Paroisse catholique Saint Michel

Dirigée par

 Monsieur l'abbé Paul Aulagnier

 

06 80 71 71 01

 

Du 11 au 17 septembre

14ème dimanche après la Pentecôte

 

 

1- La Catéchèse du Pape,

A- La figure de saint Mathieu

Lors de l’audience du mercredi 30 aoùt, le pape a parlé de l’apôtre Saint Mathieu.

Chers frères et sœurs,

En poursuivant la série de portraits des douze Apôtres, que nous avons commencés il y a quelques semaines, nous nous arrêtons aujourd'hui sur Matthieu. En vérité, il est presque impossible de saisir sa figure de façon complète, car les informations qui le concernent sont peu nombreuses et fragmentaires. Ce que nous pouvons faire cependant, ce n'est pas tant retracer sa biographie que le profil que l'Evangile nous transmet de lui.

Tout d’abord, il est toujours présent dans les listes des Douze choisis par Jésus (cf. Mt 10, 3; Mc 3, 18; Lc 6, 15; Ac 1, 13). Son nom juif signifie « don de Dieu ». Le premier Evangile canonique, qui porte son nom, nous le présente dans la liste des Douze avec une qualification bien précise: « le publicain » (Mt 10, 3). De cette façon, il est identifié avec l'homme assis à son bureau de publicain, que Jésus appelle à sa suite: « Jésus, sortant de Capharnaüm, vit un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de publicain. Il lui dit: “Suis-moi”. L'homme se leva et le suivit » (Mt 9, 9). Marc (cf. 2, 13-17) et Luc (cf. 5, 27-30) racontent eux aussi l'appel de l'homme assis à son bureau de publicain, mais ils l'appellent « Lévi ». Pour imaginer la scène décrite dans Mt 9, 9, il suffit de rappeler le magnifique tableau du Caravage, conservé ici, à Rome, dans l'église Saint-Louis-des-Français. Dans les Evangiles, un détail biographique supplémentaire apparaît: dans le passage qui précède immédiatement le récit de l'appel, nous est rapporté un miracle accompli par Jésus à Capharnaüm (cf. Mt 9, 1-8; Mc 2, 1-12) et l'on mentionne la proximité de la mer de Galilée, c'est-à-dire du Lac de Tibériade (cf. Mc 2, 13-14). On peut déduire de cela que Matthieu exerçait la fonction de percepteur à Capharnaüm, ville située précisément « au bord du lac » (Mt 4, 13), où Jésus était un hôte fixe dans la maison de Pierre.

Sur la base de ces simples constatations, qui apparaissent dans l'Evangile, nous pouvons faire deux réflexions. La première est que Jésus accueille dans le groupe de ses proches un homme qui, selon les conceptions en vigueur à l'époque en Israël, était considéré comme un pécheur public. En effet, Matthieu manipulait non seulement de l'argent considéré impur en raison de sa provenance de personnes étrangères au peuple de Dieu, mais il collaborait également avec une autorité étrangère odieusement avide, dont les impôts pouvaient également être déterminés de manière arbitraire. C'est pour ces motifs que, plus d'une fois, les Evangiles parlent à la fois de « publicains et pécheurs » (Mt 9, 10; Lc 15, 1), de « publicains et de prostituées » (Mt 21, 31). En outre, ils voient chez les publicains un exemple de mesquinerie (cf. Mt 5, 46: ils aiment seulement ceux qui les aiment) et ils mentionnent l'un d'eux, Zachée, comme le « chef des collecteurs d'impôts et [...] quelqu'un de riche » (Lc 19, 2), alors que l'opinion populaire les associait aux « voleurs, injustes, adultères » (Lc 18, 11). Sur la base de ces éléments, un premier fait vient immédiatement à l’esprit : Jésus n'exclut personne de son amitié. Au contraire, alors qu'il se trouvait à table dans la maison de Matthieu-Lévi, en réponse à ceux qui trouvaient scandaleux le fait qu'il fréquente des compagnies peu recommandables, il fait cette déclaration importante: « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs » (Mc 2, 17).

La bonne annonce de l'Evangile consiste précisément en ceci : dans l'offrande de la grâce de Dieu au pécheur ! Ailleurs, dans la célèbre parabole du pharisien et du publicain montés au Temple pour prier, Jésus indique même un publicain anonyme comme exemple appréciable d'humble confiance dans la miséricorde divine: alors que le pharisien se vante de sa propre perfection morale, «le publicain... n'osait même pas lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine en disant: “Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis!”. Et Jésus commenta: « Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste. Qui s'élève sera abaissé; qui s'abaisse sera élevé » (Lc 18, 13-14). Dans la figure de Matthieu, les Evangiles nous proposent donc un véritable paradoxe: celui qui est apparemment le plus éloigné de la sainteté peut même devenir un modèle d'accueil de la miséricorde de Dieu et en laisser entrevoir les merveilleux effets dans sa propre existence. A ce propos, saint Jean Chrysostome formule une remarque significative: il observe que c'est seulement dans le récit de certains appels qu'est mentionné le travail que faisaient les appelés. Pierre, André, Jacques et Jean sont appelés alors qu'ils pêchent, Matthieu précisément alors qu'il lève l'impôt. Il s'agit de fonctions peu importantes — commente Jean Chrysostome — « car il n'y a rien de plus détestable que le percepteur d'impôt et rien de plus commun que la pêche » (In Matth. Hom.: PL 57, 363). L'appel de Jésus parvient donc également à des personnes de basse extraction sociale, alors qu'elles effectuent un travail ordinaire.

Une autre réflexion, qui apparaît dans le récit évangélique, est que Matthieu répond immédiatement à l'appel de Jésus: « il se leva et le suivit ». La concision de la phrase met clairement en évidence la rapidité de Matthieu à répondre à l'appel. Cela signifiait pour lui l'abandon de toute chose, en particulier de ce qui lui garantissait une source de revenus sûrs, même si souvent injuste et peu honorable. De toute évidence, Matthieu comprit qu'être proche de Jésus ne lui permettait pas de poursuivre des activités désapprouvées par Dieu. On peut facilement appliquer cela au présent: aujourd'hui aussi, il n'est pas admissible de rester attachés à des choses incompatibles avec la « sequela » de Jésus, comme c'est le cas des richesses malhonnêtes. A un moment, Il dit sans détour: « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi » (Mt 19, 21). C'est précisément ce que fit Matthieu: il se leva et le suivit! Dans cette action de « se lever », il est légitime de lire le détachement d'une situation de péché et, en même temps, l'adhésion consciente à une nouvelle existence, droite, dans la communion avec Jésus.

Rappelons enfin que la tradition de l'Eglise antique s'accorde de façon unanime à attribuer à Matthieu la paternité du premier Evangile. Cela est déjà le cas à partir de Papia, évêque de Gerapoli en Phrygie, autour de l'an 130. Il écrit: « Matthieu recueillit les paroles (du Seigneur) en langue hébraïque, et chacun les interpréta comme il le pouvait » (dans Eusèbe de Césarée, Hist. eccl. III, 39, 16). L'historien Eusèbe ajoute cette information: « Matthieu, qui avait tout d'abord prêché parmi les juifs, lorsqu'il décida de se rendre également auprès d'autres peuples, écrivit dans sa langue maternelle l'Evangile qu'il avait annoncé ; il chercha ainsi à remplacer par un écrit, auprès de ceux dont il se séparait, ce que ces derniers perdaient avec son départ » (Ibid., III, 24, 6). Nous ne possédons plus l'Evangile écrit par Matthieu en hébreu ou en araméen, mais, dans l'Evangile grec que nous possédons, continuons à entendre encore, d'une certaine façon, la voix persuasive du publicain Matthieu qui, devenu Apôtre, continue à nous annoncer la miséricorde salvatrice de Dieu et écoutons ce message de saint Matthieu, méditons-le sans cesse pour apprendre nous aussi à nous lever et à suivre Jésus avec détermination.

B- La figure de l’apôtre : Saint Philippe.
Le mercredi 6 septembre, Benoît XVI parlait de l’Apôtre Philippe
Chers frères et sœurs,

Poursuivant les descriptions des figures des différents Apôtres, comme nous le faisons depuis quelques semaines, nous rencontrons aujourd'hui Philippe. Dans la liste des Douze, il est toujours placé à la cinquième place (comme dans Mt 10, 3; Mc 3, 18; Lc 6, 14; Ac 1, 13), et donc substantiellement parmi les premiers. Bien que Philippe soit d'origine juive, son nom est grec, comme celui d'André, et cela constitue un petit signe d'ouverture culturelle qui ne doit pas être sous-évalué. Les informations à son sujet nous sont fournies par l'Evangile de Jean. Il provenait du même lieu d'origine que Pierre et André, c'est-à-dire de Bethsaïde (cf. Jn 1, 44), une petite ville appartenant à la tétrarchie de l'un des fils d'Hérode le Grand, lui aussi appelé Philippe (cf. Lc 3, 1).

Le Quatrième Evangile rapporte que, après avoir été appelé par Jésus, Philippe rencontre Nathanaël et lui dit: « Celui dont parlent la loi de Moïse et les Prophètes, nous l'avons trouvé: c'est Jésus fils de Joseph, de Nazareth » (Jn 1, 45). Philippe ne se rend pas à la réponse plutôt sceptique de Nathanaël (« De Nazareth ! Peut-il sortir de là quelque chose de bon ? »), et riposte avec décision: « Viens, et tu verras ! » (Jn 1, 46). Dans cette réponse, sèche mais claire, Philippe manifeste les caractéristiques du véritable témoin: il ne se contente pas de proposer l'annonce, comme une théorie, mais interpelle directement l'interlocuteur en lui suggérant de faire lui-même l'expérience personnelle de ce qui est annoncé. Les deux mêmes verbes sont utilisés par Jésus lui-même quand deux disciples de Jean-Baptiste l'approchent pour lui demander où il habite (cf. Jn 1, 39). Jésus répondit: « Venez et voyez » (cf. Jn 1, 38, 39).

Nous pouvons penser que Philippe s'adresse également à nous avec ces deux verbes qui supposent un engagement personnel. Il nous dit à nous aussi ce qu'il dit à Nathanaël: « Viens et vois ». L'Apôtre nous engage à connaître Jésus de près. En effet, l'amitié, la véritable connaissance de l’autre, a besoin de la proximité, elle vit même en partie de celle-ci. Du reste, il ne faut pas oublier que, selon ce qu’écrit saint Marc, Jésus choisit les Douze dans le but primordial qu'« ils soient avec lui » (Mc 3, 14), c'est-à-dire qu'ils partagent sa vie et apprennent directement de lui non seulement le style de son comportement, mais surtout qui Il est véritablement. Ce n'est qu'ainsi, en effet, en participant à sa vie, qu'ils pouvaient le connaître et ensuite l'annoncer. Plus tard, dans la Lettre de Paul aux Ephésiens, on lira que l'important est d'« apprendre le Christ » (4, 20), et donc pas seulement et pas tant écouter ses enseignements, ses paroles, mais davantage encore, Le connaître en personne; c'est-à-dire connaître son humanité et sa divinité, son mystère, sa beauté. En effet, il n'est pas seulement un Maître, mais un Ami, et même un Frère. Comment pourrions-nous le connaître à fond en restant éloignés ? L'intimité, la familiarité, l'habitude nous font découvrir la véritable identité de Jésus Christ. Voilà: c'est précisément cela que nous rappelle l'apôtre Philippe. Et ainsi, il nous invite à « venir », à « voir », c'est-à-dire à entrer dans une relation d'écoute, de réponse et de communion de vie avec Jésus, jour après jour.

Ensuite, à l'occasion de la multiplication des pains, Jésus lui fit une demande précise, pour le moins surprenante: savoir où il était possible d'acheter du pain pour nourrir tous les gens qui le suivaient (cf. Jn 6, 5). Philippe répondit alors avec un grand réalisme: « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain » (Jn 6, 7). On voit ici le caractère concret et le réalisme de l'Apôtre, qui sait juger les revers réels d'une situation. Nous savons comment les choses se sont passées ensuite. Nous savons que Jésus prit les pains et, après avoir prié, les distribua. Ainsi se réalisa la multiplication des pains. Mais il est intéressant que Jésus se soit adressé précisément à Philippe, pour avoir une première indication sur la façon de résoudre le problème: signe évident qu'il faisait partie du groupe restreint qui l'entourait. A un autre moment, très important pour l'histoire future, avant la Passion, plusieurs Grecs qui se trouvaient à Jérusalem pour la Pâque « abordèrent Philippe... Ils lui firent cette demande: “Nous voudrions voir Jésus”. Philippe va le dire à André; et tous deux vont le dire à Jésus » (Jn 12, 20-22). Nous avons une fois de plus le signe de son prestige particulier au sein du collège apostolique. Dans ce cas, il sert surtout d'intermédiaire entre la demande de plusieurs Grecs — il parlait probablement grec et put servir d'interprète — et Jésus; même s'il s'unit à André, l'autre Apôtre qui porte un nom grec, c'est, quoi qu'il en soit, à lui que ces étrangers s'adressent. Cela nous enseigne à être nous aussi toujours prêts à accueillir les demandes et les invocations, d'où qu'elles proviennent, ainsi qu'à les orienter vers le Seigneur, le seul qui puisse les satisfaire pleinement. Il est en effet important de savoir que nous ne sommes pas les destinataires ultimes des prières de ceux qui nous approchent, mais que c'est le Seigneur: c'est à lui que nous devons adresser quiconque se trouve dans le besoin. Voilà: chacun de nous doit être une route ouverte vers lui!

Il y a ensuite une autre occasion, toute particulière, où Philippe entre en scène. Au cours de la Dernière Cène, Jésus ayant affirmé que Le connaître signifiait également connaître le Père (cf. Jn 14, 7), Philippe presque naïvement lui demanda: « Seigneur, montre-nous le Père; cela nous suffit » (Jn 14, 8). Jésus lui répondit avec un ton de reproche bienveillant: « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m'a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire: “Montre-nous le Père?”. Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi?... Croyez ce que je vous dis: je suis dans le Père, et le Père est en moi » (Jn 14, 9-11). Ces paroles se trouvent parmi les plus importantes de l'Evangile de Jean. Elles contiennent une véritable révélation. Au terme du prologue de son Evangile, Jean affirme: « Dieu, personne ne l'a jamais vu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est lui qui a conduit à le connaître » (Jn 1, 18). Et bien, cette déclaration, faite par l'évangéliste, est reprise et confirmée par Jésus lui-même. Mais avec une nouvelle nuance. En effet, alors que le prologue de Jean parle d'une intervention explicative de Jésus, à travers les paroles de son enseignement, dans la réponse à Philippe, Jésus fait référence à sa propre personne comme telle, laissant entendre qu'il est possible de le comprendre non seulement à travers ce qu'il dit, mais encore plus à travers ce qu'Il est simplement. Pour nous exprimer selon le paradoxe de l'Incarnation, nous pouvons dire que Dieu s'est donné un visage humain, celui de Jésus, et qu’en conséquence dès à présent, si nous voulons vraiment connaître le visage de Dieu, nous n'avons qu'à contempler le visage de Jésus ! Dans son visage, nous voyons réellement qui est Dieu et comment est Dieu !

L'évangéliste ne nous dit pas si Philippe comprit pleinement la phrase de Jésus. Il est certain qu'il consacra entièrement sa vie à Jésus. Selon certains récits postérieurs (Actes de Philippe et autres), notre Apôtre aurait évangélisé tout d'abord la Grèce, puis la Phrygie où il aurait trouvé la mort, à Hiérapolis, à travers un supplice décrit diversement comme crucifixion ou lapidation. Nous voulons conclure notre réflexion en rappelant le but auquel doit tendre notre vie: rencontrer Jésus comme Philippe le rencontra, en cherchant à voir en lui Dieu lui-même, le Père céleste. Si cet engagement venait à manquer, nous serions toujours renvoyés uniquement à nous-mêmes, comme dans un miroir, et nous serions toujours plus seuls ! Philippe, en revanche, nous enseigne à nous laisser conquérir par Jésus, à être avec lui, et à inviter également les autres à partager cette indispensable compagnie. Et, en voyant, en trouvant Dieu, trouver la vie véritable.

2- Benoît XVI et les questions pastorales

Le 31 août dernier, le pape Benoît XVI a reçu les membres du clergé d’Albano (Italie) guidés par leur évêque, Mgr Marcello Semeraro. Le pape improvisa des réponses aux questions posées par les prêtres.
Je garde ici quelques réponses particulièrement intéressantes du pape. Tout particulièrement ses réponses sur l’apostolat, sur la paroisse et sur la liturgie. Elles sont à méditer. Responsable du prochain séminaire de l’Institut du Bon Pasteur, j’en parlerai aux futurs séminaristes.

A- Sur l’apostolat :

« … Je dirais alors que notre première nécessité à tous est de reconnaître avec humilité nos limites, de reconnaître que nous devons laisser faire la plupart des choses au Seigneur. Aujourd'hui, nous avons entendu dans l'Evangile la parabole du serviteur fidèle (Mt 24, 42-51). Ce serviteur — dit le Seigneur — donne la nourriture aux autres en temps voulu. Il ne fait pas tout ensemble, mais c'est un serviteur sage et prudent, qui sait distribuer dans les différents moments ce qu'il doit accomplir dans cette situation. Il le fait avec humilité, et il est également sûr de la confiance de son maître. Ainsi, nous devons faire tout notre possible pour chercher à être sage et prudent, et également avoir confiance dans la bonté de notre « Maître », du Seigneur, car à la fin il doit lui-même guider son Eglise. Quant à nous, nous nous insérons avec notre petit don et faisons notre possible, surtout les choses qui sont toujours nécessaires: les sacrements, l'annonce de la Parole, les signes de notre charité et de notre amour. »

B- Sur la vie intérieure
« Quant à la vie intérieure, que vous avez mentionnée, je dirais qu'elle est essentielle pour notre service de prêtres. Le temps que nous nous réservons pour la prière n'est pas un temps soustrait à notre responsabilité pastorale, mais est réellement un « travail » pastoral, c'est prier aussi pour les autres. Dans le « Commun des pasteurs » on lit comme étant caractéristique du bon Pasteur que « multum oravit pro fratribus ». C’est le propre du pasteur d'être un homme de prière, de se tenir devant le Seigneur en priant pour les autres, en remplaçant également les autres, qui ne savent peut-être pas prier, qui ne veulent pas prier, qui ne trouvent pas le temps de prier. Combien il apparaît ainsi évident que le dialogue avec Dieu est une œuvre pastorale !

C- Sur la récitation du bréviaire ou « célébration des Heures », et la célébration de la messe.
« Je dirais donc que l'Eglise nous donne, nous impose presque — mais toujours comme une bonne Mère — d'avoir du temps libre pour Dieu, avec les deux pratiques qui font partie de nos devoirs: célébrer la Messe et réciter le bréviaire. Mais plus que le réciter, il faut le réaliser comme écoute de la Parole que le Seigneur nous offre dans la Liturgie des Heures. Il faut intérioriser cette Parole, être attentif à ce que le Seigneur me dit à travers cette Parole, écouter ensuite les commentaires des Pères de l'Eglise ou également du Concile, dans la deuxième Lecture de l'Office des Lectures, et prier avec cette grande invocation que sont les Psaumes, à travers lesquels nous sommes insérés dans la prière de tous les temps. Le peuple de l’ancienne Alliance prie avec nous – et nous, nous prions avec lui –. Nous prions avec le Seigneur, qui est le véritable sujet des Psaumes. Nous prions avec l’Eglise de tous les temps. Je dirais que ce temps consacré à la Liturgie des Heures est un temps précieux. L'Eglise nous donne cette liberté, cet espace libre de vie avec Dieu, qui est également vie pour les autres.
« Et ainsi, il me semble important de voir que ces deux réalités — la Messe célébrée réellement en dialogue avec Dieu et la Liturgie des Heures — sont des zones de liberté, de vie intérieure, que l'Eglise nous donne et qui sont une richesse pour nous. Nous y rencontrons, comme je l'ai dit, non seulement l'Eglise de tous les temps, mais le Seigneur lui-même, qui parle avec nous et attend notre réponse. Nous apprenons ainsi à prier en nous insérant dans la prière de tous les temps et nous rencontrons également le peuple. Nous pensons aux Psaumes, aux paroles des Prophètes, aux paroles du Seigneur et des Apôtres, nous pensons aux commentaires des Pères. Nous avons aujourd'hui entendu ce merveilleux commentaire de saint Colomban sur le Christ, source d'« eau vive » à laquelle nous buvons. En priant, nous rencontrons également les souffrances du peuple de Dieu d'aujourd'hui. Ces prières nous font penser à la vie de chaque jour et nous guident à la rencontre avec les personnes d'aujourd'hui. Elles nous illuminent au cours de cette rencontre, car nous n'y apportons pas seulement notre petite intelligence, notre amour de Dieu, mais nous apprenons également, à travers cette Parole de Dieu, à leur apporter Dieu. C'est ce qu'elles attendent: que nous leur apportions l'« eau vive », dont parle aujourd'hui saint Colomban. Les gens ont soif. Et ils cherchent à répondre à cette soif par différents divertissements. Mais ils comprennent bien que ces divertissements ne sont pas l'« eau vive » dont ils ont besoin. Le Seigneur est la source de l' « eau vive ». Il dit cependant, dans le chapitre 7 de Jean, que quiconque croit devient une « source », car il a bu du Christ. Et cette « eau vive » (v. 38) devient en nous eau jaillissante, source pour les autres. Ainsi, nous cherchons à la boire dans la prière, dans la célébration de la Messe, dans la lecture: nous cherchons à boire à cette source pour qu'elle devienne source en nous. Et nous pouvons mieux répondre à la soif des gens d'aujourd'hui en ayant en nous l'« eau vive », en ayant la réalité divine, en ayant la réalité du Seigneur Jésus qui s'est incarné. Ainsi, nous pouvons mieux répondre aux besoins de notre peuple. Voilà, en ce qui concerne la première question. Que pouvons-nous faire ? Faisons toujours le possible pour nos frères — dans les autres questions nous aurons la possibilité de revenir sur ce point — et vivons avec le Seigneur pour pouvoir répondre à la véritable soif des gens.

D- Le sacerdoce et l’espérance.
Ce passage est très beau.
« Votre deuxième question était : avons-nous une espérance pour ce diocèse, pour cette portion du peuple de Dieu qu'est ce diocèse d'Albano et pour l'Eglise ? Je réponds sans hésitation : oui ! Naturellement nous avons de l'espoir : l'Eglise est vivante ! Nous avons derrière nous deux mille ans d'histoire de l'Eglise, avec tant de souffrances et aussi avec de nombreux échecs: pensons à l'Eglise en Asie mineure, la grande et florissante Eglise de l'Afrique du Nord, qui a disparu avec l'invasion musulmane. Des parties de l'Eglise peuvent donc réellement disparaître, comme dit saint Jean dans l'Apocalypse, ou le Seigneur à travers saint Jean: « Je vais venir à toi et je déplacerai ton chandelier, si tu ne te convertis pas » (2, 5). Mais, d'autre part, nous voyons comment malgré tant de crises l'Eglise est re-née avec une nouvelle jeunesse, avec une nouvelle fraîcheur.

Au siècle de la Réforme, l'Eglise catholique apparaissait, en vérité, presque révolue. Le nouveau courant semblait triompher, affirmant: maintenant l'Eglise de Rome est révolue. Mais nous voyons qu'avec les grands saints, comme Ignace de Loyola, Thérèse d'Avila, Charles Borromée et d'autres, l'Eglise renaît. Elle trouve dans le Concile de Trente une nouvelle actualisation et une revitalisation de sa doctrine. Et elle revit avec une grande vitalité. Nous voyons le siècle des Lumières, lorsque Voltaire a affirmé : Cette antique Eglise est enfin révolue, vive l'humanité! Et que se passe-t-il en revanche ? L'Eglise se renouvelle. Le XIXe siècle devient le siècle des grands saints, d'une nouvelle vitalité pour de nombreuses Congrégations religieuses, et la foi est plus forte que tous les courants qui vont et viennent. Il en a été de même au siècle dernier. Hitler a un jour affirmé : « La Providence m'a appelé, moi un catholique, pour qu'en on finisse avec le catholicisme. Seul un catholique peut détruire le catholicisme ». Il était sûr de posséder tous les moyens pour détruire enfin le catholicisme. De même, le grand courant marxiste était sûr de faire la révision scientifique du monde et d'ouvrir les portes à l'avenir: l'Eglise est arrivée à sa fin, elle est révolue ! Mais l'Eglise est plus forte, selon les paroles du Christ. C'est la vie du Christ qui vainc dans son Eglise.

Même à une époque difficile, alors que les vocations manquent, la Parole du Seigneur demeure pour l'éternité. Et celui qui — comme le dit le Seigneur lui-même — construit sa vie sur ce « roc »de la Parole du Christ, construit de manière solide. C'est pourquoi nous pouvons avoir confiance. Nous voyons également à notre époque des initiatives de foi. Nous voyons qu'en Afrique, l'Eglise, malgré tous les problèmes, possède une fraîcheur de vocations encourageante. Et ainsi, avec toutes les diversités du paysage historique d'aujourd'hui, nous voyons — et plus encore nous croyons — que les paroles du Seigneur sont esprit et vie, ce sont des paroles de vie éternelle. Saint Pierre a dit, comme nous l'avons entendu dimanche dernier dans l'Evangile (Jn 6, 69) : « Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le saint, le saint de Dieu ». Et en voyant l'Eglise d'aujourd'hui, en voyant, avec toutes ses souffrances, la vitalité de l'Eglise, nous pouvons nous aussi affirmer : nous croyons et savons que tu nous donnes les paroles de la vie éternelle, et donc une espérance qui ne déçoit point.

E- Sur la vie paroissiale.
« Vous avez laissé entendre, dans votre question, qu'il y a un niveau, disons, « classique » du travail dans la paroisse au service des fidèles qui la fréquentent encore — ou peut-être même qui sont en augmentation — qui anime notre paroisse. Il s'agit de la pastorale « classique » et elle est toujours importante. Je distingue en général entre l’évangélisation continue — parce que la foi se transmet, l'Eglise est vivante — et l'évangélisation nouvelle, qui essaie d'être missionnaire, d'aller au-delà des frontières de ceux qui sont déjà des « fidèles » et qui vivent dans la paroisse, ou qui se servent, peut-être aussi avec une foi « réduite », des services de la paroisse.
La paroisse , les sacrements et l’activité missionnaire

Au sein de la paroisse, il me semble que nous avons trois tâches fondamentales, qui découlent de l'essence de l'Eglise et du ministère sacerdotal. La première est le service sacramentel. Je dirais que le Baptême, sa préparation et l'engagement à donner une continuité aux consignes baptismales, nous met également déjà en contact avec ceux qui ne sont pas trop croyants. Ce n'est pas un travail, disons, pour conserver la chrétienté, mais une rencontre avec des personnes qui vont peut-être rarement à l'Eglise. L'engagement de préparer le Baptême, d'ouvrir les âmes des parents, de la famille, des parrains et des marraines, à la réalité du Baptême, peut déjà être et devrait être un engagement missionnaire, qui va bien au-delà des frontières des personnes déjà « fidèles ». En préparant le Baptême, nous essayons de faire comprendre que ce sacrement fait entrer dans la famille de Dieu, que Dieu est vivant, qu'il se préoccupe de nous. Il s'en préoccupe au point d'avoir assumé notre chair et d'avoir institué l'Eglise qui est son Corps, à travers laquelle il peut, pour ainsi dire, à nouveau s'incarner dans notre société. Le Baptême est une nouveauté de vie dans le sens où, outre le don de la vie biologique, nous avons besoin du don d'un sens pour la vie qui soit plus fort que la mort et qui perdure même si nos parents, un jour, ne sont plus là. Le don de la vie biologique se justifie uniquement si nous pouvons ajouter la promesse d'un sens stable, d'un avenir qui, même au cours des crises qui surgiront — et que nous ne pouvons pas connaître —, donnera une valeur à la vie, afin que cela vaille la peine de vivre, d'être des créatures.

Je pense que dans la préparation de ce sacrement ou lors des entretiens avec les parents qui se méfient du Baptême, nous sommes dans une situation missionnaire. C'est un message chrétien. Nous devons nous faire des interprètes de la réalité qui commence avec le Baptême. Je ne connais pas suffisamment bien le Rituel italien. Dans le Rituel classique, hérité de l'Eglise antique, le Baptême commence par la question: « Que demandez-vous à l'Eglise de Dieu ? ». Aujourd'hui, tout au moins dans le rituel allemand, l'on répond simplement : « Le Baptême ». Cela n'explicite pas suffisamment ce qu'il y a à désirer. Dans le Rituel antique, l'on disait : « La foi ». C'est-à-dire une relation avec Dieu. Connaître Dieu. « Et pourquoi — continue-t-on — demandez-vous la foi ? ». « Parce que nous voulons la vie éternelle ». C'est-à-dire que nous voulons une vie sûre même au cours des crises à venir, une vie qui a un sens, qui justifie l'être humain. Ce dialogue, quoi qu'il en soit, doit selon moi déjà commencer, avec les parents, avant le Baptême. Uniquement pour dire que le don du sacrement n'est pas une « chose », n'est pas une simple « chosification » comme disent les Français, mais qu’il s’agit d’un travail missionnaire.
Paroisse et confirmation.
Puis il y a la Confirmation, qu'il faut préparer à l'âge où les personnes commencent à prendre des décisions, notamment à l'égard de la foi. Nous ne devons certes pas transformer la Confirmation en une sorte de « pélagianisme », comme si à travers la Confirmation on se faisait catholique tout seul, mais en un entrelacement de dons et de réponses.
Paroisse et Eucharistie
L'Eucharistie, enfin, est la présence permanente du Christ dans la célébration quotidienne de la Messe. Elle est très importante, comme on l'a dit, pour le prêtre, pour sa vie sacerdotale, en tant que présence réelle du don du Seigneur.
La paroisse et le mariage

Nous pouvons maintenant mentionner à nouveau le mariage: celui-ci aussi se présente comme une grande occasion missionnaire, parce qu'aujourd'hui — grâce à Dieu — beaucoup de personnes veulent encore se marier à l'église, même si elles ne fréquentent pas beaucoup l'église. C'est une occasion pour amener ces jeunes à se confronter avec la réalité du mariage chrétien, le mariage sacramentel. Cela me semble également une grande responsabilité. Nous le voyons lors des procès en nullité et nous le voyons surtout dans le grand problème des divorcés remariés, qui veulent participer à la Communion et qui ne comprennent pas pourquoi cela n'est pas possible. Ils n’ont probablement pas compris, au moment du « oui » devant le Seigneur, en quoi consiste ce « oui ». C'est une manière de faire alliance avec le « oui » du Christ avec nous. Une manière d'entrer dans la fidélité du Christ, c'est-à-dire dans le Sacrement qu'est l'Eglise et ainsi dans le Sacrement du mariage. C'est pourquoi je pense que la préparation au mariage est une occasion de très grande importance, une occasion d'engagement missionnaire, pour annoncer à nouveau dans le Sacrement du mariage le Sacrement du Christ, pour comprendre cette fidélité et ainsi faire comprendre ensuite le problème des divorcés remariés.

Cela est le premier domaine, le domaine « classique » des Sacrements, qui nous donne l'occasion de rencontrer des personnes qui ne vont pas tous les dimanches à l'Eglise, et donc l'occasion d'une annonce réellement missionnaire, d'une « pastorale intégrée ».
La paroisse l’annonce de la Parole : l’homélie et la catéchèse.
Le deuxième domaine est l'annonce de la Parole, avec ses deux éléments essentiels : l'homélie et la catéchèse. Lors du Synode des Evêques de l'année dernière, les Pères ont beaucoup parlé de l'homélie, en soulignant combien il est difficile aujourd'hui de trouver le « pont » entre la Parole du Nouveau Testament, écrite il y a deux mille ans, et notre présent. Je dois dire que l'exégèse historique et critique n'est souvent pas suffisante pour nous aider dans la préparation de l'homélie. Je le constate moi-même, en essayant de préparer des homélies qui actualisent la Parole de Dieu : ou mieux — étant donné que la Parole a une actualité en elle-même — pour faire voir, ressentir aux personnes cette actualité. L'exégèse historique et critique nous dit beaucoup sur le passé, sur le moment où est née la Parole, sur la signification qu'elle a eu au temps des Apôtres de Jésus, mais elle n'aide pas toujours suffisamment à comprendre que les paroles de Jésus, des Apôtres ainsi que celles de l'Ancien Testament, sont esprit et vie : le Seigneur parle encore aujourd'hui. Je pense que nous devons « défier » les théologiens — le Synode l'a fait — et aller de l'avant, pour mieux aider les prêtres à préparer les homélies, à faire voir la présence de la Parole: le Seigneur parle avec moi aujourd'hui et pas uniquement dans le passé. J'ai lu, ces derniers jours, le projet de l'Exhortation apostolique post-synodale. J'ai vu avec satisfaction que se présente à nouveau ce « défi » de préparer des modèles d'homélies. En fin de compte, le curé prépare l'homélie dans son contexte, parce qu'il parle à « sa » paroisse. Mais il a besoin d'aide pour comprendre et pour faire comprendre ce « présent » de la Parole, qui n'est jamais une Parole du passé, mais de l'« aujourd'hui ».
La paroisse et l’exercice de la charité.

Enfin, le troisième domaine: la caritas, la diakonia. Nous sommes toujours responsables des personnes qui souffrent, des malades, des laissés-pour-compte, des pauvres. A partir du portrait qui m'a été fait de votre diocèse, je constate qu'ils sont nombreux à avoir besoin de notre diakonia et cela aussi constitue toujours une occasion missionnaire. Il me semble que la pastorale paroissiale « classique » se transcende elle-même dans ces trois secteurs et devient pastorale missionnaire.
La paroisse et les aides pastorales.
« Je passe à présent au deuxième aspect de la pastorale, du point de vue des agents de la pastorale ainsi que du travail à accomplir. Le curé ne peut pas tout faire ! C'est impossible ! Il ne peut pas être un « soliste », il ne peut pas tout faire, mais il a besoin des autres agents de la pastorale. Il me semble qu'aujourd'hui, à la fois dans les mouvements et au sein de l'Action catholique, dans les nouvelles communautés qui existent, nous avons des agents qui doivent être des collaborateurs dans la paroisse pour une pastorale « intégré e». Je voudrais dire qu'aujourd'hui il est important pour cette pastorale « intégrée », que les autres agents qui sont présents, non seulement soient actifs, mais s'intègrent dans le travail de la paroisse. Le curé ne doit pas seulement « faire », mais il doit aussi « déléguer ». Les agents doivent apprendre à s'intégrer réellement dans l'engagement commun au service de la paroisse, et naturellement, également dans la « transcendance de soi-même » que la paroisse doit accomplir dans un double sens: transcendance de soi au sens où les paroisses collaborent au sein du diocèse, parce que l'Evêque est leur pasteur commun et aide également à coordonner leurs efforts; et transcendance de soi au sens où ils travaillent pour tous les hommes de ce temps et où ils cherchent également à faire arriver le message aux agnostiques, aux personnes qui sont en recherche. Et cela est le troisième niveau, dont nous avons déjà longuement parlé précédemment. Il me semble que les occasions indiquées nous donnent la possibilité de rencontrer et de dire une parole missionnaire à ceux qui ne fréquentent pas la paroisse, qui n'ont pas la foi ou qui n’ont pas une grande foi. Ce sont surtout ces nouveaux sujets de la pastorale, et les laïcs qui vivent dans le monde professionnel de notre époque, qui doivent apporter la Parole de Dieu également dans les lieux qui sont souvent inaccessibles au curé. Coordonnés par l'Evêque, nous essayons ensemble de coordonner les différents secteurs de la pastorale, de rendre actifs les différents agents et sujets de la pastorale dans l'engagement commun: d'une part d'aider la foi des croyants, qui est un trésor de très grande valeur et, de l'autre, de faire parvenir l'annonce de la foi à tous ceux qui cherchent avec un cœur sincère une réponse satisfaisante à leurs questions existentielles.


F- Le Sacerdoce et la liturgie.
« Ars celebrandi : ici aussi, je dirais qu'il existe diverses dimensions. La première dimension est que la celebratio est une prière et un dialogue avec Dieu : Dieu avec nous et nous avec Dieu. La première exigence pour une bonne célébration est donc que le prêtre entre réellement dans ce dialogue. En annonçant la Parole, il se sent lui-même en dialogue avec Dieu, Il écoute la Parole et annonce cette Parole, dans le sens où il devient un instrument du Seigneur et cherche à comprendre cette Parole de Dieu qui doit ensuite être transmise au Peuple. Il est en dialogue avec Dieu, car les textes de la Messe ne sont pas des textes de théâtre ou quelque chose de semblable, mais ce sont des prières grâce auxquelles, avec l'assemblée, je parle avec Dieu. Entrer dans ce dialogue est donc important. Saint Benoît, dans sa « Règle », dit aux moines, en parlant de la récitation des Psaumes: « Mens concordet voci ». La vox, les paroles, précèdent notre esprit. D'habitude, ce n'est pas comme cela : d'abord on doit penser, puis la pensée devient parole. Mais ici, la parole précède. La Sainte Liturgie nous donne les paroles ; et nous, nous devons entrer dans ces paroles, trouver l'harmonie avec cette réalité qui nous précède.

A côté de cela, nous devons également apprendre à comprendre la structure de la Liturgie et la raison pour laquelle elle est organisée ainsi. La Liturgie s'est développée à travers deux millénaires et même après la Réforme. Elle n'est pas devenue une chose élaborée uniquement par une poignée de liturgistes. Elle demeure toujours la continuation de cette croissance permanente de l'adoration et de l'annonce. Ainsi, il est très important, pour pouvoir être en pleine harmonie, de comprendre cette structure, qui s'est développée dans le temps, et entrer ainsi avec notre mens dans la vox de l'Eglise. Dans la mesure où nous avons intériorisé cette structure, compris cette structure, assimilé les paroles de la Liturgie, nous pouvons entrer dans cette harmonie intérieure et ainsi, non seulement parler avec Dieu comme des personnes individuelles, mais entrer dans le « nous » de l'Eglise qui prie. Et de cette façon, transformer également notre « moi » en entrant dans le « nous » de l'Eglise, en enrichissant, en élargissant ce « moi », en priant avec l'Eglise, avec les paroles de l'Eglise, en étant réellement en dialogue avec Dieu.

Telle est la première condition : nous devons nous-mêmes intérioriser la structure, les paroles de la Liturgie, la Parole de Dieu. Ainsi, notre célébration devient réellement une célébration « avec » l'Eglise : notre cœur s'élargit et nous ne faisons pas simplement quelque chose, mais nous sommes « avec » l'Eglise et en dialogue avec Dieu. Il me semble que les personnes savent percevoir si nous sommes véritablement en dialogue avec Dieu, avec elles et, en quelque sorte, si nous attirons les autres dans notre prière commune, si nous attirons les autres dans la communion avec les fils de Dieu ; ou si, au contraire, nous faisons uniquement quelque chose d'extérieur. L'élément fondamental du véritable ars celebrandi est donc cet accord, cette harmonie entre ce que nous disons avec nos lèvres et ce que nous pensons avec le cœur. Le Sursum corda, qui est une très ancienne parole de la Liturgie, devrait venir bien avant la Préface, bien avant la Liturgie, la « voie » de nos paroles et de notre pensée. Nous devons élever notre cœur au Seigneur, non seulement comme une réponse rituelle, mais comme une expression de ce qui a lieu dans ce cœur, qui s'élève vers le haut et qui attire vers le haut également les autres.

En d'autres termes, l'ars celebrandi n'entend pas inviter à une sorte de théâtre, ni de spectacle, mais à une intériorité qui se fait sentir et qui devient acceptable et évidente pour les personnes présentes dans l'assemblée. Ce n'est que si les personnes voient qu'il ne s'agit pas d'un ars extérieur, spectaculaire — nous ne sommes pas des acteurs ! — mais qu'il s'agit de l'expression du chemin de notre cœur qui attire également leur cœur, qu'alors la Liturgie devient belle, qu'elle devient une communion de toutes les personnes présentes avec le Seigneur.

Naturellement, à cette condition fondamentale, exprimée dans les paroles de saint Benoît : Mens concordet voci — que le cœur monte, s'élève réellement vers le Seigneur — doivent également correspondre des éléments extérieurs. Nous devons apprendre à bien prononcer les paroles. Parfois, lorsque j'étais encore professeur dans mon pays, les jeunes lisaient les Ecritures Saintes. Mais ils les lisaient comme on lit le texte d'un poète que l'on n'a pas compris. Naturellement, pour apprendre à bien prononcer, il faut avant tout avoir compris le texte dans sa dimension dramatique, dans son présent. Il en est de même pour la Préface. Et la Prière eucharistique. Il est difficile pour les fidèles de suivre un texte aussi long que notre Prière eucharistique. C'est pourquoi naissent toujours ces nouvelles « inventions ». Mais on ne répond pas au problème avec des Prières eucharistiques sans cesse nouvelles. Le problème est de faire en sorte que ce soit un moment qui invite également les autres au silence avec Dieu et à prier avec Dieu. Les choses ne peuvent donc s’améliorer que si la Prière eucharistique est correctement prononcée, avec les temps de silence appropriés, que si elle est prononcée avec intériorité, mais également avec l'art de parler.

La récitation de la Prière eucharistique exige donc un moment d'attention particulière, pour être prononcée de façon à toucher les autres. Je pense que nous devons également trouver des occasions, que ce soit dans la catéchèse, dans les homélies ou à d'autres occasions, pour bien expliquer au peuple de Dieu cette Prière eucharistique afin qu'il puisse en suivre les grand moments : le récit et les paroles de l'institution, la prière pour les vivants et pour les défunts, l'action de grâce au Seigneur, l'épiclèse, pour faire réellement participer la communauté à cette prière.

Ensuite, les paroles doivent être bien prononcées. Et une préparation adéquate est nécessaire. Les servants d'autel doivent connaître leur rôle, les lecteurs doivent savoir réellement comment prononcer. Et le chœur, le chant, doivent être préparés ; l'autel doit être correctement décoré. Tout cela fait partie — même s'il s'agit de nombreux aspects pratiques — de l'ars celebrandi. Mais, pour conclure, l'élément fondamental est cet art d'entrer en communion avec le Seigneur, que nous préparons à travers toute notre vie de prêtres.

3- La liturgie et le beau.

Ces paroles de Benoît XVI sur la liturgie vous feront apprécier cet article de Jeanne Smits, dans Présent du 5 septembre.
Et s’il était plus utile aujourd’hui d’aider le pape à restaurer la liturgie de l’intérieur que dans une perpétuelle critique.

Pas de concert de Noël au Vatican…
Mais n’oublions pas celui de juin

La presse italienne l’annonçait jeudi : pour Noël, cette année, il n’y aura pas de concert de variétés dans la salle Paul VI, et l’on mettra fin ainsi à une habitude qui s’était installée depuis douze ans avec l’approbation de Jean-Paul II. La Stampa croit savoir que l’événement, qui réunit des vedettes italiennes et internationales pour un spectacle de bienfaisance, se repliera sur Monaco.

Benoît XVI a-til personnellement pris la décision d’en terminer avec la… zic-mu ?

C’est en tout cas son peu d’attrait pour la musique pop qui a motivé le renvoi des artistes vers des cieux plus profanes. En décembre dernier, déjà, le Pape avait omis de se déplacer pour l’événement et il n’avait même pas, à la grande déception des chanteurs, composé un vidéo-message enregistré comme le faisait son prédécesseur lorsqu’il était empêché.

Ce concert annulé rappelle que Benoît XVI, fin connaisseur de musique, amateur de Mozart et pianiste, dit-on, de talent, a des vues très précises sur l’art et l’Eglise, la contemplation de la beauté comme chemin vers Dieu.

Fin juin, le Pape a... orchestré un événement dont on a peu parlé en France, mais qui donne en quelque sorte le la de ses idées en matière de musique sacrée et de liturgie. C’était à la chapelle Sixtine. Tirant de son repos forcé l’ancien maître de chapelle de la salle la plus prestigieuse de la Ville éternelle, il fit donner un concert où des morceaux de grégorien et des polyphonies de Palestrina voisinèrent avec les compositions contemporaines, mais tout aussi
classiques de celui-ci : Mgr Domenico Bartolucci.

C’était, en l’occurrence, une sorte de déclaration d’intention, en même temps qu’une étape de la « rééducation » liturgique conduite pas à pas par Benoît XVI. C’est ainsi qu’il commenta le concert, auquel il assista avec un plaisir manifeste

: « Toutes les œuvres que nous venons d’écouter (…) concourent à confirmer la conviction que la polyphonie sacrée, en particulier celle de ce qu’on appelle “l’école romaine”, constitue un héritage qui doit être préservé avec soin, gardé vivant, et mieux connu, pour le bénéfice non seulement des savants et des spécialistes, mais de la communauté ecclésiale dans son ensemble. (…) Une mise à jour authentique de la musique sacrée ne pourra avoir lieu que dans le lignage de la grande tradition du passé, celle du chant grégorien et de la polyphonie sacrée. »

Déclaration d’intention… mais aussi, si l’on veut bien excuser la trivialité de l’expression, un pied de nez à d’aucuns. Maître Bartolucci avait été dans les dernières décennies au centre d’une polémique où seul le cardinal Ratzinger, ou quasi, prit son parti contre son élimination de la chapelle Sixtine en même temps que l’on chassait le grégorien et la polyphonie sacrée de la liturgie de l’Eglise. Nommé maître de chapelle en 1959 par Pie XII, Mgr Bartolucci s’était
trouvé marginalisé par le cérémoniaire des cérémonies pontificales Mgr Piero Marini, qui finit par obtenir
en 1997 de Jean-Paul II le renvoi de cet homme qui ne participait pas à ses innovations musicales.

Le maître de chapelle avait certes déjà quatre-vingts ans passés. Mais il était plein de vigueur, comme nous allons le voir.

Le geste de Benoît XVI, rappelant ce nonagénaire à la place qu’il avait dû quitter bien à regret, revêt donc une importance symbolique certaine. D’autant que ce fut un concert réussi…
Quelques semaines plus tard, Mgr Bartolucci donna une interview en ligne sur le site du vaticaniste Sandro Magister pour commenter l’événement. Pour lui, parmi les six papes qui ont assisté à ses concerts, c’est Benoît XVI qui fait
preuve de la plus grande « expertise musicale », même si Pie XII était un grand amateur et jouait fréquemment
du violon. Jean XXIII ? « La chapelle Sixtine lui doit beaucoup » : c’est avec sa permission que le Maître put restaurer véritablement le chœur. Paul VI ? « Il n’avait pas d’oreille…» Puis Mgr Bartolucci évoque le goût moderne des chants d’Eglise inspirés du « pop » : « La faute en incombe surtout aux pseudo-intellectuels qui ont manigancé cette
dégénérescence de la liturgie, et partant de la musique, en renversant et en méprisant l’héritage du passé avec l’idée d’obtenir on ne sait quel avantage pour le peuple. »

Mgr Bartolucci apprécie l’interprétation « virile » du grégorien, né en des « temps violents », et a des mots très durs pour la réforme de Solesmes qui aboutit « aux adaptations douces et consolantes de nos jours » : quoi que l’on pense
de ce jugement, son langage carré est en accord avec son choix musical… Pour lui, il n’y a pas de place dans la nouvelle liturgie pour le grand répertoire qui nous vient de siècles où l’on ne concevait pas la liturgie sans musique :
« Cette nouvelle liturgie est un brouhaha discordant – et il ne sert à rien de prétendre que c’est faux. C’est
comme si on avait demandé à Michel- Ange de peindre le Jugement dernier sur un timbre-poste. Dites-moi, s’il vous plaît, comment il est possible aujourd’hui de donner un Credo, ou même un Gloria. Il nous faudrait d’abord, au moins pour les messes solennelles des fêtes, une liturgie qui donne à la musique sa vraie place
et s’exprime dans le langage universel de l’Eglise, le latin. A la Sixtine, après la réforme liturgique, je n’ai pu maintenir son répertoire traditionnel que pour des concerts. »

Certes, l’événement de juin ne fut qu’un concert, point une messe. Pour Sandro Magister, le Saint-Père ne peut avancer qu’en « rééduquant » pas à pas. Ainsi l’exprime Mgr Bartolucci : « Je suis optimiste de nature, mais je juge la situation présente avec réalisme, et je pense qu’un Napoléon sans généraux ne peut pas faire beaucoup.
Aujourd’hui on obéit à ce slogan : “Allez vers le peuple, regardez- le dans les yeux”, mais ce n’est qu’un tas de paroles creuses. Ce faisant nous finissons par nous célébrer nous-mêmes, et le mystère et la beauté de Dieu
nous sont cachés. En réalité, nous sommes témoins du déclin de l’Occident. Un évêque africain me dit un jour : “Nous espérons que le Concile n’enlèvera pas le latin de la liturgie, car sinon, dans mon pays, un Babel de dialectes va s’affirmer.” »

En tant que musicien, Mgr Bartolucci a une reconnaissance profonde à l’égard de l’Eglise : « La musique est l’Art avec un A majuscule. A la sculpture il faut le marbre, à l’architecture l’édifice. On ne voit la musique qu’avec les yeux de l’esprit, elle entre en vous. Et l’Eglise a le mérite de l’avoir cultivée dans ses manécanteries, de lui avoir donné sa grammaire et sa syntaxe. La musique est l’âme de la parole qui devient art. Elle dispose très certainement à découvrir et à accueillir la beauté de Dieu. Pour cela, aujourd’hui plus que jamais l’Eglise doit apprendre à la retrouver.»

Au cours de l’interview, Mgr Bartolucci rappelle qu’il quitta un jour une cérémonie pontificale agrémentée de danses et de tambour, en lançant : « Appelez-moi quand le spectacle sera fini. »
Le « spectacle » serait-il en train de s’achever ? Nous allons peut-être découvrir ce que peut l’amour du beau…

JEANNE SMITS