« Les Nouvelles

de

Chrétienté »

n° 17

Le 25 août.

 

Sommaire :

1- Benoît XVI à Cologne pour « adorer » avec la jeunesse les reliques de Mages

2- Benoît XVI avec les jeunes à Cologne mais aussi à la Synagogue

3- Benoît XVI invite à ne pas retirer les crucifix des lieux publics

4- Benoît XVI : un « pape de Transition ».

5- Après la mort de Frère Roger de Taizé.

6- La messe « en latin » ressuscite à Nanterre

7- Mgr Fellay, à Castel Gandolfo, le 29 août.

8- Des précisions données par Mgr Williamson

 9- Italie : Interview d’Oriana Fallaci 

  

 

 

1- Benoît XVI à Cologne pour « adorer » avec la jeunesse les reliques de Mages

Le pape à la rencontre des rois mages :  Les 20e JMJ du 16 au 21 août 2005 s’articulèrent autour d‘une phrase tirée de l’évangile de saint Matthieu: "Nous sommes venus l’adorer". Ce thème voulu par Jean Paul II fait référence à la visite des "rois mages" à l’enfant Jésus nouveau-né. Or les reliques de ces trois sages sont conservées dans la cathédrale de Cologne.

Le 18 août 2005 en fin d’après-midi, peu après son arrivée à Cologne, Benoît XVI s’est rendu, lui-même  dans la cathédrale de la ville pour se recueillir devant le reliquaire des Mages.

Selon la tradition, les ossements des mages guidés par une étoile pour retrouver l’enfant Jésus à Bethléem, sont à Cologne depuis 1164. Les mages sont probablement morts en Perse et leurs ossements ont d’abord été portés à Constantinople par sainte Hélène - la mère de l'empereur Constantin - après son pèlerinage en Terre Sainte au début du IVe siècle. Puis, ils ont rapidement été transférés à Milan par l'évêque Eustorge.

La victoire de l'empereur germanique Frédéric 1er Barberousse et la destruction de Milan (1162) ont permis à son chancelier, Rainald von Dassel, qui était aussi archevêque de Cologne, de prendre possession de ces reliques. Après avoir traversé les Alpes, les ossements sont parvenus à Cologne le 23 juillet 1164, accueillis par la foule. Ils ont alors été installés dans un prestigieux reliquaire et une cathédrale a été érigée sur son emplacement. Depuis le Moyen-âge, les pèlerins affluent pour prier devant le reliquaire des rois mages.

Les mages, venus vénérer l’enfant Jésus, sont uniquement évoqués dans l'évangile selon saint Matthieu, au chapitre deux. L'évangéliste n'en fait pas des rois, ne leur donne pas de noms et ne précise pas non plus leur nombre. Matthieu signale, en revanche, que ces mages sont venus d'Orient. Il peut aussi s'agir de membres d'une classe sacerdotale importante, comme il en existait alors chez les Perses, avec un rôle politique, mais aussi religieux et scientifique. Quoiqu'il en soit, les mages sont souvent présentés comme des sages ou comme des astrologues.

La tradition

C'est la tradition qui rapporte qu’ils étaient trois. Ceci s’explique essentiellement du fait que saint Matthieu évoque trois présents offerts à l’enfant (or, myrrhe et encens), mais aussi parce que les reliques des mages, conservées d’abord à Saint-Eustorge de Milan puis aujourd’hui à Cologne, sont celles de trois corps. Au VIIe siècle, on appelait les mages Bithisarea, Melchior et Gathaspa. Les noms de Gaspar, Melchior et Balthazar leur ont été donnés par saint Bède le Vénérable (mort en 735).

Les tableaux, mosaïques ou dessins les plus anciens représentent les mages en costume persan, avec des pantalons serrés à la cheville et des bonnets phrygiens. Ils offrent leurs présents selon le rite persan, en tenant les offrandes dans des mains recouvertes par leurs manteaux. Dès le IIe siècle, on prend l’habitude de les désigner comme des rois, et on les représente aussi avec des couronnes sur la tête.

Le "Livre de la caverne des trésors", au VIe siècle, raconte l’histoire traditionnelle de mages orientaux qui seraient venus adorer le Christ peu de jours après sa naissance. Cet ouvrage rappelle qu’une prophétie voulait que de l’or, de l’encens et de la myrrhe aient été déposés par Adam en Perse, sur le mont Nud (un mot qui signifie 'paradis'), pour être apportés au Messie dont la venue devait être annoncée par un astre extraordinaire. De génération en génération, douze mages étaient chargés de guetter ce signe du ciel en montant tous les ans sur la montagne et en y priant pendant trois jours tout en observant le firmament. Deux ans avant la naissance du Christ, ils auraient aperçu une étoile ressemblant à une jeune fille portant sur son sein un enfant couronné. Ils auraient pris aussitôt les présents et suivi l’étoile qui allait les mener jusqu’à Bethléem.

Sens symbolique

A la fin du XIIIe siècle, Jacques de Voragine, futur évêque de Gênes, rassemble toutes les traditions éparses concernant les rois mages dans un livre qu’il intitule "La légende dorée". Il y aborde longuement les trois présents offerts: l’or, symbole royal, l’encens qui servait depuis les temps les plus anciens dans les temples et les églises, et la myrrhe, une gomme aromatique utilisée entre autres pour embaumer les morts. Il donne à chacun un sens symbolique.

D’autres traditions ont évoqué à travers les rois mages les trois âges de la vie: Gaspard aurait été un adolescent jeune et imberbe, Balthazar un homme mûr portant la barbe et Melchior un vieillard chauve à barbe blanche. Enfin, à partir du XVe siècle, les rois mages - un asiatique, un blanc, un noir -représentent l'humanité dans son ensemble.

Chaque 6 janvier, ou le premier dimanche de janvier, l’Eglise fête l’Epiphanie (du grec 'apparition' ou 'manifestation'), qui rappelle la visite des mages. (apic/imedia/ami/pr)

 

 

2- Benoît XVI avec les jeunes à Cologne mais aussi à la Synagogue

 

A l’occasion de son voyage à Cologne, tout centré sur la jeunesse…- J’y consacrerai le « Regard sur le monde «  de la semaine prochaine -, le pape a visité la synagogue de Cologne. C’est une date à retenir.

Il est le deuxième pape de l’histoire à être entré publiquement dans un lieu de culte juif. En effet  Benoît XVI visita, le vendredi 19 août à 12h, la synagogue de Cologne, «  marquant ainsi sa volonté de marcher dans les pas de ses derniers prédécesseurs dans le dialogue avec le peuple hébreu ». Mais quelles différences dans les propos… 

Profitons de l’événement pour rappeler les grandes étapes de ces « nouveaux rapports ».

a- La modification de la liturgie du Vendredi Saint par Jean XXIII

Succédant au très aimé et zélé pape Pie XII (1939-1958), qui fit beaucoup pour sauver le plus grand nombre possible de juifs de la persécutions hitlérienne, Jean XXIII (1958-1963), décida au mois de mars 1958, quelques semaines seulement après son élection, la  modification de la liturgie du Vendredi Saint. Cette modification apportée par Jean XXIII peut paraître bien minime et sans importance puisqu’elle a consisté dans la suppression d’un seul mot : l’adjectif « perfide » accolé au mot « juif ». On persuada le pape que les prières traditionnelles du Vendredi Saint constituaient une injure envers les Juifs et un manque de charité. Et celui-ci prescrivit de supprimer le mot « perfide ».

Voici ces prières : « Prions aussi pour les perfides Juifs afin que Dieu notre Seigneur soulève le voile de leurs cœurs et qu’eux aussi reconnaissent Jésus-Christ Notre Seigneur »

« Dieu tout puissant et éternel, qui ne refusez pas votre miséricorde même aux Juifs perfides, daignez exaucer les prières que nous vous adressons pour ce peuple aveugle ; afin que reconnaissant la lumière de votre vérité qui est le Christ, ils soient délivrés de leurs ténèbres. Par le même Jésus-Christ Notre Seigneur. Amen ».

Faisons deux remarques :

1° « Perfide » (en latin perfidus) malgré sa dureté, est le mot qui convient exactement. Il est tiré de « per » qui marque la transgression, et de « fides », la foi. Le perfide est celui qui trahit sa foi, sa parole, la confiance qu’on a en lui.

A cette trahison s’ajoute le mensonge. Une femme adultère n’est perfide que si elle laisse croire à son mari qu’elle lui est parfaitement fidèle. Et c’est pourquoi la Bruyère disait que « la perfidie est un mensonge de toute la personne ».

« Perfide » décrit donc très exactement l’attitude des chefs de la Synagogue qui condamnèrent Jésus. En effet, par l’Alliance accordée à Israël, Dieu leur avait donné sa confiance pour reconnaître et accueillir le Messie. En acceptant l’Alliance, les Juifs s’étaient engagés à être fidèles à leur vocation. En condamnant Jésus, les chefs de la Synagogue ont donc trahi leur parole et la confiance que Dieu leur avait accordée. De plus, ils mentaient en laissant entendre que Jésus ne correspondait pas à tout ce que les prophètes d’Israël, dont ils connaissaient les écrits, avaient annoncé sur le Messie. C’était donc bien de la « perfidie », perfidie à laquelle participent tous ceux qui, à toutes les époques et instruits des doctrines chrétiennes, refusent de reconnaître la divinité de Jésus-Christ.

2° Par ces prières du Vendredi Saint, l’Eglise ne condamnait pas les Juifs puisqu’Elle demandait, au contraire, que Dieu « soulève le voile de leur cœur » et fasse miséricorde à ce peuple aveugle. Prier pour les coupables est la plus grande charité qu’on puisse leur faire, mais prier pour des coupables en laissant entendre que leurs actes ne sont pas objectivement mauvais ne saurait avoir aucune efficacité et est de plus injurieux envers Dieu.

Voici ce que sont devenues ces prières du Vendredi Saint dans le « Nouveau Missel des Dimanches », année C., p. 185 : « Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier ; qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité à son Alliance ».

« Dieu éternel et tout-puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de la promesse, conduis à la plénitude de la Rédemption le premier peuple de l’Alliance, comme ton Eglise t’en supplie. Par Jésus-Christ Notre Seigneur ».

Mais ces deux prières, la première principalement, constituent matériellement des blasphèmes contre Jésus, Fils de Dieu.

La première laisse entendre, en effet, qu’on peut progresser dans l’amour de Dieu tout en rejetant la divinité de Jésus-Christ. Il y est question de fidélité à son Alliance. Laquelle ?

La seconde prière est d’une ambiguïté déplorable. Les fils d’Abraham peuvent-ils être conduits à la plénitude de la Rédemption sans croire que Jésus, sur la Croix, a pris sur lui les péchés du monde ?

b- Des Juifs américains reçus au Vatican, le 17 octobre 1960

Le 17 octobre 1960, Le pape Jean XXIII reçut en audience une délégation de 130 dirigeants juifs américains venus à Rome pour le remercier d'avoir sauvé près de 24'000 juifs de la persécution nazie durant la seconde guerre mondiale, alors qu'il était délégué apostolique en Turquie. C'était alors la première fois que des juifs se rendaient chez le pape.

c- L'historien français Jules Isaac : son rôle

Parmi les diverses  personnalités qui ont influencé et modifié l’attitude et la doctrine de l’Eglise à l’égard du Judaïsmes, il faut noter : Jules Isaac. Cet écrivain, Juif d’Aix-en-Provence, auteur des manuels classiques d’Histoire de France Malet et Isaac, a été le principal théoricien et promoteur de la campagne menée contre l’enseignement traditionnel de l’Eglise. Il consacra les vingt dernières années de sa vie à l’étude critique des rapports entre le Judaïsme et le Christianisme.  Il est l’auteur de deux ouvrages importants : « Jésus et Israël » paru en 1946 et « Genèse de l’Antisémitisme », paru en  1948. Sa thèse  est clairement annoncée : « Il faut en finir une fois pour toutes avec l’antisémitisme dont l’aboutissement a été le massacre des Juifs européens à Auschwitz et autre camp de la mort ». . Or «  le plus redoutable antisémitisme est l’antisémitisme chrétien à base théologique. En effet, l’attitude des chrétiens face au Judaïsme a toujours été fondée sur le récit de la Passion tel qu’il est relaté par les quatre Evangélistes et sur l’enseignement qu’en ont tiré les Pères de l’Eglise, saint Jean Chrysostome, saint Grégoire le Grand… » C’est donc cette base théologique fondamentale que Jules Isaac a cherché à détruire en contestant la valeur historique des récits évangéliques et en discréditant les arguments avancés par les Pères de l’Eglise pour préserver les Chrétiens de l’influence des Juifs accusés de nourrir en permanence des desseins subversifs contre l’ordre chrétien. En 1947, il rédigea un mémoire en dix-huit points sur le « Redressement de l’enseignement chrétien concernant Israël ». La même année, il fut invité à la Conférence internationale de Seelisberg, en Suisse, à laquelle participèrent soixante dix personnes venues de dix-neuf pays, parmi lesquelles le grand rabbin Kaplan. La conférence adopta en session plénière « les dix points de Seelisberg » qui suggèrent aux Eglises chrétiennes les mesures à prendre pour purifier l’enseignement religieux à l’égard des Juifs.

A partir de 1949, Jules Isaac entre en relations avec Rome. Il eut une audience privée avec Pie XII auprès duquel il plaida la cause du Judaïsme. Il lui demanda de faire examiner les « Dix points de Seelisberg, mais c’est sous son successeur, le pape Jean XXIII qu’il obtint satisfaction. Lors d’un entretien avec le Saint Père, le 13 juin 1960, il demanda la condamnation de l’ « enseignement du mépris » et suggéra la création d’une sous-commission chargée d’étudier ce problème. Quelque temps plus tard, Jules Isaac « avait la joie d’apprendre que ses propositions avaient été retenues par le Pape et transmises au cardinal Bea pour étude ». Celui-ci d’origine juive, créa un groupe de travail spécialement chargé  d’examiner les rapports entre l’Eglise et Israël. Voilà l’origine de la création du « Secrétariat pour les relations avec les non catholiques ».

Mgr de Provenchères, à l’époque évêque d’Aix, dans une conférence faite à « l’Amitié Judéo-chrétienne » à l’occasion de l’inauguration de l’avenue Jules Isaac qui avait eu lieu le matin même, a reconnu que l’origine du schéma sur les Juifs provenait d’une demande de celui-ci au Vatican et que la rencontre de Jules Isaac et de Jean XXIII avait été le signe de l’Amitié judéo-chrétienne.. Et Mgr de Provenchère donna ensuite un récit détaillé du rôle joué par Jules Isaac, à Rome, dans la préparation du Concile.

Ce que Jules Isaac exigea du Concile peut se résumer ainsi. Il demanda : 

- la condamnation ou la suppression de toute discrimination raciale religieuse ou nationale à l’égard des Juifs,

- la modification ou la suppression des prières liturgiques concernant les Juifs, celles du Vendredi Saint en particulier,

- l’affirmation que les Juifs ne sont aucunement responsables de la mort du Christ dont la faute incombe à l’humanité toute entière,

- la mise en sommeil ou l’annulation des passages évangéliques relatant cet épisode crucial de la Passion, celui de saint Mathieu principalement, que Jules Isaac traite de menteur et de faussaire,

- l’aveu que l’Eglise porte tous les torts dans cet état de guerre latente qui persiste depuis deux mille ans entre les Juifs, le Chrétiens et le reste du monde,

- la promesse que l’Eglise modifiera définitivement son attitude dans un  sens d’humilité, de contrition et de pardon à l’égard des Juifs ; enfin qu’elle fera tous ses efforts pour réparer le tort qu’elle leur a causé, en rectifiant et en purifiant son enseignement traditionnel.

d- La visite de Paul VI à Jérusalem

La visite de Paul VI (1963-1978) à Jérusalem, en janvier 1964, fut pour sa part plus marquée par sa rencontre avec le patriarche orthodoxe grec Athénagoras que par son attention au peuple juif. Mais durant son pontificat, l’ouverture la plus importante envers les juifs fut la déclaration conciliaire Nostra Aetate du 28 octobre 1965. Les « Dix points de Seelisberg » trouvaient leur application, du moins en partie ou quant à l’esprit.

La Déclaration reconnaît que « les Juifs, en grande partie, n’acceptèrent pas l’Evangile et même nombreux furent ceux qui s’opposèrent à sa diffusion ». Et elle poursuit, ce qui est bien exact : « Néanmoins, selon l’Apôtre, les Juifs restent encore, à cause de leurs pères, très chers à Dieu dont les  dons et l’appel sont sans repentance ». (Vatican II  Nostra Aetate.  Ed Centurion p 214 et suivantes.)

Mais le document omet de dire que celui qui aime bien châtie bien et que le même saint Paul, dans la même Epître avait parlé à plusieurs reprises des branches naturelles de l’olivier c’est-à-dire des Juifs « qui ont été retranchées à cause de leur incrédulité ». C’est en vain que l’on chercherait dans la Déclaration une allusion quelconque aux châtiments qui se sont abattus sur les Juifs depuis vingt siècles à cause de leur péché. Bien plus, la Déclaration brouille tout en mêlant savamment la vérité et l’ambiguïté : « Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ, ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps ». C’est bien  évident mais de cette évidence, la Déclaration va déduire ceci : « S’il est vrai que l’Eglise est le nouveau peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme reprouvés par Dieu et maudits, comme si cela découlait de la sainte Ecriture ».

Ceci est à la fois vrai et faux : les Juifs ne sont pas « réprouvés et maudits » en ce sens qu’ils se convertiront à la fin des temps. Mais en attendant, tous ceux qui, en toute connaissance de cause, persistent à ne pas reconnaître la divinité de Jésus Christ sont bel et bien « réprouvés et maudits ».

Pour le reste, la Déclaration n’est qu’un rappel sommaire des vérités archi-connues mais présentées dans une optique qui en fausse le sens. Etait-il besoin d’un Concile pour « reconnaître » que les prémices de la foi de l’Eglise se trouvent chez les Patriarches, Moïse et les prophètes ? que les fidèles du Christ sont « fils d’Abraham selon la loi » ? que « l’Eglise ne peut oublier qu’elle a reçu la Révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu dans sa miséricorde indicible a daigné conclure l’Antique Alliance et qu’elle se nourrit de la racine de l’olivier  franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage qui sont les Gentils, etc. » . Mais tout cela avait été enseigné de tout temps par l’Eglise et n’avait jamais été contesté par personne. On est donc en droit de se demander si le rappel de ces vérités n’est pas seulement destiné à mieux faire passer les erreurs à la mode aujourd’hui. Tout indique en effet que les auteurs de la Déclaration n’avaient nullement le souci de soutenir et de préciser notre foi mais  de nous persuader, dans un but de rapprochement que ce qui sépare les Chrétiens des Juifs est tout à fait mineur. Ils écrivent en effet : « Du fait d’un si grand patrimoine spirituel, commun aux Chrétiens et aux Juifs, le Concile veut encourager et recommander entre eux la connaissance et l’estime mutuelles qui naîtront surtout d’études bibliques et théologiques ainsi qu’un dialogue fraternel ».

N’oublions pas pourtant que le différend entre les Chrétiens et les Juifs portent sur la divinité de NSJC. C’est tout.  Et c’est beaucoup. Jésus était-il le Messie annoncé par les prophètes d’Israël et le Fils de Dieu ?  On ne peut répondre à cette question que par oui ou par non. Tant que les Juifs s’obstineront à répondre « non »…Tout dialogue ne servira pas à grand-chose.



e- La Visite de Jean-Paul II à la Synagogue de Rome, le 13 avril 1986.

Tous nos lecteurs savent que le dimanche 13 avril 1986, deuxième dimanche après Pâques, Dimanche « du Bon Pasteur », le pape Jean-Paul II s’est rendu à la Synagogue de Rome où il a été reçu par le grand rabbin Ello Toaff.

Toute la presse a souligné que c’était là un événement sans précédent, car jamais depuis 2000 ans, aucun pape n’avait consenti à pareil geste.

On se souvient aussi des deux fauteuils : deux fauteuils identiques par la forme et la couleur, chacun, ses psaumes et un même temps de parole. Cette rencontre était placée sous le signe de l’égalité parfaite.  Ils ne se faisaient pas vis-à-vis : il ne s’agissait pas d’un débat contradictoire. Ils ne faisaient pas  non plus face à l’assistance : il ne s’agissait pas d’offrir deux religions au public par prise de parole alternée. . Ils parlaient de biais : ils ne s’affrontaient pas…Ainsi pouvait-on conclure que toutes les religions se valent que le dialogue doit toujours être empreint de charité ce qui exige que l’on n’oppose jamais les doctrines  ex abrupto, les sièges ne se faisant pas face… ? Les pasteurs doivent cependant prêcher et c’est pourquoi, les sièges étaient légèrement tournés vers le public…Rien ne doit nuire à l’œcuménisme et à l’entente de toutes les religions.

Notre critique de cet acte : c’était ravaler notre sainte religion à n’être qu’une religion parmi d’autres. Mais Jésus-Christ n’est pas un fondateur de religions comme les autres parce que Jésus-Christ est Dieu.

Tous les Chrétiens et tous les Juifs savent qu’un lointain prédécesseur du Grand Rabbin de Rome nommé Caïphe posa à Jésus cette question pertinente : « Je t’adjure, par le Dieu Vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu » (Mt 26 63)

Et Jésus répondit : « Oui ».

Alors, de deux choses l’une

-ou bien Jésus s’est illusionné (ou a menti). Dans ce cas, il a proféré un abominable blasphème et méritait la mort, comme les Juifs le dirent fort justement à Pilate : « Nous avons une loi. Et d’après cette Loi, il doit mourir parce qu’il s’est fait Fils de Dieu ».

Ou bien il disait vrai.

Voilà la question fondamentale.

En se portant à la Synagogue, je ne pense pas que Jean-Paul II niait  dans son cœur, la divinité de NSJC. Mais il faut constater que le Saint Père s’est comporté le 13 avril comme s’il n’y croyait pas. En tout cas il a donné un exemple qu’on a le droit de déplorer.

L’Eglise actuelle se comporte comme si elle estimait que la divinité de Jésus-Christ est une chose dont les gens avisés doivent éviter de parler car la proclamer trop ouvertement empêcherait le rapprochement que l’on souhaite avec les autres religions.

Certes il n’est pas interdit à un pape d’avoir des entretiens avec qui il veut…Mais ce qui eut lieu le 13 avril était bien différent. Il s’agissait d’un geste public auquel les media du monde entier ont donné la plus large publicité tout en soulignant le caractère unique de ce geste. Il s’opposait ainsi  à l’attitude de tous ses prédécesseurs…Mais surtout c’était manifester publiquement et solennellement qu’il estimait qu’il était possible de promouvoir la paix et le respect des « droits de l’homme » par des efforts communs des catholiques, des Juifs et de bien d’autres indépendamment et hors de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ce qui est contradictoire avec l’enseignement constant de l’Eglise : « La véritable paix, c’est la paix du Christ », répète l’Eglise et elle ne peut exister que si tous accueillent fidèlement les ordres et les exemples du Christ et s’ils y conforment leur conduite tant publique que privée. La paix du Christ c’est la Règne du Christ. Or les Juifs continuent de nier sa divinité et refusent toujours de le reconnaître comme le vrai Messie.

La visite à la synagogue de Rome fut suivie, en octobre 1986, d’une journée mondiale de prière pour la paix à Assise, à l’invitation de Jean Paul II, à laquelle participèrent plus de 200 représentants des différentes religions.

Cérémonie de "demande de pardon"

Le 12 mars 2000, au cœur de l’année du grand jubilé, Jean Paul II présida la cérémonie de « demande de pardon » et énuméra les fautes pour lesquelles il souhaitait le repentir de l'ensemble de l'Eglise. Les demandes de Jacob  Isaac étaient ainsi satisfaites…Il reprit les termes déjà utilisés dans un document sur la Shoah intitulé « Nous nous souvenons », publié par le Saint-Siège en mars 1998, évoquant le « mépris », les « actes d'hostilité » et les « silences » concernant les relations avec le peuple juif.

L'image la plus significative qui restera gravée dans l'histoire du dialogue entre Jean Paul II et les juifs - après sa visite dans la synagogue de Rome -, est sûrement celle de ce pape priant devant le Mur des Lamentations à Jérusalem, le 26 mars 2000.

Après 22 ans de pontificat passés à travers le monde pour proclamer la paix et l'unité, Jean Paul II put enfin réaliser un de ses rêves les plus chers, se rendre en Terre Sainte, malgré sa fatigue et la situation tendue au Proche-Orient. Il y visita aussi Yad Vashem, le mémorial de la Shoah. Et dans le mur du Temple détruit, il mit un « message » où l’on peut lire, entre autres : « Dieu de nos pères, Tu as choisi Abraham et sa descendance pour que Ton Nom soit apporté aux peuples. Nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l’Histoire, les ont fait souffrir, eux qui sont Tes fils ; et en Te demandons pardon, nous voulons nous engager à vivre dans une fraternité authentique avec le peuple de l’Alliance ». Quel langage équivoque !  Il demanderait des précisions. 

Dans son testament, enfin, Jean Paul II consacra une mention explicite à l'ancien rabbin de Rome. Elio Toaff l’avait accueilli en 1983 dans la synagogue de Rome.

f- Benoît XVI à la Synagogue de Cologne.

Si l’on peut exprimer son étonnement de voir Benoît XVI dans une Synagogue, il faut reconnaître cependant que son discours n’a pas été aussi  « équivoque » que celui de son immédiat prédécesseur.  Il rappela les vérités évidentes de l’Evangile et l’enseignement de l’Histoire. Il ne frappa pas la coulpe de l’Eglise, ne parla nullement du rôle soit disant anti-sémite de l’Eglise, ni dans l’Evangile ni dans l’enseignement des Pères de l’Eglise. Il ne joua pas avec les notions équivoques de «  frères aînés dans la foi »…Il n’utilisa pas non plus cette expression « eux qui sont Tes fils »…

Il fut très « polis » et salua aimablement ses hôtes. C’est son premier paragraphe.

Il rappela ensuite le rôle particulièrement malheureux de l’Allemagne nazis dans le phénomène atroce de la Shoah. Il leur dit : « Au XXe siècle, au temps le plus sombre de l’histoire allemande et européenne, une folle idéologie raciste, de conception néo-païenne, fut à l’origine de la tentative, projetée et systématiquement mise en œuvre par le régime, d’exterminer le judaïsme européen: se déroula alors ce qui est passé à l’histoire sous le nom de Shoah ». Il dit bien que c’est  « la folle idéologie raciste » qui est à l’origine de la Shoah, et nullement l’Eglise, et son Evangile et son enseignement. De plus, il n’y a aucun lien entre l’enseignement de l’Eglise et le « National Socialisme ».

Il rappelle ensuite l’enseignement conciliaire, dans le texte « Nostra aetate ».  Mais que fait-il là sinon  rappeler les vérités toujours enseignées par l’Eglise, et avec une très grande sobriété…et simplicité : « Cette Déclaration, au chapitre quatre, rappelle nos racines communes et le très riche patrimoine spirituel que partagent juifs et chrétiens. Aussi bien les juifs que les chrétiens reconnaissent en Abraham leur père dans la foi (cf. Ga 3, 7; Rm 4, 11ss) et ils font référence aux enseignements de Moïse et des prophètes. La spiritualité des juifs et celle des chrétiens se nourrit des Psaumes. Avec l’Apôtre Paul, les chrétiens sont convaincus que «les dons de Dieu et son appel sont irrévocables» (Rm 11, 29; cf. 9, 6.11; 11, 1s). Étant donné les racines juives du christianisme (cf. Rm 11, 16-24), mon vénéré Prédécesseur, confirmant un jugement des Évêques allemands, affirma: «Qui rencontre Jésus Christ rencontre le judaïsme».

Il condamne ensuite tout racisme, tout antisémitisme. Il en rappelle les raisons essentielles : «Dieu nous a tous créés «à son image» (Gn 1, 27), nous honorant ainsi d’une dignité transcendante. Devant Dieu, tous les hommes ont la même valeur et la même dignité, quels que soient le peuple, la culture ou la religion auxquels ils appartiennent ». ou encore : « En raison de la dignité humaine commune à tous, l’Église catholique «réprouve comme contraire à l’esprit du Christ, toute discrimination ou vexation dont sont victimes des hommes à cause de leur race, de leur couleur, de leur condition ou de leur religion». Ainsi peut-il rappeler – il n’omet pas de le faire - que ce fut  bel et bien l’enseignement constant de l’Eglise : « L’Église est consciente de son devoir de transmettre, dans la catéchèse comme dans tous les aspects de sa vie, cette doctrine aux nouvelles générations qui n’ont pas été témoins des événements terribles survenus avant et durant la seconde guerre mondiale ».

Enfin, à la fin de son entretien, il encourage au dialogue,  chrétiens et Juifs, mais dans la vérité. « Ce dialogue, s’il veut être sincère, ne doit pas passer sous silence les différences existantes ou les minimiser: précisément dans ce qui nous distingue les uns des autres à cause de notre intime conviction de foi, et en raison même de cela, nous devons nous respecter mutuellement ». Là, le pape fait clairement  allusion à la question importante, la seule qui doit nous préoccuper : « Jésus était-il le Messie annoncé par les prophètes d’Israël et le Fils de Dieu ».

 De toute façon, il reste toujours l’enseignement du  « Décalogue » - celui-là même rappelé par Notre Seigneur Jésus-Christ - qui doit nous permettre de marcher ensemble pour la défense de la vie. « Le Décalogue (cf. Ex 20, Dt 5) constitue pour nous un patrimoine et un engagement communs. Les dix commandements ne sont pas un poids, mais la direction donnée sur le chemin d’une vie réussie. Ils le sont, en particulier, pour les jeunes que je rencontre ces jours-ci et qui me tiennent tant à cœur. Mon souhait est qu’ils sachent reconnaître dans le Décalogue la lampe de leurs pas, la lumière de leur route (cf. Ps 119, 105) ».

 

Vraiment le langage de Benoît XVI n’est plus le même que celui que nous entendions depuis quelques années…Le ton change…

 

Voici le texte in extenso.

 

g- Le discours du pape Benoît XVI à la Synagogue de Cologne.

Mesdames et Messieurs,
Chers Frères et Sœurs,  

Schalom lêchém! C’était mon profond désir, à l’occasion de ma première visite en Allemagne après mon élection comme successeur de l’Apôtre Pierre, de rencontrer la communauté juive de Cologne et les représentants du judaïsme allemand. Par cette visite, je voudrais me relier à l’événement du 17 novembre 1980, lorsque mon vénéré prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, au cours de son premier voyage en Allemagne, rencontra à Mayence le Comité central juif en Allemagne et la Conférence rabbinique. En cette circonstance, je veux aussi confirmer mon désir de poursuivre le chemin en vue d’une amélioration des relations et de l’amitié avec le peuple juif, chemin sur lequel le Pape Jean-Paul II a fait des pas décisifs (cf. Discours à la délégation de l’International Jewish Committee on Interreligious Consultations, 9 juin 2005: La Documentation catholique 102, [2005], p. 741).

La communauté juive de Cologne peut se sentir vraiment «chez elle» dans cette ville. Cette dernière est en effet le siège le plus ancien d’une communauté juive sur le territoire allemand: il remonte à la ville de Cologne de l’époque romaine. L’histoire des relations entre la communauté juive et la communauté chrétienne est complexe et souvent douloureuse. Il y a eu des périodes de bonne convivialité, mais il y a eu aussi l’expulsion des juifs de Cologne en 1424. Au XXe siècle, au temps le plus sombre de l’histoire allemande et européenne, une folle idéologie raciste, de conception néo-païenne, fut à l’origine de la tentative, projetée et systématiquement mise en œuvre par le régime, d’exterminer le judaïsme européen: se déroula alors ce qui est passé à l’histoire sous le nom de Shoah. Les victimes de ce crime inouï, et jusque-là inimaginable, s’élèvent dans la seule ville de Cologne à 7.000 personnes dont le nom est connu; en réalité, elles ont certainement été beaucoup plus nombreuses. La sainteté de Dieu ne se reconnaissait plus, et pour cela on foulait aussi aux pieds le caractère sacré de la vie humaine.

Cette année, on célèbre le 60e anniversaire de la libération des camps de concentration nazis, où des millions de juifs – hommes, femmes et enfants – ont été tués dans les chambres à gaz et brûlés dans les fours crématoires. Je fais miennes les paroles écrites par mon vénéré Prédécesseur à l’occasion du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz et je dis moi aussi: « Je m’incline devant tous ceux qui ont eu à subir cette manifestation du mysterium iniquitatis». Les terribles événements d’alors doivent «sans cesse réveiller les consciences, éteindre les conflits, exhorter à la paix» (Message pour la libération d’Auschwitz, 15 janvier 2005). Nous devons nous souvenir ensemble de Dieu et de son sage projet sur le monde qu’il a créé: Lui, comme le rappelle le Livre de la Sagesse, «aime la vie» (11, 26).

Cette année, nous fêtons aussi le 40e anniversaire de la promulgation de la Déclaration Nostra ætate du Concile œcuménique Vatican II, qui a ouvert de nouvelles perspectives dans les relations judéo-chrétiennes, sous le signe du dialogue et de la solidarité. Cette Déclaration, au chapitre quatre, rappelle nos racines communes et le très riche patrimoine spirituel que partagent juifs et chrétiens. Aussi bien les juifs que les chrétiens reconnaissent en Abraham leur père dans la foi (cf. Ga 3, 7; Rm 4, 11ss) et ils font référence aux enseignements de Moïse et des prophètes. La spiritualité des juifs et celle des chrétiens se nourrit des Psaumes. Avec l’Apôtre Paul, les chrétiens sont convaincus que «les dons de Dieu et son appel sont irrévocables» (Rm 11, 29; cf. 9, 6.11; 11, 1s). Étant donné les racines juives du christianisme (cf. Rm 11, 16-24), mon vénéré Prédécesseur, confirmant un jugement des Évêques allemands, affirma: «Qui rencontre Jésus Christ rencontre le judaïsme» (La Documentation catholique 77 [1980], p. 1148).

De ce fait, la Déclaration conciliaire Nostra ætate, «déplore les haines, les persécutions, les manifestations d’antisémitisme dirigées contre les Juifs, quels que soient leur époque et leurs auteurs» (n. 4). Dieu nous a tous créés «à son image» (Gn 1, 27), nous honorant ainsi d’une dignité transcendante. Devant Dieu, tous les hommes ont la même valeur et la même dignité, quels que soient le peuple, la culture ou la religion auxquels ils appartiennent. Pour cette raison, la Déclaration Nostra ætate parle aussi avec grande estime des musulmans (cf. n. 3) et des personnes qui appartiennent aux autres religions (cf. n. 2). En raison de la dignité humaine commune à tous, l’Église catholique «réprouve comme contraire à l’esprit du Christ, toute discrimination ou vexation dont sont victimes des hommes à cause de leur race, de leur couleur, de leur condition ou de leur religion» (n. 5). L’Église est consciente de son devoir de transmettre, dans la catéchèse comme dans tous les aspects de sa vie, cette doctrine aux nouvelles générations qui n’ont pas été témoins des événements terribles survenus avant et durant la seconde guerre mondiale. C’est un devoir d’importance particulière dans la mesure où aujourd’hui, malheureusement, émergent de nouveau des signes d’antisémitisme et où se manifestent diverses formes d’hostilité généralisée envers les étrangers. Comment ne pas voir en cela un motif de préoccupation et de vigilance? L’Église catholique s’engage – je le réaffirme aussi en cette circonstance – en faveur de la tolérance, du respect, de l’amitié et de la paix entre tous les peuples, toutes les cultures et toutes les religions.

Au cours des quarante années passées depuis la Déclaration conciliaire Nostra ætate, en Allemagne et au niveau international, on a fait beaucoup pour l’amélioration et l’approfondissement des relations entre juifs et chrétiens. Outre les relations officielles, grâce surtout à la collaboration entre les spécialistes en sciences bibliques, de nombreuses amitiés sont nées. Je rappelle, à ce propos, les diverses déclarations de la Conférence épiscopale allemande et l’activité bénéfique de la «Société pour la collaboration judéo-chrétienne de Cologne», qui a contribué à faire en sorte que, à partir de 1945, la communauté juive puisse de nouveau se sentir «chez elle» ici, à Cologne, et instaurer une bonne convivialité avec les communautés chrétiennes. Il reste cependant encore beaucoup à faire. Nous devons nous connaître mutuellement beaucoup plus et beaucoup mieux. J’encourage donc un dialogue sincère et confiant entre juifs et chrétiens: c’est seulement ainsi qu’il sera possible de parvenir à une interprétation commune des questions historiques encore discutées et, surtout, de faire des pas en avant dans l’évaluation, du point de vue théologique, du rapport entre judaïsme et christianisme. Ce dialogue, s’il veut être sincère, ne doit pas passer sous silence les différences existantes ou les minimiser: précisément dans ce qui nous distingue les uns des autres à cause de notre intime conviction de foi, et en raison même de cela, nous devons nous respecter mutuellement.

Enfin, notre regard ne devrait pas se tourner seulement en arrière, vers le passé, mais devrait nous pousser aussi en avant, vers les tâches d’aujourd’hui et de demain. Notre riche patrimoine commun et nos relations fraternelles inspirées par une confiance croissante nous incitent à donner ensemble un témoignage encore plus unanime, collaborant sur le plan pratique pour la défense et la promotion des droits de l’homme et du caractère sacré de la vie humaine, pour les valeurs de la famille, pour la justice sociale et pour la paix dans le monde. Le Décalogue (cf. Ex 20, Dt 5) constitue pour nous un patrimoine et un engagement communs. Les dix commandements ne sont pas un poids, mais la direction donnée sur le chemin d’une vie réussie. Ils le sont, en particulier, pour les jeunes que je rencontre ces jours-ci et qui me tiennent tant à cœur. Mon souhait est qu’ils sachent reconnaître dans le Décalogue la lampe de leurs pas, la lumière de leur route (cf. Ps 119, 105). Les adultes ont la responsabilité de transmettre aux jeunes le flambeau de l’espérance qui a été donnée par Dieu aux juifs comme aux chrétiens, pour que «jamais plus» les forces du mal n’arrivent au pouvoir et que les générations futures, avec l’aide de Dieu, puissent construire un monde plus juste et plus pacifique dans lequel tous les hommes aient un droit égal de citoyen.
Je conclus avec les paroles du psaume 29, qui sont un vœu et aussi une prière: «Le Seigneur accorde à son peuple la puissance, le Seigneur bénit son peuple en lui donnant la paix». Puisse-t-il nous exaucer !


[Traduction de l’original en allemand distribué par la salle de presse du Saint-Siège]

 

3- Benoît XVI invite à ne pas retirer les crucifix des lieux publics

 

Crucifix, crèches

Rome, 15 août 2005. Le pape Benoît XVI a invité à rendre Dieu visible et à ne pas retirer les crucifix des lieux publics, le 15 août 2005, revenant ainsi sur une polémique apparue deux ans plus tôt en Italie.

 

Ces paroles ont été prononcées au cours de l’homélie d’une messe célébrée en tout début de matinée dans l’église paroissiale de Castel Gandolfo, tout près de sa résidence d’été, à une trentaine de kilomètres de Rome.

Célébrant la messe au jour de la fête de l’Assomption de la Vierge dans la paroisse de Castel Gandolfo, Benoît XVI a demandé à ce que "Dieu soit visible dans les lieux privés et publics, que Dieu soit présent dans la vie publique par le symbole de la croix". Cet appel lancé par le pape dans une homélie apparemment improvisée faisait référence à une polémique apparue en octobre 2003 en Italie sur la présence de crucifix dans les lieux publics, particulièrement les écoles.

 

De très nombreux habitants de Castel Gandolfo ont assisté à la messe présidée par le pape dès 8h15 dans l’église paroissiale 'San Tommaso di Villanova'. Le cardinal secrétaire d’Etat Angelo Sodano a participé à la messe, ainsi que l’évêque d’Albano, Mgr Marcello Semeraro, et le secrétaire particulier du pape, le père Georg Gänswein. Au premier rang était assis le propre frère du pape, Mgr Georg Ratzinger, brièvement hospitalisé début août dernier à Rome pour la pose d’un pacemaker et qui se repose près de son frère à Castel Gandolfo.

Dans son homélie, Benoît XVI a ainsi affirmé que "là ou Dieu disparaît, l’homme ne devient pas plus grand mais perd sa dignité, il devient le fruit d’une évolution aveugle". "L’époque moderne, a ainsi noté le pape, a crû qu’en mettant Dieu de côté et qu’en suivant seulement nos propres idée et notre volonté nous serions devenus vraiment libres, mais cela ne s’est pas passé ainsi". "Seul si Dieu est grand, a-t-il ajouté, l’homme aussi est grand". Ainsi, il a invité à "appliquer tout cela dans la vie quotidienne", demandant que "Dieu soit visible" en tout lieu.

a-Crucifix décrochés

Les propos de Benoît XVI relancent la polémique apparue fin 2003 en Italie sur la présence ou non de crucifix dans les lieux publics. Ainsi, le président de l'Union des Musulmans d'Italie proche des réseaux fondamentalistes ultras, Adel Smith, avait déposé une plainte contre la présence de crucifix dans les salles de classe de l'école d'Ofena fréquentée par ses enfants, à 125 km au nord-est de Rome.

En octobre 2003, le Tribunal de l’Aquila avait demandé que les crucifix soient décrochés des murs de l'école. Le juge avait en effet estimé que ses symboles "montrent la volonté sans équivoque de l'Etat de placer le catholicisme au centre de l'univers (…) dans les écoles publiques, sans la moindre considération pour le rôle des autres religions dans l'histoire de l'humanité". Un jugement annulé en appel par l’Etat, en raison des lois encore en vigueur de 1923 stipulant que le crucifix doit être présent dans les salles de classe.

Cet épisode avait fait couler beaucoup d’encre en Italie et provoqué la colère des représentants de l’Eglise. Jean Paul II lui-même, le 31 octobre 2003, était monté au créneau en s'adressant aux ministres de l'Intérieur de l'Union européenne présents à Rome. "La reconnaissance du patrimoine religieux spécifique d'une nation nécessite la reconnaissance des symboles qui la qualifient", avait alors affirmé le pape polonais. Pour lui, "si, au nom d'une mauvaise interprétation du principe d'égalité, on renonçait à exprimer de telles traditions religieuses (…), la fragmentation des sociétés actuelles multiethniques pourrait facilement se transformer en un facteur d'instabilité et donc de conflit". "La cohésion sociale et la paix ne peuvent être obtenues en effaçant le patrimoine religieux de chaque peuple", précisant qu'un tel geste "serait peu démocratique, parce que contraire à l'âme des nations et aux sentiments de la majorité de leurs populations".

b- Dérive de la laïcité

De son côté, dans un long entretien accordé le 19 novembre 2004 au quotidien italien La Repubblica, le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait dénoncé la dérive de la laïcité vers une idéologie ne laissant plus de place au fait religieux. "Le laïcisme n'est plus cet élément de neutralité qui ouvre des espaces à la liberté de tous", avait déclaré le cardinal Ratzinger, précisant qu’il "commence à se transformer en une idéologie qui s'impose par le biais du politique qui ne concède pas d'espace public à la vision catholique et chrétienne, et qui risque ainsi de devenir une chose purement privée et, au fond, mutilée".

En 2004, une autre polémique sur les symboles catholiques a agité l’Italie, autour de la présence de crèches dans les écoles publiques. Afin de respecter les enfants d'autres traditions religieuses, des écoles avaient décidé de les retirer. Le 8 décembre 2004, le cardinal Camillo Ruini, vicaire du diocèse de Rome et président de la Conférence épiscopale, avait appelé les Italiens, à s'opposer à ce retrait sous prétexte du respect de la sensibilité de chacun. Puis, le 12 décembre suivant, Jean Paul II avait présenté les crèches comme "un élément de notre culture et de l'art mais, avant tout, un signe de foi en Dieu". (apic/imedia/ami/pr)

 

 

4- Benoît XVI : un « pape de Transition ».

 

Dans « Catholica », n° 88, M l’abbé Claude Barthe nous livre quelques reflections sur l’élection de Benoît XVI. Il a intitulé son article « Benoît XVI et la Transition ». Il voit en cette élection une « espérance » pour l’Eglise. Lui-même utilise ce terme. Il pense que cette élection du cardinal Ratzinger « inaugure pour l’Eglise, nolens volens, une phase de transition, c'est-à-dire un processus de sortie de l’état atypique dans lequel l’avait placé ce concile. » (p.51). Il écrit même que cette élection de ce « pape de transition » est « apte à enclencher une sortie progressive de l’univers conciliaire ». (p.51) On va vers le mieux. Voilà l’objet de son article. Et le sens de son titre : « Benoît XVI et la Transition ».

 

Il reste toutefois très prudent sur la manière dont se fera, de fait, cette « sortie », cette « transition ». Il ne se veut pas prophète. « Personne ne peut dire comment, au cours de ce pontificat, se fera cette sortie, ni avec quelle rapidité ».

 

Ce processus du retour à l’ordre pourrait se faire, dit-il,  en « dents de scie » : «  On peut par exemple penser qu’ (il) se produira en « dents de scie », avec des décisions et événements encore très conciliaires, scandés de retours décidés à la grande tradition de l’Eglise ». (p51)

 

Elle pourrait même échouer : « on pourrait même imaginer qu’au terme d’un certain nombre de péripéties, les espérances que portait l’ouverture de ce pontificat avortent ».

 

Il a du mal cependant à envisager cette hypothèse « dramatique », eu égard non seulement « aux promesses divines faites à l’Eglise », « mais très immédiatement à cause de la pression toujours plus forte qu’exerce une situation de faillite pastorales sans précédent » (p.52). Il faut s’en sortir !

 

C’est, du reste, pense-t-il, la cause de l’élection de Benoît XVI par le collège cardinalice : « Cette défiguration de la religion chrétienne dans les anciens pays de chrétienté occidentale…ne représente pas seulement le contexte de l’élection de Benoît XVI, il en est la cause : ses pairs se sont raccrochés à lui comme une bouée dans le naufrage ». (p.52)

 

Et cela non pas seulement en raison de  la personnalité attachante du cardinal Ratzinger, mais surtout en raison d’un « consensus » que l’abbé Barthe appelle « restaurationiste » qui semble, de plus en plus s’imposer sinon encore dans les faits, du moins dans les intelligences et qui fut la claire position du cardinal Ratzinger à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

 

 Il cite alors un ensemble de décisions magistérielles qui, depuis quelque temps vont dans le bon sens, dans le sens  du retour au dogme. Il écrit : « Sans adopter une vision tolstoïcienne de la « fatalité » des événements historiques, on peut tout de même accorder  -surtout en ce qui concerne l’Eglise qui bénéficie des paroles de la vie éternelle – qu’une infinité de facteurs imprévisibles mais convergents s’ajoutant à une masse de décisions humaines libres mais concordantes établissent à un moment donné de l’histoire une espèce de courant qui s’impose ». (p. 53). Ce fut le cas, dit-il,  pour cette élection.  Il cite pour justifier ce jugement très important et réaliste un   certain nombre de décisions du Magistère actuel : Humanae vitae en 1968, Donum vitae en 1987, le Catéchisme universel en 1992, la lettre apostolique Ordinatioi sacerdotalis de 1994….Il cite encore d’autres « documents restaurationistes » (p.55) comme l’instruction de 1997 « sur quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres », l’instruction Redentionis sacramentum de 2004 sur l’extirpation des abus liturgiques…Ce sont des textes que  j’ai moi-même analysés et que vous trouverez sur le cite ITEM.

 

Ainsi « ce long chemin de retour au dogme  - qui est encore loin d’être arrivé à son terme  - contre le mouvement inverse de mise entre parenthèse de la fonction magistérielle imprimé par le concile « pastoral », (p.53) explique très certainement le choix des cardinaux.  Car ce courent,  redisons-le,  ne doit pas peu au long travail, 25 ans durant,  du cardinal Ratzinger à la tête de la « Congrégation pour la Doctrine de la foi ». C’est ainsi, dit-il que « l’avènement de Benoît XVI participe du mouvement général des choses  présentes ». (p. 54)

 

Après ces généralités - qui pourraient bien donner  le vrai sens de ce nouveau pontificat – M. l’abbé Barthe centre son regard sur le problème liturgique. Nous allons certainement vers la « restauration » du sacré dans la célébration liturgique, dans nos églises. Et cette restauration de la vie liturgique aidera fortement à intensifier ce que M l’abbé Barthe appelle « la vague Benoît XVI » (p. 58) – Il écrit : « l’enjeu liturgique est crucial dans le mouvement en train de se produire » (p. 56).  Il essaye d’en  analyser le « processus ». Son jugement est intéressant.

 

Il est bon de le relever in extenso :

 

« La mutation liturgique commencée depuis longtemps dans un certain nombre de paroisses (de ville généralement) et de communautés, est à considérer attentivement. Il lie ensemble deux éléments : d’une part, une critique implicite, sous forme de « bonne interprétation », de la reforme de Paul VI, au moins telle qu’elle s’est développée sur le terrain ; et d’autre part, un désir plus ou moins marqué selon les cas d’un œcuménisme en direction du monde traditionnel, considéré comme un conservatoire de la liturgie d’ « avant », de nombreux occasions de mélanges des publics favorisant la réintroduction d’éléments traditionnels dans la liturgie nouvelle. Or on sait que l’osmose entre Benoît XVI et ses fidèles soutiens  - et même avec les plus traditionalisants d’entre eux – est ici totale. Il est précisément lui-même habité en ce domaine par deux certitudes. D’abord, compte tenu de la manière « révolutionnaire » dont a procédé, selon lui, la réforme de Paul VI, il a toujours considéré que la liturgie antérieure ne pouvait être tenue pour abrogée : il estime donc qu’elle peut légitimement prétendre à une place reconnue. D’autant que la célébration publique du rite tridentin en de nombreux lieux ne peut qu’aider puissamment à mettre en œuvre sa seconde conviction : la reforme de Paul VI, après trente cinq ans d’usage, n’ayant pas donné les fruits que l’on en espérait, il faut, en douceur et avec patience, procéder à une « réforme de la réforme », qui la ramènera dans la ligne des réformes accomplies par Pie XII à l’époque du Mouvement liturgique.
L’enjeu liturgique est donc crucial dans le mouvement entrain de se produire. Tout pousse les deux pôles tridentin et restaurationniste, certes très inégaux quant à leur importance numérique, non pas à fusionner mais à établir un front commun, tant du point de vue de la mission pastorale dans les diocèses en voie de désertification, que du point de vue de la liturgie. Assurément, si en certains lieux, paroisses, communautés, la « réforme de la réforme » allait assez loin pour offrir aux catholiques attachés au rite tridentin  la possibilité de participer à des cérémonies faisant une place conséquente aux formes traditionnelles, le mouvement de transition serait considérablement accéléré. Une partie de cet infléchissement de la réforme liturgique (qui n’aura pas lieu partout, mais se manifestera de manière significative) est pratiquement acquis : autel face à Dieu, canon romain, chant du kyriale…Cela est non seulement au programme, mais dans la pratique de Benoît XVI. C’est pourtant insuffisant : c’est le pas supplémentaire qui importe. Les restaurateurs les plus conséquents savent d’ailleurs que la critique la plus fondamentale qui est faite à la messe de Paul VI vise le gommage, via l’affadissement du rite et des prières, de la définition de la messe comme sacrifice propitiatoire. Benoît XVI sait notamment  - mais à la différence d’autres partisans de la « reforme de la réforme », il s’est jusqu’à présent abstenu d’en parler – que le déficit le plus flagrant, de ce point de vue, du rite bugninien a pour cause la suppression des prières sacrificielles de l’offertoire, véritable énormité au regard de la tradition liturgique tant latine qu’orientale ».

 

Voilà des considérations qui ne seront  pas partagées par tout le monde…Mais pour ceux qui seront sensibles à l’argumentation, c’est-à-dire pour ceux qui font partie de ces deux « pôles tridentin et restauratioinniste»  qu’ils veuillent bien noter que M l’abbé Barthe ne parle pas de fusion, de « fusionner » mais d’établir une « front commun »…Il y a là plus qu’une nuance…Une collaboration s’annonce…entraînant une victoire…au bénéfice de l’Eglise et pour le bien des fidèles.

 

5- Après la mort de Frère Roger de Taizé.

 

Le pape Benoît XVI a évoqué l’assassinat de Frère Roger de Taizé à l’issue de l’audience générale  du mercredi 17 août à Rome mettant l’événement sous un éclairage nouveau. Il a déclaré :

« Cette nouvelle me touche d’autant plus qu’hier, justement, j’ai reçu une lettre du frère Roger, très émouvante et très amicale. Dans celle-ci, il écrit que du fond de son cœur, « nous sommes en étroite communion avec Vous-même et avec tous ceux qui seront réunis à Cologne ». Puis il écrit qu’en raison de ses conditions de santé, il ne pourra malheureusement pas venir personnellement à Cologne, mais qu’il sera spirituellement présent avec ses frères. A la fin, il m’écrit dans cette lettre qu’il souhaite venir au plus tôt à Rome pour me rencontrer et me dire que « notre communauté de Taizé voudrait cheminer en communion avec le Saint-Père ».

En ce moment de tristesse, nous ne pouvons que confier à la bonté du Seigneur l’âme de son fidèle serviteur. (…) Frère Schütz est dans les mains de la bonté éternelle. Il nous avrti et nous exhorte à être toujours de fidèles ouvriers dans la Vigne du Seigneur, même dans les situations tristes, dans la certitude que le Seigneur nous accompagne et nous donnera sa joie ».

 

6- La messe « en latin » ressuscite à Nanterre

 
Pour « Le Parisien » du mardi 16 août 2005, c’est « l'événement ».
On pouvait lire en effet sous le titre « l’événement » cet article :  
 
NANTERRE, AOUT 2005. C'est la petite église de Sainte-Marie-des-Fontenelles qui renouera avec l'ancien rite en accueillant, le 27 novembre, une messe en latin. Cette « expérimentation », accordée par l'évêque de Nanterre, doit durer un an.  
(LP/G.B.) 
 
 
C'EST DÉCIDÉ : dans les Hauts-de-Seine, d'ici à la fin de l'année, les catholiques nostalgiques auront droit à leur messe en latin. Alors que la question semblait encore récemment inenvisageable, l'évêque de Nanterre, après avoir consulté les prêtres des 80 paroisses du département, vient d'annoncer qu'il avait finalement décidé de réhabiliter la liturgie romaine dans une église du département à partir du premier dimanche de l'Avent, c'est-à-dire le 27 novembre. C'est à Nanterre, dans la petite église de Sainte-Marie-des-Fontenelles, que les fidèles se retrouveront alors chaque dimanche pour réciter leur
Pater noster. 
 
« Je souhaite répondre à l'attente de certains fidèles (...), espérant que ces mesures seront reçues par tous dans la confiance. Je souhaite également que nul ne puisse lire ce texte comme une remise en cause quelconque de la pratique liturgique commune de l'Eglise catholique en Occident (...), à laquelle je demeure personnellement fermement attaché », explique Mgr Gérard Daucourt dans le dernier journal de l'église des Hauts-de-Seine. L'évêque a, dans la
foulée, nommé un prêtre chargé de préparer la mise en oeuvre de cette messe à partir du 1 e r septembre. Mais attention, toutes ces mesures sont prises à titre expérimental pour une durée d'un an. 
 
« Nous ne voulons pas de réserve indienne » 
 
Il n'empêche ! Les membres de l'association Paix liturgique se montrent ravis de la nouvelle. La décision de l'évêque représente une victoire pour ceux qui militent depuis presque deux ans pour la tenue de messes en latin dans les Hauts-de-Seine qui, selon eux, intéresserait jusqu'à 8 500 familles. Mais cette avancée ne comble pas toutes leurs attentes. Ces catholiques réclament trois offices dominicaux, au nord, au centre et au sud, « pour satisfaire toutes
les familles du département ». Second bémol : les commentaires de l'évêque concernant leur mobilisation
 
- Mgr Daucourt regrette une « campagne d'opinion déclenchée pour faire pression » sur lui « par des procédés déloyaux et blessants » - gâche un peu leur plaisir. « Les mots sont très violents, réagit Nicolas Boucheron, membre de l'association. Nous sommes traités comme des intégristes intolérants, mais pendant deux ans on n'a rien fait d'autre qu'aller tracter dans les paroisses et envoyer des lettres électroniques. On n'a agressé ni insulté personne. »
 
Paix liturgique attend maintenant de voir « comment les choses vont se mettre en place ». L'association, qui dénonce « une absence totale de dialogue », ne veut pas se retrouver au ban de la communauté catholique du département. « Nous ne voulons pas de réserve indienne à Nanterre », poursuit Nicolas Boucheron, qui entend « participer pleinement à la vie du diocèse ». 
 
Gaëtane Bossaert  
Le Parisien , mardi 16 août 2005 
 
 
7- Mgr Fellay, à Castel Gandolfo, le 29 août.
 
 
La FSSP X a fait savoir que Mgr Fellay,son  Supérieur général, après en avoir fait la demande, sera reçu par Benoît XVI, au Palais Pontifical de Castel Gandolfo où le pape passe les mois très chauds de l’été romain, le 29 août prochain.
 
a-Une demande d’audience.
 
« Cette demande d’audience de Mgr Fellay au Souverain Pontife » a été portée à la connaissance des membres de la FSSPX, par Lettre circulaire du 17 mai 2005. 
 
Voici la note qui fut publiée dans le B.O. de la FSSPX de juin 2005, n° 193 :
 
« Demande d’audience de Monseigneur Fellay au Souverain Pontife.
Par Lettre circulaire du 17 mai adressée aux Supérieurs de districts, séminaires et maisons autonomes, Monsieur l’abbé Arnaud Sélégny a fait part de l’intention de notre Supérieur général de demander une audience au nouveau Souverain Pontife, Benoît XVI. Monseigneur Fellay renouvellera donc la demande que Monseigneur Lefebvre avait lui-même faite en son temps au pape Jean-Paul II après son élection au souverain pontificat.
Il n’est aucunement question à ce jour de reprendre de quelconques négociations mais de faire acte de présence de la Tradition à Rome, de donner un témoignage de ce que nous sommes et de réitérer solennellement et de manière personnelle et directe la demande de réintégration du rite tridentin de la messe dans tous ses droits afin que l’ostracisme dont il est l’objet cesse enfin.
Nous confions cette intention d’Eglise à vos prières ». 
 
8- Des précisions données par Mgr Williamson.
 
Suite à cette annonce d’audience, Mgr Williamson a pensé nécessaire de donner des précisions sur cette demande d’audience. Il a fait publier une lettre sur Internet. 
En voici le texte :
 

QUELQUES RÉFLEXIONS POUR LE MOIS D’AOÛT, 2005

Par Mgr. Richard Williamson

            Dans le numéro de Mai-Juin de cette année-ci du bi-mensuel français « Sous la Bannière », à la page 7, on lit une citation bien intéressante que l’on prête au Cardinal Ratzinger, maintenant le Pape Benoît XVI. On y lit :

                « Une source en Autriche, qui ne veut pas être révélée, assure que le Cardinal Ratzinger aurait récemment confessé à un évêque autrichien ami, ‘J’ai deux problèmes sur la conscience : Mgr. Lefebvre et Fatima. Pour ce dernier on m’a forcé la main ; pour le premier j’ai échou钠».

                Bien sûr, la « source an Autriche » restant anonyme, nous n’avons aucun moyen de vérifier si le Cardinal a vraiment dit ces choses sur Mgr. Lefebvre et Fatima, mais la citation est pour tout le moins vraisemblable, et donc elle vaut la peine qu’on s’y arrête quelques instants.

                Quant à ce qui est dit sur Fatima, on se doutait bien en Juin 2000, au moment où le Vatican – et le Cardinal Ratzinger en particulier – révélait le supposé Troisième Secret de Fatima, qu’il y avait un faux quelque part. Ou bien Rome cachait encore le vrai secret, celui que gardait Pie XII dans sa chambre sans l’ouvrir ; ou bien Rome révélait le vrai secret mais en faussait l’interprétation. Dans les deux cas, se disait-on à ce moment-là, Rome voulait en finir avec Fatima, et on voyait le Cardinal Ratzinger en première ligne se prêter à ce jeu. Et voici cette citation venant de l’Autriche qui nous confirmerait que c’était bien un jeu auquel le Cardinal s’est prêté. Qui lui a « forcé la main » ? Le Pape Jean-Paul II ? Un pouvoir occulte derrière et le Pape et le Cardinal ? Dieu le sait.

                Quant à ce qui est dit sur Mgr. Lefebvre, là encore la citation, sinon vraie, est certainement vraisemblable. En mai, 1988, au moment où Mgr. Lefebvre menaçait de sacrer des évêques pour la Fraternité Sacerdotale St Pie X, avec ou sans la permission de Rome, c’est le Cardinal Ratzinger qui représentait le Saint Siège dans les négociations entamées pour empêcher une telle « rupture ». On se souvient que le Cardinal Ratzinger a failli « réussir » lorsque le 6 mai Mgr. Lefebvre a signé un protocole d’accord, mais il a « échoué » le 7 lorsque Mgr. Lefebvre après une nuit blanche a repris sa signature. Et voici que la citation venant d’Autriche nous confirme que le Cardinal voit toujours la fin de ces négociations-là comme un « échec ».

                Cette confirmation est importante pour autant qu’elle nous suggère que le Cardinal reste, en tant que Pape, dans les mêmes dispositions pour traiter avec la Fraternité St. Pie X dans l’entretien qu’il accorde en principe le 29 août au successeur de Mgr. Lefebvre à la tête de la Fraternité, Mgr. Bernard Fellay. Autrement dit, il est fort probable non seulement que le Pape régnant est sincèrement convaincu qu’il faut mettre fin à cette « rupture » entre Rome et la Fraternité, mais aussi qu’il paraîtra être de toute bonne volonté lorsqu’il mettra tout en œuvre, y compris sa longue expérience de la diplomatie romaine et tout le prestige de son rang maintenant exalté, pour y arriver.

                De fait, un accord semble impossible. Et bien sûr, si la Fraternité se ralliait, la résistance de la Tradition continuerait, et si le Pape « se convertissait », alors à la place de la guerre gentille menée maintenant à sa droite par la Tradition, il aurait à dos une guerre féroce menée à sa gauche par la cabale des néo-modernistes. Donc de toute façon la guerre continue entre les amis et les ennemis de la Foi de Notre Seigneur Jésus Christ.

                Mais ici et maintenant, ce qui est important pour les Catholiques qui suivront avec intérêt cet entretien entre Rome et la Fraternité, c’est qu’ils ne donnent dans aucun des pièges que le Démon leur tendra :

                D’abord, ce n’est pas parce que la Fraternité demande à être reçue en audience par le Saint Père qu’elle est sur le point de trahir – si la Tradition n’a aucun contact avec Rome, comment la vérité de la Tradition s’y fera-t-elle entendre ?

                Ensuite, ce n’est pas parce qu’il y a un contact qu’une entente est possible. Que tous les Catholiques qui rêvent de combiner la Tradition et les autorités néo-modernistes de l’Eglise se désabusent. L’Autorité Catholique et la Vérité Catholique finiront par se réunir, mais rien pour le moment n’indique que cette réunion est pour aujourd’hui – ou demain !

                Et finalement – et c’est le piège le plus subtil – qu’on ne pense ni que le Pape est de bonne volonté, donc il ne peut être néo-moderniste ; ni qu’il est néo-moderniste, donc il ne peut être de bonne volonté. Cette crise de l’Eglise serait bien moins grave et tromperait beaucoup moins de gens si les néo-modernistes étaient évidemment de mauvaise volonté. Ce qui caractérise ces derniers temps, c’est que les mauvais principes sont si répandus que peu de gens s’en rendent compte, et beaucoup de gens font mal tout en étant persuadés qu’ils font bien. C’est pour cela que la citation du Cardinal est vraisemblable où il dit que son échec en 1988 lui pèse « sur la conscience ».

                Prions la Très Sainte Vierge pour que le Pape Benoît XVI voie clair, surtout la nécessité urgente de consacrer la Russie au Cœur Immaculé de Marie, et si nous-mêmes nous voyons clair, prions-la que nous ne nous laissions pas aveugler – « Celui qui estime qu’il se tient debout, qu’il fasse attention de ne pas tomber », dit St. Paul (I Cor X, 12). Les temps sont mauvais !
 
Le site « La porte latine », site du district de France, confirme bien l’audience : 
 

« Aujourd'hui, jeudi 25 août 2005 »

 

Communiqué de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

 

 

 

« Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, sera reçu en audience par le pape Benoît XVI, à Castel Gandolfo, le lundi 29 août 2005. »

« Aucune déclaration ne sera faite avant l’audience. »

« Menzingen, 24 août 2005 »

 
 
 
9- Italie : Interview d’Oriana Fallaci
 
Orriana Fallaci a accordé une interview au « World Street Journal Europe » (23 juin 2005) dans laquelle elle réitère ses propos limpides et désabusés sur l’avenir de l’Europe.
Dans son dernier livre « La force de la raison », qui lui vaut un procès pour avoir calomnié l’Islam, elle défend la thèse que le vieux continent est sur le point de devenir une conquête de l’Islam et que les peuples d’Occident se sont imprudemment soumis aux fils d’Allah. « L’Europe n’est plus l’Europe mais l’Eurabie, une colonie de l’Islam, où l’invasion islamique ne procède pas seulement sur le plan géographique, mais aussi mentalement et culturellement. La servilité face à l’envahisseur a empoisonné la démocratie avec d’évidentes conséquences pour la liberté d’expression et pour le concept même de liberté ». 
Oriana Fallaci passe pour être la prophétesse du déclin de l’Europe. Il y a chez elle des réminiscences d’Oswald Spengler et des échois de Samuel Huntington. Elle aurait pu écrire comme Arnold Toynbee, « les civilisations ne meurent point assassinées, elles se suicident ». Elle se décrit elle-même comme une révolutionnaire parce que, dit-elle, « elle fait ce que les conservateurs ne font pas » : défendre bec et ongles la civilisation occidentale. « Vous ne pouvez survivre, dit-elle encore, si vous ne connaissez pas le passé. Nous savons pourquoi toutes les autres civilisations se sont effondrées : un excès de bien être, de richesse, un manque de moralité, de spiritualité. Du moment que vous abandonnez vos principes et vos valeurs, du moment que vous riez de ces principes et de ces valeurs, vous êtes morts, votre culture est morte, votre civilisation est morte. »
Finalement la journaliste se trouve de bien curieuses affinités : « Je me sens moins seule quand je lis les livres de Ratzinger. Je suis athée, et quand un athée et un  pape pensent la même chose, il doit y avoir quelque chose de vrai. C’est aussi simple que ça ! » Oriana Fallaci déplore enfin l’absence de leaders : « nous avons cessé d’avoir des chefs à la fin du XXème siècle ». « Un seul, un, martèle-t-elle pendant l’interview, un seul chef, un nouveau Cavour, suffirait à changer le cours des choses ». (CE n°134)