Paroisse catholique Saint Michel

Dirigée par

 Monsieur l'abbé Paul Aulagnier

 

06 80 71 71 01

 

Du 12 au 18 juin 2006.

La Fête-Dieu.
« Lauda, Sion, Salvatorem ».

 

 

A-Homélie.

« Lauda, Sion, Salvatorem ».
« Sion, acclame ton Sauveur.

C’est le poème composé par Saint Thomas d’Aquin. C’est la théologie mise en poésie pour la joie des fidèles et son expression parfaite du mystère.

Nous le parcourrons en guise d’homélie.

Saint Thomas nous appelle, dès les premières strophes, à l’acclamation, à la louange, à la joie…à une acclamation, à une louange intense.

C’est le premier sentiment exprimé par saint Thomas :

« Sion, acclame ton Sauveur »
« Chante ton chef et ton pasteur »
« In hymnis et canticis »

« Ne crains pas d’épuiser tes forces »
« Il surpasse toute louange »
« Ce sera toujours trop peu »

« Parce qu’il est ton Sauveur, ton chef, ton pasteur, trois qualités, chante le avec puissance et enthousiasme.

On retrouve le « nunquam satis » de saint Bernard à l’égard de Notre Dame. De Notre Dame, on ne la louera jamais assez, tant ses perfections sont grandes. Les saints sont tous animés de sentiments puissants et reconnaissants.

Dans la troisième strophe, Saint Thomas cerne le mystère, décrit son objet.

« En ce jour », nous célébrons la sainte Eucharistie que saint Thomas définit comme « le pain vivant et qui donne la vie ». « Panis vivus et vitalis ».

C’est bien ainsi que Notre Seigneur a parlé de l’Eucharistie.
Dans Saint Jean et son fameux chapitre VI, nous retrouvons tout l’enseignement rappelé ici par Saint Thomas, dans cette strophe : « panis vivus et vitalis ».
Notre Seigneur disait en effet que « le pain de Dieu, c’est le pain qui descend du ciel et qui donne la vie au monde ».
Les juifs lui dirent donc : « Seigneur, donnez nous toujours de ce pain. Jésus leur répondit : « Je suis le pain de vie ». « Ego sum panis vitae ».
Les juifs murmuraient contre Jésus parce qu’il avait dit : « je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Et ils disaient : « n’est-ce pas là Jésus, le fils de Joseph dont nous connaissons le père et ma mère ? Comment donc dit-il : « je suis descendu du ciel ? Jésus leur répondit : « Ne murmurez point entre vous….En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle. Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts. Voici le pain descendu du ciel afin que celui qui en mange ne meure point. Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair livrée pour le salut du monde » (Jn 6 50)
L’Eucharistie est aussi le sacrifice du Christ. Il s’est livré dans sa chair pour le salut du monde.
« celui qui mange de ce pain vivra éternellement » nous dit NSJC.

Oui ! Comme saint Thomas plonge sa pensée dans l’enseignement de l’Ecriture Sainte, source de la Révélation.
« Ce que nous allons célébrer
« En ce jour, c’est le pain vivant
« Le pain qui donne la vie »
« panis vivus et vitalis ».

En deux mots : « panis vivus et vitalis » saint Thomas résume la doctrine catholique.

Il poursuit
« Le même, en toute vérité,
Qu’au repas sacré de la cène
Ont reçu les douze apôtres »

Saint Thomas fait, là, nettement allusion à l’institution de la sainte Eucharistie.
C’est NSJC qui institua ce sacrement, l’Eucharistie, lors de la Cène, lors du repas pascal alors qu’il prononçait sur le pain sans azime ces paroles : « Ceci est mon corps », sur le vin de la vigne, dans le calice, en ses mains saintes et adorables, ces paroles : « Ceci est mon sang » et qu’il les distribua à ses disciples, aux 12 apôtres, à qui il confia de faire « cela en mémoire de moi », leur conférant ainsi par ces paroles le sacerdoce.

« Ce que le Christ fit à la Cène
Les disciples le firent après lui…avec même puissance, même force…disant les mêmes paroles que celles du Christ parce qu’ils agissent « in persona Christi » : « Ceci est mon corps
Ceci est mon sang ».

Voilà pourquoi saint Thomas dit que ce « panis vivus et vitalis » est le « même » en toute vérité aujourd’hui qu’hier…. sur l’autel qu’« au repas sacré de la Cène ».
Alors que notre louange de cette Eucharistie soit ardente, soit splendide…comme elle l’était au temps passé, comme elle le fut jeudi dernier en Italie à Rome avec Benoît XVI, comme elle le sera à Saint Nicolas et sur la montagne de Montmartre…

« Louons le tous à pleine voix
« Qu’il soit ardent, qu’il soit splendide
« Le chant de nos cœurs en liesse »
Car nous rappelons en ce jour là « le jour auguste où il fut institué »

Et ce fut toujours la coutume de l’Eglise, nous rappelle le saint Concile de Trente et en ces derniers temps, l’Eglise par la bouche de ces papes, d’honorer, de louer l’Eucharistie et de l’adorer, de la louer dans des processions solennelles. Car Celui qui est sous les apparences eucharistiques, c’est celui là même qui est adoré par les Anges au Ciel…C’est celui là même que les anges du Ciel adorèrent en la nuit de Noël…Celui-là même que les mages s’inclinant vinrent adorer à Jérusalem.

Tu dois adorer, louer ardemment d’autant plus qu’avec l’Eucharistie, la figure fait place à la réalité. La manne, en effet en était seulement la figure. L’Eucharistie en est la réalité…L’Agneau pascal en était aussi la figure, l’annonce…la préfiguration…Mais qu’est-ce que la figure, l’ombre quand on a la change d’avoir la réalité. C’est le jour et la nuit.

« L’ancien fait place au nouveau »
« L’ombre à la réalité »
« Et le jour chasse la nuit ».

La réalité, de fait, est là en nos mains de prêtres, sous les yeux des fidèles. C’est la raison de notre adoration. C’est la raison de notre présence.

« Ce que le Christ fit à la Cène »
« Il ordonna qu’on le refasse »
« En se souvenant de lui »

Saint Thomas fait ici une nette allusion au récit de la Saint Eucharistie. Il parle clairement de la présence réelle de NSJC dans la Sainte Eucharistie
« C’est un dogme pour le chrétien », le dogme dit de transsubstantiation.
« Le pain devient vraiment sa chair »
« Et le vin vraiment sa sang ».

Saint Thomas utilise le verbe « transire ». Ce passage n’est pas perceptible ni à la vue ni à l’intelligence. Mais la foi vive, elle seule l’affirme : « animosa fides firmat ».
Elle s’en remet à la seule parole de NSJC, à sa seule autorité. Elle se confie en lui. Elle sait qu’il ne peut ni se tromper ni nous tromper. Il a dit « ceci est mon corps. Ceci est mon sang » et manifestement il faut entendre ces paroles littéralement, cela suffit à la « fides animosa ». Le formel de la foi est l’autorité de Dieu se révélant.

Oui ! Sous les diverses espèces qui sont seulement signe et nullement la chose, « vit la réalité sainte » car la présence du Christ dans l’Eucharistie est une présence par mode de substance.

Aussi en ce sacrement sache que tu mange la chair et bois le sang » comme, du reste, le Christ l’enseignait lui-même, en Saint Jean. « Carus cibus, sanguis potus ».
« Et le pain que je donnerai c’est ma chair », nous dit NSJC… « Celui qui mange ma chair et bois mon sang a la vie éternelle et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui… » Jn 6 55)

L’Eucharistie est vraiment une nourriture et cette nourriture c’est la propre chair du Christ qui est présent « totus » sous les espèces, c’est-à-dire en sa divinité et en son humanité, en sa chair même. C’est le Christ « totus »…Tout le Christ demeure sous chaque espèce et dans le plus petite parcelle. Aussi le reçoit-on « integer », « tout entier ». Le Christ est là dans l’Eucharistie « totus » et « integer »…parce qu’il y est par mode de substance .
C’est pourquoi, dans l’Eucharistie, le Christ est présent, mais de Lui, rien n’est réduit « ni l’être », ni la « grandeur. « Il subsiste », nous dit Saint Thomas.

« Bons et méchants, tous le reçoivent*
Mais pour un sort bien différent
Pour la vie ou pour la mort
Mort aux méchants et vie aux bons »
Vois combien le même aliment
Produit des effets contraires »

C’est l’aspect moral de l’enseignement de saint Thomas
O comme l’Eucharistie est moyen et raison de conversion et de sainteté. Celui qui cherche à recevoir ce pain si saint ne peut pas aussi ne pas chercher à chaque instant cette perfection…Mais ne faut-il pas non plus attendre cette perfection pour la recevoir…Elle est elle-même cause de sainteté.
« Celui qui mange ma chair et bois mon sang a la vie éternelle ».

Le Christ dans l’Eucharistie le « panis angelorum », le pain des Anges. Il s’est fait le « cibus viatorum », le pain de la route. Les « viatorum » c’est nous…qui sommes les « viateurs », c’est-àdire « in via » vers l’éternité. Il s’est fait aussi le « panis filiorum », le pain des saints », le pain de ceux qui sont sanctifiés dans le Christ.

Dans les ages anciens, lors de l’Ancien Testament, le sacrement de l’Eucharistie fut annoncé par des figures. Saint Thomas nous en rappellent trois : deux rappellent le sacrifice rédempteur, c’est le sacrifice d’Isaac par Abraham, son père, figure du sacrifice du Christ …C’est l’Agneau pascal qui, célébré chaque année, rappelait au peuple hébreux sa délivrance d’Egypte, par le sacrifice de l’Agneau… et enfin la manne, la nourriture qui accompagnait le peuple dans sa marche vers la terre sainte.

« Des figures l’ont annoncé »
« Isaac est sacrifié »
« L’Agneau pascal est immolé
« La manne nourrit nos pères »

C’est dire que saint Thomas ne dissocie pas l’Eucharistie du Sacrifice du Christ. C’est, du reste, dans le sacrifie que l’Eucharistie nous est donnée…comme ce fut au cours de l’immolation en acte que Jésus-Christ institua la Sainte Eucharistie.
L’Eucharistie qui est nourriture est aussi sacrifice : le sacrifice du Christ.
Tout, du mystère eucharistique, nous est rappelé en cette séquence de saint Thomas.


B- Saint André.

Homélie de Benoît XVI

Cette homélie sur Saint André, fut prononcée lors de l’audience générale du mercredi 14 juin,


Chers frères et sœurs,

Dans les deux dernières catéchèses, nous avons parlé de la figure de saint Pierre. A présent nous voulons, autant que les sources le permettent, connaître d'un peu plus près également les onze autres Apôtres. C'est pourquoi nous parlons aujourd'hui du frère de Simon Pierre, qui était lui aussi l'un des Douze. La première caractéristique qui frappe chez André est son nom: il n'est pas juif, comme on pouvait s'y attendre, mais grec, signe non négligeable d'une certaine ouverture culturelle de sa famille. Nous sommes en Galilée, où la langue et la culture grecques sont assez présentes. Dans les listes des Douze, André occupe la deuxième place, comme dans Matthieu (10, 1-4) et dans Luc (6, 13-16), ou bien la quatrième place comme dans Marc (3, 13-18) et dans les Actes (1, 13-14). Quoi qu'il en soit, il jouissait certainement d'un grand prestige au sein des premières communautés chrétiennes.

Le lien de sang entre Pierre et André, ainsi que l'appel commun qui leur est adressé par Jésus, apparaissent explicitement dans les Evangiles. On y lit: « Comme il [Jésus] marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac: c'était des pêcheurs. Jésus leur dit: “Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes” » (Mt 4, 18-19; Mc 1, 16-17). Dans le quatrième Evangile, nous trouvons un autre détail important: dans un premier temps, André était le disciple de Jean-Baptiste; et cela nous montre que c'était un homme qui cherchait, qui partageait l'espérance d'Israël, qui voulait connaître de plus près la parole du Seigneur, la réalité du Seigneur présent. C'était vraiment un homme de foi et d'espérance; et il entendit Jean-Baptiste un jour proclamer que Jésus était l'« agneau de Dieu » (Jn 1, 36); il se mit alors en marche et, avec un autre disciple qui n'est pas nommé, il suivit Jésus, Celui qui était appelé par Jean « Agneau de Dieu ». L'évangéliste rapporte: ils « virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là » (Jn 1, 37-39). André put donc profiter de précieux moments d'intimité avec Jésus. Le récit se poursuit par une annotation significative: « André, le frère de Simon Pierre, était l'un des deux disciples qui avaient entendu Jean Baptiste et qui avaient suivi Jésus. Il trouve d'abord son frère Simon et lui dit: “Nous avons trouvé le Messie (autrement dit: le Christ)”. André amena son frère à Jésus » (Jn 1, 40-43), démontrant immédiatement un esprit apostolique peu commun. André fut donc le premier des Apôtres à être appelé à suivre Jésus. C'est précisément sur cette base que la liturgie de l'Eglise byzantine l'honore par l'appellation de Protóklitos, qui signifie précisément « premier appelé ». Et il est certain que c'est également en raison du rapport fraternel entre Pierre et André que l'Eglise de Rome et l'Eglise de Constantinople se sentent de manière particulière Eglises-sœurs. Pour souligner cette relation, mon prédécesseur, le pape Paul VI, restitua en 1964 les nobles reliques de saint André, conservées jusqu'alors dans la Basilique vaticane, à l'évêque métropolite orthodoxe de la ville de Patras en Grèce, où selon la tradition, l'Apôtre fut crucifié.

Les traditions évangéliques rappellent particulièrement le nom d'André en trois autres occasions, qui nous font connaître un peu plus cet homme. La première est celle de la multiplication des pains en Galilée. En cette circonstance, ce fut André qui signala à Jésus la présence d'un enfant avec cinq pains d'orge et deux poissons, « bien peu de chose » — remarqua-t-il — pour toutes les personnes réunies en ce lieu (cf. Jn 6, 8-9). Le réalisme d'André en cette occasion mérite d'être souligné: il remarqua l'enfant — il avait donc déjà posé la question: « Mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ! » (ibid.) —, et il se rendit compte de l'insuffisance de ses maigres réserves. Jésus sut toutefois les faire suffire pour la multitude de personnes venues l'écouter. La deuxième occasion fut à Jérusalem. En sortant de la ville, un disciple fit remarquer à Jésus le spectacle des murs puissants qui soutenaient le Temple. La réponse du Maître fut surprenante: il lui dit que de ces murs, il ne serait pas resté pierre sur pierre. André l'interrogea alors, avec Pierre, Jacques et Jean: « Dis-nous quand cela arrivera, dis-nous quel sera le signe que tout cela va finir » (Mc 13, 1-4). Pour répondre à cette question, Jésus prononça un discours important sur la destruction de Jérusalem et sur la fin du monde, en invitant ses disciples à lire avec attention les signes des temps et à rester toujours vigilants. Nous pouvons déduire de l'épisode que nous ne devons pas craindre de poser des questions à Jésus, mais que dans le même temps, nous devons être prêts à accueillir les enseignements, même surprenants et difficiles, qu'Il nous offre.

Dans les Evangiles, enfin, une troisième initiative d'André est rapportée. Le cadre est encore Jérusalem, peu avant la Passion. Pour la fête de Pâques — raconte Jean — quelques Grecs étaient eux aussi venus dans la ville sainte, probablement des prosélytes ou des hommes craignant Dieu, venus pour adorer le Dieu d'Israël en la fête de la Pâque. André et Philippe, les deux Apôtres aux noms grecs, servent d'interprètes et de médiateurs à ce petit groupe de Grecs auprès de Jésus. La réponse du Seigneur à leur question apparaît — comme souvent dans l'Evangile de Jean — énigmatique, mais précisément ainsi, elle se révèle riche de signification. Jésus dit aux deux disciples et, par leur intermédiaire, au monde grec: « L'heure est venue pour le Fils de l'homme d'être glorifié. Amen, amen, je vous le dis: si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s'il meurt, il donne beaucoup de fruit » (Jn 12, 23-24). Que signifient ces paroles dans ce contexte ? Jésus veut dire: Oui, la rencontre entre moi et les Grecs aura lieu, mais pas comme un simple et bref entretien entre moi et quelques personnes, poussées avant tout par la curiosité. Avec ma mort, comparable à la chute en terre d'un grain de blé, viendra l'heure de ma glorification. De ma mort sur la croix proviendra la grande fécondité: le « grain de blé mort » — symbole de ma crucifixion — deviendra dans la résurrection pain de vie pour le monde; elle sera lumière pour les peuples et les cultures. Oui, la rencontre avec l'âme grecque, avec le monde grec, se réalisera à ce niveau auquel fait allusion l'épisode du grain de blé qui attire à lui les forces de la terre et du ciel et qui devient pain. En d'autres termes, Jésus prophétise l'Eglise des Grecs, l'Eglise des païens, l'Eglise du monde comme fruit de sa Pâque.

Des traditions très antiques voient André, qui a transmis aux Grecs cette parole, non seulement comme l'interprète de plusieurs Grecs lors de la rencontre avec Jésus que nous venons de rappeler, mais elles le considèrent comme l'apôtre des Grecs dans les années qui suivirent la Pentecôte; elles nous font savoir qu'au cours du reste de sa vie il fut l'annonciateur et l'interprète de Jésus dans le monde grec. Pierre, son frère, de Jérusalem en passant par Antioche, parvint à Rome pour y exercer sa mission universelle; André fut en revanche l'Apôtre du monde grec: ils apparaissent ainsi de véritables frères dans la vie comme dans la mort — une fraternité qui s'exprime symboliquement dans la relation spéciale des Sièges de Rome et de Constantinople, des Eglises véritablement sœurs.

Une tradition successive, comme nous l'avons mentionné, raconte la mort d'André à Patras, où il subit lui aussi le supplice de la crucifixion. Cependant, au moment suprême, de manière semblable à son frère Pierre, il demanda à être placé sur une croix différente de celle de Jésus. Dans son cas, il s'agit d'une croix décussée, c'est-à-dire dont le croisement transversal est incliné, qui fut donc appelée « croix de saint André ». Voilà ce que l'Apôtre aurait dit à cette occasion, selon un antique récit (début du VIe siècle) intitulé Passion d'André: « Je te salue, ô Croix, inaugurée au moyen du Corps du Christ et qui as été ornée de ses membres, comme par des perles précieuses. Avant que le Seigneur ne monte sur toi, tu inspirais une crainte terrestre. A présent, en revanche, dotée d'un amour céleste, tu es reçue comme un don. Les croyants savent, à ton égard, combien de joie tu possèdes, combien de présents tu prépares. Avec assurance et rempli de joie, je viens donc à toi, pour que toi aussi, tu me reçoives exultant comme le disciple de celui qui fut suspendu à toi... O croix bienheureuse, qui reçus la majesté et la beauté des membres du Seigneur!... Prends-moi et porte-moi loin des hommes et rends-moi à mon Maître, afin que par ton intermédiaire me reçoive celui qui, par toi, m'a racheté. Je te salue, ô Croix; oui, en vérité, je te salue! ». Comme on le voit, il y a là une très profonde spiritualité chrétienne, qui voit dans la croix non pas tant un instrument de torture, mais plutôt le moyen incomparable d'une pleine assimilation au Rédempteur, au grain de blé tombé en terre. Nous devons en tirer une leçon très importante: nos croix acquièrent de la valeur si elles sont considérées et accueillies comme une partie de la croix du Christ, si elles sont atteintes par l'éclat de sa lumière. Ce n'est que par cette Croix que nos souffrances sont aussi ennoblies et acquièrent leur sens véritable.

Que l'Apôtre André nous enseigne donc à suivre Jésus avec promptitude (cf. Mt 4, 20; Mc 1, 18), à parler avec enthousiasme de Lui à ceux que nous rencontrons, et surtout à cultiver avec Lui une relation véritablement familière, bien conscients que ce n'est qu'en Lui que nous pouvons trouver le sens ultime de notre vie et de notre mort.

© Copyright du texte original en italien : Libreria editrice vaticana
Traduction réalisée par Zenit