Témoignage

 

par l'abbé Raymond Dulac

 

SS. LE PAPE PAUL VI a pris, ces derniers mois, une détermination assez importante pour qu'il ait cru pouvoir dire qu'elle ouvrait « une ère nouvelle dans la vie de l'Eglise » (Alloc. du 19 nov. 1969) : il a entrepris d'ajouter - ou de substituer ? - à l'ordonnance du rite romain de la Messe, en usage depuis dix à quinze siècles, un rite tout nouveau, confectionné, depuis trois ou quatre ans, par une commission d' « experts »..

 

Commentant lui-même l'événement, le Souverain Pontife a déclaré, ce même 19 novembre :

 

« Le changement a quelque chose de surprenant, d'extraordinaire, la Messe étant considérée comme l'expression traditionnelle, intangible, de notre culte religieux, de l'authenticité de notre foi. »

 

Et, le 26

 

« Ce changement... touche notre patrimoine religieux héréditaire, qui semblait... devoir porter sur nos lèvres la prière de nos ancêtres et de nos Saints ; nous donner, à nous, le soutien d'une fidélité à notre passé spirituel, que nous rendions actuel pour le transmettre ensuite aux générations à venir. »

 

On ne nous l'a pas dit, mais nous le supposons : Paul VI devait avoir des sanglots dans la voix en annonçant cette révolution subite et spontanée, dont il acceptait de prendre la responsabilité devant les Anges et devant les hommes.

 

Une pareille révolution, même préparée, depuis la fin du Concile, par de petites démolitions graduelles, presque imperceptibles, ne pouvait pas ne point susciter, dans le monde catholique - et même le monde profane - une énorme émotion.

 

Celle-ci s'est manifestée de bien des façons, mais son expression la plus saisissante a été la lettre adressée, au mois d'octobre, à Paul VI, par deux cardinaux de l'église romaine : Ottaviani et Bacci.

 

Cette lettre, dépassant de très haut la considération, à soi seule capitale, d'un bouleversement radical et soudain du plus sacré des rites, cette lettre ne craignait pas d'affirmer :

 

«  La nouvelle ordonnance de la Messe représente, dans son ensemble et dans ses détails, un impressionnant éloignement de la théologie catholique de la S. Messe, telle qu'elle fut formulée dans la Session XXIle du Concile de Trente (...) De tout temps, les sujets, au bien desquels une loi est destinée, ont eu, quand la loi se révèle au contraire nuisible, le devoir de demander au législateur l'ABROGATION de celle-ci. »

 

Ces deux puissantes voix suffisaient largement à donner une confirmation incontestable à une résistance qui allait d'une réserve mesurée jusqu'au refus total.

 

Le directeur d'ITINÉRAIREs a désiré qu'un simple prêtre, revêtu d'aucun titre d'autorité dans l'Eglise, fît entendre, à côté de ces hautes paroles, celle de son expérience sacerdotale pure et simple, et qu'il manifestât la position personnelle qu'il prenait à l'égard de la nouvelle messe. Je suppose que Jean Madiran s'est adressé à ma modeste personne pour deux raisons d'abord parce que j'avais reçu, de 1924 à 1926, l'enseignement de l'église romaine, au Séminaire français et à l'Université Grégorienne sous des maîtres qui s'appelaient Lazzarini (élève du cardinal Billot), de la Taille, Cappello..., à côté de condisciples qui sont aujourd'hui élevés aux plus hautes dignités ecclésiastiques : les cardinaux Garrone, Lefebvre, les évêques Michon, Johan, Jenny, Théas, Vion, de la Chanonie, etc... (- pour ne parler que des français).

 

Je pouvais, à ce titre, témoigner à côté d'eux, cinquante ans après, de ce qu'était la doctrine commune, incontestée, très ferme, officielle, de l'église de Rome, sur la théologie et la liturgie de la Messe.

 

A cette qualité de témoin pouvait s'ajouter l'expérience assez variée d'un vicaire de ville, d'un curé de campagne, d'un professeur de philosophie, d'un prédicateur de retraites et (par aventure) d'un avocat d'officialité.

 

Enfin, mon ami Jean Madiran prenait sur lui de supposer que je pourrais, sur un sujet difficile, dans une circonstance redoutable, parler avec l'indépendance d'un homme qui n'espère plus (si même il en a eu, un jour, l'illusion) porter les insignes d'un chanoine, d'un camérier ou d'un décoré de l'Etat républicain.

 

Je vais donc, mon cher Directeur, vous apporter mon témoignage, un simple témoignage.

*

*     *

L'exposé de ma position devrait, pour être complet, répondre à deux questions

 

I. - A ne la considérer que dans sa FORME seule, la Constitution de Paul VI qui « promulgue » la nouvelle messe est-elle revêtue des caractères qui en font une Loi véritable, créant une obligation juridique ?

 

II. - Dans l'affirmative à la question précédente, cette loi peut-elle, sous un autre aspect, être REFUSÉE par les sujets, parce que : NUISIBLE ou INUTILE, ou IMPOSSIBLE, c'est-à-dire, enfin, parce que contraire au bien commun de l'Eglise, considéré non pas seulement pour le moment présent mais ;aussi pour un proche avenir ?

 

Je ne répondrai, aujourd'hui, qu'à la première question :

 

LE NOUVEL ORDO MISSAE PORTE-T-IL UNE OBLIGATION JURIDIQUE, STRICTEMENT DITE ?

 

Nous répondons : NON.

 

Pour plusieurs raisons, dont voici les principales

 

1 . Un acte de l'Autorité n'a force de Loi que si cette Autorité manifeste, clairement et sans équivoque, qu'elle entend obliger ses sujets.

 

La seule expression soit d'une « directive ', soit d'un conseil, soit d'un désir ne suffit pas.

 

Même la manifestation d'une simple volonté serait sans valeur et inopérante : il faut, en plus, que cette volonté se déclare comme une volonté d'OBLIGER.

 

Or, pour des raisons connues de lui, le Pape Paul VI n'a pas exprimé dans l'acte de sa Constitution, d'une manière qui ne laisse place à aucun doute, sa volonté que le nouvel O.M. soit strictement obligatoire.

 

Donc...

 

La Majeure de ce syllogisme est connue de tous les Juristes. Dans une Consultation rédigée pour le Courrier de Rome, nous avons prouvé la Mineure. Nous nous permettons d'y renvoyer, pour aujourd'hui, le lecteur d'ITINÉRAIRES. - Il la trouvera reproduite en appendice à la suite du présent exposé.

 

2 . La Constitution de Paul VI ne légifère point sur une matière entièrement neuve : ses dispositions, quelle qu'en soit la force exacte, se présentent comme paraissant se substituer, à quelque degré, aux dispositions de la Constitution de saint Pie V : Quo primum.

 

Et donc, pour exprimer clairement le caractère exact de l'  «  obligation » nouvelle qu'il entendrait imposer, Paul VI devrait référer, dans un détail exprès, complet et précis, sa Constitution à celle de son Prédécesseur.

 

Or on paraît ignorer que les dispositions de la Constitution de Saint Pie V étaient multiples et complexes.

 

- Voici leur énoncé final

 

« En conséquence, qu'il ne soit permis à personne, absolument, d'enfreindre... le texte présent de Notre permission, statut, ordonnance, commandement, précepte, concession, indult, déclaration, volonté, décret et défense. Si quelqu'un entreprenait un attentat de cette sorte, qu'il sache qu'il encourra l'indignation du Dieu tout-puissant et des bienheureux Apôtres Pierre et Paul. »

 

Onze termes, onze, soigneusement choisis et affirmés ! Même si l'on voulait tenir l'un ou l'autre pour synonymes, ils manifesteraient au mains, par leur insistance, la fermeté d'une résolution. Mais on ne peut absolument pas identifier un e commandement » à une « concession », un « décret » à une « déclaration », un « indult » à une « défense ».

 

Saint Pie V sait ce qu'il veut et il veut ce qu'il dit. Il ne le laisse ni ignorer ni deviner, et la menace, à la fin, de « l'indignation » du Dieu tout-puissant et des bienheureux Apôtres, encourue par les délinquants, exprime assez la vigueur surhumaine que le Pontife de 1570 entend donner à sa décision. Il faut donc scruter attentivement celle-ci.

 

Cette décision est quintuple. La voici, dans son détail :

 

a) Le Missel édité devient obligatoire dans toute l'Eglise (latine).

 

b) A ce Missel rien ne pourra être ajouté ni retranché ; rien n'y pourra être modifié.

 

c) Tout autre Missel est prohibé.

 

d) Néanmoins, permission est donnée d'user d'un autre, dans deux cas très précis

 

- Quand cette concession a été accordée par le Siège Apostolique, dès l'institution de ce Missel.

 

- Quand cet usage peut s'autoriser d'une prescription de plus de deux cents ans.

 

e) Dans tous les cas, aucune autorité, à aucun titre, ne pourra imposer un autre Missel au prêtre qui voudra user de celui qui est édité par Saint Pie V. Le Pontife déclare concéder « à perpétuité » ce « libre et licite » usage, comme une sorte de privilège ou d'indult (« indulgemus » ), sans que le prêtre puisse encourir aucune espèce de censure ni de peine.

 

Cette cinquième disposition vise le cas du célébrant qui, à raison d'une obligation particulière, serait normalement tenu de suivre un autre Missel que celui de Pie V.

 

Il apparaît ainsi que le Missel de 1570 est doté d'un privilège qui ne pourrait être aboli que dans les conditions très exactes, requises alors par le Droit.

 

- Nous omettons, pour aller vite les dispositions suivantes, relatives aux éditions et rééditions de ce :Missel ;

 

Et, de même, la clausule finale du « NONOBSTANT », énoncée avec l'indication vraiment exhaustive des ordonnances précédentes et des coutumes que la Constitution entend expressément abroger.

 

 

Il est manifeste, dès la première lecture, que la Constitution de Paul VI a très volontairement évité pareille précision et pareille décision :

 

Les quatre cinquièmes du document sont employés à décrire tout simplement les nouveautés du nouveau Missel.

 

Quant à la partie finale, qu'on pourrait croire dispositive, le Pape ne déclare avec précision et dans les formes requises

 

Ni ce qu'il commande,

 

Ni ce qu'il prohibe,

 

Ni ce qu'il concède.

 

Quant à la clausule finale du NONOBSTANT, elle est trop générique pour que, dans le style technique d'un document de cette gravité, elle soit censée ABROGER, sans laisser de doute possible, l'acte législatif parfaitement clair de Saint Pie V.

 

Il y a donc lieu d'appliquer ici le canon 23 du Code de Droit canonique :

 

« Dans le doute, la révocation de la loi préexistante n'est pas présumée, mais les lois postérieures doivent être ramenées (trahendae) aux précédentes, et, autant qu'il est possible, conciliées avec elles ».

 

A nos yeux, il n'y a même pas de doute : Paul VI n'a certainement PAS VOULU rendre OBLIGATOIRE son missel, d'une obligation vraiment juridique.

 

3 . On peut alors se poser la question : pour quelle raison le Pontife de 1969 n'a-t-il pas voulu abroger une Loi de quatre siècles, une loi dont il fait un grand éloge, une loi qu'il ne charge d'aucune critique, une loi qui, à son origine, sanctionnait une COUTUME vieille, déjà, dans sa partie essentielle, de mille ans ; une loi, enfin, revêtue, dans ses termes, des formalités les plus solennelles ? - Il n'a point voulu, disons-nous, l'abroger, et, néanmoins, il semble lui en SUBSTITUER une autre ?

C'est assurément une grande question.

 

Il y en a une plus grande encore : pourquoi n'avoir PAS DIT clairement qu'on ne voulait pas abroger ? Pourquoi avoir laissé à des « spécialistes » le soin et peut-être le péril de le dénoncer ? Pourquoi avoir laissé naître, en certains esprits, le soupçon affreux : « Tout se passe comme si l'on n'avait osé imposer une obligation, tout en laissant croire te contraire ? »

 

Ce n'est certes pas l'Instruction du 20 octobre 1969 pour l' « application graduelle » du nouvel Ordo Missae qui est capable de lever le soupçon et d'ôter l'incertitude : si on veut l'appeler une explication, c'est l'explication de l'obscur par le plus obscur : obscurum per obscurius :

 

L'Instruction admet en effet des EXCEPTIONS à l'observation de la loi (présumée). Or celles-ci sont telles, qu'elles devraient normalement tuer le nerf de la loi, si cela en était une :

 

En effet : quelles sont ces « infirmités », ces « maladies », ces « difficultés », reconnues dans l'Instruction comme pouvant légitimement dispenser d'observer la « loi » du nouveau rite?

 

Qui les appréciera ? S'agit-il d'incapacités uniquement physiques ? Psychiques, aussi ? Définitives ? Guérissables ? - Si nous avions le cœur de rire sur un pareil sujet, nous demanderions à M. Bugnini : allez-vous instituer un Conseil de Révision à côté de la Congrégation des Rites ? Y aura-t-il des « réformés » temporaires ? Des invalides définitifs ? Pensionnés ?

 

Ensuite : qu'est-ce qu'une messe « avec peuple » ? « sans peuple » ? - S'agit-il d'une simple assistance ou bien d'une assistance doublée de ces « participants » qu'on nous énumère ailleurs : un lecteur, un chantre, un commentateur, un « communicateur », un ordonnateur des mouvements d'ensemble de l'assistance ? Car on a préparé un rôle pour ces quatre personnages (qui pourront être, paraît-il, du sexe féminin) !

 

Qui ne voit que ces indispensables précisions, si elles étaient ajoutées à une Loi qui en serait vraiment une, en feraient une loi élastique et flottante, c'est-à-dire tout le contraire d'une vraie loi ?

 

Et quelle application imaginable de pareilles minuties, de pareils artifices, dans les neuf dixièmes de nos paroisses françaises ?

 

Ah ! c'était bien la peine à M. Bugnini d'ameuter l'opinion contre le « rubricisme » de l'ancienne liturgie, pour lui substituer ce manuel de l'école de section à l'usage d'une escouade de paroissiens ?

On veut, nous assure-t-on, procurer une plus grande « participation » du « peuple » ? - Mais cette participation deviendrait, si l'on vous suivait, une figuration ! Et votre « messe », une revue !

Non, Paul VI n'a pas « voulu » obliger à tout ÇA !

 

...Ou bien, s'il l'a voulu, il l'a voulu contraint et forcé.

 

Mais s'il en est ainsi, quelle peut être la force obligatoire d'une « loi », imposée à toute la communauté par un chef, auquel une partie de celle-ci a commencé par l'imposer « souvent contre son gré » ?

 

4 . Poser une pareille question, ouvertement et en public eût été, il y a quelques mois encore, une injure atroce. Il n'en est plus de même aujourd'hui l'injure cesse, mais elle fait place à une immense pitié... ... Il n'en est plus ainsi depuis l'interviouve inimaginable accordée à un journaliste autrichien par le Cardinal Gut. - On sait que celui-ci est le Préfet de la « Congrégation pour le Culte divin », et donc le dignitaire qui préside à la réforme liturgique d'où est issue la nouvelle messe. Cette interviouve a été reproduite dans la Documentation catholique, N° 1551, du 16 novembre 1969, aux pages 1048-1949.

 

Voici le passage capital pour ce qui nous intéresse (p. 1048, col. 2) :

 

« Nous espérons que, désormais, avec les nouvelles dispositions, contenues dans les documents, cette maladie de l'expérimentation va prendre fin. Jusqu'à présent, il était permis aux évêques d'autoriser des expériences, mais on (= ?) a parfois franchi les limites de cette autorisation, et beaucoup de prêtres ont simplement fait ce qui leur plaisait. Alors ce qui est arrivé parfois, c'est qu'ils se SONT IMPOSÉS. Ces initiatives (!) prises sans autorisation, ON (= ?) ne POUVAIT plus, bien souvent, les arrêter, CAR cela s'était répandu trop loin. Dans sa grande bonté et sa sagesse, le Saint-Père a ALORS CÉDÉ, souvent CONTRE SON GRÉ. » ...

 

Nous voici donc instruits, par le personnage le plus qualifié qui soit en l'affaire, de cette circonstance assez importante : que l'auteur de ce que certains voudraient faire passer doucement pour une Loi, ne l'a point édictée LIBREMENT, et que, s'il eût été maître de son choix, il eût édicté sans doute le contraire...

 

Ne nous attardons pas à nous scandaliser d'un pareil aveu. Mais tirons-en résolument les conséquences.

*

*    *

Ces conséquences, les voici :

 

I - Par la volonté même ou la tolérance de son auteur, la Constitution de Paul VI ne promulgue pas une LOI véritable, imposant une obligation proprement juridique au for externe. - On n'y peut reconnaître qu'une sorte de « directoire », fortement conseillé, mais qui reste provisoire et facultatif.

 

II - Ce directoire, parce qu'il émane de l'Autorité Suprême, ne saurait être refusé pour la seule raison qu'il est facultatif. - Ce REFUS, s'il doit s'exprimer, devra être justifié par des RAISONS très graves, qui dépassent les considérations d'une simple préférence personnelle. - Il ne devra, en aucune façon, mettre en discussion le PouvoIR pontifical comme tel, mais concerner uniquement son application dans un cas singulier, extraordinaire ; application qui relève, chez le chef, d'une VERTU, distincte de la pure autorité et, qui est en soi, absolument faillible : la vertu de prudence politique.

 

III                                                                                   -       Ce REFUS, plusieurs RAISONS le justifient clairement à nos yeux dans le cas présent, à ne considérer déjà que la seule FORME de la Constitution de Paul VI . - Disons ici, à l'avance, que l'examen de son FOND en révélera d'autres, infiniment plus graves.

 

Voici ces raisons :

 

1° Le Pape, au témoignage du Cardinal Gut, ne s'est résolu à la réforme liturgique dont la nouvelle messe est la pièce principale, que sous l’empire d'une PRESSION, et d'une pression produite par un parti de clercs rebelles : « Le Saint-Père a cédé, souvent contre son gré. »

 

2° L'ordonnance de cette nouvelle messe est tantôt grevée d'indéterminations, tantôt assortie de permissions, qui doivent nécessairement et pour une durée inimaginable, faire entrer la liturgie romaine dans une période de mutations, d'inventions, de variétés, bref de CHAOS, radicalement incompatible avec la STABILITÉ et la SOLENNITÉ requises par le concept de loi.

 

3° Les CRITÈRES qui ont servi à justifier, depuis quatre ans, les réformes successives qui ont abouti au rite de 1969, sont, EN SOI, tellement vagues, arbitraires, génériques, que la seule volonté du Pouvoir Suprême sera incapable de LIMITER leur application par une Loi de portée universelle. Ce sera, ici encore, le chaos.

 

Que restera-t-il alors de l'unité de l'Eglise catholique, signe de sa vérité ? L'unité de sa prière publique ?

Que restera-t-il même du lien social fondamental sans lequel il n'est point de communauté véritable, mais seulement des sectes ou des clans ou des hordes ?

 

Les critères, tels qu'on nous les a révélés, sont les suivants :

 

a) Une plus grande « participation » du « peuple » aux rites.

 

b) Une plus grande « prise de conscience » de ceux-ci.

 

c) Leur expression de plus en plus « communautaire ».

 

On le voit : ces notions flasques ouvrent un champ illimité aux « expériences ».

 

Là-dessus, le Cardinal Gut veut bien appeler celles-ci une « maladie », et déclare : «Nous ESPÉRONS que désormais, AVEC les nouvelles dispositions, cette maladie de l'expérimentation prendra fin «.

 

... Quel optimisme ! Faut-il adjoindre à la Congrégation des Rites, des « experts » en «psychologie de la révolution », pour apprendre à des moines ingénus que les concessions précipitées faites à des mutins ne servent qu'à aiguiser leur appétit et encourager leur audace ?

 

Mais alors l'Eglise entière devra se plier aux prochaines aberrations d'un parti de « malades », parce que le Pape, en lui « cédant », a LÉGALISÉ leur RÉVOLUTION ?

 

... « Nous espérons que désormais... » - Eminence, une loi fondée sur cette sorte d'espérance n'est pas une « ORDONNANCE de la RAISON », mais la démission lâche et perpétuellement mobile d'un SENTIMENT. Elle est radicalement inapte à exiger le rationabile obsequium, la soumission intelligente, dont parle saint Paul.

 

Dans un tel cas si quelqu'un la refuse, il n'y a pas un refus, par le sujet, de la loi, mais le simple constat qu'IL N'Y A PAS DE LOI.

Un moine ami vient de nous dire tout à l'heure : Paul VI a cédé « pour éviter un schisme».

Nous ne pouvons croire que le Successeur de Pierre a, pour éviter une division, consenti à une anarchie.

Si Pierre est de nouveau DANS les LIENS, il faut, comme la première fois, que l'Eglise se mette en prière, puis s'efforce à le libérer. Or on ne libère pas un prisonnier en s'attachant à ses chaînes.

Paul VI ne cessera de « céder » que s'il trouve dans l'Eglise le soutien d'une résistance dont il n'a pu jusqu'ici trouver la force en lui seul.

Dans la circonstance inouïe où l'Eglise de Jésus-Christ est jetée, le REFUS est devenu la forme surhumaine de l'obéissance.

 

4° Nous n'avons plus même à prévoir ce qui doit arriver : l'avenir est déjà présent

Le rite de la nouvelle messe, décrit dans l'éditio typica qui a été publiée au mois de juin, n'est plus le même au mois de décembre

 

La Constitution... APOSTOLIQUE (!) de Paul VI est enrichie dans son deuxième « tirage » d'un nouveau paragraphe ajouté.

 

On nous annonce, d'autre part, dans un papillon épinglé sur les récents exemplaires de l'édition « originale » (!), que la fameuse Institutio generalis, APPROUVÉE par le Pape (sic : ed. typica : decretum, p. 5 et Constit., p. 9) subira des remaniements ad usum delphini.

 

Tout cela dans les actes OFFICIELS du Pape et du Saint-Siège !

 

Quand on en vient après cela aux « traductions » (- aux traductions officielles, approuvées) des nouveaux textes, substitués aux textes millénaires, alors...

 

Alors nous avons une TROISIÈME MESSE : ce n'est plus la messe de Paul VI, c'est la messe de Mgr Boudon, président de la Commission Gauloise. Voyez seulement la traduction du Néo-Pseudo-Offertoire : il ne s'agit plus là d'une traduction « infidèle », mais bien d'une traduction adultère.

 

Le pauvre prêtre désemparé de nos campagnes, auquel on demande d' « obéir », questionne alors

 

A qui ?

 

Et jusqu' à quand ?

*

*     *

A qui ?

Et jusqu à quand ?

Vous vous êtes fait, mon cher Jean Madiran, l'écho de cette angoisse. Le pur instinct de leur baptême ou de leur sacerdoce a déjà ému des milliers de chrétiens contre une fausse loi qui prétend ouvrir « une ère nouvelle dans l'Eglise ».Mais ils souhaitent, me dites-vous, les raisons et l'exemple d'un prêtre ?

 

Des raisons, je viens d'en exposer quelques-unes les plus faciles, celles qui vont au plus pressé, qui évitent les redoutables critiques de fond, d'ordre dogmatique, qu'il faudrait faire à un Ordo Missae polyvalent, mi-luthérien, mi-catholique. Des raisons qui se bornent à puiser dans les caractères étranges et vraiment inouïs de l'acte pontifical, les MOTIFS RESPECTUEUX DE LE REFUSER.

Un exemple ? - Ils ont celui, éminent, suffisant, de deux cardinaux de l'église romaine : Ottaviani et Bacci. Que pourrait y ajouter celui d'un simple prêtre, revêtu d'aucun titre d'autorité ?

 

Un témoignage ?

Le voici

 

Je témoigne qu'au cours des six années de mes études romaines jamais, au grand jamais, je n'ai entendu, ;` de nos maîtres, un mot, un seul mot qui eût pu suggérer le souhait ou l'idée de la réforme liturgique que l'on tente aujourd'hui d'imposer à l'Eglise stupéfaite.

 

Jamais je n'ai reçu, d'aucun maître, un enseignement qui pût autoriser, de près ou de loin, la « théologie D de la messe et de ses rites, que nous voyons serpenter dans l'Institutio generalis mise en tête du nouveau missel. - J'ai entendu un enseignement exactement contraire, souvent, même, en plusieurs points, au nom du dogme catholique.

 

Jamais, en particulier, je n'ai entendu présenter l'Offertoire de la Messe, tel qu'il était, depuis mille ans, énoncé, gestes et paroles, dans notre rite romain, comme un « doublet » superfétatoire qu'on pût, à volonté, supprimer ou « alléger » en le réduisant à une manipulation purement utilitaire de sacristain pressé.

 

Jamais je n'ai entendu évoquer, sous forme même d'hypothèse, une réforme possible du saint Canon romain : c'était chose inimaginable.

 

... Et je ne dis rien des « expérimentations », des rites flottants, des traductions fantaisistes, des femmes à l'ambon, des tractations de l'hostie consacrée, des messes-casse-croûte. Ces extravagances, qui copient les « messes sèches » fabriquées pour les chasseurs du haut Moyen Age, ces profanations qui évoquent l'abomination des « messes noires », nous auraient fait horreur, à simplement les imaginer : nous ne les concevions que dans quelque hallucinant tableau de Jérôme Bosch ou dans les cauchemars délirants d'un fébrile.

 

Voilà donc mon TÉMOIGNAGE.

 

Je m'assure que si on demandait le leur, mes condisciples romains de 1920-1926, devenus aujourd'hui illustres, ne le donneraient pas différent.

 

N'est-ce pas, Eminence Garrone, Eminence Lefebvre ? N'est-ce pas, Monseigneur Ancel, Monseigneur Michon, et Johan, et Vion, et de la Chanonie ?

 

C'est à vous tous que je remets aujourd'hui la déclaration désolée mais ferme de mon refus. C'est à `vous, pour que vous la portiez~au Souverain Pontife, que je remets aussi ma supplique : elle est celle de milliers de prêtres muets auxquels le moins digne a prêté aujourd'hui sa voix : qu'on nous laisse célébrer notre dernière messe comme nous avons célébré la première.

 

Et que Paul VI, RÉVOQUANT l'acte, quel qu'il soit, qu'il a; « contre son gré » porté,- se libère lui-même en libérant l'Eglise.

 

Appendice

 

Voici la consultation canonique résumée que l'abbé Raymond Dulac a donnée au Courrier de Rome. Nous en reproduisons les principaux passages. C'est à la dernière partie du paragraphe 111 et au paragraphe IV de cette consultation que l'abbé Raymond Dulac fait plus spécialement référence dans la première partie de son article ci-dessus.

I. - II apparaît, à des signes nombreux et certains, que S.S. le Pape Paul VI n'a pas VOULU donner au nouvel ORDO MISSAE la force d'une LOI véritable, selon toutes les conditions requises, pour cela, par la tradition canonique.

Il ne peut, dans le cas, s'agir que de ce qu'on appelle une < directive », augmentée assurément d'un conseil, d'une exhortation, d'un souhait, d'un vœu pressant, peut-être même d'une volonté.

Mais, pour fonder une LOI, une simple volonté ne suffit point. Comme dit Suarez, il ne suffit pas que le supérieur COMMANDE pour vraiment «  légiférer », il faut, en plus, qu'il veuille OBLIGER ses sujets (...)

 

II. - Que Paul VI n'ait pas voulu créer une véritable OBLIGATION juridique, on peut le conclure avec certitude, du fait qu'il ne l'a pas MANIFESTÉ CLAIREMEIT, et d'une manière qui ne laisse place à aucun DOUTE.

 

III. - S'agissant d'un acte de porte LÉGISLATIVE, il est sûr qu'il ne faut point chercher la manifestation de l'obligation juridique ni dans les allocutions du St Père, ni dans une simple K circulaire d'application » (telle que l' " Instruction » du 20 octobre 1969).

Il faut chercher l'expression de la CLAIRE VOLONTÉ d'OBLIGER dans l'acte constitutif : à savoir la Constitution Apostolique MISSALE ROMANUM, du 3 avril 1969.

Or, cette claire volonté ne s'y trouve pas.

Dans le présent résumé, nous ne pouvons donner que deux signes de ce DÉFAUT : deux signes indirects, mais convaincants à eux seuls

C'est que, s'apercevant d'une LACUNE qu'ils déploraient probablement, le traducteur italien et le traducteur français (les seuls que nous puissions aujourd'hui juger) ont AUDACIEUSEMENT MODIFIÉ, d'une part et... COMPLÉTÉ, d'autre part, le texte latin authentique de la Constitution.

 

IV. - LA MODIFICATION touche la phrase de Paul VI qui ouvre la conclusion. La voici :

 « Ad extremum, ex iis quae hactenus de novo Missali Romano exposuimus, QUIDDAM nunc COGERE et EFFICERE placet. »

La traduction sincère, exacte, de cette phrase doit être :

 « De tout ce que nous venons jusqu'ici d'exposer touchant le nouveau Missel Romain, il nous est agréable de TIRER maintenant, pour terminer, UNE CONCLUSION. »

Or, voici la traduction française, publiée par « la Salle de Presse du St Siège » (sic, dans : Docum. cathol. n° 1541, ler juin 1969, p. 517, col. 1, initio) :

 « Pour terminer, Nous VOULONS (= placet !) donner FORCE DE LOI (= cogere et efficere .!) à TOUT (= quiddam ! ! .!) ce que Nous avons exposé plus haut (= hactenus) sur le nouveau Missel romain. »

Et voici la traduction italienne

 «  Infine, vogliano dare forza di legge a quanto abbiamo finora esposto... ».

 

V. - Le ... COMPLÉMENT de la CONSTITUTION pontificale est une phrase de 22 mots AJOUTÉE dans la traduction française exactement avant le dernier paragraphe du document. La voici :

« Nous ordonnons que les prescriptions de cette Constitution entrent en vigueur le 30 novembre prochain de cette année, premier dimanche de l'Avent. »

La traduction italienne comporte la même addition, avec, toutefois, en moins, le mot : «  nous ORDONNONS », La voici :

«  Le prescrizioni di questa Costituzione andranno in vigore... (etc.) »

 

VI. - On peut discuter sur les INTENTIONs qui ont dicté les deux énormes altérations que nous venons de dire. Ce qui est indiscutable, c'est que :

 

1° Elles constituent objectivement un FAUX

 

2° Ce faux manifeste à lui seul, en voulant frauduleusement la combler, la lacune essentielle d'une Constitution que certains souhaiteraient obligatoire, mais qui, dans sa teneur authentique, ne l'est pas.

 

VII. - On ne saurait non plus trouver l'expression de la VOLONTÉ d'OBLIGER dans l'ultime paragraphe de la Constitution, dont voici les mots essentiels

 « Nostra haec auteur statuta et praescripta nunc et in posterum ferma et efficacia esse et fore volumus ».

Certes, les, cinq mots que nous venons de souligner exprimeraient une volonté d'obliger. Mais il y manque l'essentiel : le Pontife ne dit pas QUELLES SONT, en détail précis, les LOIS et les PRESCRIPTIONS qu'il déclare, vouloir « fermes et efficaces » !

Le « HAEC » qui entend les démontrer, les désigner, se rapporte à tout ce qui précède. Or, dans tout ce qui précède, on ne trouve (à la p. 9 de l'ed. typica) que deux prescriptions précisées : les trois nouveaux Canons et l'incise « quod pro vobis tradetur » a ajoutée aux paroles de la consécration du pain. Or (sans parler de l'expression à l'indicatif passé de la volonté : STATUIMUS - JUSSIMUS, expression étrange dans un texte qui devrait marquer une décision actuelle et durable) :

 

1 ° L'usage des trois nouveaux Canons est présenté comme purement facultatif.

2° Quant à l'addition « quod pro vobis tradetur », les deux motifs qu'on en donne sont tels (les « raisons pastorales » ; la « commodité de la concélébration » ?) sont tellement douteux en soi que le doute en rejaillit sur la prescription, si cela en était une.

 

VIII. - Il faudrait ajouter, aux VII considérations qui précèdent, d'autres qui toucheraient un problème très épineux : la Constitution de Paul VI a-t-elle voulu ABROGER celle de St Pie V ? -- Nous disons : NON. Les arguments qui précédent peuvent être aisément étendus jusque-là. (...)

 

 

Déclaration

[ rejetant la messe nouvelle de Paul VI ]

 

Article de l'abbé Raymond Dulac paru dans ITINÉRAIRES, numéro 149 de janvier 1971.

 

 

Nous avons été les premiers à dénoncer le défaut radical, inguérissable, du nouvel Ordo Misse. C'était le 25 juin 1969, quelques jours après l'apparition en France de l' « édition typique » de cette messe réformée (Dans le Courrier de Rome, numéro 49.).

 

Nous y sommes revenus bien des fois, depuis cette date.

 

Nos critiques étaient assez graves pour que nous ayons pu dès le début y trouver le motif d'un REFUS.

 

Mais jamais nous n'avons dit que la nouvelle messe était « hérétique ».

 

I-hélas ! elle est, pourrait-on dire, Pis que cela : elle est ÉQUIVOQUE ; elle est flexible en des sens divers. Flexible à volonté. La volonté individuelle qui devient ainsi la règle et la mesure des choses.

 

L'hérésie formelle et claire agit à la manière d'un coup de poignard.

 

L'équivoque agit à la manière d'un poison lent.

 

L'hérésie attaque un article précis du dogme. L'équivoque, en lésant l'habitus lui-même de la foi, blesse ainsi tous les dogmes.

 

On ne devient formellement hérétique qu'en le voulant.

 

L'équivoque peut ruiner la foi d'un homme à son insu.

 

L'hérésie affirme ce que nie le dogme, ou nie ce qu'il affirme.

 

L'équivoque détruit la foi aussi radicalement en s'abstenant d'affirmer et de nier : en faisant de la certitude révélée une opinion libre.

 

L'hérésie est ordinairement un jugement contradictoire à l'article de foi.

 

L'équivoque est dans l'ordre de ce que les logiciens appellent le « disparate ». Elle est à côté de la foi. A côté même de la raison, de la logique.

 

Eh bien, nous oserons dire : il y a pis encore, peut-être, que l'équivoque : il y a le substitut de la foi théologale, sa contrefaçon, son ersatz : son succédané sentimental (1).

Et le plus détestable de ces succédanés, c'est celui qui dissimulerait l'artifice sous le vernis mystique ; celui qui, dans le cas de la messe, masquerait l'INDIGENCE THÉOLOGIQUE ou sa carence formelle sous le sucre d'une mystique frelatée, comme si l' « émotion », l' « expérience », l' « action » pouvaient suppléer aux omissions ou aux équivoques de la foi intellectuelle

 

« La sagesse mystique, goûtant dans l'amour cela même que la foi atteint comme caché, nous fait juger et estimer de façon meilleure ce que nous connaissons par la foi, mais ne nous découvre aucun OBJET de connaissance que la foi n'atteindrait pas. Elle perfectionne la foi quant au mode de connaître, non quant à l'objet connu. »

 

C'est J. Maritain qui écrivait ces excellentes choses, - en 1932 : le Maritain non point de l'Humanisme intégral, mais celui des Degrés du Savoir (3` éd. ; p. 524).

 

Et il ajoutait : « C'est une DÉSASTREUSE ILLUSION de chercher l'EXPÉRIENCE mystique en dehors de la Foi, d'imaginer une expérience mystique affranchie de la foi théologale. »

 

Appliquez ces principes au nouvel Ordo Missa;, vous le condamnez d'une façon irrémédiable.

 

Ce qui d'emblée avait soulevé le sens catholique contre le nouvel O.M., c'était l' « Institutio generalis » qui précédait le Missel proprement dit : instruction en 341 articles, couvrant 63 pages ! C'est ainsi que les Réformateurs du Consilium entendaient « simplifier » la liturgie et réagir contre l'ancien « rubricisme » !...

 

Parmi ces 341 articles, c'est le fameux art. 7 qui avait excité les plus vives protestations (« La Cène du Seigneur, autrement dit la messe, est la sainte assemblée du peuple de Dieu qui se réunit sous la présidence du prêtre... », etc ...).

 

II faut le dire, en le déplorant profondément : chez beaucoup de catholiques, la considération de cette Instruction (... minimisée bientôt par ses auteurs en simple « Présentation » !) est allée jusqu'à éclipser le RITE lui-même de la nouvelle messe, dont les rubriques n'étaient pourtant que la formulation réglementaire ou la glose !

 

Or c'est le RITE lui-même (paroles, gestes et objets sacrés), c'est le rite qui méritait la critique radicale, celle que la lettre à Paul VI des cardinaux Ottaviani et Bacci avait exprimée en des termes si sévères

 

« Le nouvel O.M., à considérer ses éléments nouveaux, même si on les estime susceptibles d'une appréciation diverse..., représente, dans son ensemble comme dans ses détails, un IMPRESSIONNANT ÉLOIGNEMENT de la théologie catholique de la S. Messe... »

 

Et cette critique du RITE nouveau devait, pour être lucide, porter dans un détail précis, sur quatre points

 

- ses suppressions - ses additions - ses substitutions ou modifications de paroles et de gestes.

 

Tout cela convergeant au même but, à savoir

 

l° - Réduire la messe à une cérémonie purement commémorative, ou, tout au plus, à un sacrifice de simple « action de grâces », nettement distinct d'un sacrifice « propitiatoire » pour la rémission des péchés.

 

2° - Par voie de conséquence, minimiser, jusqu'à l'anéantir, la notion catholique du PRÊTRE célébrant : auteur

 

personnel d'une ACTION distincte de la simple prière, agent d'une OBLATION vraiment sacrificielle accomplie par la vertu même du rite ordonné par Jésus-Christ.

 

L'examen minutieux, attentif, du RITE nouveau révèle ainsi quantité de petites ruses verbales, d'arrière-pensées, de réticences, comme en sont seuls capables des ... EXPERTS, non point tant experts en théologie qu'en psychologie : psychologie de « groupe » et de « publicité » !

 

Le relevé exhaustif de ces leurres, pièges et chaussetrapes n'a point encore était fait. Nous y travaillons personnellement et nous exhortons nos amis à faire eux-mêmes ce travail pour leur propre compte, dans un esprit de foi en Jésus-Christ et de fidélité à l'Eglise de toujours.

 

Mais nous leur recommandons vivement la règle suivante

 

Ne pas se tenir satisfait et rassuré par un MOT, apparemment irréprochable.

 

Il y a le mot, et il y a l'USAGE du mot : son usage liturgique, traditionnel, sacré, dont la signification UNIVOQUE était, dans le Missel de St Pie V, préservée par tout le contexte et par un emploi séculaire immuable.

 

Exemple : le mot « sacrifice » porte plusieurs sens ! De même: « offrande ».

 

Il y a déjà un CRITÈRE pour ce discernement : les nouvelles TRADUCTIONS en langue vulgaire. Ce que le latin du nouvel O.M. paraissait encore maintenir se trouve entièrement altéré, et d'une manière identique, dans toutes les traductions ; nous disons : les traductions OFFICIELLES. Ainsi : « offerimus »  (« nous Vous offrons ») est traduit

 

« Nous vous présentons » : ce qui est tout autre chose qu'une maladresse : un contre-sens exprès d'inspiration protestante.

 

En publiant, il y a quelques semaines, une nouvelle édition « EXEMPLAIRE » de son O.M., la Commission Bugnini a

 cru ou voulu croire ou cherché à faire croire que quelques corrections verbales apportées à l'Institutio generalis suffiraient sinon à lever les énormes défauts du RITE, du moins à calmer les protestations. Mais la Commission s'est bien gardée de toucher au RITE !

 

... Si peu de gens savent lire ! ... Si peu sont capables de méditer ! ... Si nombreux sont ceux qui souffrent d'être troublés dans leur quiétude !

 

... Si nombreux les lâches qui se déchargent des responsabilités de leur baptême et de leur confirmation sur les « théologiens » ou les évêques.

 

Disons-le fermement : l'édition « exemplaire » du nouvel O.M. destinée à clarifier, en 1970, l'édition déjà « exemplaire » de 1969, est une moquerie :

 

A Dieu,

 

Et au « peuple de Dieu ».

 

Les correcteurs de 1970 n'ont rien corrigé dans le RITE de leur messe polyvalente.

 

Ce Rite continue à porter un PÉCHÉ ORIGINEL que nulle circoncision ne sera jamais capable de supprimer : le péché d'avoir voulu fabriquer une « messe » passe-partout, apte à être célébrée par un catholique et par un protestant.

 

Tant que les prières d'OFFERTOIRE du Missel de St Pie V n'auront pas été rétablies, dans leurs termes séculaires, nous continuerons fermement

 

A SUSPECTER le nouvel O.M.

 

A LE REFUSER.

 

- Nous le refusons, aujourd'hui comme hier.

 

Raymond Dulac,

prêtre.

 

 

(1) Paul VI, allocution du 19 novembre 1969 : « Qu'il soit bien clair que rien n'est changé dans la substance de notre Messe traditionnelle. Quelqu'un peut se laisser peut-être impressionner par quelque cérémonie particulière, ou par quelque rubrique annexe, comme si c'était ou si cela cachait une altération, ou une diminution de vérités de la foi catholique pour toujours acquises et sanctionnées avec autorité ; en sorte que l'équa tion entre la loi de la prière, lex orandi, et la loi de la foi, lex credendi, s'en trouverait compromise. » Et voici le passage critique, qui suit immédiatement : « Mais il n'en est pas ainsi. Absolument. Avant tout parce que le rite et la rubrique correspondante ne sont point de par soi une DÉFINITION DOGMATIQUE, et sont susceptibles d'une qualification théologique de valeur diverse suivant le contexte liturgique auquel ils se réfèrent ; ce sont gestes et termes qui se rapportent à une ACTION RELIGIEUSE VÉCUE et VIVANTE d'un mystère ineffable de présence divine..., action que seulement la critique théologique peut analyser et exprimer en FORMULES DOCTRINALES logiquement satisfaisantes. » Il y a là une réduction, au moins apparente, des rites de la messe à ce que Paul VI appelle « une ACTION religieuse VÉCUE et VIVANTE d'un mystère ineffable », tandis que la formation « doctrinale » de ces rites qu'il appelle « logiquement satisfaisante » est renvoyée par lui à une « théologie » qui semble ainsi exilée de la liturgie, comme étrangère ou profane, à la manière des catéchumènes ou des pécheurs publics, invités à rester à la porte pendant la célébration du Mystère. Cette dichotomie va loin.

 

 

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