Paroisse catholique Saint Michel

Dirigée par

 Monsieur l'abbé Paul Aulagnier

 

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Du 19 au 26 juin 2006.

Fête du Sacré Cœur.

 

 

A-Homélie.

La fête du Sacré Cœur.

Le Sacré Cœur de Jésus.

Pie XII consacra à cette fête une très belle Encyclique, le 15 mai 1956 : « Haurietis Aquas ».

Benoît XVI, je ne sais pourquoi, en recommandait tout récemment la lecture aux Jésuites lorsqu’il recevait le Maître Général.

Nous allons, nous aussi, nous en inspirer pour animer notre prière en cette fête.

C’est une belle fête de l’Eglise, fête que Pie IX prescrivit pour l’Eglise universelle, en 1856.

Qu’est-ce que le culte du Sacré Cœur ?

C’est essentiellement « la réponse de notre amour à l’amour divin ».

C’est le culte même que je dois à la personne du Verve divin. Parce que ce cœur est uni hypostatique ment à la personne du Verbe divin, je lui dois le même culte d’adoration que celui que je rends à la Personne même du Fils de Dieu fait homme.

Je lui dois ce culte de latrie – du à Dieu – également parce que ce cœur est le signe naturel et le symbole de son immense charité envers le genre humain.

Immense charité qui s’est manifestée dans son Incarnation rédemptrice…qui a scellé entre Dieu et l’homme, une alliance éternelle…non plus par des sacrifice d’animaux comme sous l’ancienne Alliance, mais en le sacrifice du seul Rédempteur, le véritable « Agneau de Dieu ».

C’est donc dans ce mystère de la Rédemption que se fonde essentiellement le culte du Sacré Cœur.
Tels sont les deux fondements du culte que nous devons au Sacré Cœur de Jésus.

Le mystère de la Rédemption est d’abord et par nature un mystère d’amour :

- un amour de justice du Christ envers son Père céleste. Jésus Christ offre à son Père, le sacrifice de la Croix, en esprit d’obéissance aimante. Il présente, à notre place et par amour pour nous et pour son Père, la seule satisfaction surabondante et infinie due pour les fautes du genre humain.
Le Christ souffrant par charité et obéissance a présenté à Dieu plus que n’exigeait la compensation de toutes les offenses du genre humain.

- C’est en outre le mystère de l’amour miséricordieux de Dieu et du divin Rédempteur envers tous les hommes. Nous étions en effet tout à fait incapables de satisfaire à l’expiation de nos crimes et c’est le Christ qui, par les richesses insondables de ses mérites, fruits de l’effusion de son sang précieux, a pu rétablir et parfaire le pacte d’amitié entre Dieu et les hommes, violé une première fois au paradis terrestre par la déplorable faute d’Adam et ensuite par les innombrables péchés du peuple élu et des nôtres.

Poussé par son ardente charité pour nous, en tant que notre légitime et parfait Médiateur, le Christ a surabondamment satisfait pour nous tous, à notre place.

Il est ainsi le véritable auteur de cette admirable conciliation entre la divine justice et la divine miséricorde…C’est en cela que consiste le mystère de la Rédemption. Il est ainsi le véritable auteur de notre salut, par amour pour son Père et par amour pour nous.

Saint Thomas exprime parfaitement ce mystère, cette conciliation en la justice et la miséricorde. Il écrit : « Il faut dire qu'il convenait à la miséricorde de Dieu et à sa justice de délivrer l'homme par la Passion du Christ.

- À sa justice, d'une part, parce que, par sa Passion, le Christ a satisfait pour le péché du genre humain ; et ainsi, par la justice du Christ, l'homme a été libéré.
- À sa miséricorde, d'autre part, parce que, du fait que l'homme ne pouvait lui-même satisfaire pour le péché de l'humanité tout entière, Dieu lui a fait don dans son Fils d'un Rédempteur. Et ce fut le fait d'une miséricorde plus abondante que s'il avait pardonné les péchés sans satisfaction. Aussi, il est dit : " Dieu qui est riche en miséricorde et poussé par le grand amour dont il nous a aimés, alors même que nous étions morts par suite de nos fautes, Dieu nous a fait revivre avec le Christ. » (III 46 13 ad 3)

Ainsi il est clair que le mystère de la Rédemption exprime parfaitement l’amour divin. Cet amour est comme le principe et le sommet de l’Incarnation et de la Rédemption.
C’est là dans ce mystère de la Rédemption que l’amour de NSJC, notre Dieu, éclata d’une manière sublime et nous permet d’entrer dans le sanctuaire de son cœur divin pour admirer avec l’apôtre des Gentils : « les richesses abondantes de la grâce de Dieu dans sa bonté pour nous, dans le Christ, Jésus » (Eph 2 7)

Et cet amour de notre rédemption,de notre salut,Jésus le manifesta dès l’origine.

Déjà, dans sa nativité, avant même sa conception. L’Epître aux Hébreux nous révèle son cœur et combien il « épousa » sa mission. Il faut citer le fameux texte des Hébreux : « C'est pourquoi le Christ dit ceci entrant dans le monde: " Vous n'avez voulu ni sacrifice, ni oblation, mais vous m'avez formé un corps ; vous n'avez agréé ni holocaustes, ni sacrifices pour le péché. Alors j'ai dit : Me voici (car il est question de moi dans le rouleau du livre), je viens ô Dieu, pour faire votre volonté. " Après avoir commencé par dire : " Vous n'avez voulu et vous n'avez agréé ni ablations, ni holocaustes, ni sacrifices pour le péché ", - toutes choses qu'on offre selon la Loi, il ajoute ensuite : " Voici que je viens pour faire votre volonté." Il abolit ainsi le premier point, pour établir le second. C'est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l'oblation que Jésus-Christ a faite, une fois pour toutes, de son propre corps ».

Cet amour vibrant, il le manifesta sa vie durant

- Dans ses longues pérégrinations apostoliques à la recherche de la « brebis perdu »
- Dans ses innombrables miracles : il ressuscitait les morts. Il guérissait toutes sortes de maladie…mais toujours pour provoquer la foi salvatrice.
- Dans des discours et paraboles, celles qui portent sur la miséricorde, telles la drachme perdue, la brebis égarée, l’enfant prodigue.
- Dans ses actions et dans ses écrits, se manifeste le cœur de NSJC, un cœur aimant.

Aussi Saint Grégoire le Grand a raison de dire : « Connais le cœur de Dieu dans les paroles de Dieu pour aspirer plus ardemment aux biens éternels ».
Il manifesta son zèle, son cœur, sa charité dans ces paroles, paroles inspirées par l’amour le plus ardent : « J’ai pitié de cette foule » ( Mc 8 2). Voyant Jérusalem, sa ville très aimée, et le sort qui lui était réservé par son refus du Messie : il dit : « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés ! Que de fois j'ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n'avez pas voulu !
Voici que votre maison va vous être laissée (déserte). Car, je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais que vous n'ayez dit : Béni celui qui vient au nom du Seigneur ! »(Mt 23 37)
Il manifestait aussi son amour pour le Temple de Jérusalem. « Ma maison est une maison de prière et vous vous en faites une caverne de voleurs » (Mt 21 13)

Mais c’est d’un amour intense, mêlé de frayeur que son cœur fut ému, lorsqu’il pressentit l’heure éminente de la passion. Aussi s’écria-t-il : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi » (Mt 26 39)
Et avec quel amour il s’adressa à Judas, prêt à la trahir ! En usant des paroles mêmes de l’amitié : «Mon ami… ». Il semble mieux traiter Judas qui vient le trahir que Pierre qui venait pourtant de confesser sa filiation divine lorsqu’il lui dit tout de suite après : « Arrières Satan, tu m’es une occasion de scandale ». Il voulait l’empêcher d’accomplir sa mission de monter à Jérusalem pour y subir sa Passion…

Quelle compassion n’exprima-t-il pas sur les saintes femmes pleurant sur lui : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants…car si l’on traite ainsi le bois vert qu’en sera-t-il du sec » (Lc 23 28-31)

Mais c’est sur la Croix surtout que le cœur du divin Rédempteur fut bouleversé par les sentiments les plus variés : amour brûlant, épouvante, miséricorde, désirs ardents, calme serein, tout cela fortement exprimé après ces paroles : « Père Pardonnez leur, ils ne savent ce qu’ils font » (Lc 13 34)

Il avait une telle soif des âmes, de notre rédemption qu’on peut imaginer - un peu seulement - son ardeur, alors qu’Il accomplissait la volonté de son Père, le rachat par le sang, la justification par la satisfaction.

Mais qui, également, pourrait dignement décrire les battements de son Cœur divin, signe de son amour infini, au moment où il accordait aux hommes ses dons les plus précieux : Lui-même dans le sacrement de l’Eucharistie, dans le don de sa Mère, dans le don du sacerdoce qu’il nous communiqua. Il nous le laisse entendre cependant alors qu’il déclare :
« J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir » (Lc 27 13)
Son émotion dut atteindre son comble lorsque ayant pris du pain, après avoir rendu grâces, il le rompit et leur donna à ses Apôtres en disant : « Ceci est mon corps donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi ». Et Pareillement pour la coupe….
Oui l’Eucharistie et le sacerdoce sont bien là des dons qui révèlent le cœur aimant de NSJC.

Et puis il y eut le don de sa Mère. Et finalement le don ultime de Lui-même, comme témoignage suprême de son infinie charité. Il donnait l’exemple de cette charité sublîme présentée par lui à ses disciples comme le comble de l’amour : « Nul ne peut avoir de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». (Jn 15 13)

Ainsi l’amour de Jésus-Christ, le Fils de Dieu, nous révèle dans le sacrifice du Golgotha, de la manière la plus éloquente, l’amour même de Dieu : « A ceci nous avons connu l’amour de Dieu c’est que lui a donné sa vie pour nous » (I Jn 3 16) Et en réalité, notre divin Rédempteur a été attaché à la croix plus par son amour que par la violence des bourreaux ; son immolation volontaire est le don suprême qu’Il fait à chacun des hommes, selon le mot saisissant de l’Apôtre : « Il m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi » (Gal 2 20)

Et aujourd’hui, dans la gloire de son Père, Il ne cesse pas son rôle de Médiateur, d’intercesseur. Il est sans cesse « interpellant » pour nous. Il est notre avocat, brûlant toujours du même amour.

Et de là, il nous envoya l’Esprit Saint qui, communiqué aux Apôtres, donna à l’Eglise la force nécessaire pour témoigner jusqu’au martyr, aux docteurs, un zèle enflammé pour exposer et défendre la doctrine et la foi catholique, aux confesseurs, les vertus nécessaires pour entreprendre mille et une œuvre nouvelles.

Comment après tout cela,après toutes ces preuves éminentes de son amour , ne pas chanter avec saint Paul : « Qui nous séparera de l'amour du Christ? Sera-ce la tribulation, ou l'angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou l'épée? Selon qu'il est écrit : " A cause de toi, tout le jour nous sommes livrés à la mort, et on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie. Mais dans toutes ces épreuves nous sommes plus que vainqueurs, par celui qui nous a aimés. Car j'ai l'assurance que ni la mort, ni la vie, ni le anges, ni les principautés, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu dans le Christ Jésus Notre Seigneur » (Rm 8 35-39)

Ainsi le culte de Sacré Cœur, en définitive, n’est rien d’autres que le culte de l’amour divin et humain du Verbe incarné, rien d’autre même que le culte de l’amour dont le Père et le Saint Esprit comblent les hommes pécheurs.
En effet la charité des trois personnes divines est le principe de la Rédemption. Or cette charité exerça un empire total sur le cœur même de Jésus…cette charité salvatrice influença la volonté humaine de NSJC, pénétra son cœur adorable au point qu’il voulut, lui-même, répandre son sang pour nous racheter de l’esclavage du péché : « Je dois recevoir un baptême et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé » (lc 12 50)

Avec Pie XII, nous pouvons conclure : « le culte du Sacré Cœur de Jésus, dans sa nature intime, est le culte de l’amour dont Dieu nous a aimés par Jésus, en même temps qu’il est l’exercice de l’amour que nous portons nous-mêmes à Dieu et aux autres hommes ; il consiste, en d’autres termes, à honorer l’amour de Dieu pour nous et a ce Dieu pour objet, afin de l’adorer, de lui rendre grâces, de vivre à son imitation ; et il tend à amener à son absolue perfection l’amour qui nous unit à Dieu et aux autres hommes, en nous faisant mieux pratiquer de jour en jour le commandement nouveau que le divin Maître laissa comme héritage sacré à ses disciples par ces mots : « Je vous donne un commandement nouveau c’est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13 34 15 12)

Rien n’est plus actuel et nécessaire que ce culte du Sacré Cœur.


B- Homélie du Pape lors de la fête Dieu

Nous publions ci-dessous l’homélie que le pape Benoît XVI a prononcée jeudi 15 juin, jour où la Ville de Rome fêtait la solennité du Corpus Domini (Fête Dieu), au cours de la célébration eucharistique qu’il a présidée sur le parvis de la Basilique Saint-Jean-de-Latran, à 19 heures. A l’issue de la messe, le pape a présidé la procession du Saint-Sacrement jusqu’à la Basilique Sainte-Marie-Majeure.

Chers frères et sœurs,

La veille de sa Passion, au cours de la Cène pascale, le Seigneur prit le pain entre ses mains, — c'est ce que nous venons d’entendre dans l'Evangile — et, ayant prononcé la Bénédiction, le rompit et le leur donna en disant: « Prenez, ceci est mon corps ». Puis, prenant la coupe, il rendit grâces, la leur donna, et ils en burent tous. Et il dit: « Ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui va être répandu pour une multitude » (Mc 14, 22-24). Toute l'histoire de Dieu avec les hommes est résumée dans ces paroles. Ce n'est pas seulement le passé qui est réuni et interprété, mais le futur également qui est anticipé — la venue du Royaume de Dieu dans le monde. Ce que dit Jésus n'est pas simplement des paroles. Ce qu'Il dit est un événement, un événement central de l'histoire du monde et de notre vie personnelle.

Ces paroles sont inépuisables. Je ne voudrais méditer maintenant avec vous qu’un seul aspect. Jésus, comme signe de sa présence, a choisi le pain et le vin. Il se donne entièrement – il ne donne pas seulement une partie de lui-même – avec chacun de ces deux signes. Le Ressuscité n'est pas divisé. Il est une personne qui, à travers les signes, s'approche de nous et s'unit à nous. Mais les signes représentent, à leur façon, chacun un aspect particulier de Son mystère, et, à travers leur manifestation particulière, ils veulent nous parler, afin que nous apprenions à comprendre un peu plus le mystère de Jésus Christ. Au cours de la procession et dans l'adoration, nous regardons l'Hostie consacrée, — le type le plus simple de pain et de nourriture, fait seulement d'un peu de farine et d'eau. Il apparaît ainsi comme la nourriture des pauvres, auxquels le Seigneur a accordé en premier lieu sa proximité. La prière à travers laquelle l'Eglise, au cours de la liturgie de la Messe, offre ce pain au Seigneur, le qualifie de fruit de la terre et du travail des hommes. Celui-ci renferme les efforts de l'homme, le travail quotidien de ceux qui cultivent la terre, sèment et récoltent, et enfin, préparent le pain. Toutefois, le pain n'est pas seulement notre produit, quelque chose que nous fabriquons; c'est le fruit de la terre et donc également un don. Car le fait que la terre porte du fruit n'est pas seulement un mérite à nous; seul le Créateur pouvait lui accorder la fertilité. Et à présent, nous pouvons également étendre encore un peu cette prière de l'Eglise, en disant: le pain est fruit de la terre et du ciel. Il suppose la synergie des forces de la terre et des dons d'en-haut, c'est-à-dire du soleil et de la pluie. Nous ne pouvons pas non plus produire seuls l’eau, dont nous avons besoin pour préparer le pain. A une époque où l'on parle de désertification et où l’on entend de plus en plus dénoncer le danger qu'hommes et bêtes meurent de soif dans les régions privées d'eau, nous nous rendons à nouveau compte de la grandeur du don de l'eau également, et combien nous sommes incapables de nous la procurer seuls. Alors, en l’observant de plus près, ce petit morceau d'Hostie blanche, ce pain des pauvres, nous apparaît comme une synthèse de la création. Ciel et terre, mais également activité et esprit de l'homme coopèrent. La synergie des forces qui rend possible, sur notre pauvre planète, le mystère de la vie et l'existence de l'homme, nous est présentée dans sa merveilleuse grandeur. Ainsi, nous commençons à comprendre pourquoi le Seigneur choisit ce morceau de pain comme son signe. La création, avec tous ses dons, aspire, au-delà d'elle-même, à quelque chose de plus grand. Au-delà de la synthèse de ses propres forces, au delà de la synthèse également de nature et d'esprit que nous sentons d'une certaine façon dans le morceau de pain, la création est tendue vers la divinisation, vers les saintes noces, vers l'unification avec le Créateur lui-même.

Mais nous n'avons pas encore expliqué entièrement le message de ce signe du pain. Son mystère le plus profond, le Seigneur l'a évoqué au cours du Dimanche des Rameaux, lorsqu'on lui présenta la requête de certains Grecs de pouvoir le rencontrer. Dans sa réponse à cette question, se trouve la phrase: « En vérité, en vérité je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24). Dans le pain fait de grains moulus, se cache le mystère de la Passion. La farine, le blé moulu, suppose que le grain soit mort et ressuscité. En étant moulu et cuit, il porte ensuite en lui une fois de plus le mystère même de la Passion. Ce n'est qu'à travers la mort qu'arrive la résurrection, qu'arrivent le fruit et la vie nouvelle. Les cultures de la Méditerranée, au cours des siècles précédant le Christ, ont profondément perçu ce mystère. Sur la base de l'expérience de cette mort et de cette résurrection, elles ont conçu des mythes de divinité qui, en mourant et en ressuscitant, donnaient la vie nouvelle. Le cycle de la nature leur semblait comme une promesse divine au milieu des ténèbres de la souffrance et de la mort qui nous sont imposées. Dans ces mythes, l'âme des hommes, d'une certaine façon, se projetait vers le Dieu qui s'est fait homme, qui s'est humilié jusqu'à la mort sur une croix et qui a ouvert ainsi pour nous tous la porte de la vie. Dans le pain et dans son devenir, les hommes ont découvert comme une attente de la nature, comme une promesse de la nature que cela devait exister: le Dieu qui meurt et qui, de cette façon, nous conduit à la vie. Ce qui était attendu dans les mythes et qui, dans le grain de blé lui-même, est caché comme signe de l'espérance de la création — cela a réellement eu lieu dans le Christ. A travers sa souffrance et sa mort libres, Il est devenu pain pour nous tous, et, à travers cela, une espérance vivante et digne de foi: Il nous accompagne dans toutes nos souffrances jusqu'à la mort. Les voies qu'il parcourt avec nous et à travers lesquelles il nous conduit à la vie sont des chemins d'espérance.

Lorsque nous contemplons en adoration l'Hostie consacrée, le signe de la création nous parle. Nous rencontrons alors la grandeur de son don; mais nous rencontrons également la Passion, la Croix de Jésus et sa résurrection. A travers ce regard en adoration, Il nous attire à lui, dans son mystère, au moyen duquel il veut nous transformer comme il a transformé l'Hostie.

L'Eglise des débuts a trouvé un autre symbole dans le pain. La Doctrine des Douze Apôtres, un livre composé aux environs de l'an 100, rapporte dans ses prières l'affirmation: « De même que ce pain que nous rompons, autrefois disséminé sur les collines, a été recueilli pour n'en faire plus qu'un, qu'ainsi ton Eglise soit rassemblée des extrémités de la terre dans ton Royaume! » (IX, 4). Le pain composé de nombreux grains renferme également un événement d'union: la transformation en pain des grains est un processus d'unification. Nous-mêmes, de nombreux que nous sommes, nous devons devenir un seul pain, un seul corps, nous dit saint Paul (1 Co 10, 17). Ainsi, le signe du pain devient à la fois espérance et devoir.

Le signe du vin nous parle également de façon très semblable. Mais tandis que le pain renvoie à la quotidienneté, à la simplicité et au pèlerinage, le vin exprime le caractère exquis de la création: la fête de joie que Dieu veut nous offrir à la fin des temps et que, déjà à présent, il anticipe toujours à nouveau au moyen d'évocation à travers ce signe. Mais le vin parle également de la Passion: la vigne doit être taillée continuellement pour être ainsi purifiée; le raisin doit mûrir sous le soleil et la pluie et doit être pressé: ce n'est qu'à travers cette passion que mûrit un vin précieux.

En la fête du Corpus Domini, nous regardons surtout le signe du pain. Celui-ci nous rappelle également le pèlerinage d'Israël au cours des quarante années passées dans le désert. L'Hostie est notre manne à travers laquelle le Seigneur nous nourrit — c'est véritablement le pain du ciel à travers lequel Il se donne lui-même. Au cours de la procession, nous suivons ce signe, et ainsi, nous le suivons Lui-même. Et nous le prions: Conduis-nous sur les routes de notre histoire! Montre toujours à nouveau le droit chemin à l'Eglise et à ses Pasteurs! Regarde l'humanité qui souffre, qui erre dans l'incertitude parmi tant d'interrogations; vois la faim physique et psychologique qui la tourmente! Donne aux hommes du pain pour le corps et pour l'esprit! Donne-leur du travail! Donne-leur la lumière! Donne-toi à eux! Purifie-nous et sanctifie-nous tous! Fais-nous comprendre que ce n'est qu'à travers la participation à ta Passion, à travers le « oui » à la croix, au renoncement, aux purifications que tu nous imposes, que notre vie peut mûrir et se réaliser vraiment. Rassemble-nous de toutes les extrémités de la terre. Unis ton Eglise, unis l'humanité déchirée! Donne-nous ton salut! Amen!