Les Nouvelles
de
Chrétienté


n° 66

Le 13 octobre 2006

 

 

 

A- Quel statut pour Jérusalem ?

 

 

Déclaration des patriarches et chefs des Eglises chrétiennes de Jérusalem sur le statut de la ville

Le dimanche 8 octobre, Zénit publiait le texte  rédigé par les patriarches et chefs des Eglises chrétiennes locales à Jérusalem, sur le statut de la ville de Jérusalem, en date du 29 septembre 2006.

LE STATUT DE JERUSALEM



Une fois encore, nous avons connu une nouvelle période de violence mortelle dans la guerre au Sud Liban. Et, jusqu’aujourd’hui, nous ne cessons d’être affrontés à la mort et à la démolition à Gaza, et à plus d’insécurité dans la société israélienne. C’est pourquoi nous disons qu’il est grand temps de commencer un effort sérieux, par toutes les parties, pour une paix totale, juste et définitive. De plus, nous croyons que la paix doit commencer dans la cité sainte de Jérusalem.

C’est pourquoi nous présentons la déclaration suivante espérant qu’elle apportera une modeste contribution à la naissance de la paix dans notre terre.

En 1994, nous, Patriarches et Chefs des Eglises chrétiennes locales à Jérusalem, nous avons publié un mémorandum sur la « Signification de Jérusalem pour les Chrétiens» qui insistait sur le caractère chrétien de Jérusalem et sur l’importance de la présence chrétienne en elle. Le mémorandum parlait aussi du statut politique spécial qui doit s’accorder avec sa nature de ville sainte. Depuis ce temps-là, nous avons vu une tendance croissante chez les autorités politiques à décider du sort de la ville et à définir son statut de façon unilatérale. L’accès de nos fidèles à Jérusalem, de même que celui du personnel religieux, reste toujours difficile. Avec la construction du mur, une grande partie de nos fidèles de Jérusalem se trouve exclue de la ville sainte, et, selon les plans publiés par la presse locale, un nombre plus grand encore en sera exclu dans l’avenir. Entourée de murs, Jérusalem n’est plus le centre et le cœur de la vie comme elle devrait l’être.

Nous voyons qu’il est de notre devoir d’attirer l’attention des Autorités locales, comme de la communauté internationale et des Eglises du monde, sur cette situation très grave et d’appeler à un effort concerté afin de chercher à trouver une vision commune pour le statut de la ville sainte, basée sur les résolutions internationales et prenant en considération les droits des deux peuples et des trois religions en elle.

Dans cette cité, dans laquelle Dieu voulut parler à l’humanité et réconcilier les peuples avec lui-même et entre eux, nous élevons notre voix pour dire que les chemins suivis jusqu’à maintenant n’ont pas porté la paix à la ville et n’ont pas ramené la vie normale à ses habitants. C’est pourquoi, ils doivent être changés. Les chefs politiques doivent arriver à une nouvelle vision et trouver de nouveaux moyens d’action.

Dans le plan même de Dieu, trois religions et deux peuples furent amenés à vivre ensemble dans cette ville. Nous estimons qu’ils doivent continuer à vivre ensemble dans l’harmonie, le respect, la coopération et l’acceptation mutuelle.

1. Jérusalem, ville sainte et ville de la vie quotidienne pour deux peuples et trois religions.

Jérusalem, patrimoine de l’humanité et ville sainte, est aussi la ville de la vie quotidienne pour ses habitants, Palestiniens et Israéliens, Juifs, Chrétiens et Musulmans, et pour tous ceux qui sont liés à eux par des liens de parenté et pour qui elle est le lieu de la prière, de l’école, de l’hôpital ou du gagne-pain de chaque jour. Non seulement les souvenirs historiques et les lieux saints de pèlerinage, mais aussi les communautés vivantes des croyants, juifs, chrétiens et musulmans, rendent la ville de Jérusalem chère et unique pour chacune des trois grandes religions monothéistes. Lieux saints et communautés humaines vivantes sont inséparables.

De plus, le caractère sacré de la ville sainte et les besoins de ses habitants y ont attiré et y attirent aujourd’hui encore de nombreuses institutions religieuses. Celles-ci furent reconnues et acquirent des gouvernements successifs, au long des siècles, des droits qui leur permirent de s’acquitter de leurs obligations à l’égard de la ville sainte et de ses habitants. En conséquence, les droits fondamentaux des personnes et des communautés doivent y être respectés : pour les personnes, les droits fondamentaux qui leur permettent d’exercer leurs devoirs religieux, politiques et sociaux, et de répondre à leurs besoins éducatifs, culturels et médicaux ; et pour les communautés, le droit de posséder, de gérer librement les oeuvres nécessaires pour leur ministère et leur développement humain intégral – églises, monastères, écoles, hôpitaux, œuvres sociales, instituts pour études théologiques et bibliques, services d’accueil des pèlerins, etc. – Cela inclut aussi le droit d’importer le personnel et de disposer des moyens nécessaires pour le bon fonctionnement de ces institutions.

2. Exigences pour une solution juste et durable à la question de Jérusalem

L’avenir de la ville doit se décider d’un commun accord, par la collaboration et la consultation, et ne doit pas être imposé par la puissance ou la force. Les décisions unilatérales ou une solution imposée continueront à mettre en danger la paix et la sécurité.

Diverses solutions sont possibles. La ville de Jérusalem pourrait rester unifiée, avec une souveraineté partagée, exercée à égalité par les Israéliens et les Palestiniens. Elle pourrait être aussi divisée, si tel était le désir de ses deux peuples, avec deux souverainetés distinctes, afin d’arriver à une véritable unité des cœurs dans les deux parties de la ville. Le mur qui a déchiré la ville en plus d’un point et qui a exclu un grand nombre de ses habitants devrait faire place à une éducation à la confiance et à l’acceptation mutuelle.

Face à l’incapacité des parties impliquées à trouver, jusqu’aujourd’hui, une solution juste et durable, l’aide de la communauté internationale est nécessaire. Dans l’avenir aussi, cette aide devrait continuer sous la forme de garanties qui assurent la stabilité des accords auxquels les deux parties seront arrivées.

Nous recommandons de créer aussitôt que possible un comité ad hoc afin de réfléchir sur l’avenir de la vielle. A ce comité les Églises locales doivent pouvoir participer.

3. Statut spécial – Ville ouverte

Jérusalem, ville sainte, patrimoine de l’humanité, et ville de deux peuples et de trois religions, a un caractère unique qui la distingue de toutes les villes du monde et qui dépasse toute souveraineté politique locale. « Jérusalem est trop précieuse pour dépendre exclusivement d’autorités politiques nationales ou municipales » (cf. mémorandum 1994). Ses deux peuples sont les gardiens de sa sainteté et portent la double responsabilité d’y organiser leur vie et d’y accueillir tous les « pèlerins » du monde. La collaboration internationale requise n’est pas supposée remplacer le rôle et la souveraineté de ses deux peuples. Elle est plutôt requise afin d’aider ses deux peuples à arriver à la définition et à la stabilité du statut spécial de la ville. C’est pourquoi, au plan concret, politique, économique et social, ses deux peuples doivent donner à Jérusalem un statut spécial qui corresponde à son double caractère, d’un côté, de ville sainte et universelle et, de l’autre, de ville ordinaire et locale où se déroule leur vie quotidienne. Une fois ce statut trouvé et défini, la communauté internationale est appelée à le confirmer par des garanties internationales qui assureront la paix stable et le respect pour tous.

Les composantes de ce statut spécial sont les suivantes :
a- Le droit humain de liberté de culte et de conscience pour tous, individus et communautés religieuses (cf. mémorandum 1994.)
b- L’égalité devant les lois, de tous ses habitants en conformité avec les résolutions internationales.
c- Le libre accès à Jérusalem, pour tous, citoyens, résidents ou pèlerins, en tout temps, de guerre ou de paix. C’est pourquoi Jérusalem doit être une ville ouverte.
d- « Les droits de propriété, de garde et de culte que les différentes Églises ont acquis à travers l’histoire doivent continuer à être détenus par les mêmes communautés. Ces droits, déjà protégés par le Statu Quo des Lieux Saints selon les ‘firmans’ et les autres documents historiques, doivent continuer à être reconnus et respectés » (cf. mémorandum 1994).
e- Quelle que soit la solution envisagée, les divers Lieux Saints chrétiens de la ville, partout où ils sont, doivent rester géographiquement unis entre eux.

Conclusion

Pour les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans, Jérusalem est un haut-lieu de la Révélation et de la rencontre de Dieu avec les hommes. C’est pourquoi, nous ne pouvons rester indifférents à son sort et nous ne pouvons garder le silence face à ses souffrances présentes : « Pour la cause de Jérusalem, je ne me tiendrai pas tranquille, jusqu’à ce que ressorte, comme une clarté, sa justice, et son salut, comme un flambeau qui brûle » (Is 62,1).

Nous lançons un appel solennel à tous les chefs religieux dans cette Terre Sainte à la collaboration afin d’arriver à une vision commune de la ville qui puisse unifier les cœurs de tous les croyants. Nous appelons nos autorités politiques à rechercher de commun accord et en collaboration avec les autorités religieuses une solution qui réponde au caractère sacré de la ville.

Nous espérons que notre appel puisse être entendu et que les chefs politiques puissent respecter la nature de cette ville sainte et se montrer capables enfin d’arriver à un accord définitif qui fasse de Jérusalem vraiment le signe de la présence de Dieu et de sa paix parmi tous les peuples.


+ Patriarche Theophilos III, Patriarcat Grec Orthodoxe.
+ Patriarche Michel Sabbah, Patriarcat Latin
+ Patriarche Torkom II, Patriarcat Arménien Apostolique Orthodoxe
P. Pier Battista Pizzaballa, ofm, Custode de Terre Sainte
+ Anba Abraham, Patriarcat Copte Orthodoxe
+ Swerios Malki Mourad, Patriarcat Syrien Orthodoxe
+ Abune Grima, Patriarcat Ethiopien Orthodoxe
+ Paul Nabil Sayah, Exarchat Patriarcal Maronite
+ Riah Abu Al-Assal, Eglise Episcopalienne à Jérusalem et au Moyen Orient
+ Mounib Younan, Eglise Luthérienne Evangélique en Jordanie et en Terre Sainte
+ Pierre Malki, Exarchat Patriarcal Syrien Catholique
+ George Bakar, Exarchat Patriarcal Grec Melkite Catholique
P. Raphael Minassian, Exarchat Patriarcal Arménien Catholique.


Jérusalem, 29 Septembre 2006

NB. Pour ceux qui veulent approfondir ce sujet très important, je rappelle le dossier que l’Action Française avait publié en Avril 2001 sur ce sujet. Je l’avais repris avec l’aimable autorisation du Journal dans le « Bulletin saint Jean Eudes »  d’avril 2001 Pour ceux qui gardent leurs archives…

B- Du « retour » de la messe tridentine dans l’Eglise et de la création de l’Institut du Bon Pasteur

Des réactions diverses

 

A- Le « billet d’humeur » de Loïc Mérian dans la Nef du mois d’octobre.

 

« Paix liturgique » de Christian Marquant publie, avec l’autorisation de son auteur, les bonnes réflexions de Loïc Mérian faites dans la Nef du mois d’octobre,  à l’occasion de l’érection par Rome  de l’Institut du Bon Pasteur et du « retour » dans l’Eglise de la messe « tridentine ».

 

Nous partageons tout à fait ses réflexions…Tout comme Jean Madiran dont nous donnions le commentaire dans le précédent LNDC, le n° 65

 

Paix liturgioque :

 

Nous remercions le magazine « La nef » de nous avoir autorisé à reproduire le billet d’humeur que Loic Mérian président du Centre International des Etudes Liturgiques vient de publier à l’occasion de cette actualité. Ce billet, bien senti, résume parfaitement la situation actuelle.

 

Voici le texte :

 

 

La fondation de l’Institut du Bon Pasteur m’inspire quelques exclamations toutes personnelles que je souhaite modestement partager avec les lecteurs de la Nef.

 

 

Enfin ! Un Pasteur, oui un vrai, qui se soucie de ses brebis. Quand on lit les différentes interventions du cardinal Ricard on se dit que c’est une des premières fois qu’un évêque français applique aux traditionalistes aussi clairement et publiquement le précepte évangélique de la parabole du Bon Pasteur. Bien sûr d’autres avant ont fait preuve de « charité » mais là l’annonce est publique et clairement assumée, comme cela aurait dû être le cas en 1988 et même depuis 1975. Mgr Ricard souhaite avant tout la réconciliation, sait qu’elle sera difficile mais affirme qu’elle est nécessaire. Il met en avant ce qui unit et non ce qui divise. Il ne se cache pas derrière son presbyterium, le paravent habituellement utilisé pour justifier les refus, mais assume personnellement sa charge d’évêque. S’il ne l’avait déjà on lui dirait « chapeau Eminence ! »

 

Bravo ! Et bonne route à ces membres courageux de l’Institut du Bon Pasteur. Qu’on ne croie pas qu’ils ont choisi la solution de facilité au contraire. C’est le ghetto qui est confortable alors que la réconciliation exige des efforts. Oui Bravo pour ce que cette fondation occasionne pour le rayonnement de la liturgie traditionnelle.

 

 

Bien fait ! Qu’on me pardonne cet excès, mais quand on voit les réactions négatives, voire haineuses de certaines « autorités morales» , de prêtres, ou de media soit disant catholiques à l’égard de ce geste de Rome, on se dit qu’ils ont bien mérité leur déception. Depuis 30 ans ils font tout leur possible pour marginaliser et stigmatiser les prêtres et les fidèles qui ne demandent qu’à vivre de la foi de l’Eglise au rythme de la doctrine et de la liturgie traditionnelles ; et sous ce prétexte ce sont des pans entiers de la foi catholique qui ont été mis de côté, dénigrés, considérés comme dépassés … c’était des « idées de tradis » ! Ils sont donc la cause directe des privilèges importants accordés à cet Institut. Si depuis 30 ans on avait admis que les fidèles de la messe et du catéchisme traditionnels étaient pleinement catholiques, si on avait admis que leur foi est la foi de l’Eglise, Rome n’aurait pas été contrainte d’agir avec une telle fermeté. Et c’est loin d’être terminé. Même officiellement marginalisé depuis 30 ans le mouvement traditionnel est déjà éminemment missionnaire et source de nombreuses vocations religieuses et sacerdotales, mais qu’est-ce que ce sera quand demain Rome va permettre encore plus largement et librement la célébration de la liturgie traditionnelle et avec elle la prédication de vérités de la foi un peu oubliées ! On nous dira que cette manière de faire ne respecte pas la hiérarchie des églises locales ? C’est sans doute vrai mais quand localement on célèbrera la liturgie comme Rome le demande et on enseignera le catéchisme fidèlement au Catéchisme de l’Eglise Catholique on pourra reparler de normalité.

 

 

Dommage ! Pour les communautés qui depuis près de 20 ans ont choisi de ne pas rompre avec Rome et qui subissent avec difficulté une politique d’apartheid en France. On annonce un séminaire pour le Bon Pasteur, tant mieux, mais pourquoi la Fraternité St Pierre et ses 300 membres se voit-elle interdire l’ouverture de la moindre maison de formation sacerdotale ? Le droit pontifical a été accordé avec force par le cardinal Hoyos au nouvel Institut et ses 5 membres mais pourquoi l’Institut du Christ Roi et ses 100 membres n’a jamais pu être reçu par le même cardinal et se trouve cantonné à un statut diocésain malgré la demande expresse du cardinal archevêque de Florence favorable au droit pontifical ? Pour bénéficier d’un tel statut généreux faut-il occuper des églises ? Les catholiques « Ecclesia Dei » resteront-ils des catholiques de « seconde zone » ? Il serait souhaitable que les autorités romaines « fixées » sur l’horizon de la Fraternité St pie X ne les oublie pas.

 

 

Loic Merian

 

Président du Centre International des Etudes Liturgiques

 

 

B- Une opération subversive dans le diocèse de Bordeaux

Le symptôme de ce qui se prépare

Contre l’érection de l’Institut du Bon Pasteur (IBP) de l’abbé Laguérie, l’opération a été lancée (peut-être involontairement) dans La Croix du 14 septembre par un titre provocant : « La main tendue aux intégristes (sic) inquiète les prêtres de Bordeaux ». LES prêtres, tous les prêtres…!

D’où l’agit-prop subversive du 22 septembre, qui en dit long et en annonce d’autres.

 

 C’est (peut-être ?) par étourderie que La Croix a écrit LES prêtres au lieu de : DES prêtres. Mais l’amplification

était énorme. Tout le « presbytérium » unanime du diocèse présenté par La Croix comme engagé dans une « réaction qui se fait vive ». Cela créait un climat propice à une opération d’agitprop. Elle n’a pas tardé. La pétition provenant de « laïcs du diocèse » a été lancée le 22 septembre.

 

La création de l’IBP, assure la pétition, « n’avait pas été précédée de consultation et de concertation mais plutôt d’une désinformation ». Le cardinal Ricard a cru bon de confirmer à demi-mot cette allégation dans son bulletin diocésain L’Aquitaine (cité par La Croix du 6 octobre) : « Il est important que les préalables mis à la reconnaissance de cet Institut soient mieux connus. J’aurai l’occasion moi-même d’aller à Rome et de demander une information complémentaire. » Cela cadre mal avec ce qu’il avait dit dans La Croix du 11 septembre : « J’ai été averti au mois de mai. » Et cela cadre encore plus mal avec le décret d’érection promulgué le 8 septembre par le saint-siège, où l’on peut lire : « L’archevêque lui-même, convaincu de la grande utilité de tels coopérateurs, reçoit dans son diocèse

cette communauté en lui confiant l’église Saint-Eloi. » Sur le point de savoir, comme le lui demandait La Croix du 11 septembre, si le Cardinal a été « tenu informé », il est donc légitime de poser la question : qui dit la vérité, et quand ?

 

S’il n’y avait rien d’autre dans l’opération subversive, tout cela resterait quasiment anecdotique. Mais, habilement englobée dans une doucereuse confiture verbale, la pétition exige la convocation d’un « conseil pastoral diocésain exceptionnel » et que jamais rien ne soit fait désormais dans l’Eglise « qu’en associant les Eglises diocésaines aux décisions qui les concernent ». Bref, l’agit-prop cherche à introduire la démocratie participative dans l’Eglise : « pour que l’Eglise continue à s’ouvrir aux cultures de ce temps ». Tiens donc !

 

Surnageant au milieu de la confiture, la flèche qui vise au cœur : l’agit-prop a pour but « que les orientations conciliaires ne soient pas remises en cause au prétexte (sic) d’une réinterprétation des textes de Vatican II ».

La réinterprétation n’est pas un prétexte. Elle est une nécessité explicitement annoncée par Benoît XVI dans son discours à la curie de décembre 2005. C’est plutôt l’agit-prop contre la messe traditionnelle qui sert de prétexte et d’occasion pour tenter de stopper ou embarrasser la nécessaire réinterprétation du concile.

 

En vérité, les deux sont liés, le concile et la messe. Benoît XVI, qui veut réinterpréter le concile, va « libéraliser » – ou plutôt libérer – la messe traditionnelle. Le fond du problème est que depuis quarante ans coexistent dans l’Eglise deux attitudes mentales : — réinterpréter voire corriger la foi et les mœurs catholiques à la lumière de Vatican II ; — réinterpréter voire corriger le concile pastoral Vatican II à la lumière de la foi de l’Eglise.

Deux attitudes inverses, et inconciliables.

 

JEAN MADIRAN

 

C- Un rappel élémentaire de la foi sur la messe. Qu’est-ce que la messe ?

 

C’est encore Jean Madiran qui nous fait ce rappel dans Présent de samedi 14 octobre.

 

Ce qui est omis, estompé ou nié

La présence et le sacrifice

 

Mais non ! Le débat (ou le conflit) sur la messe, ce n’est pas principalement « la messe en latin ». La messe selon Paul VI, promulguée en 1969, n’est pas contestée parce qu’elle est « en français ». Elle est contestée surtout parce qu’elle est occasion ou incitation à omettre, voire nier ce que son texte même a paru vouloir estomper : la présence réelle et le saint sacrifice.

 

 

_ La Présentation générale (Institutio generalis) de la messe nouvelle promulguée par Paul VI donnait en son article 7 une définition de la messe qui omettait le saint-sacrifice et la présence réelle du Seigneur : « La Cène du Seigneur, autrement dit la messe, est une synaxe, c’est-à-dire le rassemblement du peuple de Dieu, sous la présidence du prêtre, pour célébrer le mémorial du Seigneur. » Cette définition était si visiblement insuffisante que nos protestations obtinrent presque aussitôt sa correction. Mais le texte même de la messe nouvelle, qui avait été rédigé dans l’esprit minimisateur de la définition viciée, ne fut pas corrigé. Et en France, l’épiscopat s’en tint aux déficiences de la première version de l’article 7. Et même, il les aggrava.

_

Dès 1970, les nouveaux missels du dimanche fabriqués (et imposés) par l’épiscopat français contenaient, comme « rappel de foi indispensable », l’affirmation qu’à la messe « il s’agit simplement de faire mémoire ». C’était reprendre littéralement les termes que le concile de Trente avait anathématisés. Mais la conférence épiscopale (ou son noyau dirigeant) imaginait que Vatican II avait disqualifié tout le « préconciliaire » et annulé le concile de Trente. Les missels contenant l’abominable « rappel de foi indispensable » furent imposés dans tous les diocèses français sans exception. Et quand l’abominable rappel fut enfin, en 1976, tardivement retiré, ce fut subreptice, sans aucune rétractation, si bien que ce qui avait été ainsi enseigné sur la messe pendant six années demeura et demeure encore, comme une nouvelle religion, dans l’idéologie dominante et conciliariste des diocèses.

_

 Et elle demeure aussi, elle demeure toujours dans l’esprit du noyau dirigeant. Mgr André Dupleix est « secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France », ce n’est pas rien, c’est officiel. Il nous présente (et garantit) Les Mots des chrétiens, ouvrage paru en août. Dans son Aletheia du 1er octobre, Yves Chiron y relève de scandaleuses définitions minimalistes. La messe y est définie comme dans le fameux article 7, première version, sans présence réelle ni saint-sacrifice. Une « vision anthropocentrique, immanente et symbolique », écrit Yves Chiron, qui « réduit la doctrine catholique de la messe à néant ».

_

Tenons-nous-en à l’hypothèse la plus bienveillante, et qui d’ailleurs n’est nullement invraisemblable : peut-être Mgr Dupleix a-t-il personnellement l’excuse d’une ignorance invincible ; et aussi d’une insurmontable nostalgie de sa jeunesse, qui fut celle de l’article 7, des illusions conciliaristes et des autres improvisations iconoclastes du temps de

Paul VI…

_

 « Dis-moi ton rite… » écrit Michel Kubler dans La Croix, – et alors il nous dira qui nous sommes ?

Notre rite est celui qui, en latin, en grec ou en français, n’estompe ni n’omet la présence réelle de Jésus- Christ, corps, sang, âme et divinité dans l’hostie après la consécration. Et pareillement, en français, en grec ou en latin, notre rite est celui qui n’omet ni n’estompe que la sainte messe n’est pas seulement un sacrement, mais aussi un sacrifice substantiellement identique, quoique de manière non sanglante, au sacrifice de la Croix, avec le même prêtre et la même victime. Michel Kubler peut alors nous dire qui nous sommes : catholiques, professant la foi de l’Eglise, refusant qu’elle soit devenue implicite.

JEAN MADIRAN

 

 

C- Vous niez le génocide arménien ?

Sous ce titre, Jean Madiran nous donne dans Présent du 12 octobre, un bon papier.

 

A la trappe ! dit le Père Ubu

C’est aujourd’hui jeudi que l’Assemblée nationale doit voter (ou refuser) la proposition de loi du Père Ubu socialiste, condamnant à un an de prison toute personne ayant nié publiquement l’existence du génocide arménien de 1915-1917.

 

Où est passé l’illustre Gayssot, que sont donc les communistes devenus ? Cette fois ce sont les socialistes

qui recherchent les mêmes lauriers, par leur ubuesque proposition de loi, parfaitement dans la tradition gayssotienne : la prison pour ceux qui ne se soumettent pas à l’histoire officielle, laïque et obligatoire. Il paraît que les députés chiraquiens et sarkozystes vont, une fois de plus, voter la proposition socialiste. Plusieurs d’entre eux l’ont déjà annoncé.

 

 Cette proposition de loi appelle deux sortes de considérations :

1. – le principe ; 2. – le fait.

 

I- Au nom de la liberté d’expression, affirmée comme une « valeur fondamentale », des historiens ont pétitionné en vain, encore récemment, contre la loi Gayssot. Mais cette « liberté d’expression » ne peut être un principe absolu. Il

n’est pas illégitime de penser qu’une telle liberté a des limites, comme toutes choses en ce monde. C’est pourquoi il serait plus raisonnable de combattre les lois Gayssot et compagnie au nom de la recherche de la vérité.

 

Le « révisionnisme » est la loi propre de l’histoire. Ce qu’on ne peut en réviser apparaît de soi-même, du genre Marignan-1515. Mais le jugement sur la destinée de Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine ou sur celle de Charles de Gaulle est révisable. Et révisable de même, l’existence d’un génocide, que la contestation porte sur la définition

du terme ou sur la réalité des faits. Par nature, l’histoire appartient au domaine du révisable, et c’est là, pour récuser toutes les formes scélérates de lois Gayssot, un fondement en principe plus solide et plus durable que la liberté d’expression.

 

 

II- En fait, et dans le cas particulier du génocide arménien, notre sympathie est acquise aux Arméniens et notre antipathie aux Turcs. Pourquoi ne pas le dire ? Il s’agit là de sentiments naturels qui sont explicables et légitimes. Comme tout sentiment, ceux-ci ne doivent pas obscurcir la raison et l’esprit critique, mais ils ne doivent pas non plus être arbitrairement étouffés. Ils ont droit de cité.

 

Si l’on admet le principe ubuesque et l’application despotique d’une sanction pénale pour la négation d’un génocide, alors la proposition socialiste est en fait une sorte d’attentat à la dignité de la nation française : parce qu’elle ignore les génocides dont la négation aurait dû par priorité attirer son attention répressive, les génocides appartenant directement à l’histoire de France. C’est-à-dire le génocide vendéen. Et aussi le génocide de l’Algérie française. Car si un « génocide » consiste bien en la tentative de « destruction méthodique d’un groupe ethnique », la Vendée fut victime d’un génocide à partir de 1793. Et l’Algérie française à partir de 1962.

 

JEAN MADIRAN

 

 

D-Sainte Edith Stein à Saint-Pierre

 

 

Le pape Benoît XVI a béni mercredi la statue de sainte Edith Stein qui occupera désormais l’une des niches de la basilique Saint-Pierre de Rome. Elle avait été canonisée en 1998 par Jean- Paul II sous son nom de religieuse

carmélite, sœur Thérèse Bénédicte de la Croix. La philosophe juive allemande convertie, déportée et exécutée dans les camps de la mort le 9 août 1942, a été proclamée en 1999 co-patronne de l’Europe avec sainte Brigitte de Suède et

sainte Catherine de Sienne.

 

E-L’islamisation en marche

 

 

Dans PRÉSENT du vendredi  13 octobre 2006, on peut lire sous la dignature de Alain Sanders et de Pierre Malpouge, ces deux articles…

 

a- L’assurance islamique s’installe

 

Le marché de l’assurance islamique (en arabe : takaful), qui respecte les lois de la charia, devrait tripler d’ici 2005. Pas en Arabie Saoudite, au Yémen ou en Iran. En France. Signe supplémentaire, s’il en était encore besoin, de la mise en place progressive de structures et d’institutions parallèles à celles de l’Etat français qui est, par définition,

halal (non-conforme à la charia).

 

La première société d’assurance islamique a vu le jour en 1979. Il y en a aujourd’hui 250 dans le monde. Pourquoi une assurance islamique, en France, alors qu’il y a dans notre pays de très honorables et très nombreuses compagnies ?

Pour deux raisons. La première explicitée par Timor Boudkeer, auteur d’une étude sur le sujet :

 

Le rendement d’un contrat d’assurance dépend de la survenance de certains événements futurs et n’a donc

aucun lien avec les primes versées. Cette incertitude disqualifie l’assurance traditionnelle [comprenez « non-islamique »] comme produit financier acceptable pour la loi islamique.

 

Seconde raison : la stratégie d’investissement des sociétés d’assurance « traditionnelles » est incompatible avec la

charia qui interdit l’usure, ce qui exclut les obligations et autres sources de financement conventionnelles des placements.

 

Ajoutons que l’assurance islamique exclut bien évidemment de sa clientèle les entreprises liées au commerce du

porc, de l’alcool, du jeu, des services financiers traditionnels, etc.

A.S.

 

 

b- Manifestation pour l’ouverture d’un collège musulman à Décines (Rhône)

 

 

« Non à la discrimination », « Non à l’injustice », « Non à l’islamophobie »… C’est en scandant ces slogans que quelque 200 personnes, parmi lesquelles figuraient de nombreuses femmes voilées, ont manifesté mercredi après-midi devant le rectorat de Lyon pour protester contre son opposition à l’ouverture d’un collège-lycée musulman à Décines, près de Lyon.

 

Aux côtés des manifestants, Azzedine Gaci, président du conseil régional du culte musulman, et Kamel Kabtane, recteur de la grande mosquée de Lyon, sont venus soutenir élèves, parents et enseignants qui réclament à cor et à cri la création de ce collège-lycée musulman soutenue par l’association Al Kindi.

 

Un projet (qui aurait fait de ce collège- lycée le plus grand de France avec 140 jeunes scolarisés) auquel s’est opposé

fin août le recteur de l’académie de Lyon, Alain Morvan. Lequel refus a été confirmé le 22 septembre par le Conseil académique de l’éducation nationale.

 

Aussi sec, les termes « incompréhension » et « injustice » ont fait surface parmi les défenseurs du projet. « Il n’y a pas de raisons valables à ce refus. Il y a bien des écoles catholiques ou juives, alors pourquoi pas musulmanes », s’interrogent Zahia et Zakaria, deux élèves qui fréquentent des écoles publiques voisines et qui voudraient être scolarisées au lycée « Al Kindi ».

 

Face au refus du recteur, les responsables de l’association Al Kindi ont fait appel de la décision devant le Conseil supérieur de l’éducation. Azzedine Gaci et Kamel Kabtane ont quant à eux sollicité un entretien auprès du ministre de l’Education nationale Gilles de Robien.

 

Cette entrevue, si entrevue il y a, « serait, selon eux, le signe de la confiance, du respect et de l’attitude bienveillante des pouvoirs publics à l’égard de ceux qui, quelle que soit leur religion, puisent dans la loi républicaine pour apporter leur pierre à l’édification d’une société où le dialogue et le respect sont le maîtremot »…

PIERRE MALPOUGE

 

 

c- Ramadan lapidaire à Lyon

 

 

Quatre « jeunes » du collège Jean-Mermoz tentent

de lapider une élève musulmane parce qu’elle mangeait

 

Nouvelle « avancée » inédite et plutôt inquiétante de l’islamisation en France : une jeune fille de 14 ans a été visée par des jets de pierres alors qu’elle mangeait un sandwich dans la cour du collège Mermoz, à Lyon, par des adolescents qui lui reprochaient de s’alimenter pendant le ramadan.

 

Quatre garçons âgés de 15 à 16 ans, dont deux ont reconnu les faits, étaient présentés mardi matin au parquet des mineurs de Lyon. Ils ont été mis en examen pour « violences en réunion ». L’« incident » s’est produit jeudi dernier. La jeune fille de famille musulmane (comme beaucoup d’autres dans ce collège) mangeait son sandwich pendant

la récréation, en compagnie de deux amies, lorqu’un groupe de quatre « jeunes » l’a interpellée :

—Tu manges !

 

Ils ont ensuite jeté des pierres sur le groupe. L’une des adolescentes a été blessée à la tête et s’est réfugiée dans l’infirmerie du collège avec la fille au sandwich choquée mais pas blessée. Les parents de la première ont porté plainte. Deux des quatre garçons, qui avaient reconnu les faits, ont été exclus du collège pour huit jours. Le lendemain de cette

lapidation, le chef d’établissement a rassemblé les 250 élèves pour un rappel solennel à la loi. Il a entamé depuis des réunions de sensibilisation au respect des règles... Voici un nouveau fait emblématique qui souligne l’extension, l’importance et la gravité de l’islamisation en France. Déjà, dans son rapport de juin 2004, Jean-Pierre Obin, inspecteur général de l’Education nationale relevait que « le mois du carême musulman est une occasion de tension dans nombre d’écoles, de collèges et de lycées ». Selon l’auteur de ce rapport, les professeurs se plaignent de plus en plus du manque de concentration et de la grande fatigue d’élèves dont un nombre croissant se réfugie « dans les centres de documentation et d’information utilisés pour se reposer ou dormir pendant la pause du déjeuner ».

 

La semaine dernière, raconte un quotidien du matin, une adolescente s’est effondrée livide durant un match de volley organisé en fin de journée dans un gymnase parisien : « Elle était tellement fatiguée, qu’elle s’est cachée dans les douches pour dévorer un pain au chocolat et boire un verre d’eau, c’était un peu avant la rupture du jeûne et elle se sentait coupable de ne pas avoir tenu le coup », dira l’une de ses camarades. Dans le département de Seine- Saint-Denis mais aussi un peu partout dans les villes à forte immigration, il y a « une pression » plus forte qu’avant, observe de son côté le SNES : « Plus nombreux, les enfants sont aussi de plus en plus jeunes à faire le ramadan. » Avec des taliban en puissance qui exercent déjà à leur manière, comme à Lyon, une rigoureuse police de la religion, selon les préceptes de leur loi coranique...

 

RÉMI FONTAINE (dans Présent du jeudi 12 octobre).