sens déjà vu 'd’incredulitas' et 'd’incredulus', et non d’une obstination et d’une infidélité particulière des Juifs.

Tout cela montre que le mot 'perfidia' ne désignait originairement, à l’époque patristique, qu’une perte de la foi concernant les hérétiques, les schismatiques et les lapsi; qu’ensuite, par extension, il a désigné le manque de foi des Juifs et des païens.

Peterson peut donc dire qu’à l’origine cette expression n’était pas réservée aux Juifs. « Il est vrai qu’à diverses reprises on parle de la ingenita perfidia des Juifs, mais cela veut seulement dire que déjà dans l’Ancienne Alliance ceux-ci étaient tombés de façon répétée dans l’incrédulité et non que le lien de l’alliance ait été brisé de manière à ce que l’on puisse parler de “perfidie” au sens originaire du terme » (p. 308).

Il faut maintenant se demander pourquoi s’est instaurée par la suite l’interprétation erronée et insultante qui est parvenue jusqu’à nous.

D’abord parce que cette interprétation fut confirmée par la rubrique qui, à partir du IXe siècle, accompagna la prière pour les Juifs: « On ne répond pas “Amen” et on ne dit pas “Prions” ni “Agenouillons-nous” ni “Levez-vous” ». Rubrique qui « obligeait presque à donner une autre signification à cette prière pour les Juifs: elle laissait désormais entendre que leur perfidie devait être interprétée à un niveau moral et payée au niveau liturgique par une modalité dramatique d’expression » (p. 309).

D’ailleurs le Sacramentaire gélasien (que nous possédons dans un texte du VIIe-VIIIe siècle), et donc la liturgie romaine, n’omet pas encore ces exhortations du diacre. Sans celles-ci, la prière pour les Juifs était une simple prière en leur faveur, pro Iudaeis, pourrait-on dire en paraphrasant le titre d’un ouvrage très récent de Valerio De Cesaris (Pro Iudaeis. Il filogiudaismo cattolico in Italia [1789-1938], Guerini e Associati, Milan 2006) et non une condamnation théâtrale.

L’absence de l’“Amen” et des exhortations “Prions”, “Agenouillons-nous”, “Levez-vous” ne se rencontre au départ qu’en territoire franc. Peterson émet l’hypothèse que, plus que d’un antisémitisme politique, ces omissions sont la conséquence d’une nouveauté liturgique introduite dans l’entre-temps; il s’agit des 'improperia', sortes de reproches, venant du monde byzantin, mis dans la bouche du Seigneur, dans la liturgie du Vendredi Saint, au moment de l’adoration de la croix. Mais cette pratique, malgré les liens très étroits établis avec les Carolingiens dans ce laps de temps, ne semble pas même exister à Rome au IXe siècle. Comme pour l’ajout du Filioque au Credo, pourrait-on dire, ce qui témoignerait que Rome s’appuyait sur la tradition plutôt que sur une quelconque alliance théologique-politique ancienne ou nouvelle.

D’ailleurs, selon Peterson, ces innovations étaient étrangères à la tradition romaine aussi d’un autre point de vue. « On ne peut nier », écrit-il, « que, derrière les 'improperia' et le développement de la prière d’intercession pour les Juifs, il y ait cet esprit de piété plein d’excitation qui contraste certainement avec la sobriété de la piété romaine » (p. 310).

Peterson note enfin l’importance qu’a eue dès le IXe siècle l’interprétation allégorique qui a ensuite généralement accompagné l’omission de la génuflexion dans la prière d’intercession pour les Juifs. Dans cette interprétation « apparaît le nouvel esprit qui se trouve aussi derrière les 'improperia' » (p. 311). Il cite Amalaire de Metz qui écrivait à ce sujet: « Dans toutes les oraisons nous nous agenouillons pour indiquer à travers cette attitude du corps l’humilité de l’âme, sauf quand nous prions pro perfidis Iudaeis. En effet ceux-ci en pliant les genoux faisaient d’une mauvaise manière un acte bon en soi parce qu’ils le faisaient en feignant. Nous, nous évitons de nous agenouiller dans l’oraison pour les Juifs, pour montrer que nous devons fuir les actes de simulation » (De ecclesiasticis officiis 1, 13).

En réalité, conclut Peterson, ce sont les soldats romains et non les Juifs, comme quelques auteurs médiévaux l’avaient déjà fait remarquer, qui s’inclinèrent par dérision devant le Seigneur. Et cela ne fait que prouver que la pratique comme l’interprétation de la nature particulière de la prière pro perfidis Iudaeis ne furent qu’une invention. Rien à voir avec la liturgie.