Paroisse catholique Saint Michel

Dirigée par

 Monsieur l'abbé Paul Aulagnier

 

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Du 22 mai au 28 mai

Premier Dimanche après la Pentecôte

 

Sommaire

 N'oubliez pas de vous
inscrire sans tarder au pèlerinage jubilaire du Puy, pour m'en faciliter
l'organisation. N'attendez pas le dernier jour, comme on le fait d'habitude.
Des noms me sont déjà parvenus. Je les en remercie.

A- L’annonciation de la Vierge Marie

Méditation II

1- Commentaire de saint Thomas

La semaine dernière nous avons commencé de méditer le mystère de l’Annonciation de la Très Sainte Vierge Marie. Nous vous avons donné le commentaire de Dom Paul Delatte sur la scène de l’Annonciation en Saint Luc. Nous avons également donné le premier article de la Somme de la III 30 où Saint Thomas enseigne qu’il y avait nécessité à ce que soit annoncé à la bienheureuse Vierge « ce qui devait se faire en elle » de sorte que c’est en pleine intelligence qu’elle put donner son « fiat ». Nous avons ainsi compris toute l’importance de Notre Dame dans la réalisation du mystère de l’Incarnation. D’où l’immense reconnaissance que nous devons avoir pour notre Dame.

a- L’ange Gabriel fut envoyé à Marie

Saint Thomas poursuit son commentaire du mystère de l’Annonciation en se posant la question : « Si à la bienheureuse Vierge l’Annonciation devait être faite par un ange ».

Il cite tout simplement l’Evangile de Saint Luc où il est dit : « l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu etc. ... » Lc 1 26

Il nous donne trois raisons de ce fait : « Il fut convenable qu’à la Mère de Dieu fut annoncé par un ange le mystère de l’Incarnation, pour trois raisons :

-D’abord, afin que, même en cela, fut gardé l’ordre divin selon lequel par l’intermédiaire des anges les choses divines parviennent aux hommes. Et de citer saint Denys : « Les anges ont été d’abord instruits du divin mystère de la bénignité de Jésus ; ensuite, par eux la grâce de la connaissance arriva jusqu’à nous. C’est ainsi donc que le très divin Gabriel apprenait à Zacharie que le prophète devait naître de lui ; et, à Marie, comment en elle se produirait le mystère souverainement divin de la formation ineffable de Dieu ».

-En second lieu, parce que cela convenait à la restauration humaine, qui devait se faire par le Christ. Il cite le vénérable Bède : « C’était le début qui convenait, pour la restauration humaine, qu’un ange fût envoyé par Dieu à la Vierge que devait consacrer l’enfantement divin ; parce que la première cause de la perte des hommes fut quand le serpent fut envoyé par le démon à la femme qui devait tromper l’esprit d’orgueil ».

La restauration du genre humain était, en quelque sorte, la « revanche » de Dieu. Un ange - le démon- fut à l’origine de la chute. Un ange - Gabriel – fut à l’origine de la restauration.

-Troisièmement, parce que cela convenait à la virginité de la Mère de Dieu. Et d’expliquer cette raison en citant saint Jérôme dans un sermon de l’Assomption : « C’est à propos qu’un ange est envoyé à la Vierge : parce que toujours il y a harmonie entre la virginité et les anges, car vivre dans la chair en dehors de la chair n’est pas une vie terrestre mais céleste ».

b- L’ange Gabriel se présente à elle sous une forme humaine

Le mystère de l’Incarnation devait être annoncé à la bienheureuse Vierge ; et il devait lui être annoncé par un ange, par l’archange Gabriel. Mais fallait-il que cet ange, cet archange Gabriel, se présentât à elle sous une forme humaine ?

Saint Thomas va nous répondre à l’article qui suit :
Article III : « Si l’ange de l’Annonciation devait apparaître à la Vierge en vision corporelle » ?

Saint Thomas affirme de la façon la plus nette et sans hésitation aucune, que « l’Ange de l’Annonciation apparut à Marie en vision corporelle. Et ce fut, là, chose convenable, poursuit le saint Docteur, d’abord quant à ce qui était annoncé. L’Ange, en effet, venait annoncer l’Incarnation du Dieu invisible. Il convenait donc que pour déclarer ce mystère la créature invisible prît une forme en laquelle elle apparaîtrait visiblement : alors d’ailleurs que toutes les apparitions de l’Ancien Testament », lesquelles ordinairement étaient sous forme de vision corporelle, « étaient ordonnées à cette apparition par laquelle le Fils de Dieu apparut dans la chair ».

On remarquera, en passant, cette belle déclaration de saint Thomas, au sujet des apparitions relatées dans l’Ancien Testament : « toutes ordonnées à cette apparition par laquelle le Fils de Dieu apparut dans la chair ».

« Secondement, cela convenait à la dignité de la Mère de Dieu, laquelle non seulement dans son esprit, mais aussi dans son sein corporel devait recevoir le Fils de Dieu. Et c’est pourquoi non seulement son esprit, mais encore ses sens corporels devaient être réconfortés par la vision de l’ange ».

« Troisièmement, cela convenait à la certitude de la chose qui était annoncée. Les choses, en effet, qui tombent sous nos yeux sont perçues par nous avec plus de certitude que celles que nous avons dans l’imagination. Aussi bien saint Jean Chrysostome dit, sur saint Mathieu que l’ange n’apparut point en songe à la Vierge, mais d’une manière visible. « Comme, en effet, elle recevait de l’ange un rapport souverainement grand ; elle avait besoin, avant qu’un si grand événement se produise, d’une vision solennelle »

Il nous reste un dernier point à examiner au sujet de l’Annonciation. C’est celui de l’ordre même dans lequel cette Annonciation s’est déroulée. Saint Thomas se demande s’il a bien été ce qu’il fallait. Il va nous répondre à l’article qui suit en nous donnant un très substantiel commentaire de la salutation angélique.

c- de la salutation angélique

Article IV : « Si l’annonciation s’est déroulée dans l’ordre qu’il fallait ? »

Il fait remarquer que tout ce que fait Dieu est fait avec ordre et sagesse. Or l’ange était envoyé par Dieu, à l’effet d’annoncer à la Vierge le mystère divin. Dès lors « l’Annonciation a été accomplie par l’Ange de la façon la plus souverainement ordonnée ».

Dès lors que le messager céleste, se présentant à Marie, venait avec les instructions de Dieu, il n’est point possible que tout n’ait été de la plus absolue perfection dans l’accomplissement de son message. C’est le « Sed contra » de l’article.

Au corps de l’article saint Thomas déclare que « l’Annonciation a été accomplie par l’ange dans l’ordre qui convenait. L’ange, en effet, se proposait trois choses au sujet de la Vierge.
Premièrement, rendre son esprit attentif à la considération d’un si grand message. Ce qu’il fait, en la saluant d’une salutation nouvelle et inaccoutumée » -- « nova et insolita »…
Dans laquelle salutation, l’ange marqua d’abord l’aptitude de la Vierge à la conception qu’il annonçait, quand il dit : « pleine de grâce » ; il marqua ensuite la conception, quand il dit : « Le Seigneur est avec vous » ; et enfin il annonça l’honneur qui s’ensuivrait, quand il dit : « Vous êtes bénie entre les femmes » ».

Vous remarquerez ce délicieux commentaire de la salutation angélique, si profond et si lumineux.

« En second lieu, l’ange se proposait d’instruire Marie du mystère de l’Incarnation qui devait s’accomplir en elle. Et c’est ce qu’il fait, en, annonçant d’abord la conception et l’enfantement : « Voici que vous concevrez dans votre sein et que vous enfanterez un Fils » ; en montrant ensuite la dignité de l’Enfant conçu, quand il dit : « Il sera grand » ; et enfin en indiquant le mode de la conception, quand il dit : « L’Esprit-Saint viendra en vous » etc.

« Troisièmement l’ange voulait amener l’esprit de Marie à donner son consentement, c’est ce qu’il fait en apportant l’exemple d’Elisabeth et la raison tirée de la « toute-puissance de Dieu », dernier mot de tout ce profond mystère.

Voilà, certes, un beau commentaire de l’Evangile de l’Annonciation.

2- Le vénérable Père Du Pont,

Le vénérable Père Du Pont, dans son livre « Méditations sur les mystères de notre Sainte foi avec la pratique de l’oraison mentale » fait ce beau commentaire de cette salutation angélique dont on pourra tirer profit pour notre âme.

« Dès que l’ange fut entré, il salua la Vierge, usant non de paroles mondaines, mais de paroles toutes divines que Dieu lui avait dictées. « Je vous salue, dit-il, vous qui êtes pleine de grâces ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes ». Cette salutation était nouvelle et n’avait jamais été employée sur la terre. Elle avait été composée par la très Sainte Trinité pour honorer Marie, pour déclarer sa sainteté et relever sa dignité aussi nouvelle que le grand mystère auquel elle se rapprochait. Car, comme Jésus-Christ devait être le nouvel Adam, opposé au premier, de même, la Vierge, sa Mère, devait être la nouvelle Eve, opposée à la première. C’est dans cet esprit et avec ces sentiments d’estime, qu’il convient de réciter et de méditer la Salutation angélique. Je m’arrêterai à chaque mot pour approfondir tout ce qu’elle renferme de grandeur ; j’exciterai en moi des affections de joie et de reconnaissance, puisqu’il est juste que je me réjouisse de l’élévation incompréhensible de Marie, et que je remercie le Seigneur à qui seul elle en est redevable. Je demanderai enfin de participer à quelques-unes de ces grâces et je prendrai la résolution d’imiter, en tout ce que je médite, ce qui est imitable.

« Je vous salue » :

Premièrement. L’Ange pour manifester sa joie et ôter à la Vierge toute crainte, s’empresse de lui faire connaître qu’il est porteur d’une bonne nouvelle, et lui dit en entrant : « Je vous salue ». Ce qui signifie : Que Dieu vous sauve ; que la paix soit avec vous ; réjouissez-vous, et ne craignez point ; car la nouvelle que je vous apporte est une nouvelle de joie et de bonheur.

Deuxièmement. Je chercherai les causes pour lesquelles l’ange en saluant Marie, ne la nomma point par son propre nom et ne lui dit pas : « Je vous salue Marie » mais « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes ». Il agit de la sorte pour nous faire comprendre que Dieu voulait donner à la Mère de son Fils de nouveaux noms très glorieux, comme il en avait donné au Messie dans l’Ecriture ; noms dont il veut qu’elle soit honorée par les fidèles dans toute l’Eglise. De même donc que nous appelons Salomon, « le Sage », et saint Paul, « l’Apôtre » ; ainsi veut-il que nous appelions la Vierge, « Pleine de grâce, Bénie entre les femmes. Et comme le nom de Messie est Emmanuel, i.e. « Dieu avec nous » ; de même, le nom le plus glorieux à Marie sera celui-ci : « Le Seigneur est avec vous ».

« Pleine de grâce ».

Premièrement. J’examinerai en quoi consiste cette plénitude, et comment la Vierge est pleine de grâce dans toutes les acceptions de ce mot. Elle est pleine de grâce sanctifiante ; pleine de charité, de foi, d’espérance, pleine d’humilité, d’obéissance, de patience et de toutes le vertus. Elle est pleine aussi de sagesse, de science, de piété, de crainte du Seigneur, et des autres dons du Saint-Esprit. Sa mémoire est pleine de saintes pensées ; son entendement, plein de lumières célestes ; sa volonté, pleine d’actes et d’affections ferventes d’amour et de zèle, de désirs enflammés de la gloire de Dieu, de la venue du Messie et de la rédemption du monde. Voilà l’état actuel de plénitude où l’ange la trouve, lorsqu’il entre pour la saluer. Elle est absorbée dans la contemplation des mystères de notre salut, qui l’occupent presque continuellement. De plus elle est pleine de grâce dans toutes ses œuvres ; parce qu’elle n’en fait aucune qui ne soit pleine, entière, solide, et qui n’ait toute la plénitude possible de pureté d’intention, de ferveur et d’amour. De sorte qu’elle est infiniment éloignée de mériter le reproche que Dieu fait à cet évêque dans l’Apocalypse : « Je ne trouve point vos œuvres pleines devant moi ».

Deuxièmement. J’essayerai ensuite de mesurer les dimensions de cette plénitude. Entre plusieurs vases remplis d’une liqueur précieuse, celui qui a une capacité plus grande, en contient plus que les autres. De même, plusieurs saints ont été pleins de grâce : mais la Vierge plus que tous les saints, dit l’Ange de l’Ecole, parce qu’elle était un vase plus grand, et que sa plénitude devait répondre à la dignité de mère de Dieu, qui surpasse incomparablement toutes les dignités et tous les emplois des autres saints. Et ce vase même, quelque grand qu’il fût, Marie l’agrandissait encore par le bon usage des grâces que Dieu y versait, et elle le rendait chaque jour capable d’en recevoir de plus grandes.

« Le Seigneur est avec vous ».
Premièrement. L’ange par cette troisième parole, enchérit sur les éloges précédents. Le Seigneur est avec vous. Et comment ? D’une manière éminente, d’autant de manières qu’il peut être avec une pure créature. Il est avec nous, non seulement par essence, par présence et par puissance, comme il est avec tous les hommes ; et non seulement par sa grâce, comme il est avec les justes, mais par une grâce de distinction et de privilège, qui le fixe au dedans de vous et établit entre lui et vous une vraie amitié et une intime familiarité. Il est avec vous dans toutes vos puissances, les unissant en lui. Il est dans votre mémoire qu’il captive, afin que vous vous souveniez continuellement de lui ; il est dans votre entendement qu’il éclaire, afin que vous le connaissiez sans cesse ; il est dans votre volonté qu’il embrase, afin que vous l’aimiez toujours. Il est encore en vous par une protection spéciale et une providence toute particulière, veillant à tout ce qui vous touche, vous gouvernant par ses inspirations, vous conduisant dans toutes vos œuvres. Enfin il est en vous comme dans son ciel, dans vos temples, dans votre lit nuptial, dans sa maison de repos ; et bientôt il sera dans votre sein virginal comme votre fils. Je puis donc vous dire en toute vérité et sans crainte de me tromper : « Le Seigneur est avec vous ».

Deuxièmement. Je remarquerai que les paroles de l’ange n’excluent aucunes circonstances de temps, soit passé, soit futur ; mais plutôt qu’elles les embrassent toutes. Le Seigneur est avec vous ; c’est comme s’il disait : « Dès le premier moment de votre existence, le Seigneur a été avec vous ; il y est maintenant, et il y sera pendant toute l’éternité. Il ne se séparera jamais de vous ; il ne surviendra, ni en lui ni en vous, aucun changement qui diminue les soins de sa providence sur vous.

« Vous êtes bénie entre toutes les femmes ».

C’est la dernière parole de la salutation de l’ange.

Premièrement. Vous serez bénie entre les femmes, car, de même qu’ une femme a été le principe de toutes les malédictions qui sont tombées sur les hommes, ainsi vous serez le principe de toutes les bénédictions célestes qui descendront sur eux par les mérites du fruit béni de votre sein. Par lui vous écraserez la tête du serpent, et vous délivrerez le monde des malédictions que les suggestions perfides de son mortel ennemi ont attirées sur lui.
Deuxièmement. Pour cette victoire signalée, vous serez bénie et louée entre toutes les femmes. Les anges dans le ciel et les pécheurs aussi bien que les justes vous loueront, parce que tous auront part à la bénédiction abondante que vous leur aurez méritée ». (p. 62-67)

B- Réflexions sur l’Octave de la Pentecôte

Il n’y a peut-être pas d’octave plus riche que l’octave de la Pentecôte, plus riche spirituellement parlant !

La liturgie de cette octave est vraiment une source, une mine inépuisable pour la vie spirituelle.
Je regrette beaucoup que, même dans les milieux de la Tradition, on ne vive pas plus de notre liturgie. Nous avons, nous prêtres, avec notre « missel romain », vous fidèles, avec votre « missel quotidien », un trésor que l’on ne sait pas assez goûter. C’est très dommage… Voilà comme on peut se laisser déposséder d’un trésor…à force de ne plus le goûter…

Voyez cette octave de la Pentecôte !

Pendant toute cette semaine, tous les textes choisis amoureusement par l’Eglise pour chaque messe, nous rappellent les « bienfaits de Dieu », les « mirabilia Dei ». C’est l’objet de chaque texte. Et c’est normal ! Les Apôtres chantèrent précisément le jour de la Pentecôte les « mirabilia Dei ». L’Eglise, dans cette octave, poursuit dans cette ligne, sa méditation sur les bienfaits de Dieu.

Voyez la messe du lundi :

L’Eglise chante la joie chrétienne de pouvoir, dans la sainte Communion, se nourrir de la « chair du Seigneur lui-même », le vrai pain venu du Ciel, dont « la manne et le miel du désert » n’étaient que figures encore lointaines. Tout l’Introït de la messe expose la doctrine à méditer : la Sainte Eucharistie qui est la source de la joie chrétienne. Elle en est le fondement. Elle est principe d’Eternité. « Celui qui mange mon corps et boit mon sang a la vie éternelle ».
L’Introït exprime d’une manière poétique cette doctrine : « Cibavit eos ex adipe frumenti » : « Il les a nourris de la fleur du froment ». « Et du miel du rocher, il les a rassasiés ». Alléluia. « Exaltate Deo adjutori nostro » : Poussez des cris de joie pour Dieu, notre soutien, acclamez le Dieu de Jacob ».

Les « mirabilia Dei »…Mais c’est aussi l’épître tiré des Actes de Apôtres qui nous rappelle notre salut, notre rédemption en Notre Seigneur Jésus-Christ : « Quiconque croit en lui reçoit par son nom la rémission de ses péchés ». Saint Pierre prêche au peuple et affirme : « c’est lui qui a été constitué par Dieu juge des vivants et des morts ».
Et cette affirmation formidable est reprise dans l’Evangile, celui de Saint Jean où l’âme émerveillée peut lire : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique, afin que tous ceux qui croient en lui ne périssent pas mais aient la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3 16-17). C’est l’affirmation de notre rédemption. Mai la rédemption…c’est le grand bienfait de Dieu. La Sainte Eucharistie, Dieu avec nous, Dieu qui vit en nous. La rédemption : l’expression de sa miséricorde…voilà la source de la joie chrétienne, qui justifie, oh combien l’ « Exulatate Deo adjutori nostro » de l’Introït. Le don de l’Eucharistie…le don de la miséricorde…Voilà les sources les plus sûres de la joie de l’âme.

Et puis le mardi !

Ah, quel Introït ! Mais l’a-t-on seulement remarqué ? Y a-t-on seulement porté quelque attention ?
« Accipite jucunditatem gloriae vestrae » : « Accueillez, recevez, concevez la joie de votre gloire ». Et alors vous rendrez grâce à Dieu : « Gratias agentes Deo ».
Faites donc attention à cette expression !
On y parle de « notre » gloire. Celle qui nous vient de notre baptême, la gloire de baptisé, la grâce sanctifiante, fruit de l’Esprit Saint. Elle est principe de joie, de joie calme et sereine. Non point ici l’exaltation, l’exubérance, mais la joie paisible. Pourquoi ? Parce que notre espérance surnaturelle, notre espérance du Ciel, de l’Eternité plonge ses racines, a son principe dans le Saint Baptême, Saint Baptême qui est notre gloire, notre grandeur. Ils nous fait « fils de Dieu » par participation. Si donc nous sommes fils, nous sommes héritiers, nous dit saint Paul, et cohéritier du Christ. Là est notre gloire. Là est notre espérance. Là se nourrit notre joie intérieure. « Accipite jucunditatem vestrae gloriae ».

Mais de plus parce que nous sommes baptisés, nous sommes les brebis du Seigneur, de notre divin pasteur. Nous vivons sous sa conduite. Il est notre gloire. Nous sommes glorieux de sa propre gloire, nous participons de sa gloire propre. Voilà notre joie, notre fierté, notre gloire. Et voilà pourquoi nous avons ce magnifique Introït : « Accipite jucunditatem gloriae vestrae ».

Au mercredi,

tous les textes nous parlent de la présence particulière de Dieu, de son esprit, et d’une particulière protection divine sur le peuple chrétien. C’est dit encore dans l’Introït. Généralement l’Introït d’une messe donne le sens, le thème, l’idée essentielle de la messe. « Deus dum egredereris coram populo tuo, iter faciens eis, habitans in illis ». « O Dieu quand tu marchais à la tête de ton peuple, leur traçant la route et restant avec eux ». Voilà affirmée la présence de Dieu, la protection divine. « Iter faciens eis »…Il est le « premier de cordée». Il suffit pour atteindre le sommet de suivre le « premier de cordée», de mettre ses pas dans ses pas…Présence ! Protection ! Mais c’est dit partout dans cette messe des quatre-temps. Les guérisons nombreuses, au lendemain de la Pentecôte assurent, démontrent la particulière protection de Dieu sur son peuple.
Mais si la guérison est heureuse pour le corps, oh combien plus la connaissance des merveilles de Dieu l’est pour l’âme. De là cette expérience spirituelle de la paix de l’âme, l’expérience de la douceur pour l’âme. « Voyez et goûtez combien suave est le Seigneur ».

Alors, on comprend pourquoi la messe du vendredi de l’octave commence par un chant de la louange divine, un chant de louange en l’honneur de Dieu : « Repleatur os meum laude tua ». « Que ma bouche soit pleine de louange ». « Donne- moi de pouvoir te chanter ; mes lèvres en te chantant frémiront de joie ». « Gaudebunt labia mea dum cantavero tibi. Alleluia ». Et ce fut l’attitude du peuple devant la guérison du paralytique, récit que l’Evangile de cette messe nous fait lire. Comment pouvoir retenir son cri d’admiration devant ce miracle qui fait l’objet de cet évangile…d’autant que, ici, la guérison du corps n’est que le témoignage de la guérison de l’âme. « Quel est le plus facile de dire : Tes péchés te sont remis ou de dire : lève toi et marche ? » La guérison du corps prouve la guérison de l’âme. L’un prouve l’autre. Et ce pardon n’est-il pas la grande merveille de Dieu ? Et le peuple ne s’y trompe pas. Il chante : « Nous avons vu des merveilles aujourd’hui » « Quia vidimus mirabilia hodie ».

Et la messe du samedi des quatre-temps…Elle commence par ces mots : « Caritas Dei diffusa est in cordibus nostris », « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs ». Mai oui. Toutes ces merveilles de Dieu, déployées au cours de cette semaine de l’octave ne peuvent pas ne pas arracher de notre cœur un cri d’amour qui doit être un cri d’adoration, de louange à la Trinité Sainte, source de tout cela.
Et voilà pourquoi cette octave de la Pentecôte se termine par une contemplation de la Trinité et commence par ces mots de l’Introït : « Benedicta sit sancta Trinitas atque indivisa unitas ». « Bénie soit la Sainte Trinité ». « Confitebimur ei », « Nous l’acclamons parce qu’elle nous a fait miséricorde », « Quia fecit nobiscum misericordiam suam ». Chant de bénédiction qui est repris par le Graduel « Tu es béni Seigneur », puis par l’alleluia : « Benedictus es, Domine, Deus patrum nostrorum : et laudabilis in saecula ».

Paul Aulagnier

 

 

LE PAIN QUOTIDIEN ET LE PAIN EUCHARISTIQUE

MEDITATION POUR LA FETE-DIEU

Pourquoi y a-t-il tant de famine dans le monde ? Pourquoi des enfants doivent-ils mourir de faim tandis que d’autres étouffent dans leur superflu ? Pourquoi le pauvre Lazare doit-il toujours guetter en vain les miettes du mauvais riche, sans jamais pouvoir l’approcher ? Ce n’est sans doute pas parce que la terre ne saurait produire du pain pour tous. Dans les pays d’Occident, on paie des primes pour que des fruits de la terre soient détruits, pour que les prix soient conservés tandis qu’ailleurs des hommes meurent de faim. La raison de l’homme est plus ingénieuse à trouver de nouveaux moyens de destruction que de nouveaux chemins menant à la vie. Elle est plus inventive pour rendre largement présentes les armes de destruction dans tous les coins du monde que pour y apporter du pain. Pourquoi tout cela ? Parce que nos âmes souffrent de dénutrition, parce que notre cœur est aveugle et endurci. Le cœur ne montre pas le chemin à la raison. Le monde est en désordre parce que notre cœur est en désordre, parce que l’amour qui indiquerait le chemin vers la justice, lui fait défaut.

En méditant tout cela, nous comprenons la parole que le Seigneur a opposée à Satan lorsque celui-ci l’invitait à transformer les pierres en pain : « Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4). Afin qu’il puisse y avoir du pain pour tous, le coeur de l’homme doit être nourri auparavant. Pour que la justice naisse parmi les hommes, la justice doit croître dans les coeurs, et elle ne croît pas sans Dieu ni sans la nourriture fondamentale de sa Parole. Cette Parole s’est faite chair afin que nous puissions la recevoir, afin de pouvoir devenir nourriture pour nous. Comme l’homme est trop petit pour atteindre Dieu, Dieu lui-même s’est fait petit afin que nous puissions recevoir son amour et que le monde devienne son Royaume.

Lorsque nous célébrons la Fête-Dieu, nous portons le Seigneur, le Seigneur fait chair, le Seigneur devenu pain, dans les rues de nos villes et de nos villages. Nous le portons dans le quotidien de notre vie. Ces rues doivent devenir ses chemins. Il ne doit pas vivre enfermé dans les tabernacles à côté de nous, mais au milieu de nous, dans notre vie de tous les jours. Qu’Il marche là où nous marchons, qu’Il vive là où nous vivons. Le monde, le quotidien doit devenir son Temple. La Fête-Dieu nous montre ce que signifie « communier » : L’accueillir, Le recevoir avec la totalité de notre être. On ne peut manger le Corps du Seigneur simplement comme on mange un morceau de pain. Nous ne pouvons le recevoir qu’en Lui ouvrant toute notre vie ; en lui ouvrant notre cœur. « Voici, Je me tiens à la porte et Je frappe », dit le Seigneur dans l’Apocalypse, « si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, J’entrerai chez lui pour souper, Moi près de lui et lui près de Moi » (Ap 3, 20). La Fête-Dieu veut faire entendre l’appel du Seigneur à nos oreilles si sourdes. Par la procession il frappe à la porte de notre vie quotidienne : « Ouvre-Moi ! Laisse-Moi entrer ! Commence à vivre de moi ! » Cela ne se fait pas en un instant durant la Messe, et ensuite on l’oublie. Non, c’est un processus qui pénètre tous les temps et tous les lieux. « Ouvre-Moi », dit le Seigneur, « comme Moi Je Me suis ouvert à toi. Ouvrez le monde pour Moi afin que Je puisse y entrer, éclairer votre raison tordue et vous faire dépasser la dureté de vos cœurs. Ouvre-moi comme J’ai accepté de laisser déchirer mon cœur. Laisse-Moi entrer. » Il le dit à chacun de nous, et il le dit à toute notre communauté : « Laissez-Moi entrer dans votre vie, dans votre monde. Vivez de Moi afin que vous deveniez vraiment vivants. »

La Fête-Dieu est donc un appel du Seigneur mais aussi un cri vers Lui. Toute la fête est une grande prière. « Donne-Toi à nous. Donne-nous ton véritable pain. » De plus, la Fête-Dieu nous aide à mieux comprendre la prière dominicale - le Notre Père comme prière des prières. La quatrième demande touchant au pain est pour ainsi dire la charnière entre les trois demandes qui concernent le Royaume de Dieu et les trois dernières qui ont pour objet nos détresses. Elle relie les deux parties. Que demandons-nous ? Sans doute le pain pour aujourd’hui. C’est la prière des disciples qui ne vivent pas de trésors et de capitaux, mais de la bonté quotidienne du Seigneur et qui, par conséquent, doivent vivre dans l’échange avec lui, dans un regard sur lui et une confiance en lui qui sont permanents. C’est la demande d’hommes qui ne veulent pas accumuler de grandes possessions ni se donner eux-mêmes une sécurité, mais d’hommes qui se contentent de ce qui est nécessaire pour avoir du temps pour ce qui est véritablement important. C’est la prière des simples, des humbles, la prière de ceux qui aiment et vivent la pauvreté dans l’Esprit Saint.

La demande va encore plus loin cependant. En effet, epiusios le mot grec que nous traduisons par « de ce jour », est peu usité dans cette langue. C’est un mot du Notre Père qui, quelles que soient les discussions auxquelles se livrent les savants à propos de son sens, signifie au moins : donne-nous le pain de demain, à savoir le pain du monde à venir. En fait, l’Eucharistie seule répond à la question de savoir ce que ce mot mystérieux epiusios signifie : le pain du monde à venir, donné dès aujourd’hui afin que le monde à venir commence parmi nous. Par cette demande, la prière pour l'avènement du Royaume de Dieu et pour la transformation de la terre en un « ciel », devient tout à fait concrète. Par l’Eucharistie, le ciel vient sur la terre, le lendemain de Dieu vient aujourd’hui et porte le monde de demain dans celui d’aujourd’hui. De même, les demandes en vue de la délivrance de tout mal, de notre faute, du fardeau de la tentation s’y trouvent pratiquement résumées : donne-nous ce pain afin que notre cœur se réveille, afin qu’il puisse résister au mal, afin qu’il puisse discerner le bien et le mal, afin qu’il apprenne à pardonner, afin qu’il soit fortifié lors de la tentation. Si le monde à venir fait un peu son entrée dans l’aujourd’hui, si le monde commence déjà aujourd’hui à devenir divin, alors seulement il devient vraiment humain. Avec la demande du pain, nous allons à la rencontre du lendemain de Dieu et de la transformation du monde. Avec l’Eucharistie, le lendemain de Dieu vient à notre rencontre afin que son Royaume commence déjà aujourd’hui parmi nous. N’oublions pas finalement que toutes les demandes du Notre Père sont dites à la première personne du pluriel : personne ne peut dire : « mon Père » - sauf Jésus seul. Nous tous, nous ne pouvons dire que « notre Père », et nous devons par conséquent toujours prier avec les autres et pour les autres, sortir de nous-mêmes, nous ouvrir ; c’est seulement dans une telle ouverture que nous prions comme il faut. Tout cela est contenu dans la mise en marche avec le Seigneur, qui est le signe particulier de la Fête-Dieu.

Lorsque, dans la synagogue de Capharnaüm, le Seigneur eut terminé son discours eucharistique, beaucoup de disciples l’ont quitté : tout cela était trop pénible et trop mystérieux pour eux. Ils voulaient tout simplement une solution politique, tout le reste ne leur semblait pas assez concret. N’en est-il pas ainsi encore aujourd’hui ? Combien de personnes sont parties au cours des derniers cent ans, parce que, à leur sens, Jésus n’était pas assez pratique ? Ce qu’ils ont fabriqué ensuite, nous le voyons bien. Si, hic et nunc, le Seigneur nous pose la question : « Voulez-vous partir, vous aussi ? », nous voulons lui répondre de tout cœur en cette Fête-Dieu : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous, nous croyons, et nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6,67s.). Amen. ?
CARD. RATZINGER Chemins vers Jésus (Parole et Silence 2004) pp. 105-109