JUAN CARLOS SERA-T-IL EXCOMMUNIE ?

 

-« Un vent de fronde, en Espagne, contre ce qu’elle appelle « le mariage » des homosexuels ».

 

 

La question peut sembler étrange, voire inconvenante, mais, il faut la poser. Rappelons d’abord que le 28 mars 2003 le pape Jean-Paul II publiait un document (sans doute rédigé par le cardinal Ratzinger) dans lequel il indiquait que « tous les fidèles sont tenus de s’opposer à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles ». Par ce texte, il entendait être « utile aux évêques » et « éclairer l’action des hommes politiques ». Pratiquement, il enjoignait avec fermeté tous les fidèles à « s’opposer » à cette reconnaissance juridique « de manière claire et incisive. Il faut s’abstenir de toute forme de coopération à la promulgation ou à l’application de telles lois » et donc « revendiquer le droit à l’objection de conscience ».

Cela s’applique, certes, au pacs, mais plus encore au « mariage » homosexuel. Le Pacs prépare le « mariage », mais n’en est pas un. On doit néanmoins s’y opposer. Au passage déplorons que les évêques de France n’aient pas donné tout l’écho qui conviendrait à ce document. Or, en Espagne, le gouvernement socialiste a bel et bien instauré ce qu’il appelle « le mariage gay ». L’épiscopat espagnol, appuyé par le cardinal Alfonso Lopez Trujillo, président du conseil pontifical pour la famille, a donc rappelé, aux élus catholiques mais aussi aux fonctionnaires municipaux, le devoir d’opposer leur objection de conscience en refusant d’enregistrer de tels « mariages ». Hélas ! Mariano Rajoy, chef du parti conservateur pourtant dans l’opposition, – mais est-il chrétien ? – a demandé aux élus de son parti de respecter la loi alors qu’ils se préparaient à la contester, les maires acceptant l’éventualité d’une destitution dont les socialistes les menaçaient. On est toujours trahi par les siens, en l’occurrence la fausse droite libérale. Mariano Rajoy est un libéral dont un autre Espagnol, José Antonio Primo de Rivera, donnait la définition suivante : « C’est quelqu’un qui croit que son adversaire a raison. »

Mais la loi ne peut entrer en vigueur que ratifiée par le souverain Juan Carlos, ce qui n’est pas encore fait : « En tant que roi catholique, Juan Carlos est concerné par l’appel à l’objection de conscience lancé par l'Église », a indiqué le porte-parole de l’épiscopat. Et de lui suggérer de « suivre l’exemple de feu le roi des Belges, Baudouin 1er ». Rappelons que ce dernier s’était fait reconnaître dans l’incapacité d’exercer ses fonctions pen­dant 36 heures en avril 1990 pour ne pas signer une loi autorisant l’avortement. On parle toujours de sa béatification éventuelle. Juan Carlos a répondu avec une ironie déplacée, eu égard à la gravité des circonstances, « qu’il était le roi d’Espagne et pas celui de Belgique ». Il a pourtant en commun avec Baudouin d’être catholique. Plus sérieusement, le porte-parole de la maison royale a précisé que le roi avait toujours « avalisé les lois votées au Parlement indépendamment de son opinion personnelle, afin de respecter les règles démocratiques ». Autrement dit, il va signer la loi, oubliant qu’au-dessus des « règles démocratiques », il y a la loi naturelle dont, en tant que souverain temporel, il a aussi la garde. Que la loi civile doive être conforme à la loi naturelle n’est pas « une opinion personnelle » mais une exigence universelle !

Ce scrupule « démocratique », Juan Carlos ne l’a pas toujours eu ! Il fut couvé comme son fils spirituel par le général Franco, qui n’était pas un grand démocrate, et l’on ne souvient pas que Juan Carlos ait jamais réclamé au temps du « dictateur » un régime plus démocratique. Juan Carlos n’a-t-il pas été officiellement nommé « prince d'Espagne » le 19 juillet 1974, au moment où Franco alors gravement malade lui confia l'intérim de ses fonctions ? Il a même accepté cette nomination sans requérir auparavant l’aval du Parlement ! Le plus important, toutefois, n’est pas là. Il est dans la méconnaissance de l’enjeu : si la démocratie n’est limitée par aucune autre loi supérieure, alors tout devient possible. Il est du devoir de l’Eglise, gardienne de l’ordre naturel, de le rappeler car si elle ne le faisait pas, qui donc le ferait dans ce monde ?

Souvenons-nous qu’en 1935, deux ans après sa prise de pouvoir, Hitler promulgua les premières lois antisémites. Elles portaient sur… le mariage ! Dans un discours à Nuremberg, Adolf Hitler déclara : « Pénétré de la conviction que la pureté du sang allemand est la condition de la conservation du peuple allemand et animé de la volonté inflexible de garantir la nation allemande à jamais, le Reichstag a adopté à l'unanimité la loi suivante qui est promulguée ci-après :

« article premier. Les mariages entre juifs et habitants du Reich de race allemande ou parents sont interdits. Les mariages qui auraient été contractés nonobstant cette interdiction sont nuls, même si, dans le dessein de tourner la loi, ils ont été conclus à l'étranger…

« article 2. Les relations en dehors du mariage, entre juifs et habitants de race allemande ou parents, sont interdites. »

Pie XI, après maints avertissements, condamna solennellement de telles pratiques et le nazisme lui-même dans l’encyclique Mit brennender Sorge, en 1937. Pourtant, Hitler avait été démocratiquement porté au pouvoir en 1933 et les lois interdisant le mariage entre juifs et aryens avaient été adoptées « à l’unanimité » par le Reichstag. Quels démocrates aujourd’hui songeraient à dire que Pie XI avait tort de ne pas respecter la loi des urnes ? Pour avoir suivi leur conscience, éclairée par le pape, des milliers de catholiques allemands périrent dans les camps de concentration.

Juan Carlos sera-t-il excommunié ? Nous n’en sommes pas là encore. Il a encore le temps de changer d’avis même si, apparemment, il n’est pas du bois dont on fait les martyrs. Mais sa haute responsabilité et l’exemple qu’il constitue pour le peuple espagnol pourraient entraîner une telle mesure. D’autant qu’on remarquera que Benoît XVI vient de nommer, pour lui succéder comme préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal américain William Joseph Levada, archevêque de San Francisco et responsable de la doctrine pour l’Eglise nord-américaine. C’est à ce titre qu’il avait pris la tête des évêques exigeant que l’on refuse la communion aux hommes politiques favorables à l’avortement, dont John Kerry.

Ne doutons pas, hélas ! qu’un jour ou l’autre, en France, on instaurera aussi le « mariage » homosexuel. C’est dans cette direction que la misère morale de ces temps nous porte. Peut-être nos évêques n’auront-ils pas le courage de leurs confrères espagnols pour rappeler les hommes d’Etat catholiques à leur devoir, mais ces derniers ne seront pas dispensés pour autant de choisir entre leur carrière et ce que leur dicte leur conscience. Sans doute si, lors de la discussion de la loi criminelle Veil, l’épiscopat avait fait preuve de plus fermeté, il serait plus aisé aujourd’hui de réagir face au « mariage » contre nature !

Un détail qui est aussi un avertissement posthume de Jean-Paul II : quoique le document appelant à l’objection de conscience fût approuvé le 28 mars 2003, le pape décida qu’il serait daté du 3 juin. Or, le 3 juin est consacré dans le martyrologe à « saint Charles Lwanga et ses compagnons martyrs ». Ces chrétiens furent mis à mort, au XIXè siècle parce qu’ils s’opposaient publiquement à l’homosexualité de leur roi. C’est donc au martyre que nous préparait Jean-Paul II ou, tout au moins, à la persécution.

P.R

Bulletin d’André Noël N° 1956