Paroisse catholique Saint Michel

Dirigée par

 Monsieur l'abbé Paul Aulagnier

 

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Du 8 au 14 mai 2006

4iéme dimanche aprés Pâques

 

 

A-Homélie

« Cantate Domino canticum novum »
« Chantez au Seigneur un cantique nouveau »
« Acclamez Dieu, terre entière »
« Chantez la gloire de son nom ».

Voilà, MBCF, des affirmations importantes et de l’Introït et du chant de l’Offertoire de cette messe du quatrième dimanche après Pâques. Et l’un et l’autre, et l’Introït et l’Offertoire, nous donnent la raison de ces acclamations, de ces chants: « parce qu’Il a fait des prodiges », nous dit l’Introït, « quia mirabilia fecit Dominus » ; « parce qu’Il a tant fait pour mon âme », « quanta fecit Dominus animae meae, nous dit l’Offertoire.
Ainsi tous ces prodiges et toutes ces merveilles sont la raison de la joie de mon âme, du chant de mon coeur.

Avez-vous remarqué que c’est l’attitude même de notre Dame dans son chant du Magnificat. Elle chante Dieu en raison des merveilles qu’Il opéra en son âme. « Mon âme glorifie le Seigneur et mon esprit trésaille de joie en Dieu mon Sauveur parce qu’il a regardé la bassesse de sa servante. Car désormais toutes les générations m’appelleront bienheureuse, parce que le Tout puissant a fait en moi de grandes choses. Son nom est saint et sa miséricorde se répand d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Il a déployé la force de son bras…Il a pris soin d’Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde, selon la promesse qu’il en avait faite à nos pères, de sa miséricorde envers Abraham et sa race pour toujours ».

Et c’est cette miséricorde divine qui a fait ces prodiges…

Et quels sont ces prodiges, fruits de sa miséricorde… ?

Ce sont ceux là même qui furent annoncés déjà à l’orée du salut à Noé, à Abraham…un Sauveur nous sera donné : « Il a pris soin d’Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde, selon la promesse qu’Il en avait faite à nos pères, de sa miséricorde envers Abraham et à sa race pour toujours ».

Un Sauveur est promis par Dieu au bénéfice de sa création pécheresse.

Et Notre Dame est cette femme qui donnera ce Sauveur, fruit de la miséricorde de Dieu, Sauveur promis à Abraham et à sa descendance.

Ainsi c’est toute l’histoire du salut qui est la raison du chant de grâce de Notre Dame.

Il en est de même du « Benedictus » de Zacharie :

« Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël de ce qu’Il a visité et racheté son peuple. Il nous a suscité un puissant sauveur dans la maison de David son serviteur, selon ce qu’il a dit par la bouche de ses saints prophètes aux siècles passés…Un Sauveur qui nous délivrera de nos ennemis et des mains de tous ceux qui nous haïssent. Il a accompli la miséricorde promise à nos pères et s’est souvenu de son alliance sainte, selon le serment par lequel il a juré à Abraham notre père de nous faire cette grâce, qu’étant délivrés des mains de nos ennemis, nous le servions sans crainte, dans la sainteté et la justice en sa présence, tous les jours de notre vie ».

C’est bien l’histoire du salut…que chante Zacharie. C’est bien la mémoire, le souvenir de ce salut, ce salut opéré, réalisé, fruit de la miséricorde, qui est la raison du chant du Benedictus de Zacharie.

On comprend aussi très bien que l’Eglise, en ces dimanches qui suivent la semaine sainte où nous avons commémoré la « Pâque » du Seigneur, nous demande d’être dans la joie et dans l’acclamation du Seigneur, dans le chant d’action de grâce comme Notre Dame le fut, comme Zacharie le fut également et que le prophète Siméon le sera tout pareillement.

Son chant à lui est un chant de paix professé, le Sauveur dans les mains : « C’est maintenant, Seigneur, que, selon votre parole, vous laissez votre serviteur s’en aller en paix ; car mes yeux ont vu votre salut que vous avez préparé devant tous les peuples pour être la lumière qui éclairera les nations et la gloire de votre peuple d’Israël » (Lc 2 28-31)

Mais dans notre Introït ou notre Offertoire, nous affirmons les mêmes choses : « Acclamez Dieu, terre entière. Chantez la gloire de son nom. Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu et je vous conterai tout ce qu’il fit pour mon âme…Et narrabo vobis quanta fecit Dominus animae meae », « tout ce qu’il fit pour le salut de mon âme »

Souvenez-vous…
Souvenez-vous des promesses faites à Abraham et à sa descendance…
Souvenez-vous du récit de la Genèse : « Yahweh dit à Abram : « Va-t-en de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation. Je te bénirai et je rendrai grand ton nom. Tu seras un bénédiction…Et Abram partit comme Yaweh le lui avait dit…Un peu plus tard : « lève les yeux et du lieu où tu es, regarde vers le septentrion et vers le midi, vers l’orient et vers le couchant, tout ce pays que tu vois, je le donnerai à toi et à ta postérité pour toujours. Je rendrai ta postérité nombreuse comme la poussière de la terre ; si l’on peut compter la poussière de la terre, on comptera aussi ta postérité ».
Et plus tard, encore : « Lève ton regard vers le ciel et compte les étoiles si tu peux les compter. Et il lui dit : telle sera ta postérité. Abram eut foi à Yaweh et Yaweh le lui imputa à justice ».

Souvenez-vous surtout de l’histoire de notre rédemption, de son mode…c’est-à-dire de l’anéantissement du Seigneur en sa passion.

Je vous invite à porter votre attention sur trois points principaux. Cet anéantissement ne fut ni simple ni médiocre : Dieu s’est anéanti lui-même jusqu’à la chair, à la mort et à la croix.
On ne peut mesurer à sa valeur l’humilité, la bonté et la condescendance du Dieu de majesté qui accepta de revêtir notre chair, d’être mis à mort et de subir l’infamie de la croix.

Mais quelqu’un pourrait ici m’interrompre pour dire : le Dieu créateur ne pouvait-il donc réparer son œuvre sans subir cet abaissement ?
Certes, il le pourrait.
Mais il préféra s’offrir à l’ignominie afin d’ôter à l’homme l’occasion de commettre, outre ses autres péchés, le pire, le plus odieux de tous, c’est-à-dire l’ingratitude. Il a pris sur lui la plus lourde peine, afin que l’homme lui fût redevable du plus grand amour.
La difficulté de la Rédemption devait être un avertissement pour la créature que la facilité de sa condition première n’avait pas rendue assez reconnaissante.

Que disait-il, en effet, l’homme ingrat. Il disait : « J’ai été créé gratuitement mais je n’ai coûté aucune peine à mon créateur. Il a prononcé une seule parole et j’ai été créé…Il n’y a rien de bien extraordinaire dans un don qui n’a coûté qu’un mot.
Ainsi donc rabaissant le bienfait de la création, l’impiété humaine trouvait un motif d’ingratitude là où il fallait reconnaître un motif d’amour et l’homme agissait ainsi pour excuser ses fautes.

Mais la bouche qui proférait l’injustice a été fermée. Il est manifeste que Dieu a payé pour l’homme, un prix énorme : Maître, il s’est fait esclave ; riche, il est devenu pauvre ; Verbe il s’est fait chair et Fils de Dieu, il n’a pas dédaigné d’être le fils de l’homme.

Souvenez-vous que si vous avez été fait de rien, vous n’avez pas été rachetés de rien. En six jours, Dieu a créé toutes choses et l’homme parmi elles. Mais l’œuvre du salut a demandé trente années entières de terrestre labeur, enduré avec patience !
L’ignominie de la Croix, l’horreur de la mort sont venues s’ajouter aux servitudes de la chair et aux tentations de l’ennemi. Il la fallait. C’est ainsi, Seigneur que tu as sauvé les hommes en multipliant ta propre miséricorde.

Ainsi, si je fais toutes ses considérations, si j’y porte quelque attention, je ne puis pas ne pas chanter, comme Notre Dame, comme Zacharie, comme Siméon mon chant de reconnaissance. C’est, du reste, l’objet de notre « Gloria in excelsis Deo ». Nous louons, nous bénissons, nous adorons nous glorifions, nous rendons grâce à Notre Seigneur, au Fils unique, Jésus-Christ, Seigneur Dieu, parce qu’Il est l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.

Et c’est aussi le chant des élus dans le ciel. Ils sont tous à chanter la gloire du Seigneur, véritable Agneau de Dieu. C’est saint Jean qui l’enseigne dans son Apocalypse : « Et ils chantaient un cantique nouveau, disant : « Vous êtes digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux ; car vous avez été immolé, et vous avez racheté pour Dieu par votre sang les hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation ; et vous les avez faits rois et prêtres et ils règnent sur la terre. Je vis et j’entendis autour du trône, autour des an imaux et des veill$ards, la voix d’une multitude d’anges et leur nombre était des myriades de myriades et des milliers de milliers. Ils disanient d’une voix forte : « l’Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la louange. Et toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre et dans la mer et toutes chosent qui s’y trouvent, je les entendis qui disaient : « A Celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau soient la louange, l’honneur, la gloire et la force aux siècles des siècles ! ». (Ap 5 9-13)


B- La tradition selon Benoît XVI


Le mercredi 26 avril 2006, alors que nous nous trouvions à Rome, avec mes confrères, les abbés Laguérie, de Tanouarn, et Hery, nous avons assisté à cette audience générale sur la place saint Pierre. Le pape a évoqué le problème de la Tradition. Il y est revenu le mercredi suivant, 3 mai 2006. Nous publions ci-dessous le texte intégral de ces deux communications :
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a-Texte du mercredi 26 avril 2006

Chers frères et sœurs,

Merci pour votre affection ! Dans la nouvelle série de catéchèses, commencée depuis peu, nous cherchons à comprendre le dessein originel de l'Eglise voulue par le Seigneur, pour mieux comprendre ainsi également notre place, notre vie chrétienne, dans la grande communion de l'Eglise. Jusqu'à présent, nous avons compris que la communion ecclésiale est suscitée et soutenue par l'Esprit Saint, conservée et promue par le ministère apostolique. Et cette communion, que nous appelons Eglise, ne s'étend pas seulement à tous les croyants d'un moment historique déterminé, mais comprend également tous les temps et toutes les générations. Nous avons donc une double universalité: l'universalité synchronique — nous sommes unis avec les croyants dans toutes les parties du monde — et également une universalité dite diachronique c'est-à-dire : que tous les temps nous appartiennent, les croyants du passé et les croyants de l'avenir également forment avec nous une grande et unique communion. L'Esprit apparaît comme le garant de la présence active du mystère dans l'histoire, Celui qui en assure la réalisation au cours des siècles. Grâce au Paraclet, l'expérience du Ressuscité, faite par la communauté apostolique aux origines de l'Eglise, pourra toujours être vécue par les générations successives, dans la mesure où elle est transmise et actualisée dans la foi, dans le culte et dans la communion du Peuple de Dieu, pèlerin dans le temps. Et ainsi, à présent, au cours du temps pascal, nous vivons la rencontre avec le Ressuscité, non seulement comme un événement du passé, mais dans la communion présente de la foi, de la liturgie, de la vie de l'Eglise. C'est dans cette transmission des biens du salut, qui fait de la communauté chrétienne l'actualisation permanente, dans la force de l'Esprit, de la communion originelle, que consiste la Tradition apostolique de l'Eglise. Elle est ainsi appelée car elle est née du témoignage des Apôtres et de la communauté des disciples au temps des origines, elle a été consignée sous la direction de l'Esprit Saint dans les écrits du Nouveau Testament et dans la vie sacramentelle, dans la vie de la foi, et c'est à elle — à cette Tradition, qui est toute la réalité toujours actuelle du don de Jésus — que l'Eglise se réfère constamment comme étant son fondement et sa norme, à travers la succession ininterrompue du ministère apostolique.

Jésus, toujours dans sa vie historique, limitait sa mission à la maison d'Israël, mais faisait déjà comprendre que ce don était destiné non seulement au peuple d'Israël, mais au monde entier et à tous les temps. Le Ressuscité confie ensuite de façon explicite aux Apôtres (cf. Lc 6, 13) la tâche de faire des disciples de toutes les nations, garantissant sa présence et son aide jusqu'à la fin des temps (cf. Mt 28, 19sq). L'universalisme du salut demande, par ailleurs, que le mémorial de la Pâque soit célébré sans interruption dans l'histoire jusqu'au retour glorieux du Christ (cf. 1 Co 11, 26). Qui actualisera la présence salvifique du Seigneur Jésus à travers le ministère des Apôtres — chefs de l'Israël eschatologique (cf. Mt 19, 28) — et à travers toute la vie du peuple de la nouvelle alliance ? La réponse est claire: l'Esprit Saint. Les Actes des Apôtres — en continuité avec le dessein de l'Evangile de Luc — présentent sur le vif l'interpénétration entre l'Esprit, les envoyés du Christ et la communauté qu'ils ont rassemblée. Grâce à l'action du Paraclet, les Apôtres et leurs successeurs peuvent réaliser dans le temps la mission reçue par le Ressuscité: « C'est vous qui en êtes les témoins. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis...» (Lc 24, 48sq). « Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). Et cette promesse, au début incroyable, s'est déjà réalisée à l'époque des Apôtres: « Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l'Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent » (Ac 5, 32).

C'est donc l'Esprit lui-même qui, à travers l'imposition des mains et la prière des Apôtres, consacre et envoie les nouveaux missionnaires de l'Evangile (tel que, par exemple, dans Ac 13, 3sq. et 1 Tm 4, 14). Il est intéressant de noter que, alors que dans certains passages, on dit que Paul établit les prêtres dans les Eglises (cf. Ac 14, 23), on affirme ailleurs que c'est l'Esprit qui constitue les pasteurs du troupeau (cf. Ac 20, 28). L'action de l'Esprit et celle de Paul apparaissent ainsi profondément interpénétrées. A l'heure des décisions solennelles pour la vie de l'Eglise, l'Esprit est présent pour la guider. Cette présence-guide de l'Esprit Saint se ressent particulièrement dans le Concile de Jérusalem, dans les paroles conclusives duquel retentit l'affirmation: « L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé... » (Ac 15, 28); l'Eglise grandit et marche « dans la crainte du Seigneur [...] avec l'assistance de l'Esprit Saint » (Ac 9, 31). Cette actualisation permanente de la présence active de Jésus Seigneur dans son peuple, opérée par l'Esprit Saint et exprimée dans l'Eglise à travers le ministère apostolique et la communion fraternelle, est ce que l'on entend au sens théologique avec le terme Tradition: celle-ci n'est pas la simple transmission matérielle de ce qui fut donné au début aux Apôtres, mais la présence efficace du Seigneur Jésus, crucifié et ressuscité, qui accompagne et guide dans l'Esprit la communauté qu'il a rassemblée.

La Tradition est la communion des fidèles autour des pasteurs légitimes au cours de l'histoire, une communion que l'Esprit Saint alimente en assurant la liaison entre l'expérience de la foi apostolique, vécue dans la communauté originelle des disciples, et l'expérience actuelle du Christ dans son Eglise. En d'autres termes, la Tradition est la continuité organique de l'Eglise, Temple de Dieu le Père, érigé sur le fondement des Apôtres et tenu ensemble par la pierre angulaire, le Christ, à travers l'action vivifiante de l'Esprit: « Et donc, vous n'êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes citoyens du peuple saint, membres de la famille de Dieu, car vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les Apôtres et les prophètes; et la pierre angulaire c'est le Christ Jésus lui-même. En lui, toute la construction s'élève harmonieusement pour devenir un temple saint dans le Seigneur. En lui, vous êtes, vous aussi, des éléments de la construction pour devenir par l'Esprit Saint la demeure de Dieu » (Ep 2, 19-22). Grâce à la Tradition, garantie par le ministère des Apôtres et de leurs successeurs, l'eau de la vie qui jaillit du côté du Christ et son sang salutaire rejoignent les femmes et les hommes de tous les temps. Ainsi, la Tradition est la présence permanente du Sauveur qui vient nous rencontrer, nous racheter et nous sanctifier dans l'Esprit à travers le ministère de son Eglise, à la gloire du Père.

En conclusion et en résumé, nous pouvons donc dire que la Tradition n'est pas une transmission de choses ou de paroles, une collection de choses mortes. La Tradition est le fleuve vivant qui nous relie aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes. Le grand fleuve qui nous conduit aux portes de l'éternité. Et étant ainsi, dans ce fleuve vivant se réalise toujours à nouveau la parole du Seigneur que nous avons entendue au début sur les lèvres du lecteur: « Et moi que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 20).

b- texte du 3 mai 2006.

Chers frères et sœurs,

Dans ces catéchèses nous voulons un peu comprendre ce qu'est l'Eglise. La dernière fois, nous avons médité sur le thème de la Tradition apostolique. Nous avons vu que celle-ci n'est pas une collection de choses, de mots, comme une boîte remplie de choses mortes; la Tradition est le fleuve de la vie nouvelle qui vient des origines, du Christ jusqu'à nous, et qui nous fait participer à l'histoire de Dieu avec l'humanité. Ce thème de la Tradition est tellement important, que je voudrais encore aujourd'hui m'y arrêter : il est en effet d'une grande importance pour la vie de l'Eglise. Le Concile Vatican II a noté, à ce propos, que la Tradition est apostolique avant tout dans ses origines: « Cette Révélation donnée pour le salut de toutes les nations, Dieu, avec la même bienveillance, prit des dispositions pour qu'elle demeurât toujours en son intégrité et qu'elle fût transmise à toutes les générations. C'est pourquoi le Christ Seigneur, en qui s'achève toute la Révélation du Dieu très haut (cf. 2 Co 1, 20 et 3, 16-4,6), ayant accompli lui-même et proclamé de sa propre bouche l'Evangile d'abord promis par les prophètes, ordonna à ses apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale en leur communiquant les dons divins » (Const. apost. Dei Verbum, n. 7). Le Concile poursuit en notant combien cet engagement a été fidèlement exécuté « par les apôtres, qui, dans la prédication orale, dans les exemples et les institutions, transmirent, soit ce qu'ils avaient appris de la bouche du Christ en vivant avec lui et en le voyant agir, soit ce qu'ils tenaient des suggestions du Saint-Esprit » (ibid.) Avec les Apôtres, ajoute le Concile, collaborent également « des hommes de leur entourage, qui, sous l'inspiration de l'Esprit Saint, consignèrent par écrit le message de salut » (ibid).

Chefs de l'Israël eschatologique, eux aussi au nombre de douze comme l'étaient les tribus du peuple élu, les Apôtres poursuivent le « rassemblement » commencé par le Seigneur, et ils le font tout d'abord en transmettant fidèlement le don reçu, la bonne nouvelle du Royaume transmis aux hommes par Jésus Christ. Leur nombre exprime non seulement la continuité avec la sainte racine, l'Israël des douze tribus, mais également la destination universelle de leur ministère, qui apporte le salut jusqu'aux extrémités les plus lointaines de la terre. On peut le comprendre à partir de la valeur symbolique que possèdent les nombres dans le monde sémite: « douze » est le résultat de la multiplication de trois, nombre parfait, par quatre, nombre qui renvoie aux quatre points cardinaux, et donc au monde entier.

La communauté, née de l'annonce évangélique, se reconnaît comme étant convoquée par la parole de ceux qui les premiers ont fait l'expérience du Seigneur et qui ont été envoyés par Lui. Elle sait pouvoir compter sur la direction des Douze, ainsi que sur celle de ceux auxquels ces derniers s'associent au cours des temps comme successeurs dans le ministère de la parole et dans le service à la communion. En conséquence, la communauté se sent engagée à transmettre aux autres l'« heureuse nouvelle » de la présence actuelle du Seigneur et de son mystère pascal, agissant dans l'Esprit. Cela apparaît clairement dans plusieurs passages des Lettres de Paul: « Je vous a transmis ceci, que j'ai moi-même reçu » (1 Co 15, 3). Et cela est important. Saint Paul, on le sait, appelé à l'origine par le Christ avec une vocation personnelle, est un véritable Apôtre, mais cependant pour lui aussi la fidélité à ce qu'il a reçu compte de manière fondamentale. Il ne voulait pas « inventer » un nouveau christianisme, pour ainsi dire, « paulinien ». Il insiste donc: « Je vous ai transmis ceci, que j'ai moi-même reçu ». Il a transmis le don initial qui vient du Seigneur et qui est la vérité qui sauve. Puis, vers la fin de sa vie, il écrit à Timothée: « Tu es le dépositaire de l'Evangile; garde-le dans toute sa pureté, grâce à l'Esprit Saint qui habite en nous » ( 2 Tm 1, 14). Cet antique témoignage de foi chrétienne, écrit par Tertullien vers l'an 200, le montre également de manière éloquente: « (les Apôtres) affirmèrent au début leur foi en Jésus Christ et établirent des Eglises en Judée et, immédiatement après, dispersés dans le monde, ils annoncèrent la même doctrine et la même foi aux nations, et ils fondèrent donc des Eglises dans chaque ville. Ensuite, à partir de celles-ci, les autres Eglises ramifièrent leur foi et les semences de la doctrine, et elles la ramifient sans cesse, précisément pour être des Eglises. De cette manière, elles sont elles aussi considérées apostoliques en tant que descendance des Eglises des apôtres » (Tertullien, De praescriptione haereticorum, 20: PL 2, 32).

Le Concile Vatican II commente: « Quant à la Tradition reçue des Apôtres, elle comprend tout ce qui contribue à conduire saintement la vie du peuple de Dieu et à en augmenter la foi; ainsi l'Eglise perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte, et elle transmet à chaque génération, tout ce qu'elle est elle-même, tout ce qu'elle croit » (Const. Dei verbum, n. 8). L'Eglise transmet tout ce qu'elle est et ce qu'elle croit, elle le transmet dans le culte, dans la vie, dans la doctrine. La Tradition est donc l'Evangile vivant, annoncé par les Apôtres dans son intégrité, sur la base de la plénitude de leur expérience unique et sans égale: à travers leur œuvre, la foi est communiquée aux autres, jusqu'à nous, jusqu'à la fin du monde. La Tradition est donc l'histoire de l'Esprit qui agit dans l'histoire de l'Eglise à travers la médiation des Apôtres et de leurs successeurs, en continuité fidèle avec l'expérience des origines. C'est ce que précise saint Clément Romain vers la fin du Ier siècle: « Les Apôtres — écrit-il — nous annoncèrent l'Evangile envoyé par le Seigneur Jésus Christ, Jésus Christ fut envoyé par Dieu. Le Christ vient donc de Dieu, les Apôtres du Christ: tous deux procèdent de manière ordonnée de la volonté de Dieu. [...] Nos Apôtres eurent connaissance par notre Seigneur Jésus Christ que des disputes seraient nées autour de la fonction épiscopale. C'est pourquoi, prévoyant l'avenir, ils établirent les élus et leur donnèrent l'ordre, afin qu'à leur mort d'autres hommes éprouvés assument leur charge » (Ad Corinthios, 42.44: PG 1, 292.296).

Cette chaîne du service se poursuit jusqu'à aujourd'hui, elle se poursuivra jusqu'à la fin du monde. En effet, le mandat conféré par Jésus aux Apôtres a été transmis par eux à leurs successeurs. Au-delà de l'expérience du contact personnel avec le Christ, expérience unique et sans égale, les Apôtres ont transmis à leurs successeurs l'envoi solennel dans le monde reçu du Maître. Apôtre vient précisément du terme grec « apostéllein », qui veut dire envoyer. L'envoi apostolique — comme le révèle le texte de Mt 28, 19sq — implique un service pastoral (« faites des disciples de toutes les nations...»), liturgique (« baptisez-les...») et prophétique (« apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés »), garanti par la proximité du Seigneur jusqu'à la fin des temps (« et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde »). Ainsi, de manière différente des Apôtres, nous avons nous aussi une expérience véritable et personnelle de la présence du Seigneur ressuscité. A travers le ministère apostolique, c'est le Christ lui-même qui atteint ainsi celui qui est appelé à la foi. La distance des siècles est surmontée et le Ressuscité s'offre vivant et agissant pour nous, dans l'aujourd'hui de l'Eglise et du monde. Telle est notre grande joie. Dans le fleuve vivant de la Tradition, le Christ n'est pas à deux mille ans de nous, mais il est réellement présent parmi nous et il nous donne la Vérité, il nous donne la lumière qui nous fait vivre et trouver la route vers l'avenir ».