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de

 

Chrétienté "

n°30

 

 

Le 25 novembre   2005

 

Sommaire

 

A- Les Nouvelles de Rome.

 

a- Le Vatican promet de ne pas abandonner Taïwan

b- Rapprochement en vue entre le Vietnam et le Vatican

c- Sa Sainteté Benoît XVI fait rentrer dans le rang le monastère d’Assise

d- Don Camillo éminence grise d'Italie ?

e- Benoît XVI a nommé lundi 21 novembre Mgr Jean-Marie Le Vert évêque auxiliaire de Meaux

f- Rome: Instruction de Rome sur  le choix des séminaristes

B- Les nouvelles de France

a-La loi de 1905

b- Plainte d’éditeurs catholiques contre le site internet « Dieu n’est pas à vendre.

c- Deux élus FN d'Alsace condamnés pour un tract anti-musulman

d- Une interview de Nicolas Sarkozy exclusive dans l’Express

 

C-Les Nouvelles des Etats-Unis

D- Au sujet de l’ « affaire de Bordeaux »…

 

 

 

 

Les Nouvelles de Rome.

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a- Le Vatican promet de ne pas abandonner Taïwan

 

Le cardinal Jean-Louis Tauran, ancien chef de la diplomatie vaticane, assure que le Vatican n'abandonnera pas Taïwan même s'il ouvre une ambassade à Pékin.

 

La visite du cardinal Tauran à Taïwan a fait naître des spéculations sur une possible rupture par le Saint-Siège de ses relations avec Taïpeh.

Mais le prélat a déclaré que le Vatican trouverait une "manière appropriée" de maintenir ses liens avec Taïwan.

"Lorsque la liberté religieuse sera réalisée en Chine, alors le Saint-Siège sera prêt à changer la nature de ses relations avec Taïwan", a dit le cardinal Tauran dans un discours à Taïpeh.

"Si et quand la normalisation (avec Pékin) adviendra, le Saint-Siège n'abandonnera pas Taïwan", a-t-il assuré sans autre précision, ajoutant seulement que le Saint-Siège n'a jamais pris la décision de rompre des relations diplomatiques avec ses alliés.

Le pape Benoît XVI a déclaré le mois dernier à des diplomates que le Saint-Siège était prêt à mettre fin à ses relations avec Taïwan et à rouvrir sa nonciature à Pékin mais que la Chine devait respecter la liberté religieuse et traiter correctement le Vatican.

Le Vatican est l'un des 25 Etats, en majorité d'Afrique et d'Amérique latine, qui reconnaissent officiellement Taïwan. Le reste du monde entretient des relations diplomatiques avec Pékin.

Pékin soutient qu'il ne peut renouer ses relations diplomatiques avec le Vatican, rompues en 1951, que si le Saint-Siège rompt au préalable ses relations avec Taïwan, que Pékin considère comme une province rebelle.

 

Reuters

mardi 22 novembre 2005

 

b-Rapprochement en vue entre le Vietnam et le Vatican

 

(RV - mardi 22 novembre 2005) Un rapprochement est-il possible entre le Saint Siège et le Vietnam ? Lundi, le régime communiste a approuvé la création d’un nouveau diocèse. Par ailleurs, l'archevêché de Hanoi a confirmé samedi l’ordination de 57 prêtres vietnamiens au cours d'une cérémonie lundi prochain. Des petits pas qui pourraient confirmer l’ébauche d’un rapprochement, estime Régis Anouilh, rédacteur en chef de la revue « Eglise d’Asie ».

 

c- Sa Sainteté Benoît XVI fait rentrer dans le rang le monastère d’Assise

Le pape Benoît XVI a mis fin à l’autonomie du monastère franciscain d’Assise (centre de l’Italie), par un motu proprio.

Les moines de l’ordre fondé au XIIIe siècle par Saint-François d’Assise devront désormais en référer à l’évêque local, aux évêques de la région Ombrie, voire à la Conférence épiscopale italienne, avant d’organiser les colloques et les rencontres interreligieuses qui ont fait leur "réputation", a décidé le pape.

Le motu proprio de Paul VI qui avait donné une autonomis d’action à ce monastère est annulé 36 ans plus tard par un autre motu proprio - de Benoît XVI celui-là - publié samedi, qui met en avant la nécessité d’une "meilleure collaboration" entre les moines et le diocèse.

Un parlementaire UDC (Union des démocrates-chrétiens, centre droit) de la région, Maurizio Ronconi, s’est félicité de la décision du souverain pontife, affirmant qu"’elle était devenue inévitable car depuis des années, les moines d’Assise sont instrumentalisés par la gauche".

Voici le communiqué de l’AFP : Sujet : Coup de crosse papal aux franciscains d'Assise

par Philip Pullella

CITE DU VATICAN, 21 novembre (Reuters) - La décision du pape Benoît XVI de remettre au pas les moines franciscains d'Assise, considérés comme trop à gauche par certains catholiques italiens, a soulevé une tempête politique en Italie à l'approche des élections législatives d'avril. Un décret pontifical promulgué ce week-end limite l'autonomie des moines gardiens de la basilique Saint-François d'Assise, où repose la dépouille de leur fondateur, but de pèlerinage de millions de fidèles. Le décret place les moines sous le contrôle de trois personnes - l'évêque d'Assise, le cardinal Calillo Ruini, président de la conférence épiscopale italienne, et un autre cardinal du Vatican. Cette initiative constitue la première remise au pas d'un ordre religieux par Benoît XVI et elle revient sur un précédent décret pontifical de Paul VI qui, en 1969, avait accordé une large autonomie aux franciscains d'Assise. "Maintenant, les franciscains ont les mains liées et ils ne peuvent plus être un pont entre l'Eglise et la société", a déploré Livia Turco, ancienne ministre, membre des Démocrates de gauche, la plus importante formation de l'Olivier, la coalition d'opposition. Ces dernières décennies, les moines d'Assise ont été associés à des partis politiques et à des causes de gauche. La procession de Pâques qu'ils organisent chaque année est fréquentée par des dirigeants de gauche et souvent boycottée par les hommes politiques de centre-droite. Ils ont aussi accueilli des personnalités controversées telles que l'ancien ministre irakien des Affaires étrangères, Tarek Aziz, des dirigeants du Parti communiste italien et le cinéaste et acteur Roberto Benigni, connu pour ses opinions de gauche.

EXPLOITATION POLITIQUE  Le sénateur Maurizio Ronconi, de l'UDC (centre-droite), a salué l'initiative du pape en accusant la gauche "d'exploiter" politiquement les moines depuis des années. Le décret pontifical impose aux franciscains de demander l'autorisation de leur évêque pour toute initiative future. Des analystes estiment que cela privera le centre-gauche de sa plate-forme la plus visible à l'approche des élections, ce qui serait de nature à aider la droite dans sa tentative de séduire l'électorat catholique. Le cardinal Ruini a prévenu le centre-gauche qu'il ne tolérerait aucune tentative de faire passer des lois autorisant les mariages entre homosexuels ou élargissant le droit à l'avortement. Le pape, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi pendant 23 ans, jusqu'à son élection en avril dernier, a aussi fait savoir aux moines que leurs célébrations religieuses devaient se conformer aux normes. Des catholiques conservateurs ont accusé les franciscains de frôler le syncrétisme lors de leurs réunions oecuméniques. Le pape Jean Paul II s'était rendu à plusieurs reprises dans la ville natale de Saint François, chantre de la pauvreté évangélique et, par deux fois, il avait participé à Assise à une rencontre mondiale pour la paix avec des chefs spirituels d'autres religions. Le décret de Benoît XVI, largement commenté dans la presse, a été salué par l'évêque sortant d'Assise. "Il était temps", s'est exclamé Mgr Sergio Goretti dans une interview à La Repubblica. Selon l'évêque, les moines étaient devenus une "enclave autonome", source de multiples problèmes. "Parfois, je découvrais ce que faisaient les moines en lisant les journaux", a-t-il déploré. Les intéressés se sont efforcés de minimiser le coup de crosse papal en déclarant dans un communiqué qu'ils poursuivraient leur mission "dans l'esprit de Saint François". /NCD 1353 211105

 

d- Don Camillo éminence grise d'Italie ?

LE MONDE | 23.11.05 |

 par Jean-Jacques Bozonnet

"Don Camillo" est-il devenu l'éminence grise de l'Italie ? Celui dont les avis sont redoutés, toujours écoutés, et souvent suivis. Président de la Conférence épiscopale italienne (CEI), le cardinal Camillo Ruini hésite de moins en moins à dire sa vérité dans les débats qui agitent le pays. Hormis une poignée de laïques radicaux-socialistes, aucun parti ne s'oppose à l'influence grandissante de l'Eglise sur le terrain de la politique. Ni à droite, où, à six mois des élections législatives, on se range ostensiblement du côté des évêques et du Vatican sur la plupart des questions de société. Ni au centre gauche, car le vote catholique ne lui est pas inaccessible, à condition de ne pas le heurter de front. Aux accusations d'ingérence dans la vie politique qui lui sont parfois adressées par la presse, Mgr Ruini répond avec l'assurance des intouchables qu'elles ne sont que "boulettes de papier".

 

Depuis la disparition de la Démocratie chrétienne, l'Eglise italienne ne dispose plus de son relais politique naturel, alors elle intervient directement. Au point que certains observateurs parlent d'un "parti catholique" qui pourrait arbitrer la campagne électorale. Elle a montré son poids en juin, à l'occasion du référendum visant à modifier une loi très restrictive sur la procréation assistée : sa campagne pour l'abstention a contribué à faire capoter l'initiative. L'Eglise récidive à l'occasion de la polémique sur la pilule abortive RU 486, encore interdite dans la Péninsule, mais que certains établissements hospitaliers régionaux voudraient expérimenter. Non seulement la Conférence des évêques appuie le ministre de la santé dans son refus, mais elle profite de l'aubaine pour relancer le débat sur l'avortement, légalisé depuis 1978.

Le cardinal Ruini a proposé que des militants antiavortement du Mouvement pour la vie soient présents à l'avenir dans les hôpitaux et les dispensaires où sont données les consultations pré-IVG. Le ministre de la santé a saisi l'idée au bond en suggérant "une présence culturelle pluraliste" pour conseiller les femmes, tout en rappelant avec force que la loi 194 sur l'interruption de grossesse défend aussi "le droit à ne pas avorter". Les dirigeants de l'opposition ont observé un silence prudent, laissant à la gauche de la gauche et aux laïques de service le soin de s'indigner et de réclamer une révision du Concordat qui régit les relations entre l'Eglise et l'Etat depuis 1984.

Cette dernière menace a fait figure de provocation. Aussitôt, Romano Prodi, le futur candidat du centre gauche contre Silvio Berlusconi, a dû rassurer : "Une telle révision n'est pas et ne sera pas à notre programme." Ce catholique fervent s'était déjà attiré les foudres de Camillo Ruini, et aussi de certains de ses alliés modérés, en préconisant un "pacs à la française" pour les "couples de fait", qu'ils soient hétérosexuels ou homosexuels.

Traversée de courants catholiques, l'opposition à Berlusconi refuse d'apparaître comme l'opposition à Ruini. Piero Fassino, secrétaire des Démocrates de gauche (DS, ex-communistes), a fait récemment une sorte de coming out en se disant "croyant". Auparavant, le patron du Parti de la refondation communiste (PRC), Fausto Bertinotti, avait confessé à un journal ses "doutes" d'athée.

Les partis de centre gauche reconnaissent à l'Eglise le "droit légitime" de s'exprimer sur tous les sujets. Même si elle juge "incongrue" la sortie de Mgr Camillo Ruini sur la pilule RU 486, Livia Turco, sénatrice et ancienne ministre de gauche (DS), en réfère à Enrico Berlinguer, l'historique leader du Parti communiste italien des années 1970, pour qui "le sentiment religieux contribuera au changement de la société italienne".

A droite, le vote catholique est devenu vital en raison du retard accumulé dans les sondages préélectoraux. Divorcé remarié et pratiquant occasionnel, Silvio Berlusconi est souvent resté en retrait sur les thèmes de société les plus délicats. Pour le référendum sur la procréation médicalement assistée, par exemple, le chef du gouvernement n'a jamais dit publiquement le fond de sa pensée. Désormais, il ne cache plus sa volonté d'aligner étroitement sa coalition sur les positions de l'Eglise. Il multiplie les gestes. Ainsi, le projet de budget 2006, pourtant difficile à équilibrer, prévoit une exonération d'impôts locaux sur les biens immobiliers à usage commercial de l'Eglise. Pour sa troisième visite au Vatican en cinq ans, samedi 19 novembre, il s'est livré à une vaste opération de charme à l'égard de Benoît XVI et de son premier ministre, Mgr Angelo Sodano. Il s'est affirmé comme le champion des valeurs catholiques, notamment sur les dossiers de la bioéthique et de l'école privée.

ONCTION ÉLECTORALE

Après la période de froid avec Jean Paul II sur la question irakienne, la présidence du Conseil s'est félicitée de "la particulière convergence entre les orientations de l'Italie et les objectifs moraux et religieux de l'Eglise catholique dans le monde". Avant M. Berlusconi, le président de la Chambre des députés, Pierferdinando Casini, l'un des principaux concurrents pour le leadership du centre droite, a aussi été reçu par le pape. Les hommes politiques de tous bords ne manqueront pas de se présenter à la Porte de bronze du Vatican lors des prochaines semaines, à la recherche d'une onction électorale.

Le Saint-Siège et la Conférence épiscopale ont rappelé que l'Eglise ne prend pas parti. A quoi bon quand les deux camps vous courtisent également. "L'Eglise, en Italie comme dans tous les autres pays du monde, ne revendique pour elle aucun privilège, mais souhaite pouvoir accomplir sa mission dans le respect de la laïcité de l'Etat", a déclaré le pape.

L'histoire de l'Italie et de ses relations avec la religion catholique fait que cette notion de laïcité apparaît souvent ambiguë. On se souvient que l'unanimité s'est faite, à droite et à gauche, contre un responsable d'association musulman qui demandait le retrait des crucifix des salles de classe de l'école publique. Il y a quelques jours, le pays ne s'est pas ému de la condamnation à sept mois de prison d'un magistrat qui refusait de juger tant qu'un crucifix resterait accroché au mur de la salle d'audience. Cet israélite réclamait au moins le droit d'y ajouter le symbole de sa propre religion. Les plus fortes réticences à la gestion politique de "Don Camillo" naissent dans les propres rangs de l'Eglise. Des voix de prêtres commencent à s'élever pour regretter que "la référence à Jésus-Christ soit peu présente dans les interventions de Mgr Ruini".

JEAN-JACQUES BOZONNET

 

e- Benoît XVI a nommé lundi 21 novembre Mgr Jean-Marie Le Vert évêque auxiliaire de Meaux

Emetteur : CEF Conférence des Evêques de France

Benoît XVI a nommé lundi 21 novembre Mgr Jean-Marie Le Vert évêque auxiliaire de Meaux.
Mgr Le Vert était jusqu'à présent curé de la cathédrale de Tours (Indre-et-Loire).

Le pape Benoît XVI a nommé ce lundi 21 novembre 2005 Mgr Jean-Marie Le Vert évêque auxiliaire de Meaux. Mgr Jean-Marie Le Vertétait jusqu'à présent curé de la cathédrale de Tours, prêtre accompagnateur de la Mission étudiante et responsable des vocations.

Biographie
Mgr Jean-Marie Le Vert est né le 9 avril 1959 à Papeete (Tahiti). Il est le fils de Jean Le Vert, responsable du Centre de Télécommunications des PTT de Papeete, et de Madame, née Anne-Marie Postaire Le Marais, institutrice.

Formation
Mgr Jean-Marie Le Vert a effectué ses études secondaires au lycée Paul Gauguin de Papeete. Après une préparation à l'École Sainte-Geneviève (Versailles), il a intégré l'École Navale en 1979. Officier de Marine, il est titulaire d'un diplôme d'ingénieur. Après les 1er et 2e cycles au séminaire de Gênes (communauté Saint-Martin) de 1982 à 1987, il a été ordonné prêtre le 10 octobre 1987. Il effectue sa licence canonique en théologie à l'Université catholique de Fribourg (1994-1995). Après son départ de la communauté Saint-Martin, il est incardiné dans le diocèse de Tours en juillet 1995.

Ministères exercés
1990-1994 : Vicaire pour les paroisses du Centre ville à Tours.
De 1995 à 2000 : Curé de la paroisse Saint-Jean de Montjoyeux à Tours, et accompagnement des aumôneries des étudiants, du lycée Grandmont et des collèges du doyenné de Tours-Sud II.
1997-1998 : Directeur au séminaire interdiocésain d'Orléans.
De 1997 à 2000 : Professeur en patrologie et en théologie pastorale au séminaire interdiocésain d'Orléans.
De 1998 à 2000 : Curé de la paroisse des Fontaines.
A partir de 1999 : Élu au Conseil presbytéral.
De 2000 à 2005 : Aumônier diocésain des étudiants, prêtre accompagnateur de la Pastorale des jeunes adultes, membre du service diocésain des vocations, responsable des séminaristes du diocèse, professeur au séminaire interdiocésain d'Orléans en Mystère chrétien et en théologie pastorale.
De 2001 à 2004 : Aumônier régional des étudiants de la région étudiante Centre Ouest.
2002-2003 : Président de la Mission étudiante catholique nationale.
A partir de 2003 : Responsable diocésain du service des vocations, co-responsable de la Maison des vocations.
2004 : Membre du Collège des consulteurs.
2005 : Curé de la cathédrale de Tours, prêtre accompagnateur de la Mission étudiante, prêtre accompagnateur de la Pastorale des jeunes adultes, responsable du service diocésain des vocations, responsable des séminaristes du diocèse, co-responsable de la Maison des vocations.

 

f- Rome: Instruction de Rome sur  le choix des séminaristes.

L’Agence APIC nous informe sur la dernière Instruction de Rome concernant les candidats aux séminaires :

« Les actes homosexuels ne peuvent être approuvés en aucun cas

Rome, 23 novembre 2005 (Apic) Le texte de l'Instruction sur les séminaristes à tendance homosexuelle a été dévoilé dans la soirée du 22 novembre par l'agence de presse italienne Adista. Ce document approuvé par Benoît XVI le 31 août devait être rendu public le 29 novembre dans le quotidien officiel du Saint-Siège, L'Osservatore romano. Il redit que les actes homosexuels sont "contraires à la loi naturelle" et "ne peuvent être approuvés en aucun cas".

Le texte "sur les critères de discernement vocationnel au sujet des personnes présentant des tendances homosexuelles en vue de l'admission au séminaire et aux ordres sacrés" a été signé le 4 novembre par le préfet et le secrétaire de la Congrégation pour l'éducation catholique, le cardinal Zenon Grocholewski et Mgr Michael Miller. D'une longueur de 5 pages, l'Instruction sur les séminaristes à tendance homosexuelle a été approuvée par Benoît XVI qui, comme l'avait annoncé l'agence I.MEDIA le 19 septembre, en avait alors ordonné la publication. Le document demandé par Jean Paul II en 1994, porte la date du 4 novembre 2005, jour de la fête de saint Charles Borromée, patron des séminaires.

La remise du document aux chefs des dicastères de la curie romaine le 9 novembre dernier, logiquement sub secreto, a été à l’origine des fuites dans la presse italienne. Les quotidiens Il Giornale et L’Indipendente en ont ainsi publié dès le 11 novembre des extraits. Depuis lors, elle a été envoyée aux nonciatures qui l'ont elles-mêmes adressée aux évêques du monde entier. Ce qui explique sans doute la parution du texte dans son intégralité sur le site de l'agence de presse italienne contestataire Adista, une semaine avant la publication officielle. Composée en trois parties intitulées 'maturité affective et paternité spirituelle', 'l'homosexualité et le ministère ordonné' et 'le discernement de l'idonéité des candidats par l'Eglise', précédées d'une introduction et suivies d'une conclusion, l’Instruction rappelle l'exigence de l'Eglise de ne pas ordonner de prêtres à tendance homosexuelle.

Document dicté par l'urgence de la situation actuelle

Dans son Introduction, la Congrégation pour l'éducation catholique rappelle que "la présente Instruction n'entend pas aborder toutes les questions d'ordre affectif ou sexuel qui exigent un discernement attentif durant toute la période de formation". Mais "elle donne des normes sur une question particulière, rendue plus urgente par la situation actuelle, celle de l'admission ou non au séminaire et aux ordres sacrés des candidats qui présentent des tendances homosexuelles profondément enracinées".

Dans sa première partie, l'Instruction aborde la question de la maturité affective et paternité spirituelle. "Selon la constante Tradition de l'Eglise, seul un homme baptisé reçoit validement l'ordination sacrée", rappelle-t-elle tout d'abord. "En effet, le prêtre représente sacramentellement le Christ, Tête, Pasteur et Epoux de l'Eglise". Et d'expliquer qu'"en raison de cette configuration au Christ, toute la vie du ministre sacré doit être animée par le don de toute sa personne à l'Eglise et par une authentique charité pastorale". La Congrégation pour l'éducation catholique estime qu'"en conséquence, le candidat au ministère ordonné doit atteindre la maturité affective". Car "une telle maturité le rendra capable d'avoir des relations justes avec les hommes et les femmes, en développant en lui un véritable sens de la paternité spirituelle vis-à-vis de la communauté ecclésiale qui lui sera confiée".

Les actes homosexuels, des péchés graves

Dans sa deuxième partie, le document de la Congrégation pour l'éducation catholique se penche sur le problème de l'homosexualité et du ministère ordonné. Elle rappelle que "depuis le Concile Vatican II jusqu'à ce jour, divers documents du Magistère - et particulièrement le Catéchisme de l'Eglise catholique - ont confirmé l'enseignement de l'Eglise sur l'homosexualité". Tout en précisant que "le Catéchisme distingue entre les actes homosexuels et les tendances homosexuelles". "Au sujet des actes, il enseigne qu'ils sont présentés dans la Sainte Ecriture comme des péchés graves", souligne-t-elle. Et "la Tradition les a constamment considérés comme intrinsèquement immoraux et contraires à la loi naturelle". "En conséquence, ils ne peuvent être approuvés en aucun cas", déclare-t-elle.

"En ce qui concerne les tendances homosexuelles profondément enracinées, poursuit le document, elles aussi sont objectivement désordonnées et, souvent, elles constituent une épreuve pour ces personnes". C'est pourquoi ces personnes "doivent être accueillies avec respect et délicatesse" et "on évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste", tient-il à souligner. Le document précise que ces personnes "sont appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie et à unir au sacrifice de la croix du Seigneur les difficultés qu'elles peuvent rencontrer".

Pas d'admission au séminaire pour les homosexuels

"Dans la lumière de cet enseignement, ce dicastère, en accord avec la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements, estime nécessaire d'affirmer clairement que l'Eglise, tout en respectant profondément les personnes concernées, ne peut pas admettre au séminaire et aux ordres sacrés ceux qui pratiquent l'homosexualité, présentent des tendances homosexuelles profondément enracinées ou soutiennent ce qu'on appelle la culture gay", affirme alors le document. Car "ces personnes se trouvent en effet dans une situation qui fait gravement obstacle à une juste relation avec des hommes et des femmes". "De plus, il ne faut pas oublier les conséquences négatives qui peuvent découler de l'ordination de personnes présentant des tendances homosexuelles profondément enracinées", ajoute le document. "Par contre, nuance-t-il, au cas où il s'agirait de tendances homosexuelles qui seraient seulement l'expression d'un problème transitoire, comme, par exemple, celui d'une adolescence pas encore achevée, elles doivent de toute façon être clairement dépassées au moins trois ans avant l'ordination diaconale".

La troisième et dernière partie, plus longue, porte sur le discernement de l'idonéité des candidats par l'Eglise. "Deux aspects sont indissociables dans toute vocation sacerdotale, commence-t-elle, le don gratuit de Dieu et la liberté responsable de l'homme". "La vocation est un don de la grâce divine, reçu par l'intermédiaire de l'Eglise, dans l'Eglise et pour le service de l'Eglise", souligne-t-elle. "En répondant à l'appel de Dieu, l'home s'offre librement à Lui dans l'amour". "Le seul désir de devenir prêtre n'est pas suffisant, précise-t-elle aussi, et il n'existe pas de droit à recevoir l'ordination sacrée".

Formation humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale

Pour la Congrégation pour l'éducation catholique, "il appartient à l'Eglise - dans sa responsabilité de définir les nécessaires conditions requises pour la réception des sacrements institués par le Christ - de discerner l'idonéité de celui qui désire entrer au séminaire, de l'accompagner pendant les années de la formation et de l'appeler aux ordres sacrés, si l'on juge qu'il possède les qualités requises". Pour cela, "la formation du futur prêtre doit articuler, en une complémentarité essentielle, les quatre dimensions de la formation: humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale". "Dans ce contexte, il faut noter l'importance particulière de la formation humaine, fondement nécessaire de toute la formation", précise le dicastère supervisant la formation des séminaristes dans le monde. Et "pour admettre un candidat à l'ordination diaconale, l'Eglise doit vérifier, entre autres, qu'il a atteint la maturité affective du candidat au sacerdoce".

"L'appel aux ordres est de la responsabilité personnelle de l'évêque ou du supérieur majeur", poursuit le document. "En tenant compte de l'avis de ceux à qui ils ont confié la responsabilité de la formation, l'évêque ou le supérieur majeur, avant d'admettre à l'ordination le candidat, doivent parvenir à un jugement moralement certain sur ses qualités", précise-t-il. Et "dans le cas d'un doute sérieux sur ce point, ils ne doivent pas l'admettre à l'ordination". Puis, d'ajouter que "le discernement de la vocation et de la maturité du candidat est aussi un grave devoir du recteur et des autres formateurs du séminaire".

"Dans le discernement de l'idonéité à l'ordination, un rôle important est dévolu au directeur spirituel", poursuit l'Instruction. "Tout en étant tenu au secret, il représente l'Eglise au for interne". C'est pourquoi, "lors des entretiens avec le candidat, le directeur spirituel doit notamment rappeler les exigences de l'Eglise en ce qui concerne la chasteté sacerdotale et la maturité affective spécifique du prêtre, et aussi l'aider à discerner s'il a les qualités nécessaires". "Si un candidat pratique l'homosexualité ou présente de telles tendances profondément enracinées, son directeur spirituel, comme d'ailleurs son confesseur, ont le devoir de le dissuader, en conscience, d'avancer vers l'ordination", prévient-il.

Un candidat ne doit pas cacher son homosexualité

Malgré tout, "il reste entendu que c'est le candidat lui-même qui est le premier responsable de sa propre formation". "Il serait gravement malhonnête qu'un candidat cache son homosexualité pour accéder, malgré tout, à l'ordination", met alors en garde la Congrégation pour l'éducation catholique. "Un comportement à ce point inauthentique ne correspond pas à l'esprit de vérité, de loyauté et de disponibilité qui doit caractériser la personnalité de celui qui estime être appelé à servir le Christ et son Eglise dans le ministère sacerdotal".

Enfin, dans sa conclusion, la Congrégation signataire de l'Instruction "confirme la nécessité pour les évêques, les supérieurs majeurs et tous les responsables concernés de se livrer à un discernement attentif de l'idonéité des candidats aux ordres sacrés, et cela depuis l'admission au séminaire jusqu'à l'ordination". "Les évêques, les Conférences épiscopales et les supérieurs majeurs veilleront à ce que les normes de cette Instruction soient fidèlement observées pour le bien des candidats eux-mêmes et pour assurer toujours à l'Eglise des prêtres idoines, vrais pasteurs selon le cœur du Christ", conclut l'Instruction.

Cette Instruction est la première promulguée sous le pontificat de Benoît XVI. Le pape avait suivi sa préparation en tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il a fallu plusieurs années et de nombreuses relectures de la part d'experts en psychologie, en théologie et en morale, sans compter celles des différents dicastères concernés par la question, notamment ceux responsables de la formation des séminaristes dans le monde, pour pouvoir la promulguer. (apic/imedia/ar/bb)

23.11.2005 – Apic

B- Les nouvelles de France

a-La loi de 1905.

Prudence des experts face à la révision de la loi de 1905

Sophie de Ravinel
[Le Figaro 22 novembre 2005]

DANS QUINZE JOURS, une séance exceptionnelle à l'Institut de France viendra clore le centenaire de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat. Auparavant, une ultime assemblée de spécialistes s'interrogera sur la laïcité comme «valeur commune de la République» (1).

En matière de laïcité, personne n'a souhaité souffler sur les cendres de l'histoire de peur de raviver quelques braises mal éteintes. Car pour la plupart des responsables politiques, à commencer par Dominique de Villepin, la loi est «un pilier» sur lequel repose l'Etat. Y toucher reviendrait, selon le premier ministre, à «ouvrir la boîte de Pandore».

«La nécessité de certaines relectures critiques»

Le seul à avoir écorné cet accord tacite s'appelle Nicolas Sarkozy. Ministre de l'Intérieur et, à ce titre, en charge des cultes, il a constitué une commission d'évaluation juridique du texte de 1905. Les quinze experts qu'il a nommés commenceront leurs travaux à la fin de cette semaine sous la direction de Jean-Pierre Machelon, juriste et historien, directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études. Leurs propositions sont attendues pour juin prochain.

Jean-Pierre Machelon ne voit pas sa mission comme «un bouleversement des grands équilibres à la base du droit des cultes». Il considère plutôt que la commission de réflexion vise à étudier les «aménagements que pourrait appeler dans ce domaine l'évolution de notre société». «La législation applicable aux religions constitue un ensemble très complexe qui n'a cessé d'évoluer au vingtième siècle, explique-t-il. Dans un pays où l'on révise la Constitution en moyenne une fois l'an, chacun peut comprendre la nécessité de certaines relectures critiques.»

«La situation de l'islam souvent évoquée»

Jean-Pierre Machelon, qui insiste sur son «indépendance politique», reconnaît que «la situation de l'islam est souvent évoquée, à bon droit» et que «la construction ou l'aménagement de lieux de culte, qui mobilise les responsables musulmans, mais aussi protestants, pose un réel problème». «Le vrai danger, dit-il, serait de refuser d'entendre les revendications ou les inquiétudes.»

De son côté, l'historien Yves Bruley, chargé de mission pour le centenaire à l'Académie des sciences morales et politiques, souligne que «les passions s'enflamment encore très vite sur ces questions de laïcité et de religions». «La commémoration, explique-t-il, a eu le mérite de rappeler combien les débats ont été âpres à l'époque. La République ne doit pas perdre cette mémoire.»

(1) «Laïcité, valeur commune de la République?», les 28, 29 et 30 novembre 2005 au Palais de l'Institut de France
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b- Plainte d’éditeurs catholiques contre le site internet « Dieu n’est pas à vendre.

 

Rappelons que l'avocat des éditions du Cerf est également celui, entre autre, de la Licra et ancien ami personnel de Mitterrand... 

 

PARIS, 23 novembre 2005 (AFP) - Plainte d'éditeurs catholiques contre un Catéchisme "pirate"

Les éditeurs français du Catéchisme de l'Eglise catholique abrégé ont annoncé mercredi qu'ils portaient plainte pour contrefaçon et pour diffamation, après la diffusion d'une édition pirate et d'attaques notamment sur internet.

"Ce que l'on détruit par une telle campagne, ce n'est pas une manne mais un instrument de travail, le seul qui permette d'avoir des instruments pour la foi", a déclaré le directeur des Editions du Cerf, le frère dominicain Nicolas-Jean Sed, lors d'une conférence de presse.

"Qui a intérêt à saccager un tel instrument de travail?", s'est interrogé le responsable, qui s'exprimait au nom des co-éditeurs du Catéchisme abrégé paru début septembre, à savoir Le Cerf, Fleurus-Mame et Bayard.

Deux plaintes ont été déposées, à Paris et Laval (Mayenne), pour contrefaçon après des saisies probatoires et une autre va l'être pour diffamation contre le site Internet "Dieu n'est pas à vendre" et la revue L'Homme nouveau, a précisé l'avocat des éditeurs, Me Christian Charrière-Bournazel.

La version officielle de l'abrégé, vendue 18 euros, a fait l'objet d'un contrat d'exclusivité pour l'édition, la publication et la commercialisation en France, conclu entre le Vatican, la Conférence des évêques de France et les éditeurs. Mais une édition réalisée par les Editions catholiques du Bénin est disponible sur le territoire français à 7 euros sur Internet et dans des librairies.

"Cela contrevient à la propriété intellectuelle", selon l'avocat, "et derrière, il y a une entreprise de dénigrement et de diffamation particulièrement perverse". Des pétitions circulent ainsi sur l'Internet accusant les éditeurs de vouloir "avoir le monopole de la parole de Dieu" qui "ne doit pas être réservée aux riches".

Selon des estimations, le catéchisme des Editions du Bénin aurait été imprimé à 30.000 exemplaires, apparemment sur le territoire français, mais une partie seulement aurait été expédiée vers le Cameroun et le Bénin.

L'édition "officielle" s'est vendue à ce jour à 80.000 exemplaires et les co-éditeurs ont lancé un deuxième tirage de 100.000 exemplaires en octobre en se fondant sur les ventes alors réalisées "mais les effets de la contrefaçon ont fait que les ventes se sont ralenties", a expliqué M. Sed.

 

c- Deux élus FN d'Alsace condamnés pour un tract anti-musulman

STRASBOURG, 21 nov 2005 (AFP) - par Karim Kettani

Deux élus alsaciens du Front National, Patrick Binder et Xavier Codderens ont été condamnés lundi à 5.000 euros d'amende chacun pour provocation à la discrimination et à la haine raciale ou religieuse par le tribunal correctionnel de Strasbourg.

Les deux hommes étaient poursuivis pour avoir diffusé en mars un tract jugé discriminatoire à l'égard des musulmans pour dénoncer une subvention du Conseil régional à la construction de la grande mosquée de Strasbourg.

Le document titré "Pas de cathédrale à la Mecque, pas de mosquée à Strasbourg" appelait à soutenir le "combat contre l'islamisation de l'Alsace". Il présentait le dessin d'une terre alsacienne rasée sur laquelle culmine un minaret vers lequel sont prosternées deux personnes.

Le 14 novembre à l'audience, le parquet avait requis une peine de 4 à 6 mois de prison avec sursis et 10.000 euros d'amende.

Les deux élus devront en outre payer la publication du jugement dans la presse locale et verser 1.000 euros solidairement à la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) qui s'était portée partie civile.

Les deux hommes ont fait appel dès l'annonce du jugement qui avait été mis en délibéré, selon leur avocat
.

 d- Une interview de Nicolas Sarkozy exclusive dans l’Express

 

Nicolas Sarkozy contre-attaque

par Denis Jeambar
Banlieues, sécurité, immigration... Au cœur de la crise où la révolte des cités a plongé le pays, le ministre de l'Intérieur

s'explique.

Cet entretien décapant avec Denis Jeambar en dit long sur sa vision de la France et sur sa manière de faire de la politique

L'Express. Comme vous n'avez pas la réputation d'être un homme irréfléchi, on n'imagine guère que vos propos et votre action, ces dernières semaines, face à la crise des banlieues, aient obéi à une sorte d'excitation fébrile ou de précipitation face à l'événement. On a même le sentiment que vous avez appliqué à la lettre la recette suivante: affirmer une fermeté absolue dans votre volonté d'affronter les émeutes pour démontrer que chacune de vos décisions est signe  de courage. Vous voulez apparaître, d'abord, comme le ministre qui a le courage physiqued'aller sur le terrain au contact de la réalité. Vous voulez être, ensuite, l'homme qui a le courage de nommer les  choses en utilisant les mots du monde réel: «Kärcher», «racaille», etc. Bref, contrairement à une idée reçue, je ne vois aucun dérapage dans votre action, mais plutôt un calcul permanent. Vous vous moquez des réactions désagréables que vous provoquez, car, même dans cette crise, vous avez délibérément choisi vos moyens en cherchant à jeter le trouble. L'essentiel est d'orchestrer le débat politique autour de vous et d'installer l'idée que vous êtes le seul acteur politique vraiment courageux. Autant dire qu'au milieu de ces événements difficiles vous êtes ministre, bien sûr, mais que vous vous employez également à sculpter votre personnage dans la perspective de la présidentielle.

 

Nicolas Sarkozy. Vous avez à la fois raison et tort. Vous avez raison parce que mon action procède, en effet, d'une analyse. J'ai beaucoup réfléchi et travaillé ces questions. Mais vous avez tort quand vous laissez supposer qu'il y a dans cette affaire une question d'ego. J'ai une grande expérience de la vie politique et je sais qu'agir en fonction de son seul ego conduit à l'échec. Je reviens aux faits et à mon analyse. 1 Français sur 2 qui ne vote pas. Trois tsunamis politiques graves en trois ans: la présidentielle de 2002, les élections de 2004 et le référendum de 2005. Une classe politique de moins en moins audible. Des discours, dont tant de nos concitoyens se disent: il n'y a rien à retenir et pas davantage à entendre. Tant de Français qui pensent que ceux qui prononcent ces discours ne croient pas un mot de ce qu'ils disent. C'est pour cela que j'ai parlé de la nécessité de la rupture dans notre façon de faire de la politique. Mon propos allait bien au-delà de la conjoncture ou de mon souci de ne pas m'inscrire simplement dans un bilan. J'ai la conviction que ce n'est pas la politique qui n'intéresse pas; c'est l'absence de débat politique qui consterne. C'est à partir de ce constat que j'ai décidé de parler des raisons de la crise et des problèmes de la France, de façon à être entendu et compris. Quel médecin pourrait se permettre de dire qu'il a trouvé le bon remède s'il n'a pas, d'abord, le courage d'établir le vrai diagnostic? La France ne trouve pas de solutions structurelles à la crise qui la traverse parce que ses élites n'ont pas le courage de dresser le véritable diagnostic sur cette crise. C'est pour cela que j'ai appelé à la rupture, mais je ne me suis pas contenté de cela. Le premier, j'ai dit que le modèle social français était à bout de souffle. Le premier, j'ai dit que l'intégration à la française était un échec. Parmi les premiers, j'ai dit que les banlieues étaient des poudrières, qu'il fallait faire une place aux musulmans de France, qu'il fallait engager le pays sur la voie de la discrimination positive à la française en faisant plus pour ceux qui ont moins. Vous dites que je m'intéresse bien peu aux réactions hostiles à mes propos: c'est vrai. Elles sont classiques et témoignent surtout de l'immobilisme d'une partie de la classe politique qui attaque toujours celui qui a le «tort» d'agir. On pourrait reprendre le texte de cette chanson de Béart: «Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté», et l'adapter ainsi: «Il a voulu tenter d'agir, il doit être arrêté.» Il est si commode de parler pour ne rien dire ou de commenter pour ne rien faire! Enfin, l'idée que je fais tout cela dans la seule perspective de la présidentielle est absurde. Mes convictions sont affirmées depuis des années. J'ai proposé, par exemple, le droit de vote des immigrés aux municipales dès 2001. En définitive,

 ce qui manque en France, c'est un vrai débat. Je veux redonner des couleurs et de la force à un débat d'idées aujourd'hui moribond.

De toute évidence, vous avez sciemment décidé, pour vous différencier, d'utiliser ce que vous appelez les «vrais mots». Votre mode de communication est très innovant, de ce point de vue: vous préférez parler de «racaille» plutôt que de «délinquants» ou de «viols» plutôt que de «tournantes». Vous pensez être mieux entendu et mieux compris ainsi. Vous êtes convaincu que vous renouez le fil avec les Français en parlant comme eux. Mais cette démarche calculée, voulue, que vous assumez pleinement, soulève plusieurs questions. Sur le rôle du politique, d'abord: on peut parler net sans parler cru, dire des choses claires en élevant le niveau, considérer qu'il y a une exemplarité aussi dans le langage de l'homme public. Il n'y avait rien de plus tranché et tranchant que les conférences de presse du général de Gaulle. Pour autant, le propos n'était jamais vulgaire. A quoi sert ce qu'il faut bien appeler votre démagogie sémantique et verbale? Elle plaît, peut-être, dans l'instant, mais, sur le fond, elle est dangereuse, car elle vous pousse à l'imprécision et à l'amalgame.

Le mot «racaille» est en effet utilisé quotidiennement dans les banlieues, mais c'est un terme collectif, qui englobe tout le monde et qui est désastreux face à des individus qui ont perdu tout sens de la responsabilité personnelle. Il n'est pas culpabilisant: il fait plaisir à ceux qui condamnent de l'extérieur ces auteurs de violences, mais il n'a aucun impact sur eux. Vous parlez à l'opinion, pas à ces individus.

Bref, si c'est bon pour votre popularité, ça n'a aucune efficacité, bien au contraire, dans les banlieues. Vos mots masquent votre impuissance pratique, qu'on pourrait résumer ainsi: malgré tout ce que vous avez dit et fait, malgré la mobilisation énorme des forces de police, on brûle des centaines de voitures et des bâtiments publics chaque nuit aux portes de Paris et de nombreuses villes. La vérité,c'est que des portions entières du territoire ne sont plus sous le contrôle de l'Etat depuis fort longtemps.

 

N. S. Qu'est-ce que vous me reprochez? D'appeler un voyou un voyou? De dire que je veux débarrasser les banlieues d'un trafic que l'on commente depuis des années sans s'y attaquer? C'est vrai, les banlieues, ça fait bien longtemps qu'on sait ce qui s'y passe et ça fait trente ans qu'on a décidé, consciemment ou inconsciemment, de les laisser dépérir dans leur coin en contournant le problème. On a essayé d'acheter le calme en retirant les services publics et encréant les conditions d'une politique sociale centrée sur l'assistanat. Tant d'habitants de nos quartiers se sont ainsi sentis abandonnés par la République!


Vous pouvez préciser cette accusation?

 

N. S. La police et la gendarmerie n'ont jamais eu les consignes pour aller en profondeur dans les banlieues. Je prends un exemple: entre 1997 et 2002, il y a eu 25 journées d'émeutes et guère d'interpellations! Je ne sais pas si la consigne avait été donnée, mais elle a été parfaitement exécutée: ne rien faire. Nous venons de connaître 18 jours d'émeutes et nous avons, à ce jour, procédé à près de 3 000 interpellations. Dans la polémique sur cette crise, j'ai très bien vu que certains observateurs demandaient que l'on retire les forces de l'ordre pour ramener le calme et expliquaient que les émeutes étaient liées à la présence de la police et à un ministre de l'Intérieur qui entendait faire régner l'ordre public dans ces zones de non-droit. La vérité, c'est que, depuis quarante ans, on a mis en place une stratégie erronée pour les banlieues. D'une certaine manière, plus on a consacré de moyens à la politique de la ville, moins on a obtenu de résultats. Dire cela, c'est regarder la situation telle qu'elle est. Le quantitatif n'est pas la solution. Le temps est venu de parler des vrais problèmes. J'ajoute un dernier mot: fallait-il que je touche là où ça fait mal pour que les mots que j'ai prononcés suscitent un tel débat! J'observe que les habitants des banlieues, eux, m'ont compris: c'est la réalité qu'ils vivent. Ce sont toujours les mêmes qui ont fait mine de ne pas comprendre. Enfin, je voudrais dire qu'il y a un mot qu'on ne prononce jamais quand on parle des banlieues: c'est le mot «peur». Un certain nombre de Français vivent avec la peur au ventre. Peur parce qu'ils sont des oubliés de la République! Ils ne vont plus voter parce qu'ils n'ont plus d'espérance et ne croient plus les gens d'en haut, qui parlent, discourent et ne font rien pour eux. Quant au souci de provoquer, un certain nombre d'observateurs et de responsables politiques sont si sensibles que, pour ne pas provoquer, il faudrait ne rien dire. C'est si triste qu'à leur place j'aurais choisi de faire un autre métier... Je ne me suis pas engagé dans la politique pour ne rien dire. Je l'ai fait pour défendre mes convictions, définir une ligne stratégique et la porter. Je continuerai ainsi.

Je pense que vous avez pour stratégie de profiter de chaque occasion qui se présente à vous pour incarner le volontarisme en politique et faire passer l'idée que, avec vous, il est possible de changer le cours des choses et que vous êtes le seul à oser. Mais, si vous nommez la réalité, si vous la décrivez, en revanche, on ne peut dire que vous ayez vraiment agi sur elle. Prenons des exemples de vos actions depuis 2002. En matière de sécurité, malgré votre habileté à dire le contraire en jouant avec les statistiques, vous savez bien que les violences et atteintes aux personnes n'ont cessé de progresser. En Corse, on peut reconnaître que vous avez détruit le système Pieri, ce qui n'est pas rien, mais, par ailleurs, il ne reste absolument rien de votre projet politique initial pour l'île. Pour ce qui est de la lutte contre la hausse des prix quand vous étiez ministre de l'Economie et des Finances, vos injonctions aux grandes surfaces ont fait «pschitt», comme dirait Jacques Chirac. Quatrième dossier, qui nous ramène aux banlieues: l'islam et la laïcité. Aujourd'hui, vous donnez le sentiment d'être l'arroseur arrosé, tant le bilan de votre Conseil français du culte musulman (CFCM) est dérisoire. Où voyez-vous que ce clergé officiel ait fabriqué de la cohésion sociale et qu'a-t-il fait dans cette crise, sinon sombrer dans l'impuissance?

 Enfin, vous avez défendu la discrimination positive et vous avez réclamé haut et fort des préfets musulmans. Or, qui s'est opposé à vous dans ce gouvernement, sinon Azouz Begag, un pur produit de cette discrimination positive? Vous avez allumé la mèche du communautarisme, et la grenade vous saute aujourd'hui à la figure.

 

 

N. S. Absurde! Comme si c'était moi qui étais responsable du communautarisme! Pouvez-vous me regarder et me dire en face que le communautarisme, c'est moi? Le communautarisme, il naît de la faiblesse de l'Etat républicain. Quand l'Etat ne remplit plus son rôle, les membres d'une communauté se retournent vers celle-ci pour être défendus, faute de l'être par l'Etat.


Je partage cette analyse.

 

 

N. S. Alors, comment pouvez-vous laisser entendre que je suis responsable du développement du communautarisme dans ce pays? Mais je reviens sur les questions concernant mon action. Vous dites: vous n'avez pas tout résolu. C'est bien pour cela que je continue. Qui peut raisonnablement penser que le ministre de l'Intérieur, dans un gouvernement dont il ne définit pas la ligne politique, pourrait tout résoudre? Vous évoquez la Corse, mais vous oubliez de dire que nous avons arrêté Colonna. Ma volonté politique a permis d'aboutir. Le système Pieri, vous passez un peu vite: dans certains journaux, on a fait de Pieri une sorte de Che Guevara du pauvre. Je l'ai, moi, appelé l' «Al Capone corse» et la justice l'a emprisonné pour dix ans. On respire mieux en Corse, aujourd'hui. La mouvance nationaliste n'a jamais été aussi faible en Corse depuis les événements d'Aléria, en 1975. 500 personnes seulement aux universités de Corte, cet été, on n'y avait jamais vu aussi peu de monde depuis leur création!


Votre projet initial, que vous avez soumis à référendum, a tout de même échoué!

 

 

N. S. Mon projet politique pour la Corse, c'était d'abord d'y faire reculer la peur, et elle a reculé. Je reconnais que je n'ai pas réussi à créer les conditions du développement dans l'île, mais je suis ministre de l'Intérieur et rien d'autre. Par ailleurs, comment voulez-vous qu'en trois ans j'efface trente années d'échecs? J'en viens aux prix dans les grandes surfaces. J'ai mis le doigt sur l'inflation provoquée par le passage à l'euro et, depuis que j'ai fait ça, les prix ont effectivement baissé dans les grandes surfaces. Les prix des 5 000 produits de marque les plus consommés ont baissé de plus de 4% quand j'étais ministre. Qui le dit? C'était un problème, je l'ai analysé et j'ai obtenu des résultats. Sur les violences, il y a 400 000 crimes et délits en moins

 

N. S. Je n'ai jamais dit ça.


C'était le cœur de votre livre sur la laïcité, l'année dernière. Nous en avons âprement débattu dans les colonnes de L'Express.

 

N. S. Je n'ai pas dit ça. J'ai dit que les religions étaient capables de redonner du sens à la vie et que la question spirituelle était plus importante que la question temporelle, notamment dans des quartiers qui sont devenus des déserts culturels et cultuels. Je n'ai jamais parlé du lien social. Je ne veux pas de l'ordre des mafias et je ne veux pas plus de l'ordre des barbus. Je veux l'ordre de la République. Maintenant, sur le bilan soi-disant dérisoire du CFCM, comment pouvez-vous dire cela, alors que 1 300 mosquées ont participé à la définition de l'islam de France, deuxième religion de notre pays, au cas où vous l'auriez oublié? Si ce bilan-là est dérisoire, que devrait-on dire des autres! Quant à la discrimination positive, je suis choqué qu'il n'y ait pas plus de préfets de minorités visibles, je suis choqué que, quand on est musulman ou originaire d'Afrique noire, on ne se reconnaisse pas dans les magistrats, dans les généraux, dans la haute fonction publique. La France est multiple; cette multitude est une richesse. Je ne veux pas d'une élite française unique.

 Quant à Azouz Begag, il a le droit de penser et de dire ce qu'il veut, je ne polémiquerai pas avec lui. Je dis simplement: je suis allé 46 fois dans les banlieues depuis que je suis ministre de l'Intérieur; pendant la crise, j'y suis allé toutes les nuits, et je vais continuer à y aller. Je parle d'une réalité que je connais et je m'adresse à des gens qui m'entendent. Tous les sondages le montrent: les habitants des cités ont compris que l'action que je mène est pour eux, pas pour ceux qui n'y vivent plus depuis longtemps ou qui n'y vont jamais. Moi, mon travail, c'est d'être compris de ceux qui y habitent, qui baissent la tête quand ils rentrent dans leur immeuble parce que des voyous leur rendent la vie impossible. Je suis du côté de ces gens-là. Je n'ai allumé aucune mèche. Quant à la grenade qui me saute à la figure, les Français sont moins sévères que vous, puisqu'ils me mettent en tête de ceux dont ils attendent des solutions. Je ne dis pas que j'ai toujours raison, mais au moins j'essaie, je cherche. J'ai la volonté de briser le carcan de la réflexion unique.

Je voudrais dire ceci à vos lecteurs: dans ma démarche, je veux qu'on me reconnaisse le droit à l'erreur, parce que l'erreur est moins grave que le fait de ne pas tenter, de ne pas bousculer. Vous n'avez pas fait une erreur, vous, quand vous avez décidé de sortir L'Express le lundi? En bref, je considère qu'il n'est pas de pire risque pour la France, aujourd'hui, que celui qui consisterait à ne pas en prendre. On ne réglera pas les problèmes de la France de 2005 avec les idées d'il y a trente ans. Elles ont déjà échoué il y a trente ans. Elles échoueront aujourd'hui et l'on ne peut pas demander à celui qui cherche à avancer de ne jamais se tromper, parce que la peur de l'échec, c'est l'immobilisme. Oui, j'ai connu un échec en Corse avec le référendum, oui, j'ai pu me tromper. Mais peu importe, car ce qui compte, c'est d'essayer d'avancer, de soulever des montagnes, de dire à la France: «Regarde-toi telle que tu es», de refuser l'immobilisme qui, lui, conduit toujours à l'échec et à l'impasse. Mon credo, c'est qu'il n'existe aucune fatalité.


Croyez-vous vraiment que le rôle de l'homme public soit d'imiter les gens en reprenant leurs mots? Il y a dans ce pays un énorme déficit de représentation, mais on ne demande pas pour le combler d'imiter les gens comme on imite le cri des bêtes! Vous êtes élu pour prendre en charge les problèmes et leur trouver des solutions, pas pour jouer les Laurent Gerra! D'ailleurs, ça ne trompe personne: regardez ce qui est arrivé à Laurent Fabius avec ses confidences sur son goût pour les carottes râpées et sur sapassion pour le Loft! La même chose vous guette avec votre nouveau parler-vrai: c'est de la politique réduite à la communication. N. S. D'abord, il n'y a aucune vulgarité dans mes propos et je n'imite personne. Peut-être y a-t-il surtout trop de mondanités dans le débat politique: on parle entre nous de sujets qui ne concernent personne avec des mots que personne ne comprend. La sémantique, ça compte. Les idées, les mots, les concepts servent à déverrouiller l'action. Je prends une image: la communication est à l'action ce que l'aviation est à l'infanterie; l'aviation doit passer pour que l'infanterie puisse sortir; c'est lorsqu'on a gagné la bataille de la communication qu'on peut commencer à agir. Il y a vingt-cinq ans, on agissait puis on communiquait; à présent, tout a changé, c'est parce qu'on a communiqué et qu'on s'est fait comprendre qu'on peut agir. Quand je dis «racaille», je ne parle pas des jeunes, contrairement à ce qu'on cherche à faire croire, ni des jeunes ni des habitants des banlieues, je ne fais aucun amalgame,je fais même le contraire. Je désigne avec un mot qui n'est pas assez fort ceux qui ont tué d'un coup de poing un homme âgé, qui ont battu à mort un autre en train de prendre des photos dans la rue, qui ont mis le feu aux cheveux d'une infirme. Quand je dis Kärcher, tout le monde comprend que je veux agir en profondeur pour débarrasser les quartiers des trafics et des trafiquants, pour la tranquillité de ceux qui y vivent. Alors, c'est vrai, j'ouvre des débats. Depuis quatre ans, c'est d'ailleurs moi qui les ai portés. Sans exception! Y a-t-il de la vulgarité dans tout cela? Etait-ce vulgaire de s'opposer à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne? Etait-ce vulgaire de demander de définir un acquis social? Etait-ce vulgaire de remettre en question les 35 heures? Etait-ce vulgaire de dire qu'il n'y avait pas une politique économique, mais plusieurs? Etait-ce vulgaire d'être le premier à parler du problème des banlieues? Je demande à être comparé au leader du premier parti d'opposition de France. Quelles sont les idées neuves qu'a lancées

François Hollande depuis quatre ans? J'ai fait de mon parti le premier lieu du débat politique en France. Alors, de grâce, ne me comparez pas à

Laurent Gerra!


Il a beaucoup de talent.

 

 

N. S. C'est vrai, vous auriez dû le préciser dans votre question! Plus sérieusement, j'ai profondément changé dans ma manière de faire de la politique et je ne cesse d'avoir plus d'appétit pour le débat d'idées. Je ne parle pas des carottes râpées, de la Star Ac et des autres comme Laurent Fabius.

Je suis au cœur du débat politique parce que j'essaie de porter des alternatives sur les grands problèmes de la France.


En 1994, dans son bréviaire électoral, La France pour tous, Jacques Chirac écrivait avec une extraordinaire lucidité: «L'urgence, c'est d'abord la situation dans les banlieues où les droits sont bafoués, à commencer par le droit à la sécurité. Il n'est pas acceptable qu'en France, à la fin du XXe siècle, de véritables “favelas” forment le terreau d'une économie de type mafieux. Voués à la marginalité parce qu'en situation d'échec scolaire, les jeunes sont l'objet des pires tentations. Une insécurité permanente dissuade toute

initiative économique; une immigration clandestine et incontrôlable contribue à y rendre la situation plus dramatique. Il faut

lancer immédiatement un plan national de reconquête de ces zones…» J'imagine, qu'en son temps au moins, même si vous défendiez alors la candidature d'Edouard Balladur, vous avez lu ce texte. Il est si remarquable que personne, aujourd'hui, ne peut dire, sauf à être d'une totale mauvaise foi: nous ne savions pas. Le diagnostic était impeccable et les remèdes proposés très précis: traitement économique pour offrir de l'emploi à tous, traitement social d'accompagnement, lutte contre l'échec scolaire. Où est l'erreur?

Vous-même, ne vous êtes-vous pas trompé en différant votre loi sur la prévention, annoncée pour mars 2003 et que vous ne

 présenterez qu'à la fin de ce mois de novembre 2005? Ce gouvernement ne s'est-il pas trompé en supprimant les emplois-jeunes et en croyant que la seule réhabilitation de l'habitat réglerait les difficultés? A quoi servent des logements neufs quand on n'a pas de revenus pour les entretenir et vivre? En supprimant la police de proximité, en donnant comme seule priorité à vos troupes la répression, en insistant sur la «culture du résultat», en ironisant sur les policiers transformés en «agents d'ambiance», vous-même, n'avez-vous pas obéi à cette loi simpliste de l'alternance qui veut qu'on fasse table rase de tout le travail de ceux qui vous ont précédé?

 

 

N. S. Je voudrais d'abord dire que ce n'est pas la première fois que je suis d'accord avec le diagnostic de Jacques Chirac. Depuis 2002, par ailleurs, nous avons beaucoup fait. Mais je voudrais, surtout, qu'on en finisse avec quarante années d'erreurs, droite et gauche confondues. J'en vois quatre importantes. Première erreur: on a cherché à aider des territoires plutôt qu'à aider des individus. Aider des territoires, ça veut dire aider tout le monde, celui qui veut s'en sortir, mais aussi celui qui ne fait rien pour cela. Ça permettait à la société de se dérober et d'ignorer qui il fallait aider, c'est-à-dire les personnes issues de l'immigration maghrébine et d'Afrique noire. On n'a pas eu le courage de dire cela et on s'est protégé avec l'aide au territoire.

Deuxième erreur: on a fait du social là où il fallait offrir du travail. On a aidé les colonies de vacances, on a créé des terrains de football, on a distribué des subventions là où il fallait donner une formation. Troisième erreur: on a refusé de regarder le problème des banlieues en face. On a nié l'existence de bombes à retardement à dix minutes du centre de la capitale de la France et de la plupart de ses villes. Quatrième erreur: on a laissé à penser qu'on pouvait confondre générosité et impunité. L'impunité, ce n'est pas de la générosité, c'est de la complicité. Voilà les quatre erreurs et les quatre changements de cap profonds que je souhaite réaliser.

Quelle faute y a-t-il derrière ces quatre erreurs?

 

 

 

 

N. S. Si on devait trouver une faute qui résumerait tout, c'est la lâcheté. Lâcheté, parce qu'on n'a pas voulu dire que l'immigration est un problème qui existe. Lâcheté, parce qu'au fil des ans on a laissé le problème s'enkyster. Lâcheté, parce qu'on a trouvé plus facile de faire du collectif plutôt que de l'individuel. Lâcheté, parce qu'il était plus simple de distribuer des crédits dans une France en croissance, plutôt que d'obliger des gens à se former et à travailler. Lâcheté, parce qu'on s'est retranché derrière un concept, le modèle d'intégration à la française, sans se demander s'il était encore efficace.Lâcheté, parce qu'on n'a pas voulu poser la question d'une immigration choisie plutôt que subie.


Michel Rocard, le premier, a dit: «La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde.»

 

 

N. S. Comme souvent dans sa vie politique, Michel Rocard a porté là une idée neuve. Mais il n'en a tiré aucune conclusion. Le seul qui ait apporté une réponse, même si je la combats, c'est Le Pen, en disant: «N'accueillons personne.» Moi, je propose une troisième voie, la vraie, celle de l'immigration choisie au travers de quotas d'immigration. J'ajoute que l'action policière que j'ai engagée dans les quartiers ne s'arrêtera pas avec la fin des violences urbaines. La police va rester et nous allons éradiquer les trafics. Des affaires vont sortir dans les prochaines semaines. La vraie police de proximité, c'est que, désormais, le tiers des forces mobiles, au lieu d'être consacrées au maintien de l'ordre, s'installent durablement dans les quartiers, pour la sécurité quotidienne. Mais ce ne sera pas une police de proximité pour dire bonjour à des commerçants qui, par ailleurs, ont déserté ces quartiers, ce sera pour interpeller, pour protéger et pour punir chaque fois que ce sera nécessaire. La police va arriver dans les quartiers à 17 heures et partir à 4 heures du matin, parce que ce sont les horaires des voyous qui trafiquent de la drogue ou volent des voitures! Ça, c'est de la vraie prévention et de la protection. Demandez aux habitants de la Cité des 4 000, à La Courneuve, pourquoi elle est restée calme ces derniers jours! Demandez-leur si la situation n'a pas changé! Parlez aux vrais habitants de cette cité, où je suis allé trois fois, et vous verrez s'ils trouvent qu'il y a trop de police! L'action que j'ai engagée s'inscrit dans le long terme.


Encore faudrait-il que vous restiez ministre de l'Intérieur longtemps!

 

 

N. S. Vous savez ce que disait Jacques Chaban-Delmas: «Rendez-vous lundi prochain, sauf la mort.» La volonté d'un homme politique, c'est de penser qu'il a le temps et il doit en tirer la conclusion qu'il doit commencer à travailler tout de suite.


Diriez-vous comme Philippe de Villiers qu'il y a des problèmes d'ethnicité dans nos banlieues?

 

 

N. S. Je ne reprendrai pas le langage de Philippe de Villiers, car, pour moi, il a des relents de discrimination raciste et je ne l'accepte pas. On n'est pas élinquant à cause de la couleur de sa peau.


Tous ces émeutiers sont d'abord français.

 

 

 

 

N. S. Ils sont tout à fait français juridiquement. Mais disons les choses comme elles sont: la polygamie et l'a-culturation d'un certain nombre de familles font qu'il est plus difficile d'intégrer un jeune Français originaire d'Afrique noire qu'un jeune Français d'une autre origine. Dire cela, c'est décrire une réalité qui explique que je veux faire plus pour eux. Il sont victimes d'une discrimination et je conteste cette idée que, sur la ligne de départ de la vie, on part tous du même point. Il y en a qui partent de plus loin, parce qu'ils ont un handicap, celui de la couleur, de la culture, du quartier. Il faut donc les aider. C'est le concept de discrimination positive à la française.


«Discrimination positive à la française», n'est-ce pas encore une formule creuse comme «modèle social français»?

 

 

N. S. Mais non! La discrimination positive à la française, c'est arrêter de considérer qu'on résout le problème des injustices en parlant et en ne faisant rien. C'est arrêter de penser qu'on arrive à l'égalité par le nivellement: celui qui travaille plus que les autres doit gagner plus que les autres. Ça veut dire que le département de la Creuse doit être plus aidé que les Hauts-de-Seine. Ça veut dire que ce qu'a fait Sciences po, ou l'Essec, avec les ZEP est remarquable. Ça veut dire que certains enfants doivent être pris par la main pour trouver un chemin. Ça veut dire que nous allons créer des écoles spécifiques pour que des jeunes des quartiers puissent passer avec de vraies chances de succès les concours de la fonction publique.


Avec des quotas?

 

 

N. S. Non. Discrimination positive à la française, ça ne veut pas dire quotas ethniques ou culturels. Ça veut dire créer une égalité des chances qui soit réelle.


A partir des observations que vous avez faites au cours de ces nuits de violence, quelle est l'ampleur réelle du problème?

 

 

N. S. L'affaire est grave. Nous n'avons pas quelques dizaines ou quelques centaines de délinquants. Il s'agit de milliers et le nombre de personnes interpellées en donne la mesure. Un certain nombre de territoires sont passés sous le contrôle de bandes parfaitement organisées. Elles règnent en maîtresses absolues. On voit leur organisation à partir de la façon dont elles utilisent les mineurs. Quand on découvre un laboratoire de fabrication de cocktails Molotov à Evry [Essonne], on y trouve sept mineurs de 13 à 17 ans, utilisés par des caïds. Les bailleurs sociaux sont rackettés. On a constaté que n'ont des appartements que ceux que ces bandes acceptent. Une épreuve de force s'est donc déroulée sous les yeux de la France: un certain nombre de gens se sont dit «si on fait reculer les forces républicaines, on aura définitivement la paix». Un calme précaire s'était installé sur la démission de l'ordre public. Ils ont voulu s'enraciner définitivement. Le mal est profond, c'est pour cela que j'ai dit qu'il fallait l'éradiquer en profondeur, j'allais dire passer le Kärcher, mais je ne voudrais pas vous choquer! Par ailleurs, il faut réfléchir à la question des mineurs, qui n'ont plus rien à voir avec ceux d'il y a quarante ans. Il y a des mineurs qui, à 14 ou 15 ans, ont déjà violé, braqué, brûlé et qui sont forts comme des hommes. Il nous faut trouver une nouvelle réponse pénale. Il nous faut repenser la question des familles qui ne respectent pas leurs devoirs: elles doivent pouvoir être sanctionnées par la suspension ou la mise sous tutelle des allocations familiales. Il faut aussi systématiser la présence d'internats dans les quartiers. En région parisienne, 1 famille sur 2 est monoparentale. Que faire des «orphelins de 16 heures» à la sortie des écoles? L'internat est la réponse pour que les enfants ne soient pas livrés à la loi de la rue. Il faut multiplier les moyens de détecter les comportements violents dès le plus jeune âge. Je présenterai pour cela, à la fin de ce mois, un plan de prévention de la délinquance. Je ne crois pas à une réponse de masse, mais à des réponses individualisées adaptées aux problèmes de chacun.


Iriez-vous jusqu'à proposer, comme en Grande-Bretagne, une interdiction pour les mineurs de moins de 12 ans de circuler seuls dans les rues au-delà de 22 heures?

 

 

N. S. Non, car je ne crois pas aux mesures générales. En revanche, il nous faut lutter contre l'absentéisme scolaire. Là encore, si une famille n'exerce

pas ses devoirs, la question de ses droits aux allocations doit être posée.


Autre sujet de débat, la polygamie.

N. S. Il n'y a pas à lutter contre, elle est interdite. Je demande donc qu'on repense les conditions de mise en œuvre du regroupement familial. Il a été

détourné de son objectif. On ne peut plus accepter de regroupement familial sans vérification. C'était une mesure pour favoriser l'intégration. C'est

devenu une nouvelle filière d'immigration. Celui qui demande le regroupement doit avoir les moyens matériels d'accueillir sa famille et de la faire vivre.


Comme vous n'improvisez rien, il y a, de toute évidence, autre chose derrière votre choix de parler avec les mots des gens.

Ce mimétisme reflète le fond de votre stratégie: vous faites de la politique par lotissement, vous construisez des discours pour

des clientèles que vous travaillez avec application pour vous les rallier le moment venu, c'est-à-dire le jour de l'élection présidentielle,

dont vous m'avez dit, lors d'une rencontre, que vous y pensiez tout le temps. Vous faites du blairisme, mais votre modèle Blair agit,

lui, dans un contexte culturel très différent, puisque le communautarisme structure la société britannique: il peut segmenter son

discours sans courir le risque de déstructurer le pays et d'être lui-même incohérent. La France est bien différente: la République,

dont vous parlez tant depuis le début de notre entretien, cultive ce qui rassemble, pas ce qui différencie. C'est ainsi. Du coup, tout ce

qui, depuis des années, depuis la création du mouvement Touche pas à mon pote!, fait l'éloge de la différence déstabilise notre

modèle et le fragilise. Au passage, ce communautarisme est très ambigu: on prétend respecter la culture de l'autre mais, au fond,

on le rejette en l'enfermant dans sa communauté et en refusant de faire l'effort de l'intégrer. On a la preuve, avec ces révoltes, que

ça ne marche pas.

 

 

N. S. Pour moi, la France, ce n'est pas une addition de communautés. Mais, à force de décrire une France qui n'existe pas, c'est-à-dire des Français tous

égaux, on passe à côté de la résolution des problèmes. La France n'est pas une succession de parts de marché, mais il y a des Français qui ont des

problèmes différents des autres. Et s'occuper des problèmes de tous les Français, ce n'est pas un reproche qu'on peut faire à un responsable politique.

 Il y a des problèmes spécifiques. Quand vous parlez de communautarisme, vous traduisez une peur. La République, vous la voyez beaucoup plus

faible que moi. S'occuper des banlieues ou des musulmans, ce n'est pas faire du communautarisme. Mon action est profondément républicaine, car

je veux rétablir l'ordre républicain. Elle est le contraire du communautarisme. Après toutes les interpellations que nous avons faites, la France ne sera,

d'ailleurs, plus la même, car le sentiment d'impunité, pour la première fois depuis très longtemps, va reculer. Vous devriez dire: enfin un ministre de l'Intérieur républicain! Le droit de vote des étrangers, par exemple, c'est un facteur d'intégration.


Mais ce n'est pas le sujet du moment, puisque ces émeutiers sont quasi tous Français et ont donc le droit de vote!

 

 

N. S. C'est vrai, mais cette question du droit de vote je l'ai soulevée dès 2001 dans mon livre Libre. En rappelant cette proposition, j'ai simplement voulu

dire que je ne faisais pas d'amalgame. Par ailleurs, 15 pays sur 25 dans l'Union ont déjà donné le droit de vote aux étrangers. Au fond de moi, je pense

qu'on n'a pas été assez ferme sur le respect des devoirs et pas assez généreux sur l'expression des droits. Profondément, je crois que les civilisations

sont plus mortelles par les risques de consanguinité que par l'ouverture. On disparaît quand on se referme sur soi- même. La France n'est que l'histoire

d'une diversité qui nécessite, d'ailleurs, un Etat fort. C'est la force de cet Etat que je rétablis dans les banlieues et jamais l'expression Compagnie

 républicaine de sécurité n'a été aussi vraie.


Il y a, aujourd'hui, des analyses différentes des événements. Les uns, à l'image par exemple de l'historien René Rémond, pensent que

nous sommes face à une dégradation de la sociabilité collective et que ces jeunes révoltés, qui sont pour la plupart français, puisque

nés sur ce territoire, refusent désormais de s'intégrer. Les autres, comme le démographe Emmanuel Todd, qui ont une vision beaucoup

plus optimiste, considèrent que ces violences traduisent une désintégration de la famille maghrébine et africaine et expriment un

refus de marginalisation. Quelles sont votre propre interprétation et les conclusions que vous en tirez pour votre action?

 

 

N. S. Je crois qu'il n'y a pas d'autre choix que l'optimisme. Si nous ne les intégrons pas, nous nous désintégrerons. Mais, pour y parvenir, la République

doit cesser d'être complaisante pour être ferme. J'ai bien conscience que la fermeté peut générer une violence. C'est la raison pour laquelle la fermeté

doit être juste. La société française, et c'est peut-être là sa vraie exception, est très sensible à la question des injustices. Fermeté et justice, c'est le

chemin de la rupture que je défends. Il faut que la rupture incarne une sécurité et pas une inquiétude. Il n'y a pas deux France, une France de l'ordre

et une France de la générosité: quand on expulse un clandestin, il y a à la fois de l'exaspération devant ce phénomène de l'immigration clandestine

et de la gêne devant la misère de ces gens. J'ai mis longtemps à comprendre cela. Mais je crois que la politique a pour but de répondre précisément

à ces aspirations contradictoires. Pour y parvenir, il faut dire ce qu'on va faire, évaluer ce que l'on fait, rendre compte des résultats et s'engager sur

eux. Le drame de la politique française, c'est de refuser de choisir et d'assumer. Moi, ça ne me gêne pas de dire que je suis de droite, mais je ne

serai pas celui qui contribuera à la caricaturer. Je veux qu'elle s'adapte aux évolutions de la société et qu'elle accepte la diversité et le débat comme

facteurs de richesse. Plus de vaches sacrées, plus de tabous. C'est la clef de la réponse au tsunami de 2002.


Je voudrais finir par une question plus personnelle: vous avez joué la «peopolisation» à fond jusqu'à mettre en scène votre fils mineur

Louis. Vous dénoncez maintenant le voyeurisme des médias et entendez vous protéger. Votre erreur fondamentale n'est-elle pas

d'aller toujours trop loin parce que vous pensez avoir toujours raison?

 

 

N. S. Je doute, je réfléchis, je travaille et quand j'ai une conviction j'essaie alors de la faire partager de toutes mes forces. Pour le reste, j'ai eu à

subir ce qu'aucun autre homme politique n'a eu à subir ces dernières années. Je n'ai pas cédé à la peopolisation, comme vous dites. Cécilia et moi,

nous avons été vrais d'un bout à l'autre. Nous n'avons jamais joué la comédie. Quant à la phrase de mon fils «bonne chance, mon papa!», c'était un

clin d'œil adorable. Je suis prêt à reconnaître ma part d'erreur. Je ne joue la comédie ni sur mes idées, ni sur mon engagement, ni sur ma vie. Ma vie

telle qu'elle était décrite dans les médias, c'était ma vraie vie. Peut-être ai-je commis l'erreur de donner trop. Mais je ne suis pas avare. La vie m'a

beaucoup donné, et j'entends lui donner beaucoup. La politique, c'est une grande affaire de passion, et les passions, ça ne se vit pas avec calcul,

avec mesquinerie. Les passions, c'est grand, et un destin, ça se construit. Ces six derniers mois ont sans doute été les plus durs que j'aie jamais eu à vivre, mais j'en sors renforcé Voici ce qu'on appelle un discours de visionnaire ! Nicolas Sarkozie aurait, lui aussi , comme Monsieur Chirac,  tout intérêt à lire le bienheureux Charles de Foucauld, sa lettre à René Bazin. Elle est de nature à  corriger ses illusions. Mais un « politique » qui vit dans l’illusion est très dangereux !

Lettre du Père de Foucauld adressée à René Bazin, de l'Académie française, président de la Corporation des publicistes chrétiens, parue dans le Bulletin du Bureau catholique de presse, n° 5, octobre 1917
  

« Ma pensée est que si, petit à petit, doucement, les musulmans de notre empire colonial du nord de l'Afrique ne se convertissent pas, il se produira un mouvement nationaliste analogue à celui de la Turquie : une élite intellectuelle se formera dans les grandes villes, instruite à la française, sans avoir l'esprit ni le coeur français, élite qui aura perdu toute foi islamique, mais qui en gardera l'étiquette pour pouvoir par elle influencer les masses ; d'autre part, la masse des nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de nous, fermement mahométane, portée à la haine et au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts, par les contacts qu'elle a avec les Français (représentants de l'autorité, colons, commerçants), contacts qui trop souvent ne sont pas propres à nous faire aimer d'elle. Le sentiment national ou barbaresque s'exaltera dans l'élite instruite : quand elle en trouvera l'occasion, par exemple lors de difficultés de la France au dedans ou au dehors, elle se servira de l'islam comme d'un levier pour soulever la masse ignorante, et cherchera à créer un empire africain musulman indépendant.
L'empire Nord-Ouest-Africain de la France, Algérie, Maroc, Tunisie, Afrique occidentale française, etc., a 30 millions d'habitants ; il en aura, grâce à la paix, le double dans cinquante ans. Il sera alors en plein progrès matériel, riche, sillonné de chemins de fer, peuplé d'habitants rompus au maniement de nos armes, dont l'élite aura reçu l'instruction dans nos écoles. Si nous n'avons pas su faire des Français de ces peuples, ils nous chasseront. Le seul moyen qu'ils deviennent Français est qu'ils deviennent chrétiens.
Il ne s'agit pas de les convertir en un jour ni par force mais tendrement, discrètement, par persuasion, bon exemple, bonne éducation, instruction, grâce à une prise de contact étroite et affectueuse, Oeuvre surtout de laïcs français qui peuvent être bien plus nombreux que les prêtres et prendre un contact plus intime.
Des musulmans peuvent-ils être vraiment français ? Exceptionnellement, oui. D'une manière générale, non.

Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s'y opposent ; avec certains il y a des accommodements ; avec l'un, celui du medhi, il n'y en a pas : tout musulman, (je ne parle pas des libres-penseurs qui ont perdu la foi), croit qu'à l'approche du jugement dernier le medhi surviendra, déclarera la guerre sainte, et établira l'islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non musulmans. Dans cette foi, le musulman regarde l'islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui musulman ou ses descendants ; s'il est soumis à une nation non musulmane, c'est une épreuve passagère ; sa foi l'assure qu'il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l' engage à subir avec calme son épreuve; " l'oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes ; s'il se tient tranquille, il se trouve intact le jour de la libération ", disent-ils ; ils peuvent préférer telle nation à une autre, aimer mieux être soumis aux Français qu'aux Allemands, parce qu'ils savent les premiers plus doux ; ils peuvent être attachés à tel ou tel Français, comme on est attaché à un ami étranger; ils peuvent se battre avec un grand courage pour la France, par sentiment d'honneur, caractère guerrier, esprit de corps, fidélité à la parole, comme les militaires de fortune des XVIe et XVIIe siècles mais, d'une façon générale, sauf exception, tant qu'ils seront musulmans, ils ne seront pas Français, ils attendront plus ou moins patiemment le jour du medhi, en lequel ils soumettront la France.
De
là vient que nos Algériens musulmans sont si peu empressés à demander la nationalité française : comment demander à faire partie d'un peuple étranger qu'on sait devoir être infailliblement vaincu et subjugué par le peuple auquel on appartient soi-même ? Ce changement de nationalité implique vraiment une sorte d'apostasie, un renoncement à la foi du medhi...
  
Charles de FOUCAULD

 

 C- Les Nouvelles des Etats-Unis

 L'ayatollah Mohammad-Taghi veut envoyer 5.000 prédicateurs aux USA

 

Un important religieux conservateur iranien, l'ayatollah Mohammad-Taghi Mesbah-Yazdi, a affirmé qu'il fallait envoyer 5.000 prédicateurs aux Etats-Unis pour prêcher l'islam, a rapporté lundi l'agence estudiantine Isna.
"Il faut former et envoyer 5.000 prédicateurs aux Etats-Unis pour prêcher la bonne parole aux Iraniens vivants dans ce pays", a déclaré M. Mesbah Yazdi, considéré comme le théoricien des ultraconservateurs.

Le dignitaire religieux est également l'un des principaux soutiens du président Mahmoud Ahmadinejad, élu à la suprise générale en juin dernier.

"Dans l'immédiat, pour former 500 de ces prédicateurs nous avons besoin d'un important budget", a déclaré M. Mesbah Yazdi, qui dirige le Centre Imam Khomeiny, une école de formation de théologiens, située dans la ville sainte de Qom (150 km au sud de Téhéran).

Il existe actuellement plus d'un million d'Iraniens aux Etats-Unis, dont la plupart ont quitté l'Iran au moment de la révolution islamique de 1979.
Source : AFP

 

D- Au sujet de l’ « affaire de Bordeaux »…

Le cardinal Castrillon Hoyos vient de déclarer, on le sait,  dans sa  dernière  interview à « 30 jours » (XXIIIe année N. 9 - 2005) que la FSSPX, même si elle s’était éloignée de l’Eglise romaine, en 1988 avec l’affaire de sacres n’était pas schismatique.

 

Rappelons les phrases du cardinal :

 

Éminence, quelle est la valeur de l'audience accordée par le pape au supérieur général de la Fraternité Saint Pie X?

Castrillón Hoyos : L'audience fait partie d'un processus qui a commencé par une intervention très importante de celui qui était alors le cardinal Ratzinger, qui a signé avec Monseigneur Lefebvre un protocole d'entente avant que ce dernier ne décide de procéder aux consécrations épiscopales de 1988.

Monseigneur Lefebvre n'est pas revenu en arrière…

Castrillón Hoyos : Malheureusement, Mgr Lefebvre a maintenu sa décision de consacrer des évêques et cela a donc créé cette situation de détachement, même s'il ne s'agit pas formellement d'un schisme.

 

On se souvient que les dominicains de Bordeaux avait mis en garde les fidèles bordelais contre la présence des abbés Philippe Laguerie et Christophe Hery à l’église saint Eloi sous le seul argument que la FSSPX était schismatique. Il est bon de revoir l’argumentation de « nos » dominicains. Ils ont l’air malin aujourd’hui…Leur « papier » date de l’an 2002, octobre 2002…Ils auraient du attendre un peu avant de l’écrire…S’ils étaient honnêtes…ils devraient réparer leur injustice…Car voyez-vous, leur « papier » a fait malgré tout auprès des bonnes gens grand tort…

Mise au point sur la Fraternité Saint Pie X  présente à l'église Saint-Éloi à Bordeaux

Nombre de fidèles nous posent des questions concernant les prêtres de la Fraternité Saint Pie X (clergé issu de monseigneur Marcel Lefebvre), à l'occasion de leur installation à l'église Saint-Éloi. Voici une mise au point des problèmes qui se posent.

1) La Fraternité Saint Pie X est-elle schismatique ?

Le mouvement lefebvriste, dirigé par la Fraternité, est schismatique depuis le sacre des évêques en 1988, accompli sans l'aval du Pape. Un tel acte de désobéissance est une rupture objective, explicite et délibérée avec le Saint-Siège et l'Église Catholique Romaine. Cette rupture de communion de charité s'appelle un schisme (alors qu'une rupture dans la vérité de foi s'appelle une hérésie, ce qui n'est pas le cas ici). De ce fait, les évêques et les prêtres de la Fraternité sont hors de la communion de l'Église Catholique, ce pourquoi, ils sont dits excommuniés.

2) Mais le Pape n'a jamais proclamé l'excommunication à leur endroit !

Il n'en a pas besoin, même s'il en a pris acte. Un évêque qui ordonne des évêques sans la permission du Saint-Siège se place lui-même hors de la communion. Lui-même et ceux qui reçoivent ordination de ses mains s'excommunient par le fait même, ipso facto, ainsi que les prêtres qui se placent sous leur juridiction. Le refus d'obéir à l'évêque diocésain et de dépendre de lui pour toute mission pastorale est le signe manifeste de la rupture.

3) Les prêtres de la Fraternité disent pourtant qu'ils sont toujours dans l'Église Catholique, et même qu'ils prient pour le Pape !

Ce n'est pas le problème. Le fait de prier pour le Pape n'est pas de soi un signe d'appartenance à l'Église. Surtout, le discours ambigu qui consiste à prétendre qu'il n'y a pas schisme sous prétexte qu'ils ne se considèrent pas en-dehors de l'Église (et même qu'ils sont quasiment les seuls à y être restés) ne saurait faire illusion. Autre est le sentiment subjectif d'une appartenance, autre est la réalité objective. Lorsqu'on adhère à un acte grave et schismatique, et que l'on milite pour cette cause à tout moment, on se situe objectivement hors de l'Église.

4) Comment un mouvement qui revendique sa fidélité à la Tradition de l'Église pourrait-il se trouver en dehors d'elle ?

L'intégrisme français se place nettement en réaction contre le modernisme, mouvement de pensée qui consiste à réduire la vérité à la sincérité, l'objectif au subjectif, la foi au sentiment, les dogmes à l'assentiment de la seule raison, l'obéissance à l'Église à une critique purement humaine. Mais, en réalité, il tombe lui-même dans les erreurs qu'il pourfend. Le mouvement lefebvriste se fait maître et arbitre des décisions de l'Église en son Magistère traditionnel et actuel. Il en appelle à " une Église de toujours " contre " l'Église conciliaire " selon une distinction irréelle et illégitime, qui lui permet de désobéir sans en avoir l'air. En quoi cette dissidence n'est pas aussi préservée qu'elle le pense du subjectivisme qu'elle dénonce, par exemple, chez les Protestants. Elle est en train de suivre le même chemin que Luther. Ce n'est pas le moindre de ses paradoxes.

5) Un fidèle peut-il assister à une messe de la Fraternité (par exemple à Saint-Éloi) et y communier ?

Un fidèle ne peut pas plus assister à une Messe et y communier qu'il ne le ferait pour une Messe dans une église orthodoxe (laquelle demande permission expresse des évêques respectifs). La présence réelle du Christ s'y trouve évidemment, les prêtres étant de vrais prêtres. Mais la communion ecclésiale ne s'y trouve pas, c'est pourquoi il ne faut ni communier ni même y aller. Cela, eu égard à la réalité d'une rupture, eu égard aussi à la nécessité de se refuser au jeu de la confusion, volontiers entretenue par la Fraternité. Toute présence est un acte public : elle est, de fait, assimilée à une communion et à une approbation. Les fidèles devront se poser les mêmes exigences s'ils doivent se confesser, baptiser leurs enfants, s'ils sont conviés à un mariage célébré par un prêtre de la Fraternité, à plus forte raison s'ils sont invités à y être témoins, etc. En nos temps de syncrétisme, il faut oser le courage, la clarté, et la volonté de faire la vérité pour reconstruire la charité. Ce qui vaut pour la situation dont nous parlons vaut également pour d'autres types de situations.

6) Faut-il alors s'interdire tout contact avec le clergé ou les fidèles relevant de la Fraternité Saint Pie X ?

Non, mais il s'agit d'éviter toute confusion liturgique et, surtout, toute confusion quant à l'appartenance actuelle de la Fraternité à l'Église Catholique Romaine. Cela n'exclut pas, mais appelle, prière, charité et accueil des personnes. Il ne faut pas oublier, en outre, les propos extrêmement violents que la Fraternité se permet régulièrement à l'égard de Rome. Le Saint-Père, avec miséricorde et bonté, a engagé des pourparlers avec les responsables de la Fraternité, lesquels ne se hâtent pas de manifester leur désir de rentrer dans la communion de l'Église, bien au contraire. Une stratégie de conciliation apparente à la base ne saurait justifier une fin de non-recevoir au sommet. Il n'est pas exclu que les fidèles soient victimes d'un double langage, plus ou moins conscient, sur la réalité du schisme ou son absence.

7) Mais pourquoi la préférence pour la Messe en latin serait-elle schismatique ?

La Messe en latin n'est en rien schismatique ! D'abord, la Messe actuelle est de rite latin. La messe dite de Paul VI est la version révisée du Rite romain, " foi inchangée, tradition ininterrompue ", dit l'introduction au Missel. Ensuite, permission a été donnée par Jean-Paul II de faire usage de la Messe dite de Saint Pie V (édition de 1962) aux fidèles le désirant, dans le motu proprio Ecclesia Dei (1988), dont le Pape demande aux pasteurs une application " large et généreuse ". Point n'est besoin d'être schismatique pour assister à une Messe latine dite de Saint Pie V. D'ailleurs, il apparaît de plus en plus nettement que le schisme dont nous parlons a eu lieu pour d'autres raisons que celle à laquelle pense tout le monde, la Messe en latin. Comme le dit le Pape, le schisme est issu d'une conception faussée de ce qu'est la véritable Tradition de l'Église. Il court le risque, en outre, de marquer une primauté du politique sur le spirituel.

8) Y a-t-il un risque de dérive sectaire ?

Le schisme lefebvriste procède d'un acte formel et grave de désobéissance à l'Église. Il préfère sa vision des choses à celle qu'enseigne l'Église en son Magistère authentique. Cette préférence est la marque d'un durcissement des esprits et des cœurs. Elle est source de dégénérescence de ce que ce mouvement comporte de bon. Encore une fois, il appartient ainsi à l'esprit moderne qu'il déteste tant. La vertu de ses prêtres et la piété à laquelle ceux-ci appellent les fidèles ne sont pas en cause. On invoque souvent leur souci de doctrine. Dans la confusion actuelle, ils n'ont pas de mal à paraître éclairés et exigeants. Mais cette solidité doctrinale est beaucoup plus passionnelle que théologique. Elle met nombre de choses sur le même plan, qu'il faudrait distinguer et nuancer, et commet bien des inexactitudes sur des sujets graves, à commencer par ce qu'enseigne le Concile Vatican II. Il n'est pas possible, pour les fidèles, de suivre les prêtres de la fraternité Saint Pie X. Ils le pourront le jour où la réconciliation sera effective. Il faut prier pour cela, d'autant que le mouvement lefebvriste est menacé, au contraire, d'une dérive sectaire. Cette dérive n'est pas d'abord doctrinale, mais psychologique (autojustification constante, violence verbale, diabolisation du monde extérieur, surenchère affective, mystique du petit reste (seul à être sauvé), noircissement constant et souvent inexact de l'Église : il n'est qu'à lire la critique qu'il fait du Catéchisme de l'Église catholique, suspecté de bien des déviances !

Que penser, que faire ?

On ne peut être catholique qu'en étant humblement obéissant à l'autorité légitime de l'Église, à son enseignement et aux directives proposées par ses évêques et pasteurs en parfaite communion avec le Saint-Père. Il est vrai qu'une large part de la dissidence lefebvriste trouve son origine dans les troubles doctrinaux et liturgiques qui ont suivi le Concile Vatican II en France. C'est pourquoi chacun, prêtre ou laïc, est ramené à l'exigence d'une semblable obéissance, d'une transmission complète et courageuse de la foi, et d'une liturgie digne, fidèle au Missel et contemplative. On ne saurait dénoncer un mal qu'en supprimant la source d'où il affirme provenir. Mais on ne saurait réformer l'Église en se plaçant hors d'elle.

La communauté des Dominicains de Bordeaux, octobre 2002.