" Les Nouvelles
de
Chrétienté "
n° 18
Le 2 septembre 2005.

 

Revue de presse
sur la visite de Mgr Fellay
à Castel Gandolf, le lundi 29 août 2005

 

Sommaire

A- Avant la visite à Catel Gandolfo

a-Mgr Fellay, à Castel Gandolfo, le 29 août
b- Des précisions données par Mgr Williamson.
c- Le site " La porte latine ", site du district de France, confirme l'audience
d- Le communiqué de l'AFP.
e- Un communiqué de l'APIC, agence catholique de presse du diocèse de Fribourg.

B Après la rencontre à Castel Gandolfo.

a- le communiqué de presse de la Fraternité Saint Pie X
b- Déclaration de la salle de presse du Saint Siège par Dr Joaquin Navarro-Valls, le 29 août 2005
c- Les Réactions de Monsieur l'abbé Schmidberger, premier assistant de la FSSPX,
d- Interview de Monsieur l'abbé de Tanouarn dans " Minute ".
e- L'interviewé du cardinal Mario Francesco Pompedda, préfet émérite de la Signature Apostolique, par l'Apic..
f- l'article du Monde de Henri Tincq
g- l'article de la Croix
h- l'article de Jean Madiran dans Présent

 

 

A- Avant la visite à Catel Gandolfo

a-Mgr Fellay, à Castel Gandolfo, le 29 août.

La nouvelle est venue e de la FSSPX
La FSSP X a fait savoir que Mgr Fellay, son Supérieur général, après en avoir fait la demande, sera reçu par Benoît XVI, au Palais Pontifical de Castel Gandolfo où le pape passe les mois très chauds de l'été romain, le 29 août prochain.
Cette demande d'audience de Mgr Fellay au Souverain Pontife " a été portée à la connaissance des membres de la FSSPX, par Lettre circulaire du 17 mai 2005.

Voici la note qui fut publiée dans le B.O. de la FSSPX de juin 2005, n° 193 :

" Demande d'audience de Monseigneur Fellay au Souverain Pontife.
Par Lettre circulaire du 17 mai adressée aux Supérieurs de districts, séminaires et maisons autonomes, Monsieur l'abbé Arnaud Sélégny a fait part de l'intention de notre Supérieur général de demander une audience au nouveau Souverain Pontife, Benoît XVI. Monseigneur Fellay renouvellera donc la demande que Monseigneur Lefebvre avait lui-même faite en son temps au pape Jean-Paul II après son élection au souverain pontificat.
Il n'est aucunement question à ce jour de reprendre de quelconques négociations mais de faire acte de présence de la Tradition à Rome, de donner un témoignage de ce que nous sommes et de réitérer solennellement et de manière personnelle et directe la demande de réintégration du rite tridentin de la messe dans tous ses droits afin que l'ostracisme dont il est l'objet cesse enfin.
Nous confions cette intention d'Eglise à vos prières ".

b- Des précisions données par Mgr Williamson.
Suite à cette annonce d'audience, Mgr Williamson a pensé nécessaire de donner des précisions sur cet entretien. Il a fait publier une lettre sur Internet.
En voici le texte :

" QUELQUES RÉFLEXIONS POUR LE MOIS D'AOÛT, 2005
Par Mgr. Richard Williamson
Dans le numéro de Mai-Juin de cette année-ci du bi-mensuel français " Sous la Bannière ", à la page 7, on lit une citation bien intéressante que l'on prête au Cardinal Ratzinger, maintenant le Pape Benoît XVI. On y lit :
" Une source en Autriche, qui ne veut pas être révélée, assure que le Cardinal Ratzinger aurait récemment confessé à un évêque autrichien ami, 'J'ai deux problèmes sur la conscience : Mgr. Lefebvre et Fatima. Pour ce dernier on m'a forcé la main ; pour le premier j'ai échoué' ".
Bien sûr, la " source an Autriche " restant anonyme, nous n'avons aucun moyen de vérifier si le Cardinal a vraiment dit ces choses sur Mgr. Lefebvre et Fatima, mais la citation est pour tout le moins vraisemblable, et donc elle vaut la peine qu'on s'y arrête quelques instants.
Quant à ce qui est dit sur Fatima, on se doutait bien en Juin 2000, au moment où le Vatican - et le Cardinal Ratzinger en particulier - révélait le supposé Troisième Secret de Fatima, qu'il y avait un faux quelque part. Ou bien Rome cachait encore le vrai secret, celui que gardait Pie XII dans sa chambre sans l'ouvrir ; ou bien Rome révélait le vrai secret mais en faussait l'interprétation. Dans les deux cas, se disait-on à ce moment-là, Rome voulait en finir avec Fatima, et on voyait le Cardinal Ratzinger en première ligne se prêter à ce jeu. Et voici cette citation venant de l'Autriche qui nous confirmerait que c'était bien un jeu auquel le Cardinal s'est prêté. Qui lui a " forcé la main " ? Le Pape Jean-Paul II ? Un pouvoir occulte derrière et le Pape et le Cardinal ? Dieu le sait.
Quant à ce qui est dit sur Mgr. Lefebvre, là encore la citation, sinon vraie, est certainement vraisemblable. En mai, 1988, au moment où Mgr. Lefebvre menaçait de sacrer des évêques pour la Fraternité Sacerdotale St Pie X, avec ou sans la permission de Rome, c'est le Cardinal Ratzinger qui représentait le Saint Siège dans les négociations entamées pour empêcher une telle " rupture ". On se souvient que le Cardinal Ratzinger a failli " réussir " lorsque le 6 mai Mgr. Lefebvre a signé un protocole d'accord, mais il a " échoué " le 7 lorsque Mgr. Lefebvre après une nuit blanche a repris sa signature. Et voici que la citation venant d'Autriche nous confirme que le Cardinal voit toujours la fin de ces négociations-là comme un " échec ".
Cette confirmation est importante pour autant qu'elle nous suggère que le Cardinal reste, en tant que Pape, dans les mêmes dispositions pour traiter avec la Fraternité St. Pie X dans l'entretien qu'il accorde en principe le 29 août au successeur de Mgr. Lefebvre à la tête de la Fraternité, Mgr. Bernard Fellay. Autrement dit, il est fort probable non seulement que le Pape régnant est sincèrement convaincu qu'il faut mettre fin à cette " rupture " entre Rome et la Fraternité, mais aussi qu'il paraîtra être de toute bonne volonté lorsqu'il mettra tout en œuvre, y compris sa longue expérience de la diplomatie romaine et tout le prestige de son rang maintenant exalté, pour y arriver.
De fait, un accord semble impossible. Et bien sûr, si la Fraternité se ralliait, la résistance de la Tradition continuerait, et si le Pape " se convertissait ", alors à la place de la guerre gentille menée maintenant à sa droite par la Tradition, il aurait à dos une guerre féroce menée à sa gauche par la cabale des néo-modernistes. Donc de toute façon la guerre continue entre les amis et les ennemis de la Foi de Notre Seigneur Jésus Christ.
Mais ici et maintenant, ce qui est important pour les Catholiques qui suivront avec intérêt cet entretien entre Rome et la Fraternité, c'est qu'ils ne donnent dans aucun des pièges que le Démon leur tendra :
D'abord, ce n'est pas parce que la Fraternité demande à être reçue en audience par le Saint Père qu'elle est sur le point de trahir - si la Tradition n'a aucun contact avec Rome, comment la vérité de la Tradition s'y fera-t-elle entendre ?
Ensuite, ce n'est pas parce qu'il y a un contact qu'une entente est possible. Que tous les Catholiques qui rêvent de combiner la Tradition et les autorités néo-modernistes de l'Eglise se désabusent. L'Autorité Catholique et la Vérité Catholique finiront par se réunir, mais rien pour le moment n'indique que cette réunion est pour aujourd'hui - ou demain !
Et finalement - et c'est le piège le plus subtil - qu'on ne pense ni que le Pape est de bonne volonté, donc il ne peut être néo-moderniste ; ni qu'il est néo-moderniste, donc il ne peut être de bonne volonté. Cette crise de l'Eglise serait bien moins grave et tromperait beaucoup moins de gens si les néo-modernistes étaient évidemment de mauvaise volonté. Ce qui caractérise ces derniers temps, c'est que les mauvais principes sont si répandus que peu de gens s'en rendent compte, et beaucoup de gens font mal tout en étant persuadés qu'ils font bien. C'est pour cela que la citation du Cardinal est vraisemblable où il dit que son échec en 1988 lui pèse " sur la conscience ".
Prions la Très Sainte Vierge pour que le Pape Benoît XVI voie clair, surtout la nécessité urgente de consacrer la Russie au Cœur Immaculé de Marie, et si nous-mêmes nous voyons clair, prions-la que nous ne nous laissions pas aveugler - " Celui qui estime qu'il se tient debout, qu'il fasse attention de ne pas tomber ", dit St. Paul (I Cor X, 12). Les temps sont mauvais !

c- Le site " La porte latine ", site du district de France, confirme l'audience :
" Aujourd'hui, jeudi 25 août 2005 "

Communiqué de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X
" Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, sera reçu en audience par le pape Benoît XVI, à Castel Gandolfo, le lundi 29 août 2005. "
" Aucune déclaration ne sera faite avant l'audience. "
" Menzingen, 24 août 2005 "

Vous noterez qu'aucune déclaration ne devait être faite avant l'audience. La déclaration de Mgr Williamson est donc une déclaration privée qui n'engage que lui.


d- Le communiqué de l'AFP.

ROME, 28 août 2005 (AFP) - Le pape reçoit le chef des intégristes catholiques 17 ans après le schisme

Le pape Benoît XVI, qui a fait de la réconciliation entre chrétiens une priorité de son pontificat, va tenter lundi une ouverture vers l'aile la plus intransigeante du catholicisme dix-sept ans après l'excommunication par Jean Paul II de son chef Mgr Marcel Lefebvre.

Mgr Bernard Fellay, un Suisse de 48 ans, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X créée à Ecône (Suisse) par Mgr Lefebvre, sera reçu lundi par Benoît XVI à Castelgandolfo, la résidence d'été du pape dans la campagne romaine.

Cette audience accordée par le chef de l'Eglise catholique au chef de file des intégristes est une première depuis l'excommunication en 1988 par le pape Jean Paul II de Mgr Lefebvre, qui avait franchi la ligne rouge en ordonnant lui-même plusieurs évêques, dont Mgr Fellay.

Mgr Fellay avait pu saluer Jean Paul II en décembre 2000 à l'issue d'une messe dans la chapelle privée du pape mais l'échange était resté extrêmement bref.

L'information concernant la rencontre de lundi a d'abord circulé sur les sites internet intégristes avant d'être confirmée le 24 août par un bref communiqué de la Fraternité. Le Vatican, fidèle à ses habitudes de discrétion, n'a ni confirmé ni démenti.

Un pilier de l'aile conservatrice du Vatican, le cardinal colombien Dario Castrillon Hoyos, préfet de la congrégation pour le clergé, devrait assister à l'entretien, selon diverses sources.

Jean Paul II, qui ne s'était jamais résigné au schisme, avait chargé dès 1988 le cardinal Castrillon Hoyos de travailler à un rapprochement à la tête d'une commission baptisée "Ecclesia Dei", dont la mission s'était poursuivie après la mort de Mgr Lefebvre en 1991.

En 2000, année symbolique pour les chrétiens, le cardinal colombien avait célébré une messe en latin selon le rite d'avant Vatican II dans une des principales églises de Rome, la basilique Sainte-Marie Majeure.

L'abandon de la messe en latin et du rite dit "de Saint Pie V" ou "tridentin" au profit d'une liturgie plus accessible aux fidèles est l'un des principaux griefs des intégristes envers l'Eglise née dans les années 1960 du concile Vatican II, avec l'oecuménisme et le dialogue interreligieux.

Benoît XVI, l'ancien préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi Joseph Ratzinger, qui a succédé le 19 avril à Jean Paul II, n'a jamais caché son attachement à la liturgie traditionnelle ni au latin.

Son élection a été saluée comme "une lueur d'espérance" par Mgr Fellay qui avait demandé à être reçu par lui.

"Si je suis reçu par le pape, je lui demanderai pleine liberté pour la messe et, pour nous, la levée de l'excomunication. Ce sont deux conditions préalables", avait-il alors déclaré.

Le cardinal Ratzinger avait été l'artisan il y a 20 ans d'un timide retour de la messe en latin sous le strict contrôle des évêques. Aujourd'hui, le Vatican pourrait accorder "des possibilités plus larges" de célébrer la messe selon le rite ancien, a indiqué dans le journal français La Croix un des membres de la commmission Ecclesia Dei, l'archevêque français Jean Pierre Ricard.

Mgr Fellay n'avait pas manqué non plus de rappeler les réticences du cardinal Ratzinger devant certaines initiatives spectaculaires de Jean Paul II, notamment les rencontres interreligieuses d'Assise.

Mais depuis son élection, le nouveau pape a affirmé son attachement au concile Vatican II, bête noire des intégristes, et s'est donné comme priorité de relancer l'oecuménisme.

Et lors de son voyage à Cologne, dans son Allemagne natale, du 18 au 21 août pour les journées mondiales de la Jeunesse, Benoît XVI a rencontré des juifs et des musulmans, deux initiatives qui ont fortement déplu aux plus intransigeants des lefebvristes.

L'indiscrétion sur la rencontre de lundi, qui aurait dû rester secrète, est d'ailleurs venue de l'un des quatre évêques de la Fraternité, le britannique Richard Williamson, opposé à tout compromis avec le Vatican.


e- Un communiqué de l'APIC, agence catholique de presse du diocèse de Fribourg.

Rome, 28 août 2005 (Apic)

Rome: Le chef de file des schismatiques d'Ecône, ce lundi chez le pape Benoît XVI - 35 ans de relations chaotiques entre l'Eglise et la Fraternité St-Pie X

Le pape Benoît XVI reçoit ce lundi 29 août 2005 à Castel Gandolfo Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité sacerdotale St Pie X. Il va s'entretenir avec lui des différends entre Rome et la fraternité schismatique depuis les ordinations épiscopales illicites célébrées par Mgr Lefebvre en 1988.

Mgr Bernard Fellay, 48 ans, avait vu dans l'élection du cardinal Joseph Ratzinger à la charge de Souverain pontife "une lueur d'espérance pour sortir de la profonde crise qui secoue l'Eglise catholique". Il estimait aussi que c'était une nouvelle porteuse d'espoir pour la Fraternité sacerdotale St-Pie X, dont le siège est à Menzingen, dans le canton de Zoug. Notamment parce que lors de la messe précédant le conclave, le cardinal Ratzinger avait dénoncé la "dictature du relativisme" dont la dernière mesure est "son propre ego et ses désirs". "Avoir une foi claire selon le credo de l'Eglise est souvent étiqueté comme fondamentalisme", avait-il ajouté.

Benoît XVI s'apprête donc à rencontrer à Castel Gandolfo, le 29 août 2005, le supérieur général de la Fraternité sacerdotale St-Pie X, Mgr Bernard Fellay, pour s'entretenir des différends entre Rome et la fraternité schismatique. Cette rencontre est une nouvelle étape dans la longue et tumultueuse série de rapprochements et de crises entre le Saint-Siège et les fidèles de Mgr Lefebvre, depuis son excommunication prononcée en 1988.

La racine du conflit: le Concile Vatican II

Le pape Benoît XVI a fait de la réconciliation entre chrétiens une priorité de son pontificat. Il va donc tenter lundi une ouverture vers l'aile la plus intransigeante du catholicisme quelque 17 ans après l'excommunication par Jean Paul II de son chef de file, Mgr Marcel Lefebvre.

La mésentente entre le Saint-Siège et la Fraternité sacerdotale St-Pie X trouve ses racines dans le Concile Vatican II (1962-1965). Le fondateur de la Fraternité, l'évêque français Marcel Lefebvre, avait alors condamné avec virulence l'œcuménisme, la liberté religieuse et la réforme liturgique, issus du Concile œcuménique.

La rupture d'Ecône

Ainsi, après le Concile, en 1970, Mgr Lefebvre fonda, à Fribourg, en Suisse, une fraternité de prêtres, suivant le rite dit 'tridentin' (issu du Concile de Trente au XVIe siècle), avec l'accord diocésain. C'est la création, sans autorisation de Rome, du séminaire d'Ecône, en Suisse, et l'ordination illicite de prêtres qui le conduisirent à sa suspension a divinis en 1976, lui enlevant ainsi le droit de célébrer les sacrements.

En 1984, Jean Paul II permet aux évêques de décider s'ils veulent autoriser la célébration de la messe tridentine, c'est-à-dire selon la liturgie traditionnelle préconciliaire. Malgré les fortes critiques de Mgr Lefebvre sur la rencontre interreligieuse d'Assise en 1986, un accord de réconciliation fut alors sur le point d'être conclu avec l'évêque traditionaliste, sous le patronage du cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Le refus à la dernière minute de Mgr Lefebvre

Mais Mgr Lefebvre refusa au dernier moment de signer l'accord et, le 30 juin 1988, ordonna quatre évêques sans le consentement de Rome. Cet acte entraînera son excommunication latae sententiae (par le fait même), ainsi que celle des quatre consacrés parmi lesquels Mgr Bernard Fellay. Le 2 juillet 1988, par le Motu proprio "Ecclesia Dei", le pape Jean Paul II confirma le caractère schismatique de la Fraternité St-Pie X et créa la commission "Ecclesia Dei". Attachée à la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi, cette commission devait chercher à permettre aux traditionalistes le désirant de conserver le rite préconciliaire.

Suivirent alors douze années de contacts épisodiques et officieux entre l'Eglise catholique et la fraternité schismatique, qui n'aboutirent à aucune réconciliation. Il fallut attendre le Grand jubilé de l'an 2000 pour une amorce de rapprochement.

Amorce de rapprochement lors du Grand jubilé de l'an 2000

Le 30 décembre 1999, Mgr Fellay rencontra brièvement Jean Paul II lors de sa messe privée. Mais c'est surtout au cours du pèlerinage jubilaire à Rome de la Fraternité que des contacts furent noués. Les 5'000 pèlerins obtinrent une autorisation spéciale du Saint-Siège leur permettant notamment de célébrer une messe en rite traditionnel dans la cathédrale de Rome Saint-Jean-de-Latran. Image forte, les fidèles de la Fraternité Saint Pie X firent une procession remarquée sur la via de la Conciliazione qui mène à la basilique Saint-Pierre. Mgr Bernard Fellay déclara alors en septembre 2000: "Si le pape m'appelle, je vais, ou plutôt, je cours, par obéissance filiale envers le chef de l'Eglise".

C'est la même année que le Souverain pontife nomma le cardinal Dario Castrillon Hoyos, déjà préfet de la Congrégation pour le clergé, à la tête de la commission pontificale "Ecclesia Dei", chargée des négociations avec les "lefebvristes". Le cardinal colombien connaissait bien les responsables de la Fraternité St-Pie X.

Mgr Fellay exige la levée des excommunications

En préalable aux négociations, Mgr Fellay exigeait la levée des excommunications, et le droit pour tous les prêtres du monde de célébrer la messe traditionnelle, sans aucune restriction. L'Eglise jugea cette dernière exigence "excessive", et les avancées dans le dialogue furent de courte durée. La Fraternité St-Pie X estima, de son côté, que Rome refusait le débat théologique tout en s'arc-boutant sur des solutions juridiques, secondaires à ses yeux.

Cependant, en janvier 2002, un accord fut trouvé avec la Fraternité brésilienne St-Jean-Marie-Vianney, du diocèse de Campos. Cette fraternité schismatique, dont l'évêque avait été ordonné par un évêque de la Fraternité St-Pie X, revint sous l'autorité de Rome sous la forme d'une administration apostolique personnelle, indépendante de l'évêché local et limitée à son territoire. Pendant ce temps, les négociations entre Rome et la Fraternité semblèrent se poursuivre sans succès.

Signe de rapprochement venant de Rome

Signe de rapprochement venant de Rome, une messe traditionnelle fut célébrée le 23 mai 2003 par la Fraternité St-Pierre (traditionaliste mais en communion avec Rome, qui l'autorisa en 1988) au sein même de la basilique Saint-Pierre. Le lendemain, ce fut le cardinal Castrillon Hoyos lui-même qui célébra une messe en rite tridentin, dans la basilique romaine de Sainte-Marie-Majeure, "pour rendre un hommage au pape dans l'année du 25e anniversaire de son pontificat".

A l'annonce de cette célébration, des rumeurs circulèrent sur un rapprochement de Rome avec une partie de la Fraternité. Cette dernière considéra pour sa part que l'Eglise voulait la "diviser". Malgré tout, Mgr Fellay qualifia cette messe de "geste important de la part de Rome".

Durcissement des positions

Les positions réciproques se durcirent cependant lorsqu'en février 2004 la Fraternité schismatique organisa devant la place Saint-Pierre une conférence de presse sur le sujet "de l'œcuménisme à l'apostasie silencieuse", reprenant ainsi une expression de Jean Paul II. La Fraternité envoya aussi une lettre aux cardinaux du monde les exhortant à condamner l'œcuménisme.

L'Instruction "Redemptionis Sacramentum" de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements du 25 mars 2004 "sur certaines choses à observer et à éviter concernant la très sainte Eucharistie" contribua cependant à rassurer les lefebvristes, fondamentalement inquiets sur la "nouvelle messe" et la façon dont elle est célébrée.

La "nouvelle messe" au cœur des débats

En mai 2004, en collaboration avec la commission "Ecclesia Dei" et l'archevêché de Berlin (Allemagne), un oratoire de Saint-Philippe Néri fut constitué par des prêtres, diacres, et séminaristes ayant quitté la Fraternité St-Pie X. Dernier épisode en date, l'élection même de Benoît XVI, en qui Mgr Fellay "voit une lueur d'espoir", même s'il regrette l'attachement de ce dernier au Concile Vatican II.

La rencontre de ce 29 août avec le pape Benoît XVI, confirmée par la Fraternité lefebvriste sur son site internet (www.fssp.org) le 24 août dernier, marque le dernier épisode de la longue série, commencée en 1988, de contacts tumultueux, entrecoupée de rumeurs d'accords définitifs ou de ruptures totales.

La Fraternité St-Pie X traverse une forte crise interne

La Fraternité St-Pie X traverse aujourd'hui une forte crise interne. Une "majorité silencieuse de laïcs traditionalistes qui craignent une autodestruction de la Fraternité Sacerdotale St-Pie X" ont lancé le site internet www.crisefraternite.com dans le but de documenter, de leur point de vue, les causes de cette crise profonde. L'abbé Arnaud Sélégny secrétaire général de la Fraternité, veut plutôt parler de "petite crise locale" qui agite le District de France de la Fraternité St-Pie X, "mais qui a certes des retentissements au-delà".

L'abbé Philippe Laguérie, 51 ans, de la paroisse lefebvriste de Saint-Eloi, à Bordeaux, après l'abbé Christophe Héry, s'est fait exclure de la Fraternité pour "mutinerie": il a refusé cet été sa mutation sanction au Mexique. A l'instar d'un partie de la Fraternité, il avait en effet fortement critiqué en juillet 2004 la gestion des séminaires traditionalistes, condamnant une trop forte sélection des postulants. L'abbé Laguérie, 51 ans, avait critiqué le fait que des séminaristes de la Fraternité étaient renvoyés pour des "broutilles".

Le cas Laguérie et d'autres encore

L'abbé Arnaud Sélégny affirme que les chiffres fournis par l'abbé rebelle sont faux. Ecône n'aurait ainsi connu que 49 départs ces huit dernières années, et non pas une soixantaine. Il n'y aura pas l'an prochain en France trois ordinations, selon les chiffres de l'abbé Laguérie, mais au minimum cinq. En Allemagne, au séminaire Sacré Cœur de Zaitzkofen, contrairement aux affirmations de l'abbé Laguérie, il n'y aura jamais eu autant d'ordinations. Aux Etats-Unis, il n'y a pas eu 20 départs du séminaire de St-Thomas d'Aquin de Winona, mais 15.

Enfin, une aile dure, menée par l'évêque Richard Williamson, s'oppose à celle plus favorable, derrière Mgr Fellay, à un rapprochement avec Rome. L'annonce de la prochaine rencontre de ce dernier avec Benoît XVI a d'ailleurs été révélée par l'évêque schismatique anglais, sans doute dans le but de faire échouer ces négociations.

Basée à Menzingen, en Suisse, la Fraternité Saint Pie X comptait, fin 2004, 441 prêtres, dont un tiers de Français, dans 59 pays, ainsi que 6 séminaires. Ces derniers accueillent une cinquantaine de séminaristes chaque année. La Fraternité affirme regrouper 200'000 fidèles, dont 100'000 en France. (apic/imedia/gt/be)

28.08.2005 - Jacques Berset


B Après la rencontre à Castel Gandolfo.

a- le communiqué de presse de la Fraternité Saint Pie X


Rencontre avec le Saint Père : Communiqué de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

+Albano Laziale, le 29 août 2005


Aujourd'hui, Mgr Bernard Fellay, Supérieur Général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, a rencontré le Saint Père Benoît XVI dans sa résidence de Castelgandolfo. A l'issue de l'audience, il a fait la déclaration suivante :

" La rencontre a duré environ 35 minutes, elle s'est déroulée dans un climat serein. "
" L'audience a été l'occasion pour la Fraternité de manifester qu'elle a toujours été attachée - et qu'elle le sera toujours - au Saint-Siège, la Rome éternelle. "
" Nous avons abordé les difficultés sérieuses, déjà connues, dans un esprit de grand amour pour l'Église. "
" Nous sommes arrivés à un consensus sur le fait de procéder par étapes dans la résolution des problèmes. "
" La Fraternité Saint Pie-X prie afin que le Saint Père puisse trouver la force de mettre fin à la crise de l'Église en ''restaurant toutes choses dans le Christ''. "

+Bernard Fellay
Supérieur Général de la Fraternité Saint-Pie X


b- Déclaration de la salle de presse du Saint Siège par Dr Joaquin Navarro-Valls, le 29 août 2005

DICHIARAZIONE DEL DIRETTORE DELLA SALA STAMPA DELLA SANTA SEDE, DR. JOAQUÍN NAVARRO-VALLS
Il Direttore della Sala Stampa della Santa Sede, Dr. Joaquín Navarro-Valls, ha rilasciato questa mattina ai giornalisti la seguente dichiarazione:
Il Santo Padre Benedetto XVI ha ricevuto questa mattina, nel Palazzo Apostolico di Castel Gandolfo, il Superiore Generale della "Fraternità San Pio X", Mons. Bernard Fellay, che ne aveva fatto richiesta. Il Papa era accompagnato dall'Em.mo Cardinale Darío Castrillón Hoyos, Presidente della Pontificia Commissione "Ecclesia Dei".
L'incontro si è svolto in un clima di amore per la Chiesa e di desiderio di arrivare alla perfetta comunione.
Sebbene consapevoli delle difficoltà, si è manifestata la volontà di procedere per gradi e in tempi ragionevoli.
c- Les Réactions de Monsieur l'abbé Schmidberger, premier assistant de la FSSPX,
confiées au journal Italien "Il gionale" et communiquées par l'Apic du 30 août 2005.
Rome, 30 août 2005 (Apic)
Rome: Conditions à la pleine communion avec les traditionalistes de la Fraternité St-Pie X
L'abbé Franz Schmidberger, premier assistant général aux côtés de Mgr Fellay au sein de la Fraternité St-Pie X - qui accompagnait ce dernier à Castel Gandolfo le 29 août - a déclaré au quotidien italien "Il Giornale" du 30 août, que "pour nous, il y a déjà la communion, nous nous considérons en union avec l'Eglise et avec sa tradition, avec le rite qui a été célébré pendant des siècles, avec tous les saints du ciel".

A propos de la levée des excommunications de 1988 comme préalable au dialogue, il a répondu être persuadé "qu'au sein du chemin commencé aujourd'hui, on parviendra à déclarer que ces excommunications n'existent pas". Et d'affirmer tout de go que "ces ordinations épiscopales étaient à notre avis nécessaires pour l'Eglise". Sur les raisons de leur venue auprès de la plus haute instance de l'Eglise catholique, le prêtre intégriste a expliqué que "pour nous, la chose la plus importante est de manifester notre attachement à l'Eglise et au siège de Pierre. Ce que nous avons dit est que nous sommes disposés à travailler pour le bien de l'Eglise, non pour la détruire ou la diviser".

"Nous avons parlé de la crise qui traverse l'Eglise…"

Pour l'abbé Schmidberger, la rencontre avec Benoît XVI a d'ailleurs été très positive, se déroulant "dans un climat cordial et d'attention réciproque". "Quelque chose de positif est survenu", a-t-il déclaré. "Quand nous avons dit que nous étions là par amour de l'Eglise", le pape "nous a répondu :'c'est très important'. Nous avons commencé un chemin nécessaire pour assainir de profondes blessures", a poursuivi le prêtre allemand âgé de 59 ans.

L'ancien supérieur général de la Fraternité estime que même si la libéralisation du missel reste la "demande fondamentale" des traditionalistes, "nous n'avons pas parlé de cela", a-t-il encore affirmé, interrogé sur le contenu des propos lors de la rencontre avec le pape. "Nous avons parlé de la crise qui traverse l'Eglise…".

Le responsable traditionaliste dénonce les "déformations nées du Concile Vatican II"

De son côté, "le pape reconnaît certainement qu'il y a des abus, qu'il y a des choses qui ne vont pas. Il suffit de rappeler sa méditation pour la Via Crucis, quand il parlait de la 'saleté' dans l'Eglise, et le discours prononcé à la veille du conclave quand il dénonçait 'la dictature du relativisme'", a estimé le prêtre. Il s'est dit à ce sujet parfaitement d'accord, "même s'il faut aller à la racine du problème, aux causes profondes de la crise, qui pour nous remontent à beaucoup de déformations nées du Concile Vatican II et à une certaine façon de comprendre l'œcuménisme et la liberté de religion".

Interrogé sur l'évocation par le pape d'une solution juridique permettant de réintégrer la Fraternité dans l'Eglise catholique, il a répondu: "c'est le dernier des problèmes et l'on trouvera certainement une solution satisfaisante" en temps voulu. En attendant, pour lui, le premier pas sera un signal concret pour la libéralisation de l'usage du missel de Saint Pie V. "Puis nous continuerons sur un chemin déjà initié de discussions et de rencontres sur la crise de l'Eglise", a-t-il précisé.

Vers la levée des excommunications ?

A ce sujet, le prêtre a rapporté qu'il avait ces deux derniers mois rencontré différents cardinaux et chefs de dicastères de la curie romaine. "Nous avons fait parvenir des demandes, des explications, des contributions, des demandes relatives à la réforme liturgique et à l'œcuménisme". "Nous demanderons au pape de mettre sous observation ce que nous faisons et comment nous le faisons et l'on pourrait arriver à lever les excommunications", a encore espéré l'abbé Schmidberger.

Dans une déclaration datée du 29 août 2005, le porte-parole du Saint-Siège avait affirmé que "devant les difficultés dont elles ont conscience", les parties se sont mises d'accord pour procéder "par étape et dans un délai raisonnable" afin d'arriver à "la communion parfaite". (apic/imedia/ar/be)
30.08.2005 - Jacques Berset Ariane Rollier


d- Interview de Monsieur l'abbé de Tanouarn dans " Minute ".

Accord ? Pas d'accord ?

Monseigneur Fellay supérieur général de la Fraternité Saint Pie X a rencontré Benoît XVI à Castelgandolfo le 29 août. Il s'agit de la première rencontre officielle entre un pape et les autorités de la Fraternité Saint-Pie X depuis 1988... Elle engage bien sûr l'avenir de toute la mouvance catholique traditionnelle dans l'Eglise... Dès lundi, les interprétations de l'événement se multipliaient. Devant le mutisme des autorités officielles de la Fraternité Saint-Pie X, nous avons demandé à M. l'abbé de Tanoüarn, longtemps vicaire à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, actuellement responsable, toujours à Paris, du Centre Culturel Saint-Paul, ce qu'il pense de la manière dont s'est déroulée cette rencontre, tant attendue, tant redoutée...
M. l'abbé, l'audience accordée par le pape Benoît XVI à Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X constitue-t-elle, selon vous, un véritable événement ?

On s'est employé, à droite et à gauche, à minimiser la portée de cette rencontre. Ce serait une grave erreur de faire comme s'il ne s'était rien passé à Rome ce 29 août. Derrière l'apparente sobriété du communiqué commun, répercuté immédiatement par l'Agence France Presse, se cache un événement que je n'hésite pas à qualifier d'historique et qui engage gravement, pour l'avenir, la responsabilité des deux partis. "Conscients des difficultés " qui se présentent et se présenteront sur la route d'un véritable accord, les deux protagonistes s'engagent, disent-ils, à " procéder par étapes et dans un délai raisonnable ", " dans un climat d'amour de l'Eglise et de désir de parvenir à la pleine communion ". Autrement dit, nous ne sommes plus dans une situation de rejet mutuel. Il ne s'agit pas non plus d'un simple gentlemen agrement, les deux partis reconnaissant loyalement leurs points de désaccords, au sens où l'on pourrait dire, avec les Anglais : They agree that they don't agree (ils sont d'accord sur le fait qu'ils ne sont pas d'accord). Non! Ce qui a été décidé, à Rome, ce 29 août, c'est d'établir ce que l'on nomme dans un autre contexte (celui de l'Intifada palestinienne) une véritable feuille de route. Il y aura des étapes. Cela prendra du temps. Mais on y arrivera, avec le temps. Il s'agit avant tout, dans cette déclaration, pour Mgr Fellay comme pour Benoît XVI, de " donner du temps au temps " comme disait François Mitterrand… Les fondements doctrinaux de la querelle ne sont pas évoqués. Aucune mention des bases historiques sur lesquelles se fonde le mouvement traditionaliste pour "accuser le concile " comme disait Mgr Lefebvre. Toute l'attention des deux protagonistes de la rencontre s'est focalisée sur les modalités pratiques d'un accord. En ce sens, la rencontre entre Mgr Fellay et Benoît XVI crée les conditions d'un climat nouveau et d'un dialogue différent entre Rome et Ecône.

Votre optimisme me surprend. N'avez-vous pas l'impression au contraire que Mgr Fellay tente surtout de jouer la montre, face aux exigences du nouveau Pontife? Un communiqué interne de la Fraternité Saint-Pie X dont nous avons pu prendre connaissance déclarait au mois de juin dernier : " Il n'est aucunement question à ce jour de reprendre de quelconques négociations mais de faire acte de présence de la Tradition à Rome ". Croyez-vous vraiment que Mgr Fellay soit prêt à un accord ? Son propre communiqué de presse déclare simplement : " Nous sommes arrivés à un consensus sur le fait de procéder par étapes ". C'est maigre comme consensus !

Mgr Fellay a toute la prudence de son Helvétie natale. Effectivement, il avance lentement. Il a besoin de temps, comme je viens de vous le dire, mais il me semble indéniable qu'au moins à titre personnel, comme il le déclarait dans un entretien récent avec l'abbé Alain Lorans, il estime qu'un accord est inéluctable. Cela dit, il rencontre de fortes oppositions à l'intérieur de son propre camp. Beaucoup de responsables importants de la Fraternité sont a priori hostiles à un accord, sans oser le dire trop fort. Le district de France par exemple organise au début du mois de septembre un symposium, destiné à déclarer nulle l'autorité du concile Vatican II. De son côté, Benoît XVI rencontre l'hostilité a priori des évêques français, récemment réaffirmée par le président de la conférence épiscopale, Mgr Ricard. Le moins que l'on puisse dire est qu'entre le pape et l'évêque, la météo est particulièrement mauvaise. Mais ce qui est important, c'est, comme je vous l'ai dit, que Mgr Fellay ait accepté le principe d'un calendrier des négociations… Si les réunions se multiplient entre les deux partis, pourra-t-il longtemps se dérober ? Soit il devra solennellement réaffirmer les divergences doctrinales qui existent entre Rome et Ecône, ce qu'il s'est toujours gardé de faire durant les onze années de son supériorat, soit il devra signer...

Vous qui ne faites plus partie de la Fraternité Saint-Pie X depuis quelques mois, quel est votre sentiment personnel sur cette rencontre ?

Je crois que, malgré quelques essais plus ou moins réussis, il manque à la Fraternité Saint-Pie X une approche vraiment doctrinale de la crise actuelle, qui lui permettrait d'envisager sereinement sa position actuelle dans l'Eglise. L'extrême prudence de Mgr Fellay risque, à la longue, de passer pour de l'opportunisme. Les fidèles, énervés (au sens étymologiques du terme) par des rumeurs contradictoires, perdent confiance et pratiquent de plus en plus le zapping liturgique, allant d'une paroisse à l'autre, d'une chapelle à l'autre, parce qu'ils ne voient plus les raisons profondes du combat traditionaliste. Il ne faudrait pas que la glorieuse résistance de Mgr Lefebvre se perde dans les sables de la négociation pour la négociation. Il me semble que l'avenir appartient -- sans aucune exclusive - à ceux qui oseront poser les vraies questions (qui ne sont plus tout à fait celles des années 70).
La Tradition catholique dans sa riche diversité a, de par Dieu, la vocation de réunir autour d'elle tous les hommes de bonne volonté. C'est son service qui mobilise et mobilisera, sous l'égide du souverain pontife, les chrétiens qui essaient d'être dignes de ce nom.

Entretien réalisé par Jean-Marie Molitor



e- L'interviewé du cardinal Mario Francesco Pompedda, préfet émérite de la Signature Apostolique, par l'Apic..
Rome, 30 août 2005 (Apic)
"Se soumettre à l'autorité du pape"

La pleine communion avec les lefebvristes pourra être atteinte seulement si la Fraternité St-Pie X "se soumet à l'autorité légitime du pape" et reconnaît les résolutions adoptées par le Concile Vatican II "comme des actes doctrinaux". Cette ferme mise au point a été faite par le cardinal Mario Francesco Pompedda.
Le cardinal Pompedda, préfet émérite du Tribunal suprême de la signature apostolique, était interrogé par La Stampa le 30 août 2005, au lendemain de la rencontre entre Benoît XVI et Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité St-Pie X.

"La pleine communion avec les lefebvristes pourra seulement être atteinte si la Fraternité St-Pie X se soumet à l'autorité légitime du pape, reconnaît les résolutions adoptées par le Concile Vatican II comme des actes doctrinaux de renouveau et d'ouverture de l'Eglise au monde", a déclaré le cardinal Pompedda. "La validité des élections papales advenues depuis la mort de Pie XII jusqu'à aujourd'hui" doit être également reconnue. En effet, la Fraternité schismatique met en cause "les élections papales de Jean XXIII, Paul VI et Jean Paul II (…) parlant (…) de siège vacant continu commencé avec la mort de Pie XII".

La messe en latin n'est pas le vrai problème

"Si ces points sont acceptés, alors la messe en latin ne sera plus un problème, d'autant que Jean Paul II l'a déjà concédée", ajoute le cardinal italien. La Fraternité St-Pie X demande la libéralisation de la messe selon le rite dit de "saint Pie V" comme condition pour le dialogue avec l'Eglise catholique. Pour le cardinal Pompedda, "le vrai problème n'est pas la messe en latin", puisqu'"elle existe déjà". En revanche, "une des prémices auxquelles on ne peut renoncer est que la Fraternité sorte de cette attitude de condamnation du Concile Vatican II, comme ce qu'elle a fait jusqu'ici".

Interrogé sur la rencontre entre Benoît XVI et Mgr Fellay, dont les échos ont été positifs, le préfet émérite du Tribunal de la Signature apostolique a répondu qu'il ne parlerait "pas d'un climat nouveau entre les deux parties, d'autant que ce n'est pas le Saint-Siège qui a créé la rupture et, par conséquent, a rompu les rapports". "Je parlerais plutôt d'un climat qui peut indubitablement ouvrir à l'espoir que la Fraternité puisse vraiment faire des pas lui permettant d'être insérée dans l'Eglise catholique", a-t-il affirmé.

Concernant les quatre évêques illégalement ordonnés en 1988 par Mgr Lefebvre et excommuniés par Jean Paul II, le cardinal Pompedda a expliqué que "ces quatre monseigneurs furent ordonnés validement, parce que Lefebvre était un évêque, mais illégitimement parce que sans l'accord du pape".

"C'est une question sur laquelle seule le pape peut intervenir", a-t-il alors précisé. Quoi qu'il en soit pour leur réintégration dans l'Eglise catholique, il est fondamental qu'il y ait de leur part la proclamation d'obéissance au pontife, a-t-il estimé.


f- l'article du Monde de Henri Tincq

Le pape veut une réconciliation par étapes avec les traditionalistes
LE MONDE | 30.08.05 | 13h36 o Mis à jour le 30.08.05 | 13h36


Le tapis rouge n'a pas été déroulé, lundi 29 août, à Castelgandolfo, pour la réception de Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité schismatique Saint-Pie X. Mais cette première rencontre entre Benoît XVI et le chef de file des catholiques traditionalistes avait valeur de reconnaissance pour les "brebis égarées" de Vatican II (1962-1965). Jamais depuis la rébellion de Mgr Lefebvre, porte-parole de la minorité du concile hostile aux réformes, un évêque excommunié par Jean Paul II n'avait franchi la porte du Vatican. C'est chose faite.
Il n'y a pas eu de bulletin de victoire après ce huis clos de trente-cinq minutes entre Benoît XVI et Mgr Fellay. Le schisme est loin d'être surmonté, mais au moins la glace a-t-elle été brisée... L'entretien a donné lieu à un communiqué de Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Vatican, qui a pris soin de rappeler que le rendez-vous avait été demandé par les traditionalistes. Selon lui, la rencontre a manifesté "un climat d'amour pour l'Eglise et de désir d'arriver à la pleine communion", c'est-à-dire à la réintégration des fidèles schismatiques.
Mgr Fellay, aussi, a fait preuve de courtoisie en rappelant que "la Fraternité Saint-Pie X était toujours attachée - et le sera toujours - au Saint-Siège, à la Rome éternelle" et qu'elle priait "afin que le Saint Père puisse trouver la force de mettre fin à la crise de l'Eglise en restaurant toutes choses dans le Christ", selon la formule de Pie X, le pape le plus conservateur du XXe siècle.
Benoît XVI et Mgr Fellay sont tombés d'accord pour "procéder par étapes et dans des délais raisonnables". Mais aucun calendrier n'a été fixé. Aucune partie n'a désigné ses négociateurs, même si on peut supposer que, du côté du Vatican, c'est la commission Ecclesia Dei, présidée par le cardinal colombien Castrillon-Hoyos - présent lors de l'entretien -, qui sera chargée d'entretenir le contact. Cette commission avait été fondée au lendemain du schisme de 1988, dans le but de rallier les "lefebvristes".
Le pape n'a pris aucun engagement sur les deux points réclamés par Mgr Fellay : la levée du décret d'excommunication des quatre évêques - dont lui-même - consacrés par Mgr Lefebvre en 1988 et l'extension du droit de célébrer la messe selon le rite ancien de l'Eglise (en latin, selon le rite dit de saint Pie V). Au Vatican, on laisse entendre que si de nouvelles facilités pourraient être trouvées pour la messe en latin, la levée de l'excommunication est plus difficilement envisageable. Quel serait, en effet, le statut des quatre évêques consacrés en 1988 sans l'autorisation du pape et des prêtres (environ 400) ordonnés par des évêques excommuniés ?
Le pronostic sur l'avenir de ce dialogue est extrêmement réservé. La position de Mgr Fellay est fragile dans la famille traditionaliste, où le rapprochement avec le Vatican suscite de violentes oppositions. Un groupe se réclamant de la "majorité silencieuse des laïcs traditionalistes qui craignent une autodestruction" s'est constitué en "canal historique de la Fraternité". Il vient d'ouvrir un site Internet et de publier un Manifeste qui, louant le "combat de géant de Mgr Lefebvre" , s'en prend à son successeur, Mgr Fellay, dont il dénonce "les compromis, les lâchetés, les abandons, les trahisons" .
Benoît XVI bénéficie d'une bonne cote chez les traditionalistes, qui louent l'orthodoxie doctrinale de l'ex-cardinal Ratzinger, son attachement à l'ancienne liturgie, ses positions plus prudentes que celles de Jean Paul II dans le dialogue interreligieux. C'est "celui qui connaît le mieux notre dossier", dit-on au siège de la Fraternité Saint-Pie X.
Mais la réintégration des traditionalistes paraît illusoire, alors que rien n'est réglé sur le fond : désaccord sur la "nouvelle messe", hostilité à toute forme de dialogue avec les autres religions... Ils affirment vouloir se réconcilier avec Benoît XVI, tout en protestant contre sa visite à la synagogue de Cologne et après avoir combattu tous les gestes de rapprochement avec les juifs accomplis par Jean Paul II. Or le nouveau pape a fait du dialogue interreligieux la priorité de son pontificat. C'est pour lui un terrain non négociable.
Henri Tincq
Article paru dans l'édition du 31.08.05
g- l'article de la Croix
Dialogue renoué entre Rome et Ecône

D'abord tenue secrète, une audience sans précédent a été accordée par Benoît XVI au successeur de Mgr Marcel Lefebvre, lundi 29 août à Castel Gandolfo
1. Que s'est-il passé lundi 29 août ?
D'abord tenue secrète - elle ne figurait même pas, lundi 29 août au matin, dans la liste officielle des personnalités que le pape devait recevoir - l'audience accordée, le 29 août à 11 heures à Castel Gandolfo, à Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, par Benoît XVI, a finalement été officialisée par un communiqué du directeur de la Salle de presse du Vatican en milieu de journée.
Joaquin Navarro-Valls commence par y préciser que Mgr Fellay " avait fait la demande " de ce rendez-vous et que le pape y était assisté par le cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la commission " Ecclesia Dei ". Deux phrases ensuite, dans ce communiqué, pour caractériser le contenu et le ton des entretiens : " La rencontre s'est déroulée dans un climat d'amour de l'église et de désir d'arriver à la parfaite communion. Bien que conscients de la difficulté, s'est manifestée la volonté de procéder par étapes et dans des délais raisonnables. "
De son côté, Mgr Fellay a confirmé lundi 29 août après-midi par communiqué, depuis Albano, siège romain de leur Fraternité, que la rencontre s'était déroulée dans un " climat serein ". Il a ajouté : " L'audience a été l'occasion pour la Fraternité de manifester qu'elle a toujours été attachée - et qu'elle le sera toujours - au Saint-Siège, la Rome éternelle. Nous avons abordé les difficultés sérieuses, déjà connues, dans un esprit de grand amour pour l'Église. Nous sommes arrivés à un consensus sur le fait de procéder par étapes dans la résolution des problèmes. " En conclusion, la Fraternité assure le pape de sa prière " pour qu'il puisse trouver la force de mettre fin à la crise de l'Église en "restaurant toutes choses dans le Christ" ".
2. Y a-t-il eu des précédents ?
Aucun, à ce niveau. Seuls ont eu lieu des entretiens officieux, depuis le schisme en 1988 - sauf qu'à cette époque, des catholiques avaient refusé de suivre Mgr Marcel Lefebvre dans le schisme : leur statut avait été réglé par Jean-Paul II par le biais du motu proprio Ecclesia Dei adflicta qui avait conduit notamment à la création de la Fraternité Saint-Pierre pour les prêtres et séminaristes d'Écône revenus vers Rome. Plusieurs fractions du mouvement lefebvriste se sont depuis agrégées aux communautés régies par ce statut " Ecclesia Dei " qui confère le droit de célébrer selon le rite de saint Pie V en union avec Rome, mais sous réserve de l'accord de l'évêque du lieu.
Le plus spectaculaire de ces rattachements est celui de l'Union Saint-Jean-Marie-Vianney, à Campos (Brésil) : une structure créée par Mgr de Castro Mayer, évêque ami de Mgr Lefebvre et qui avait concélébré avec lui les ordinations épiscopales illicites de 1988 (notre photo) et fut donc excommunié. En 2001, à la suite des discussions entamées par Rome avec le mouvement intégriste, Mgr Licinio Rangel, successeur de Mgr de Castro Mayer, obtenait pour l'Union Saint-Jean-Marie-Vianney le statut particulier d'administration apostolique personnelle.
3. Quelles sont les implications concrètes de cette rencontre ?
Pour le moment aucune, même si le dialogue n'avait encore jamais repris à ce point et à un tel niveau. Du point de vue du mouvement lefebvriste, l'idéal serait d'obtenir un statut de prélature personnelle, à l'instar de l'Opus Dei, qui lui permettrait de s'organiser et de se développer en structure parallèle aux diocèses, avec un évêque propre. Mais c'est une solution différente qui avait été choisie à Campos : l'administration apostolique personnelle, statut provisoire proche de la "prélature territoriale" (qui est notamment celui de la Mission de France), où les fidèles qui le souhaitent sont rattachés au prélat, mais dans les limites géographiques de la prélature.
Néanmoins, il serait prématuré d'attendre des résultats immédiats de la rencontre du 29 août. En 2001, c'est en demandant pardon que Mgr Rangel s'était adressé à Jean-Paul II. Or, les déclarations de Mgr Fellay cet été sont loin d'avoir le même ton : c'est plutôt une certaine méfiance à l'égard de Benoît XVI qui se dégageait des textes publiés par le mouvement intégriste avant le contact du 29 août.
4. Quel est l'enjeu fondamental de cette audience ?
Le fait que Benoît XVI accorde une telle audience quatre mois après son élection traduit une volonté claire de dialogue avec les intégristes. Espère-t-il pour autant résorber ce schisme, vécu à Rome comme un échec majeur du pontificat précédent ? À tout le moins, le nouveau pape entend sortir d'une situation de blocage. L'enjeu, pour lui, est double : d'une part, assurer sa mission d'unité de l'Église catholique ; et d'autre part, donner gages aux catholiques qui restent insatisfaits de la réforme liturgique issue de Vatican II, comme l'a été le cardinal Ratzinger lui-même. Sans penser à un retour en arrière, Benoît XVI souhaite notamment revaloriser la sacralité des célébrations.
La rencontre du 29 août pourrait ainsi confirmer la place élevée du dossier liturgique dans son pontificat, même si cela va de pair avec son engagement pour Vatican II et l'œcuménisme, donnés comme prioritaires juste après son élection. Mais c'est précisément cet engagement qui déplaît fortement à ses interlocuteurs intégristes, même si cette position constante de Benoît XVI ne les surprend pas. Cette condition leur pose surtout une limite infranchissable, qu'il faudrait bien concilier avec un éventuel accord, car Benoît XVI, lui non plus, ne transigera pas sur le Concile.
5. Les intégristes sont-ils d'accord entre eux ?
Forte de 453 prêtres, dont un tiers de Français (soit 0,64% des prêtres français), et de 178 séminaristes, établie dans 59 pays, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) rassemblerait 200.000 fidèles, dont la moitié en France. Elle est aussi fortement - et publiquement - divisée en trois courants principaux :
- le premier composé principalement de la première génération de prêtres et séminaristes qui avaient suivi Mgr Lefebvre, dès avant le schisme. Se définissant comme le " canal historique ", ce courant est plutôt favorable à une discussion en vue d'une résorption du schisme ;
- à l'opposé, toute une frange de la FFSPX (rassemblée principalement derrière Mgr Richard Williamson, un des quatre évêques ordonnés illicitement par Mgr Lefebvre - c'est lui qui, la semaine dernière, avait révélé à la presse le rendez-vous du 29 août) s'oppose à tout dialogue avec une Rome jugée définitivement " moderniste " et " protestantisée " ;
- au centre, enfin, les dirigeants de la Fraternité (dont Mgr Fellay, qui arrive en fin de son mandat de douze ans en juillet 2006), plutôt favorables à la discussion avec Rome, mais pas au prix de l'éclatement de la FSSPX. Jean-Marie GUÉNOIS et Nicolas SENÈZE

h- l'article de Jean Madiran dans Présent.


L'insécurité dans l'Eglise

L'audience accordée lundi à Mgr Fellay par Benoît XVI est présentée dans La Croix comme " une audience sans précédent ", avec réitération et insistance, précisant : " Y a-t-il eu des précédents ? Aucun à ce niveau. "
Le quotidien La Croix étant un organe officiellement officieux, mais officieusement officiel de l'épiscopat français, il y a lieu de se demander ce que peut bien vouloir signifier une présentation aussi inexacte.

Car, " à ce niveau " justement, deux rencontres ont déjà eu lieu.
Paul VI avait reçu Mgr Lefebvre le 11 septembre 1976 ; et Jean- Paul II, le 18 novembre 1978. Benoît XVI est donc bien le troisième pape qui reçoit en audience, ès qualités de part et d'autre, le supérieur général de la FSSPX. Et cette longue persistance du même désaccord depuis une trentaine voire une quarantaine d'années devient en se prolongeant l'une des données majeures de la question.

Cette inexactitude : " sans précédent à ce niveau ", La Croix l'affirme comme une évidence, sans l'expliquer ni la justifier. En examinant le contexte, il semble bien que La Croix l'entende : sans précédent " depuis le schisme de 1988 ". Mais si l'on considère ainsi les questions et réclamations de la FSSPX comme ne posant un problème que depuis 1988 seulement, on fausse la perspective et l'on passe à côté des réalités.

Il est incroyablement caricatural de ramener tout le désaccord liturgique, comme fait La Croix, à un sentiment subjectif d'" insatisfaction ", et d'assurer que Benoît XVI cherche à " donner gages aux catholiques qui restent insatisfaits de la réforme liturgique issue de Vatican II, comme l'a été le cardinal Ratzinger lui-même ". La réalité est que la " réforme liturgique issue de Vatican II " est un échec, et catastrophique.
Elle promettait d'engendrer un " renouveau ". Elle a vidé les églises ; elle a développé démesurément la catégorie singulière des " catholiques non pratiquants " et celle non moins singulière des " catholiques non confessionnels ". Les diocèses fourmillent de messes qui se présentent comme " la messe de Paul VI ", non rectifiées ni contestées par l'évêque, et dont la validité elle-même finit par être douteuse, comme l'avait prévu le Bref examen critique. La dérive des extravagances liturgiques crée une incertitude sur la réalité de la consécration. C'est l'une des formes les plus graves d'insécurité : l'insécurité spirituelle, provoquée par les questions qui demeurent " en attente de réponse ".

Il ne s'agit pas seulement de questions liturgiques, encore que la question de la messe soit évidemment capitale. Le président de l'épiscopat français, dans La Croix du 25 août, parlait de " peut-être envisager des possibilités plus larges de célébrer la messe selon le rite de saint Pie V ". Des possibilités plus larges ! Cette messe, qui n'a pas été inventée par saint Pie V, mais qui est la messe catholique traditionnelle, a été interdite, et demeure sous le régime incertain, arbitraire et infamant de l'autorisation préalable. Dans certains diocèses, la messe traditionnelle est autorisée à des communautés tenues en suspicion et à l'écart, comme des réserves d'Indiens !

D'ailleurs tout se tient, l'insécurité doctrinale est aussi grande que l'insécurité liturgique, elles sont liées l'une à l'autre. Le président de la commission doctrinale de l'épiscopat tantôt croit à la virginité de la Sainte Vierge et tantôt en met en cause l'énoncé dogmatique, mais dans les deux cas nous invite " à la sobriété dans les énoncés concernant Marie ". Il prétend que l'interprétation de l'Ecriture qui voit en Jésus le Messie et l'interprétation niant qu'il le soit ne sont pas contradictoires : que l'une soit vraie ne signifie pas, selon lui, que l'autre soit fausse. Et je ne fais pas ici une recension des principales errances doctrinales approuvées ou subies par notre épiscopat, je l'ai faite aux pages 55 à 65 du livre : La trahison des commissaires.

De telles anomalies, altérations et désordres ne sont pas seulement des motifs d'" insatisfaction " subjective ressentie par certains irascibles.
Ce sont des réalités. Elles s'enracinent dans l'invocation commune dont elles nous bassinent : " L'Eglise née dans les années 1960 du concile Vatican II. "
De quelque manière que l'on entende cette Eglise née dans les années 1960, cette Eglise-là est l'Eglise de l'insécurité dogmatique.

JEAN MADIRAN

Article paru dans le n°5908 de PRESENT daté du 1er septembre 2005