Flash-Info au 25 mars 2008

 

 

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Au sujet du  drame de Chantal Sébire

 

Communiqué de Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus Toulon.

 

 

Chantal Sébire a été retrouvée morte à son domicile. Son décès marque l'issue d'un drame humain atroce qui a été largement médiatisé. Sa maladie défigurative et incurable a fait l'objet d'un vaste débat sur la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté.

Il faut se garder d'instrumentaliser la tragédie particulière d'une personne qui lutte avec la mort. La législation actuelle est claire. Elle n'autorise pas l'euthanasie qui serait la complicité par l'État et le corps médical de la destruction d'une personne. L'acceptation légale du meurtre volontaire d'un malade de la part des médecins et de la société ferait vaciller les principes fondamentaux sur lesquels sont fondés le vivre ensemble et le respect de chacun.

On ne peut disposer de la vie d'autrui. Confronté au problème de la mort, le médecin est d'abord au service de la santé. Le Code de déontologie médicale le rappelle : «Le médecin n'a pas le droit de provoquer délibérément la mort .»

U ne société ne peut décider qui doit vivre et qui doit mourir et si telle vie vaut la peine d'être vécue. Un passé récent souligne les dangers eugénistes que ferait encourir une telle dérive. En viendra-t-on à refuser de réanimer quelqu'un qui aurait décidé de se suicider ? Pour supprimer la souffrance, doit-on supprimer la vie ?

Le cadre législatif actuel sur l'accompagnement vers la fin de vie propose des solutions palliatives qui respectent, à la fois le caractère inviolable de la vie humaine et, d'autre part, le refus d'un acharnement thérapeutique, qui mettrait en œuvre des moyens disproportionnés.

Dans certains cas, le médecin pourra proposer des sédations avec un effet anesthésiant ou l'utilisation adaptée d'antalgiques, en phase terminale. Il revient aux spécialistes de la douleur de définir les justes prescriptions pour soulager les souffrances et les douleurs, tout en ne provoquant pas activement la disparition d'un être humain, car sa vie est sacrée.

La méditation sur la Passion du Christ que les chrétiens viennent de vivre au cœur de la Semaine sainte peut éclairer la manière dont les croyants abordent la question de la mort et de la souffrance qui l'accompagne. L'agonie de Jésus souligne le caractère intolérable de la mort d'un Juste innocent.

 

 

Communiqué de presse de Jean-Marie LE PEN

Le remue-ménage savamment orchestré pour la légalisation, franche ou hypocrite, de l’euthanasie, à partir d’un terrible drame personnel, est indigne de la France.

Ce vendredi saint vient à point nommé pour montrer aux croyants comme aux incroyants que le mystère de la souffrance et de la mort mérite une tout autre réflexion que les jugements à l’emporte-pièce d’idéologues politico-médiatiques prêts à balancer par-dessus bord la sagesse immémoriale de notre civilisation.

 

 

Euthanasie, un débat suicidaire

La chronique d’Alain-Gérard Slama dans le Figaro du 24 mars 2008.

 
Chantal Sébire aurait voulu que le cancer incurable qui lui rongeait le visage, et dont elle ne pouvait plus endurer la souffrance, fût l'occasion de faire voter en France une loi sur l'euthanasie. Un débat national s'est aussitôt enflammé en sa faveur. Des associations ont fait campagne pour que notre pays suive, dans ce domaine, l'exemple des Pays-Bas et de la Belgique, qui ont ouvert la voie en 2001 et 2002. Les médias ont exploité le drame en publiant, à l'appui, les photographies insoutenables que la malade s'était longtemps refusée à livrer à la compassion publique. Au début de la semaine dernière, la justice rejetait l'autorisation de subir l'injection létale que celle-ci avait demandée.

Deux jours plus tard, la nouvelle du décès de Chantal Sébire chez elle, à Plombières-lès-Dijon, provoquait une nouvelle ruée médiatique, à propos des circonstances de sa mort. Après avoir formulé quelques scrupules, le procureur a ajouté l'acharnement judiciaire à l'acharnement thérapeutique en faisant procéder à une autopsie. On ne saurait mieux illustrer la formule de Bernanos, au début de ses Grands Cimetières : «L'homme a le cœur dur et la tripe sensible.»

Le «cœur dur», parce que, en l'espèce, la seule attitude humaine eût consisté, de la part du ministère public, à respecter la dépouille de la morte et à laisser en paix les proches qui l'ont sans doute assistée. Le suicide est vieux comme l'Antiquité et présent dans toutes les civilisations. Aux yeux de ceux qui connaissaient la disparue, il est probable que son choix donnait son sens à sa personnalité et par là même, à sa vie. Cette ultime signature au bas de son existence, apposée dans un cadre privé, ne devrait concerner ni la justice, ni les Églises, qui, face au suicide, sont, de fait, de plus en plus souples dans leur refus des derniers sacrements. S'il concerne la société, c'est, en amont, à travers l'obligation qui incombe à cette dernière de développer la recherche médicale, et de permettre au médecin de demeurer fidèle à son serment, qui est de soigner, ou, à défaut, de soulager le malade en dispensant les soins palliatifs qui détournent des solutions désespérées.

La «tripe sensible» est apparue, en revanche, dans la légèreté avec laquelle, sous l'emprise de l'émotion, la remise en cause par la loi d'un principe fondamental de notre civilisation a été jugée possible. Le «droit de mourir dans la dignité» a été, à cette occasion, l'argument le plus constamment invoqué. Or, de même que la société doit savoir ne pas se mêler des décisions qui relèvent de la vie privée, elle ne doit pas davantage céder, sur un sujet aussi central que l'euthanasie, à la tentation de légiférer de façon générale dans le but de résoudre un problème particulier. Elle doit se l'interdire, non parce que ce serait violer un commandement de Dieu, mais parce que ce serait briser l'un des derniers tabous anthropologiques qui fondent précisément la dignité de l'homme en interdisant à celui-ci de s'aliéner totalement entre les mains de la société, en déléguant à celle-ci, via l'hôpital, la responsabilité de lui administrer une «mort douce», dans des conditions que la loi serait censée fixer et encadrer. Pour éviter une telle dérive, la France a choisi la solution la plus respectueuse de la dignité humaine, avec la loi Leonetti du 22 avril 2005, qui autorise, non l'euthanasie, mais la cessation de l'acharnement thérapeutique dans les cas désespérés, sous réserve que le médecin ait la caution de son équipe, et qu'il ait le «consentement éclairé» préalable du malade, ou, à défaut, de son représentant. A contrario, les Pays-Bas et la Belgique ont justifié leurs lois d'euthanasie en invoquant l'argument de la «transparence», et la nécessité d'éviter les abus.

En réalité, les «critères de minutie» prévus dans ces lois pour en limiter le champ d'application substituent des clauses techniques aux clauses de conscience. Comme dans le cauchemar du Brave New World de Huxley, la préférence pour la mort consentie, mise en balance avec les difficultés matérielles et psychologiques du soin palliatif, touchait 4 000 personnes en 2001. Loin d'éviter les abus, elle en concerne au moins 9 000 aujourd'hui. Et, sous couvert de «transparence», ces textes, franchissant les frontières, risquent d'étendre sur la civilisation européenne une vague de nihilisme proprement suicidaire.

Voici que, après avoir écarté la mort de la vie, les sociétés hyperprotégées par l'État-providence ne peuvent plus supporter le spectacle de la maladie. Et voici surtout que, sous l'emprise du relativisme, elles croient possible de concevoir qu'il y ait, d'un côté, une morale qui s'impose à la conscience, et de l'autre, des cas particuliers, que les progrès fulgurants des techniques nouvelles rendraient de plus en plus nombreux, et que les comités d'éthique auraient pour mission de traduire en termes immédiatement exploitables par le pouvoir politique.

Le Pr Didier Sicard, personnalité rayonnante qui a présidé pendant neuf ans le Comité consultatif national d'éthique, s'en est inquiété avec force dans un essai, L'Alibi éthique (Fayard), qui témoigne d'une expérience irremplaçable. Prétendre légiférer en matière «éthique» autrement que pour rappeler les principes, aboutit à relativiser ces principes, sous prétexte de les mettre en accord avec les mœurs, et à asseoir ainsi l'arbitraire d'une morale d'État, dont la logique est totalitaire.