Lettre du Cardinal Ratzinger - 20 juillet 1983

 

 

Excellence,

 

Le Saint-Père a soigneusement médité devant Dieu votre lettre du 5 avril dernier, à la lumière de sa responsabilité de Pasteur Suprême de l'Eglise. Il m'a ensuite chargé de vous répondre en son nom. C'est de ce devoir que je m'acquitte dans la présente lettre.

 

I. - Vous ne serez pas surpris d'apprendre que le Souverain Pontife a été déçu et attristé du brusque refus que vous opposez à son offre généreuse de vous ouvrir le chemin de la réconciliation.

En effet, vous accusez à nouveau les Livres liturgiques de l'Eglise, avec une sévérité qui surprend après les entretiens que nous avons eus. Comment pouvez-sous qualifier les textes du nouveau missel de « messe œcuménique » ? Vous savez bien que ce missel contient le vénérable Canon Romain ; que les autres Prières eucharistiques parlent d'une manière très nette du Sacrifice ; que la plus grande partie des textes provient des traditions liturgiques anciennes.(1)

Pour ne citer qu'un exemple, vous savez qu'après l'oblation du pain et du vin, ce nouveau missel nous fait dire comme le précédent : « sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie ... Orate, fratres, ut meum ac vestrum sacrificium... ». (2)

Vous savez également que pour l'interprétation du missel, l'essentiel n'est pas ce que disent les auteurs privés, mais seulement les documents officiels du Saint-Siège. Les affirmations du P. Boyer et de Mgr Bugnini auxquelles vous faites allusion ne sont que des opinions privées. (3)

 

Par contre, j'attire votre attention sur la définition authentique de l'intention et de la signification du missel proposée dans le Proemium de l'Institutio Generalis, spécialement à l'article 2, ainsi que sur les raisons et les idées déterminantes de la réforme, exposées aux articles 6 à 9. (4) Selon ces textes officiels, on n'a jamais voulu une réduction des éléments catholiques de la Messe, mais au contraire une présence plus riche de la tradition des Pères. En cela, on suit fidèlement la norme de saint Pie V, selon les possibilités d'une connaissance accrue des traditions liturgiques.

 

Avec le consentement du Saint-Père, je puis vous dire encore une fois que toute critique des livres liturgiques n'est pas a priori exclue, que même l'expression du désir d'une nouvelle révision est possible, à la manière dont le mouvement liturgique antérieur au Concile a pu souhaiter et préparer la réforme. Mais ceci à condition que la critique n'empêche pas et ne détruise pas l'obéissance, et qu'elle ne mette pas en discussion la légitimité de la liturgie de l'Eglise.

 

Je vous demande donc avec insistance et au nom du Saint-Père d'examiner à nouveau vos affirmations en toute humilité devant le Seigneur et compte tenu de votre responsabilité d'Evêque, et de réviser celles qui sont inconciliables avec l'obéissance due au Successeur de saint Pierre.

 

II n'est pas admissible que vous parliez d' « une messe équivoque, ambiguë, dont la doctrine catholique a été estompée », ni que vous déclariez votre intention de « détourner les prêtres et les fidèles de l'usage de ce nouvel « Ordo Missae ». (5)

 

Vous apporteriez une véritable contribution à la pureté de la foi dans l'Eglise si vous vous limitiez à rappeler aux prêtres et aux fidèles qu'on doit renoncer à l'arbitraire, qu'il faut s'en tenir avec soin aux livres liturgiques de l'Eglise, qu'il faut interpréter et réaliser la liturgie selon la tradition de la foi catholique et en accord avec les intentions des Papes. En fait (6) pour l'instant, vous n'encouragez malheureusement que la désobéissance.

 

II. - Après les entretiens qui se sont déroulés entre nous, je pensais personnellement qu'il n'y avait plus d'obstacles à propos du point 1, c'est-à-dire l'acceptation du deuxième Concile du Vatican interprété à la lumière de la Tradition catholique et compte tenu des déclarations mêmes du Concile sur les degrés d'obligation de ses textes. Aussi le Saint-Père est-il étonné que même votre acceptation du Concile interprété selon la Tradition demeure ambiguë, puisque vous affirmez immédiatement que la Tradition n'est pas compatible avec la Déclaration sur la Liberté religieuse. (7)

 

Au troisième paragraphe de vos suggestions, vous parlez d' « affirmations ou expressions du Concile qui sont contraires au Magistère officiel de l'Eglise ». Ce disant, vous enlevez toute portée à votre acceptation antécédente ; et, en énumérant trois textes conciliaires incompatibles selon vous avec le Magistère, en y ajoutant même un « etc. », vous rendez votre position encore plus radicale.

 

Ici comme à propos des questions liturgiques, il faut noter que - en fonction des divers degrés d'autorité des textes conciliaires - la critique de certaines de leurs expressions, faites selon les règles générales de l'adhésion au Magistère, n'est pas exclue. Vous pouvez de même exprimer le désir d'une déclaration ou d'un développement explicatif sur tel ou tel point.

 

Mais vous ne pouvez pas affirmer l'incompatibilité des textes conciliaires - qui sont des textes magistériels - avec le Magistère et la Tradition. II vous est possible de dire que personnellement, vous ne voyez pas cette compatibilité, et donc de demander au Siège Apostolique des explications. (8)

 

Mais si, au contraire, vous affirmez l'impossibilité de telles explications, vous vous opposez profondément à cette structure fondamentale de la foi catholique, à cette obéissance et humilité de la foi ecclésiastique dont vous vous réclamez à la fin de votre lettre, lorsque vous évoquez la foi qui vous a été enseignée au cours de votre enfance et dans la Ville Eternelle.

 

Sur ce point vaut du reste une remarque déjà faite précédemment à propos de la liturgie : les auteurs privés, même s'ils furent experts au Concile (comme le P. Congar et le P. Murray que vous citez) ne sont pas l'autorité chargée de l'interprétation. Seule est authentique et auctoritative l'interprétation donnée par le Magistère, qui est ainsi l'interprète de ses propres textes : car les textes conciliaires ne sont pas les écrits de tel ou de tel expert ou de quiconque a pu contribuer à leur genèse, ils sont des documents du Magistère.

 

III. - Avant de conclure, je dois encore ajouter ceci : le Saint-Père ne méconnaît ni votre foi, ni votre piété. II sait que, dans la Fraternité Saint Pie X, vous insistez pour que soit reconnue la légitimité qui est la Sienne, et que vous vous êtes séparé de membres de la Fraternité qui refusaient de vous suivre dans cette attitude. II sait aussi que vous vous refusez à ce qui sera; vraiment le commencement d'un schisme, à savoir la consécration d'un Evêque, et reconnaît que sur ce point décisif, vous vous maintenez dans l'obéissance au Successeur de saint Pierre. En tout cela se trouve le motif de la généreuse patience avec laquelle le Souverain Pontife recherche toujours la voie de la réconciliation. Mais votre lettre du 5 avril montre aussi que vous posez à votre obéissance des réserves, qui touchent la substance même de cette obéissance et ouvrent la porte à une séparation.

 

Encore une fois, au nom du Pape Jean-Paul II, je vous prie avec cordialité, mais aussi avec insistance, de réfléchir devant le Seigneur à tout ce que je viens de vous écrire. II n'est pas exigé de vous que vous renonciez à la totalité de vos critiques du Concile et de la réforme liturgique. Mais, en vertu de sa responsabilité dans l'Eglise, le Souverain Pontife doit insister pour que vous réalisiez cette obéissance concrète et indispensable, dont le contenu est formulé dans ma lettre du 23 décembre 1982. Si l'une ou l'autre expression vous cause des difficultés insurmontables, vous pouvez proposer ces difficultés : les mots en eux-mêmes ne constituent pas des absolus ; mais leur contenu est indispensable.

 

Le Saint-Père m'a expressément chargé de vous assurer de sa prière à votre intention. Je vous assure également de la mienne, et vous prie d'agréer, Excellence, l'expression de mes sentiments de respectueux dévouement en Notre-Seigneur.

 

Joseph Cardinal RATZINGER.



 


1 - Le Cardinal Ratzinger ignore-t-il que la liturgie romaine est célébrée presque partout en langue vernaculaire et que - comme le démontre le R.P. Calmel - le Canon Romain « traduit » est en réalité un Canon falsifié. – « Si par exemple l'on fait toujours monter la supplication vers le Père, ce Père n'est plus très clément, mais seulement infiniment bon ; on ne rappelle plus qu'il manifeste sa bonté infinie par le don suprême de sa clémence et de sa miséricorde : l'immolation pour nous de son propre Fils. Ce Père n'a plus à être apaisé par le sacrifice de Notre-Seigneur: il suffit qu'il accepte notre offrande avec bienveillance. On ne lui demande plus de considérer d'un regard favorable une hostie de propitiation, sans tache et immaculée, mais seulement de regarder notre offrande avec amour. Comme l'on pouvait le craindre, silence absolu sur l'éternité de la damnation. On prie sans doute encore pour les défunts, mais sans en appeler à l'indulgence du Père, comme sans faire allusion au rafraîchissement du Paradis après les flammes du Purgatoire. La dévotion, exprimée formellement dans le texte latin, est changée en simple attachement, afin de voiler autant que possible la transcendance du Créateur et notre condition de créature. Pour en finir avec cette énumération, qui est loin d'être exhaustive, des arrangements et truquages devant lesquels n'ont pas reculé des novateurs sans scrupules ni piété, relevons cette omission insolente, odieuse, dans le récit de l'institution qui enchâsse les paroles consécratoires : le mot vénérable n'est plus employé pour qualifier les mains de notre Sauveur. Ces mains divines qui avant d'être clouées à la croix, ont rompu pour tous les rachetés le pain eucharistique et nous ont présenté à jamais le calice du salut, il ne sera plus dit qu'elles sont des mains infiniment dignes de vénération.

A quoi bon insister ? C'est par un véritable abus de confiance que les traducteurs se permettent d'appeler Canon Romain un formulaire de leur cru, qui n'est ni une traduction, ni même une paraphrase ; - c'est un formulaire différent qui, sans rendre la Messe invalide, a été cependant exactement combiné pour ne pas attirer l'attention sur l'essence de la Messe : sacrifice de propitiation pour nos péchés ; sacrifice identique à celui de la croix (le mode étant seul différent) et donc sacrifice satisfactoire, et qui n'est louange parfaite que parce qu'il est d'abord satisfaction infinie ; enfin sacrifice qui doit être offert avec toute la vénération, dévotion et humilité dont est capable une Eglise sainte mais composée de pécheurs toujours fragiles, toujours exposés à se perdre. Dans le Canon truqué il est visible qu'on a tenu à ne pas éveiller au cœur du prêtre ou du fidèle soit les sentiments de dévotion et d'humilité, soit les sentiments de foi, dans ce qui est constitutif de la Messe : sacrifice de propitiation au même titre que celui de la croix, ne différant que par la manière d'offrir ».

 

R.P. CALMEL

(Itinéraires, n° 128, décembre 1968).

 

2 -Le Cardinal semble ici ignorer que le mot sacrifice comme tel et isolé ne suffit pas à préciser la théologie propre au catholicisme sur ce point. Le mot -. Sacrifice » est utilisé par les protestants, et par les néo-protestants que sont les modernistes, dans le sens d'une offrande d'action de grâces (« Sacrifice Eucharistique ») ou dans le sens d'une offrande de louange (« Sacrifice de louange »). La messe est bien telle en effet. Mais elle est aussi, d'après le Concile de Trente - et en cela elle se démarque absolument de la cène protestante - un sacrifice propitiatoire et satisfactoire sur les péchés (D2 1743) « Si quelqu'un dit que le sacrifice de la messe n'est qu'un sacrifice de louange et d'action de grâces, ou une simple commémoration du sacrifice accompli sur la croix, mais non un sacrifice propitiatoire, qu'il soit anathème ».

Ce caractère propitiatoire de la messe est surtout affirmé dans l'offertoire de la messe. Que l'on songe au Suscipe Sancte Pater qui affirme avec des expressions renouvelées que cette offrande est faite pour les péchés : pro innumerabilibus peccatis et offensionibus et negligentiis meis. Que l'on songe à l'admirable « Placeat Sancta Trinitas », lui aussi tombé sous les coups des novateurs, où la propitiation elle-même est affirmée. Tibi sit acceptable, mihique et omnibus pro quibus illud obtuli sit, te miserante, propitiabile... Que l'on songe enfin à l'atmosphère de recueillement, de prière silencieuse, de supplication de l'ancien rite qui véhicule à tout moment ce désir des pécheurs que nous sommes de rentrer en grâce et en faveur devant la Majesté divine et qui se trouve remplacée par cette déclamation haute, distincte et ostentatoire du nouveau rite qui n'évoque sûrement pas la componction requise de celui qui offre un sacrifice pour ses fautes (N.D.L.R.).

 

3 - On est stupéfait de voir comment le Cardinal méconnaît l'autorité de Mgr Bugnini, Président de la Commission pour la Liturgie, Secrétaire des Congrégations réunies du Culte et des Sacrements. Mgr Bugnini avait toute la confiance de Paul VI et a répondu maintes fois en son nom et au nom des Congrégations dont il était le Secrétaire. On peut se demander alors que vaut la Réforme liturgique, dont il est la cheville ouvrière, s'il s'agit d'une œuvre privée ! Quant au Rév. Père Boyer, son poste de secrétaire du Secrétariat de l'unité des chrétiens et son autorité morale incontestée à Rome, donnent  à son jugement sur l’œcuménisme et à ses citations du Saint Père une valeur indéniable.

Que signifie la présence des protestants à la Commission de la Liturgie lors de l'institution des Réformes ? (Mgr Lefebvre).

 

4 -Examinons cette phrase du Cardinal Ratzinger : « J'attire votre attention sur la définition authentique de l'intention et de la signification du missel proposé dans le Proemium de l'Institution… »

Le N.O.M. est une cérémonie liturgique et en tant que telle une action effectuée selon un certain rite. Cette action est ce qu'on appelle un signe mixte ou symbolique. Ce signe fait connaître quelque chose d'autre que lui-même à partir d'un double fondement naturel et conventionnel. Ex. : la fumée est le signe naturel faisant connaître le feu ; le feu rouge nous fait connaître l'arrêt parce que conventionnellement quelqu'un en a décidé ainsi.

Alors la spécification, la détermination ultime de cette signification revient, on le comprend aisément, à l'instituteur du signe. C'est en effet celui qui institue le signe qui dit ce qu'il entend par ce signe et cette signification doit être publique et connue de tous. Ainsi c'est le document officiel qui promulgue le rite qui donne la signification ; c'est le Proemium, l'Institution et le N.O.M. lui-même qui nous feront connaître quelle est la signification de ce rite qu'est la « messe » de Paul VI.

II est alors aisé de montrer qu'à de nombreuses reprises la signification est au moins équivoque : dans l'ordre de la signification, la suppression de signes distinctifs a en soi une signification positive : il y eut des erreurs, des hérésies que des conciles ont tranchées et anathématisées : ces signes étaient des remparts contre leur renouvellement, ôter ces signes c'est sinon les affirmer de nouveau, au moins permettre qu'elles réapparaissent.

Ex. : la communion dans la main, la signification en est différente aujourd'hui et aux premiers temps de l'Eglise.

Ce qui est exclu au niveau du signe devient exclu au niveau de la signification.

Ainsi lorsque saint Paul dit (1 Cor 11, 26) : « Toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne , cela n'a pas la même signification que lorsque ces mêmes paroles sont prononcées juste après la consécration alors que Notre Seigneur est rendu personnellement présent sous les espèces et à une époque où la négation de la présence réelle est manifeste.

On pourrait alors reprendre toutes les critiques sous l'angle de la signification (1) du Proemium de l'Institution et du N.O.M. lui-même pour montrer que précisément, la signification est changée car les contraires s'excluent mutuellement : !es articles 2, 6 et 9 sont ainsi contredits par tous les autres.

D'où le jugement que l'on peut porter sur l'intention qui est au principe de ce nouveau missel : elle est manifestée officiellement par ces signes externes garantis par l'autorité romaine et constatables par tous « car par expérience il y a un enchaînement inéluctable entre ce qui concerne les faite et ce qui concerne la signification ».

On doit donc conclure que le fondement conventionnel de cette cérémonie, de ce signe qui est le N.O.M. est sinon uniquement protestant au moins double : il contient quelques éléments catholiques mais aussi beaucoup d'éléments protestants qui ôtent toutes les marques spécifiant l'intégrité catholique.

Or un fondement double détruit nécessairement la signification qui ne peut être une que si son fondement est « un » (N.D.L.R.).

 (1) Citons quelques exemples de signes détruisant le fondement catholique

 

- l'expression Sacrificium nostrum (ordo n° 22) prend une signification autre que dans l'ordo de saint Pie V (vu le contexte) : de quel sacrifice s'agit-il ?

- Ordo n' 19-20 offerimus est supprimé : la matière offerte n'est plus signifiée comme étant celle d'un sacrifice ;

- paroles de la consécration à haute voix dissout la précision de la spécification sacerdotale (instit. no 18) ;

- Epiclèse fait perdre la précision de l'efficacité des paroles consécratoires (instit. no 55c) ;

- ton récitatif idem comme aussi les ponctuations et typographie ;

- suppression du placeat ;

- la prière eucharistique (instit. no 54) qui se réfère non au Concile de Trente mais aux protestants

et d'autres comme les prières Universelles, les acclamations après le Pater, la suppression de la liste des saints, etc.

 

5 - Au sujet de la nouvelle Messe, détruisons immédiatement cette idée absurde : si la Messe nouvelle est valide, donc on peut y participer. L'Eglise a toujours défendu d'assister aux Messes des schismatiques et des hérétiques, même si elles sont valides.

II est évident qu'on ne peut participer à des Messes sacrilèges, ni à des Messes qui mettent notre foi en danger.

Or il est aisé de démontrer que la Messe nouvelle telle qu'elle a été formulée par la Commission de Liturgie, avec toutes les autorisations données par le Concile d'une manière officielle, avec toutes les explications de Mgr Bugnini, manifeste un rapprochement inexplicable avec la théologie et le culte protestants.

N'apparaissent plus clairement et sont même contredits les dogmes fondamentaux de la Sainte Messe qui sont les suivants :

- le Prêtre est le seul ministre ;

 

- il y a un véritable sacrifice, une action sacrificale ;

- la Victime ou l'Hostie est Notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même présent sous les espèces du pain et du vin, avec son corps, son sang, son âme et sa divinité ;

- ce Sacrifice est propitiatoire ;

- le Sacrifice et le Sacrement se réalisent par les paroles de la Consé­cration et non par les paroles qui précèdent ou suivent.

 

II suffit d'énumérer quelques-unes des nouveautés pour être convaincu du rapprochement avec le Protestantisme :

- l’autel transformé en table sans pierre d'autel ;

- la Messe face au peuple - concélébrée - en langue vernaculaire, à voix haute ;

- la Messe a deux parties : la Liturgie de la Parole et celle de l'Eucharistie ;

- les ustensiles vulgarisés, le pain fermenté, la distribution de l'Eucha-ristie par des laïcs, dans les mains ;

- la Sainte Réserve cachée dans les parois ;

- les lectures faites par des femmes ;

- la communion aux malades par des laïcs.

II ne s'agit là que de nouveautés autorisées.

On peu, donc, sans exagération aucune, dire que la plupart de ces Messes son; sacrilèges et qu'elles pervertissent toute la foi en la diminuant. La désacralisation est telle que cette Messe perd son caractère surnaturel, « son mystère de la foi • pour n'être plus qu'un acte de religion naturelle.

Hic est enim

Calix Sanguinis mei,

novi et aeterni testamenti

mysterium fidei

qui pro vobis et pro multis

effundetur

in remissionem peccatorum.

 

Ces Messes nouvelles non seulement ne peuvent être l'objet d'une obligation pour le précepte dominical, mais on doit leur appliquer les règlements canoniques que l'Eglise a coutume d'appliquer à la « communicatio in sacris » avec les cultes orthodoxes schismatiques, et avec les cultes protestants.

Doit-on pour autant dire que toutes ces Messes sont invalides ? Dès lors que les conditions essentielles existent pour la validité, c'est-à-dire la matière, la forme, l'intention et le prêtre validement ordonné, on ne voit pas comment on pourrait l'affirmer.

Les prières de l'Offertoire, du Canon et de la Communion du Prêtre qui entourent la Consécration sont nécessaires à l'intégrité du Sacrifice et du Sacrement mais non à sa validité. Le Cardinal Midzensty prononçant « à la sauvette » dans sa prison les paroles de la Consécration sur un peu de pain et de vin pour se nourrir du corps et du sang de Notre Seigneur, sans être aperçu de ses gardiens, a certainement accompli le Sacrifice et le Sacrement.

Qu'il y ait toujours moins de Messes valides à mesure que la foi des prêtres se corrompt et qu'ils n'aient plus l'intention de faire ce qu'a toujours fait l'Eglise, car l'Eglise ne peut changer d'intention, c'est évident. La formation actuelle de ceux qui sont dits séminaristes ne les prépare pas à accomplir des Messes valides. Le Sacrifice propitiatoire de la Messe n'est plus l’œuvre essentielle du prêtre. Rien n'est décevant et triste comme la lecture des discours ou communiqués des Evêques au sujet des vocations ou à l'occasion d'une ordination sacerdotale. Ils ne savent plus ce qu'est le Prêtre.

Toutefois pour juger de la faute subjective de ceux qui célèbrent la nouvelle Messe et de ceux qui y assistent, nous devons appliquer les règles du discernement des esprits selon les directives de la théologie morale et pastorale. Nous devons toujours agir en médecins des âmes et non en justiciers et en bourreaux comme sont tentés de le faire ceux qui sont animés du zèle amer et non du vrai zèle. Que les jeunes prêtres s'inspirent des paroles de saint Pie X dans sa première encyclique ! Et des nombreux textes d'auteurs spirituels connus comme ceux de Dom Chautard dans l' « Ame de tout Apostolat », de Garrigou-Lagrange dans le IIème tome de « Perfection chrétienne et contemplation », de Dom Marmion dans « Le Christ idéal du Moine ». (Mgr Lefebvre).

 

6 - Le Cardinal reproche à Mgr Lefebvre d'encourager la désobéissance. Son objection pourrait se formuler ainsi : au supérieur il revient de commander et au sujet d'obéir. Une fois que Paul VI a promulgué le nouvel Ordo et que les évêques nous l'ont imposé, est-ce qu'on ne pèche pas par désobéissance en le refusant ?

Réponse :

Rappelons tout d'abord l'enseignement de l'Eglise sur l'obéissance. Elle est une vertu surnaturelle morale qui incline notre volonté à se soumettre à la volonté de Dieu ou à celle d'un Supérieur en le considérant comme l'intermédiaire de la volonté divine. Comme toutes les vertus morales, l'obéissance, pour être vertueuse, doit être gouvernée par la prudence. Tandis que les vertus théologales ne peuvent être transgressées que par défaut, les vertus morales peuvent être transgressées par défaut ou par excès. D'où le proverbe bien connu : virtus in medio. La vertu est dans un juste milieu. Ce juste milieu est indiqué par la prudence (surnaturelle). II faut un ordre. Mais un ordre qui vienne d'un supérieur légitime ordonnant dans le domaine où il peut exercer son autorité. Ce droit de commander vient de Dieu : « Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir s'il ne t'avait été donné d'en-haut ».

Dans ces conditions, si celui qui commande dépasse les limites de ses attributions son pouvoir en ce point ne vient pas d'en-haut ; il n'existe pas d'ordre à proprement parler, mais un abus de pouvoir. Tout inférieur est tenu d'obéir à son supérieur en tout ce en quoi il lui est soumis ; c'est-à-dire en tout ce en quoi le supérieur a droit sur lui. L'obéissance inconditionnelle et en tout, on ne la doit qu'à Dieu seul.

L'obéissance aveugle n'enlève pas la responsabilité des sujets et ceux-ci auront à en rendre compte à Dieu.

En refusant le Nouvel Ordo Missae promulgué par le pape et imposé par les évêques, nous ne désobéissons pas. Nous ne faisons que rappeler respectueusement les frontières que la Révélation impose aux autorités dans l'Eglise (N.D.L.R.).

 

7 - II ne me parait pas indispensable de clarifier la formule « interprété à la Lumière de la Tradition » après la conversation avec le Cardinal qui traduisait en disant  « il s'agit d'intégrer les textes du Concile dans la Tradition ». Cela signifie que les textes du Concile peuvent tous être inté­grés dans la Tradition. Que devient alors la « Lumière » de la Tradition ?

Le vrai sens ne peut être que celui-ci : La Lumière de la Tradition projetée sur le textes du Concile les juge. Ceux qui sont conformes à la Tradition sont acceptés, ceux qui sont équivoques sont interprétés selon le sens de la Tradition et ceux qui lui sont contraires sont rejetés.

La Rome progressiste qui a rédigé ces mauvais textes du Concile ne veut pas se dédire et tient à tout prix à ses erreurs, basées sur des héré­sies : la liberté religieuse des droits de l'homme, l’œcuménisme protes­tant, qui est à l'origine de toutes les Réformes post-conciliaires, auxquelles les Réformateurs tiennent comme à la prunelle de leurs yeux, malgré les ruines qui s'accumulent, malgré l'apostasie galopante. (Mgr Lefebvre).

 

8 - On pourrait donc demander, puisque le Cardinal nous y invite. la compatibilité supposée entre l'encyclique « Quanta Cura » et le Syllabus du pape Pie IX, documents infaillibles sur le point précis du droit à la liberté religieuse, et le document de Vatican II qui parle de ce même sujet ; la déclaration « Dignitatis Humanae ». La réponse - qui tarde à venir puisque voilà vingt ans que Monseigneur Lefebvre affirme cette incompatibilité - pourrait servi, à d'autres que nous, en particulier au Père Congar O.P. qui, lui non plus, ne la voit pas. (A propos de Dignitatis Humanae : « On ne peut nier qu'un tel texte ne dise matériellement autre chose que le Syllabus de 1864, et à peu près le contraire des propositions 15, 77 à 79 de ce document ») (').

Qu'il - tous suffise de faire observer ici qu'un texte de Vatican II peut parfaitement avoir erré sur un point aussi grave, et qu'il n'est pas nécessaire pour cela de dénier à ces textes leur teneur magistérielle. Que Vatican II soit un concile légitime dans sa convocation, dans sa réunion, et partant qu'il soit le sujet idoine du magistère, voilà qui est hors de cause.

Mais tous concéderont que si les conditions d'infaillibilité ne sont pas engagées le document peut avoir erré.

II y a deux cas possibles pour qu'un concile jouisse du privilège d'infaillibilité : s'il emploie une forme solennelle (Magistère universel extraordinaire) ou, s'il emploie une forme non solennelle (Magistère universel ordinaire), s'il demande expressément que telle doctrine précise soit crue.

On peut facilement écarter le premier cas. Tous, tenants ou non, de l'orthodoxie de Vatican II, affirment qu'en aucun cas, le Concile n'a employé une forme extraordinaire.

Pour ce qui regarde le magistère universel ordinaire, jamais le concile n'impose ses doctrines erronées à la croyance des fidèles (comme devant être crues).

Or une simple lecture du texte de référence de Vatican I sur ce point nous indique que c'est là la condition d'infaillibilité du magistère universel ordinaire, celui en cause.

 

« On soit croire de Foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu, écrite ou transmise, et qui est proposé par l'Eglise, soit par L n jugement solennel, soit par le magistère ordinaire universel, comme devant être cru ». (DZ 1792 - Sess. III, Cu. III, de Fide Cath.).

Certes nous n'ignorons pas que l'Eglise puisse être infaillible sur des choses qui ne font pas partie intégrante du donné révélé ; mais alors, pour pouvoir assurer les fidèles de son infaillibilité dans ce domaine, elle devrait utiliser son magistère extraordinaire, comme elle le fit, par exemple, dans les canons du Concile de Trente concernant la liturgie, son magistère ordinaire, ne lui garantissant plus alors l'infaillibilité (DZ 954, 555, 356).

C'est donc à bon droit que Mgr Lefebvre nie la compatibilité de certains textes de Vatican II avec le Magistère précédent, sans pour autant dénier à ces textes leur caractère magistériel (N.D.L.R.).