Paroisse catholique Saint Michel

Dirigée par

 Monsieur l'abbé Paul Aulagnier

 

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Semaine du 18 au 24 avril 2004

Dimanche in Albis ou dimanche de quasimodo

 

 

Sommaire

 

 

Homélie du Dimanche in Albis

 

« Tels des enfants nouveau-nés, alléluia, soyez avides du pur lait spirituel alléluia, alléluia alléluia. Poussez des cris de joie pour Dieu, notre soutien ; acclamez le Dieu de Jacob. Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit ».

Cette acclamation de l’Introït du dimanche de « Quasimodo », des premières de l’introït, fera le thème de notre méditation de ce dimanche.

Car je ne me permettrai pas de vous rappeler les preuves abondantes et largement suffisantes de la Résurrection de NSJC. Vous les avez toutes dans votre mémoire et votre cœur.

Je ne vous rappellerai pas les témoignages des Anges aux femmes, « le premier jour de la semaine, de grand matin » : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est vivant. Il n’est pas ici. Il est ressuscité comme Il vous l’a dit, conformément aux Ecritures ».

Je ne vous rappellerai pas, non plus, l’apparition de NSJC aux disciples, au Cénacle, les portes étant fermées, Saint Thomas étant absent : « Voyez mes mains et mes pieds. C’est bien moi. Touchez moi et considérez qu’un esprit n’a ni chair ni os ».

Je ne vous rappellerai pas non plus les paroles de Saint Thomas : « Nous avons vu le Seigneur, leur disent-ils. Si je ne vois dans ses mains, les marques des clous ; si je ne mets mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté, je ne croirai pas ». Alors huit jours après, Jésus apparaît à Thomas, les disciples étant toujours dans le Cénacle : « Mets ici ton doigt. Regarde mes mains. Approches aussi la main et mets la dans mon côté et ne sois plus incrédule mais fidèle ».
Oh ! Merveilleuse réponse de Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
Oh ! Merveilleuse incrédulité de Saint Thomas qui nous conforte, à notre tour, dans notre foi en la Résurrection de NSJC. « Parce que tu as vu, Thomas, tu as cru. Heureux, Bienheureux ceux qui croiront sans avoir vu ».

Jésus est ressuscité d’entre les morts. Il a repris le même corps qui a subi la passion. Il s’est montré avec ses stigmates.

Je ne vous ferai pas le récit des nombreuses apparitions de NSCJ à ses disciples. Pendant cette octave, l’Eglise a pris soin de nous rappeler tous ces récits évangéliques. Son apparition sur les bords de la mer de Tibériade. Vous vous en souvenez ! Au petit matin, de la rive, les disciples ayant péché toute la nuit en vain…Il leur commande de jeter les filets à la droite de la barque, et c’est la pêche miraculeuse. A la vue de ce miracle, Jean, le disciple que Jésus aimait, de proclamer : « Mais c’est le Seigneur ». Ils rejoignent la rive. Et Il mange du fruit de la pêche avec ses disciples, Jésus ayant, en les attendant, préparé lui-même « les charbons allumés » pour frire tout cela. Et Il mange avec eux pour montrer que son corps est bien un corps réel.

Je ne vous rappellerai pas non plus le beau récit des disciples d’Emmaüs. Deux disciples, dont Céphas, quittent Jérusalem et s’en vont vers Emmaüs. Ils sont tristes, défaits, découragés. « Ils s’entretenaient de tous ces événements. Ils avaient mis en Lui toutes leurs confiances ». Ils sont rejoints en chemin par Jésus-Christ. Il constate leur mine patibulaire. « Oh ! Hommes sans intelligence et dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ». « Il leur explique, dans toutes les Ecritures ce qui le concernait ». Leur cœur alors est tout brûlant de joie et de consolation. Et c’est à la fraction du pain qu’ils reconnaissent Jésus…Ils s’en retournent en hâte vers Jérusalem, dans la joie. « Nous avons vu le Seigneur ».

Il est ressuscité conformément aux Ecritures.

Il est apparu à Marie- Madeleine, à Pierre, aux disciples. Il leur reprochera leur dureté de cœur, leur incrédulité.

Tout cela, vous le savez. Vous le croyez. Vous n’êtes pas de cette race faite d’incrédulité. Vous confessez votre Credo.

Vous désirez une nourriture plus substantielle, plus essentielle, une nourriture plus spirituelle, et comme le dit l’introït : « vous êtes avide du pur lait spirituel » parce que vous vivez de cette vie théologale, de cette vie spirituelle que vous donne l’Eglise. Vous aimez méditer. Vous savez que cette résurrection de NSJC est le fondement de notre espérance. Et vous aimez méditer sur les fruits de cette espérance, sur le « ciel » promis, donné, où se trouve dans la gloire « l’aîné de notre race : Notre Seigneur.

Vous aimez méditer sur la certitude de posséder, un jour, à votre tour, ce royaume de Dieu, ce « Ciel », « cet héritage incorruptible, sans tache qui ne peut se flétrir, qui nous est réservé, depuis ce jour, depuis toujours dans les cieux (1Pet 1 3)

En ce temps de la Résurrection, nul doute qu’il faut méditer sur le ciel. Le mystère de la Résurrection arrache nos intelligences de la terre pour les porter aux cieux, vers cet héritage qui nous est acquis grâce à la résurrection de NSJC et qui est un héritage magnifique, splendide. « Enivrante est la part qui me revient », dit l’Ecriture. « Le Seigneur, lui-même, doit être mon partage » « Domine, pars haereditatis meae et calicis meis ».
Ah ! Comme nous comprenons mieux les paroles de NSJC, à la dernière Céne : « Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père ; s’il en était autrement, je vous l’aurais dit. Je vais vous y préparer une place. Et lorsque je m’en serai allé et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis vous y soyez aussi et là où je vais vous en savez le chemin » (Jn 15 1). « Il vous est bon que je m’en aille ».

Oui ! Notre cœur est dans l’allégresse et avec émotion et foi nous chantons les « alléluia » de la Sainte Eglise.
« Vous me remplirez, Seigneur, de joie en me montrant votre visage et mes délices n’auront point de fin ».

Ah ! Que Saint Paul a raison de nous parler des richesses de gloire qui forment l’héritage des Saints : « Divitiae gloriae haereditatis eius in sanctis ».
Cet héritage, possédé, tenu, en bonne main grâce au Christ ressuscité, quel est-il ? Mais c’est ce Dieu « qui habite une lumière inaccessible, que nul n’a vu et que nul ne peut voir sans la lumière de gloire »…et « qui doit se montrer, un jour, à découvert ». « Un jour nous verrons ce roi éternel de gloire dans les siècles des siècles ».
Dans la foi, nous contemplons déjà ce Roi de gloire, « celui qui a ressuscité « l’enseveli », mais nous le voyons comme dans un miroir au travers de l’obscurité de la foi, « in aenigmate » mais nous le verrons alors face à face directement, immédiatement, tel qu’il est comme il se voit et se connaît lui-même « « Cognoscam sicut et cognitus sum ». ( 1 Cor 13 12)
Cette « beauté infinie », l’idéal de toue beauté, de toute bonté, de toute perfection, nous la contemplerons un jour. C’est notre attente, depuis ce jour, qui illumine nos jours. C’est notre foi. C’est notre espérance. Et cela grâce au Christ glorifié.
Comme nous le fait dire l’introït : « Poussons des cris de joie pour Dieu ». « Acclamons le Dieu de Jacob ».

« C’est Lui en effet qui ayant souffert, qui ayant été lié, qui ayant été jugé pour le coupable.
C’est Lui, qui, étant ressuscité des morts, a détruit la mort, triomphé de l’ennemi, foulé aux pieds l’enfer,
Et qui a ravi l’homme vers les hauteurs des cieux » (Méliton de Sardes, la Pâque)

Alors, comme les Apôtres au Thabor, voyant la gloire du Fils glorieux, nous chanterons : « Domine, Bonum est nos hic esse ». Quelle joie ! Quelle bonheur sera le notre de pouvoir scruter, avec la lumière de gloire, le mystère de la Vie intime de Dieu, sonder les abymes de la Sagesse, de la Justice ; considérez les richesses incompréhensibles de son amour, les excès de sa miséricorde, la profondeur de ses décrets, les merveilleuses opérations de la grâce, les voies secrètes et admirables par lesquelles il nous conduit aux termes de notre destin.
Là, nous nous trouverons en possession de notre Souverain Bien.

Et cela, grâce à la résurrection de NSJC qui est pour moi, dés lors, « ma rémission », « la Pâque de mon salut », Lui qui fut d’abord, pour m’ouvrir les portes du Ciel « l’agneau immolé », « ma rançon » et qui est pour moi, maintenant, ma « résurrection, ma lumière, mon salut, mon Roi.

Oui ! Vraiment, c’est Lui qui me conduit vers les hauteurs des Cieux.
Lui qui nous ressuscitera, Lui qui nous montrera le Père, qui nous conduira, par la main, dans son Royaume. Et qui nous accueillera : « Venez les bénis de mon Père, prenez possession du Royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde ».

Prendre possession du Royaume ! Mais qui dit Royaume , dit richesse, puissance, honneur, gloire, affluence de tous biens. Tel est le ciel : « une demeure opulente » C’est là dans son ciel que Dieu est vraiment magnifique ».

Avec quelle tendresse, Il noud accueillera. Avec quelle joie ! Il nous introduira dans son royaume pour régner avec lui. Eternellement. Nous qui l’aurons servi ici fidèlement.

Oui ! NSJC, sa résurrection, nous donne une mentalité de racheté, d’élu, une mentalité de vainqueur.
C’est moi qui vous ressusciterait par ma main droite, ma puissance et qui vous accueillerait dans ma patrie où se trouvent parents, amis , connaissances, cette patrie véritable, celle des patriarches, celle qu’ils considéraient et saluaient de loin qu’ils cherchaient avidement se souvenant qu’ils étaient des « exilés et des voyageurs ». « Vous le savez, nous n’avons pas ici-bas de demeure permanente. Mais « notre Patrie, c’est le Ciel » (St Paul) C’est la cité de Dieu vivant, la Jérusalem céleste, la société des Anges, l’assemblée des premiers nés dont le nom est inscrit au livre de vie.

Mais là surtout, nous trouverons l’aîné de notre race, Celui qui a daigné nous appeler à partager avec lui son héritage, Celui que les Anges ne se lassent pas de contempler la beauté. Nous pourrons nous aussi, à notre tour, voulu par Dieu, grâce à Lui et à sa sainte résurrection, considérer à loisir cette face adorable, empreinte d’une si douce majesté, reposer notre tête sur ce cœur qui nous a tant aimé, voir les plaies saintes que nos péchés ont creusés dans ses mains, dans son cœur, dans ses pieds. Là, nous entendrons le divin maître, nous redire, de sa bouche, l’amour dont il nous a aimés, ses humiliations, ses souffrances durant sa Passion, sa miséricorde, sa charité que rien n’a pu lasser, ni oubli ni ingratitude ni trahison. Et notre âme se fondera de reconnaissance, d’amour en entendant la Sauveur nous faire le récit des merveilles du salut.

Alors nous chanterons à « l’Agneau immolé » notre amour. A lui tout honneur et toute gloire et toute puissance.
« Il est celui qui fit le Ciel et la terre et qui forma l’homme et qui fut annoncé par la Loi et qui fut incarné dans une vierge et qui fut suspendu sur un bois, qui fut enseveli en terre, qui fut ressuscité des morts et qui monta vers les hauteurs des cieux, qui est assis à la droite du Père » (Militon de Sardes)

Alors le Ciel, c’est aussi le festin de l’Agneau « Et bienheureux, dit l’Apocalypse, ceux qui ont été invités au festin nuptial de l’Agneau ».
Oui ! « Bienheureux ceux qui sont invités aux noces de l’Agneau » ( Ap 19 9) Car ils goûteront le repos, la paix, le repos après le travail, la paix succédant à la guerre, la Vie sans fin.

Ici, il est vrai, c’est une « vallée de larmes », « une grand tribulation » (Apoc.), un lieu de tentation.
Là, au Ciel, c’est l’allégresse après le combat. C’est la paix, accueillis, que nous seront, par le maître de maison. : « Venez les bénis de mon Père… » Venez recevoir la couronne qui vous est destinée.
Alors Dieu lui-même essuiera toute larme sur les visages et « il n’y aura plus ni mort ni deuil ni cri ni douleur » (Apoc.) « Et mors ultra non erit ». « O mors, ero mors tua ». « Neque clamor, neque dolor erit ultra quia prima abierunt » (Apoc 21 4) C’est Dieu, c’est Dieu en personne qui se réserve cet office : « C’est moi qui vous consolerais » « absterget Deus omnem lacrymam » « Ego, ego ipse consolabor vos » (Is 6 12)

Voilà ce qui nous console, nous fortifie. Nos peines n’auront qu’un temps tandis que la récompense sera éternelle.
A Lui, A Jésus, notre honneur et notre louange. « C’est Lui l’Alpha et l’Omega qui nous conduit vers les hauteurs des cieux » C’est Lui qui nous ressuscitera. « C’est lui qui nous montrera le Père » « Acclamez le Dieu de Jacob » nous dit l’Introït de cette messe.

Et nous entendons aussi Saint Paul nous dire « qu’il n’y a aucune proportion entre les souffrances de la vie présente et la gloire future qui doit un jour nous être révélée » « et que des tribulations légères et momentanées opérerons en nous un poids immense et éternel de gloire ».

Alors nous nous consolons dans l’espérance et nous chantons notre reconnaissance tout à la gloire du ressuscité.
« C’est Lui le Christ. C’est Lui le Roi. C’est Lui Jésus, Lui le stratège, Lui le Seigneur, Lui qui ressuscita des morts, Lui qui est assis à la droite du Père. C’est Lui notre Paix » d’avec Dieu.

Et nous serons dans cette paix, cette paix céleste, glorieuse. Une paix inaltérable sera notre partage, un jour, nous nous reposerons, sans crainte dans les beautés de la Paix. « Sedebit populus meus in pulchritudine pacis et in requie opulento ».

Alors nous aimerons Dieu, sans crainte de le perdre, de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces, de tout notre esprit. Nous l’aimerons sans relâche, sans interruption, sans défaillance, sans alternance d’ardeur et de refroidissement.
Nous l’aimerons et notre cœur débordant d’amour, chantera une action de grâce et de louange. « Amabimus et laudabimus ». « Etant Seigneur, ayant revêtu l’homme et ayant souffert pour celui qui souffrait et ayant été lié pour celui qui était détenu et ayant été jugé pour le coupable et ayant été enseveli pour celui qui était enseveli, Il ressuscita des morts et fit entendre ceci à haute voix : « C’est moi qui ai délivré le condamné. C’est moi qui ai vivifié la mort. C’est moi qui ai ressuscité l’enseveli. C’est moi qui ai fait tout cela. Moi le Christ. C’est moi qui est détruit la mort et qui ai triomphé de l’ennemi et qui ai foulé aux pieds l’enfer et qui ai lié le fort et qui ai ravi l’homme vers les hauteurs des cieux. C’est moi, dit-il, le Christ ». (Meliton).
« Tels des enfants nouveau-nés, alleluia, soyez avides du pur lait spirituel, alléluia, alléluia, alléluia. Poussez des cris de joie pour Dieu, notre soutien, acclamez le Dieu de Jacob ». (In-troït de cette messe)

« Venez vous tous vers moi,
Moi qui suis votre rémission,
Moi la Pâque du salut,
Moi l’agneau immolé pour vous,
Moi votre rançon,
Moi votre vie,
Moi votre résurrection,
Moi votre lumière,
Moi votre salut.
C’est Moi qui vous conduis vers les hauteurs des cieux.
C’est Moi qui vous ressusciterai par ma main droite ». (Meliton).

Alléluia ! Alleluia ! Alleluia !

Amen.

« La guerre est religieuse »

 

La vie publique, aujourd’hui plus qu’hier, s’émancipe de toute règle, de tout dogme catholique.

L’État se libère de toute contrainte. Ni Dieu. Ni Maître.

C’est le leitmotiv de tous les pouvoirs. De toutes les institutions étatiques. De toutes les instances maçonniques. En Europe comme aux É.U., comme au Canada. Sur tous les continents, il en est ainsi.

Le « laïcisme » est la loi. Il est la règle.

Ce phénomène, du reste, ne touche pas seulement les institutions publiques. Il touche même les individus, même l’institution familiale. Tout vit « comme si Dieu n’existait pas »

Mais ce laïcisme se dresse, qu’on le veuille ou non, contre Dieu, contre son Christ et son Eglise. Cette lutte connut, au cours du 19 ème siècle, un mode aggréssif. Aujourd’hui il est « soft ». Il se dit « ouvert ». Il n’en reste pas moins « combatif ». Il influence et les intelligences et les mœurs.

Mgr Jouin a raison de le dire : « la guerre est religieuse ».

On peut s’en rendre compte, particulièrement ces jours-ci, en comparant l’exhortation apostolique du Pape Jean-Paul II : Ecclesia in Europa, publiée le 29 juin 2003, et un discours de Jacques Chirac prononcé le 23 juin 2003 pour le 275e anniversaire de la création de la franc-maçonnerie en France.

L’Etat se libère. Ni Dieu,Ni Maître

 

L’exhortation apostolique : « Ecclesia in Europa », malgré sa longueur, faiblesse du document, malgré une surabondance d’affirmations sur des sujets trop divers, nouvelle faiblesse du document, malgré des affirmations politiques incertaines, contestables et contestées, après toutefois un constat réaliste grave sur la situation actuelle des peuples en Europe : ils vivent une véritable « apostasie », est, cependant, un vibrant appel à la « conscience européenne » de retrouver et d’accepter son Seigneur et Maître, Notre-Seigneur Jésus-Christ, ce qui fit hier sa grandeur et sa Civilisation.

Appel vibrant du Souverain Pontife. Appel estimable, plein de foi en Notre Seigneur. Appel plein d’espérance. Appel émouvant.

Appel missionnaire et catholique auquel il faut opposer un discours de M. Jacques CHIRAC, discours adressé, le 23 Juin 2003, aux instances francs-maçonnes à l’occasion du 275e anniversaire de la création de la Franc-maçonnerie en France. Là, s’étale avec « outrecuidance » - le mot sera utilisé par le Pape lui-même dans la conclusion de son exhortation - le refus de tout dogmatisme, de tout catholicisme. La Franc-maçonnerie, en tous pays, en France particulièrement, s’est dressée contre le Christ et son Église et contre son dogme. La Franc-Maçonnerie est le refus de tout dogme, de toute Révélation. La Franc-Maçonnerie n’a cessé de lutter pour « écraser l’Infâme », Notre-Seigneur Jésus-Christ. D’où la ruine de la monarchie, parce que catholique. D’où l’instauration du « laïcisme » des États sans Dieu. D’où la « séparation » proclamée, voulue, instaurée de l’Église et de l’État.

Ainsi l’Europe ne cédera-t-elle pas aux instances, si souvent répétées du Pape - répétitions, tout à l’honneur du Pape - de mettre dans la Constitution Nouvelle de l’Europe, une claire affirmation du rôle bénéfique et historique du christianisme en Europe.

Oui ! Guerre, il y a. Même si les « canons » se sont tus. Et elle est religieuse.

Et c’est pourquoi, il n’est pas inutile de faire remarquer la finale de « l’exhortation apostolique ». Les critiques n’y ont pas été assez sensibles. La finale du document est précisément toute centrée sur le combat décrit par l’Apocalypse entre la femme et le dragon. Pourquoi donc cette finale ? C’est que « la guerre est religieuse ». Entre l’Église et la Franc-maçonnerie. En Europe surtout. En France particulièrement.

Voici les documents :


A) L’exhortation apostolique de Jean-Paul II :
« Ecclesia in Europa ».

a) L’appel du Pape :

« L’Europe a besoin d’un saut qualitatif dans la prise de conscience de son héritage spirituel. Un tel élan ne peut lui venir que d’une écoute renouvelée de l’Évangile du Christ. Il appartient à tous les chrétiens de s’employer à satisfaire cette faim et cette soif de vie. C’est pourquoi « l’Église éprouve un devoir de renouveler avec vigueur le message d’espérance qui lui a été confié par Dieu » et elle répète à l’Europe : « Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut »(So 3,17). Son invitation à l’espérance ne se fonde pas sur une idéologie utopiste.(…) C’est, au contraire, le message éternel du salut proclamé par le Christ(cf. Mc 1,15). Avec l’autorité qui lui vient de son Seigneur, l’Église répète à l’Europe d’aujourd’hui : Europe du troisième millénaire, « que tes mains ne défaillent pas » (So 3,16) ; ne cède pas au découragement, ne te résigne pas à des modes de penser et de vivre qui n’ont pas d’avenir, car ils ne sont pas fondés sur la ferme certitude de la Parole de Dieu !

Europe. Retrouve-toi toi-même. Sois toi-même. Découvre tes origines. Avive tes racines.

 

 

Reprenant cette invitation à l’espérance, je te le répète encore aujourd’hui, Europe qui est au début du troisième millénaire : « Retrouve-toi toi-même. Sois toi-même. Découvre tes origines. Avive tes racines ». Au cours des siècles, tu as reçu le trésor de la foi chrétienne. Il fonde ta vie sociale sur les principes tirés de l’Évangile et on en voit les traces dans l’art, la littérature, la pensée et la culture de tes nations. Mais cet héritage n’appartient pas seulement au passé ; c’est un projet pour l’avenir, à transmettre aux générations futures, car il est la matrice de la vie des personnes et des peuples qui ont forgé ensemble le continent européen.

Ne crains pas ! L’Évangile n’est pas contre toi, il est en ta faveur. Cela est confirmé par la constatation que l’inspiration chrétienne peut transformer l’ensemble des composantes politiques, culturelles et économiques en une convivialité où tous les européens se sentent chez eux et forment une famille de nations dont d’autres régions du monde peuvent s’inspirer de manière fructueuse.

Aie confiance ! Dans l’Évangile qui est Jésus, tu trouveras l’espérance forte et durable à laquelle tu aspires. C’est une espérance fondée sur la victoire du Christ, sur le péché et sur la mort. Cette victoire, il a voulu qu’elle soit tienne, pour ton salut et pour ta joie.

Sois-en sûre ! L’Évangile de l’espérance ne déçoit pas. Dans les vicissitudes de ton histoire d’hier et d’aujourd’hui, c’est une lumière qui éclaire et oriente ton chemin ; c’est une force qui te soutient dans l’épreuve ; c’est une prophétie d’un monde nouveau ; c’est le signe d’un nouveau départ ; c’est une invitation à tous, croyants ou non, à tracer des chemins toujours nouveaux qui ouvrent sur l’ « Europe de l’Esprit », pour en faire une véritable maison commune où l’on trouve la joie de vivre. »

b) La conclusion du document pontifical : la femme et le dragon


« L’histoire de l’Église s’accompagne de signes qui sont sous les yeux de tous, mais qui demandent à être interprétés. Parmi eux, l’Apocalypse présente le signe grandiose apparu dans le ciel qui parle d’une lutte entre la femme et le dragon.
La femme ayant le soleil pour manteau, qui est en train d’accoucher dans la souffrance(cf. Ap 12, 1-2), peut désigner l’Israël des prophètes qui enfante le Messie, « celui qui sera le berger de toutes les nations, les menant avec un sceptre de fer » (Ap 12,5). Mais elle représente aussi l’Église, peuple de la nouvelle Alliance, en proie à la persécution, mais protégée par Dieu. Le dragon est « le serpent des origines, celui qu’on nomme Démon ou Satan, celui qui égarait le monde entier » (Ap12,9). Le combat est inégal : le dragon semble avoir l’avantage, tant est grande son outrecuidance face à la femme sans défense et souffante. En réalité, le vainqueur, c’est le fils que la femme vient de mettre au monde. Dans ce combat, une chose est certaine : le grand dragon a déjà été vaincu, « il fut jeté sur la terre et ses anges avec lui »(Ap 12, 9) Ceux qui l’ont vaincu, ce sont le Christ, Dieu fait homme, par sa mort et sa résurrection, et les martyrs, « par le sang de l’Agneau et le témoignage de leur parole « (Ap 12,11) Et même si le dragon persiste dans son opposition, il n’y a rien à craindre, car sa défaite est dejà consommée.

Telle est la certitude qui anime l’Église au long de son chemin, tandis qu’elle relit son histoire de toujours à partir de la femme et du dragon. La femme qui met au monde un enfant mâle nous rappelle aussi la Vierge Marie, surtout au moment où, transpercée par la souffrance au pied de la Croix, elle engendre de nouveau le Fils, comme vainqueur du prince de ce monde. Elle est confiée à Jean qui, à son tour, lui est confié(cf Jn 19, 26-27) et elle devient ainsi la Mère de l’Église. Grâce au lien qui unit Marie à l’Église, et l’Église à Marie, le mystère de la femme prend une clarté nouvelle : En effet, Marie, présente dans l’Église comme Mère du Rédempteur, participe maternellement au « dur combat contre les puissances des ténèbres » qui se déroule à travers toute l’Histoire des hommes. Et par cette identification ecclésiale avec la « femme enveloppée de soleil » (Ap 12,1), on peut dire que « l’Église, en la personne de la bienheureuse Vierge, atteint dejà la perfection qui la fait sans tache ni ride ».

L’Église entière regarde donc Marie…. »

Discrète, mais tout à la fois fulgurante conclusion. « Qui potest capere, capiat ». « Que celui qui peut comprendre, comprenne » (Mt 19,12 ). Vraiment la guerre est religieuse. Le grand Monseigneur Jouin a raison.

Vous en voulez la preuve ! Une preuve concrète ! Lisez ce discours de Jacques Chirac du 23 juin 2003.
Le combat est bien religieux : c’est celui entre la « femme », Notre Dame, l’Eglise et le Démon, la Franc-Maçonnerie.

B) Le discours de Jacques Chirac prononcé le 23 juin 2003.

Mesdames et Messieurs les Grands Maîtres, Mesdames, Messieurs,

Je suis heureux de recevoir aujourd’hui les représentants d’une tradition philosophique qui a pris une part si importante, en France et dans le monde, à l’élaboration et à la diffusion des idées républicaines. Il est des histoires qui contribuent à forger l’histoire, des événements qui font avancer la cause de la liberté. La création, en 1728, de la première loge française est de ceux-là. Vous avez choisi de fêter ensemble cet événement. Et vous avez voulu y associer les maçonneries étrangères. À toutes et à tous, je souhaite la plus chaleureuse des bienvenues. En vous recevant aujourd’hui, j’ai souhaité rendre hommage au rôle civique de vos sociétés de pensée. Un rôle actif de défense et de réaffirmation des principes républicains, un rôle de vigilance, un rôle de réflexion. Cet anniversaire est aussi pour vous l’occasion de donner une idée juste de la franc-maçonnerie, au delà des clichés et des idées reçues.

La franc-maçonnerie inscrit son engagement dans l’héritage des lumières. Lumière de la raison. Lumière de la liberté, la liberté absolue de conscience.

Vous inscrivez votre engagement dans l’héritage des Lumières. Lumières de la raison, de la tolérance, de la solidarité humaine, lumières de la liberté, la liberté absolue de conscience, la liberté de douter, parce que le doute est moteur de progrès. Une liberté que résume bien le tryptique : « provoquer et non imposer, suggérer sans proclamer, interroger plutôt que répondre ». Bref, la vraie liberté de l’homme parvenu à s’affranchir tant des passions que des carcans sociaux. Alain Bauer, dont je salue l’initiative qui nous réunit aujourd’hui, a évoqué la naissance de la maçonnerie en France à l’aube du XVIII siècle, avec cette belle formule que je lui emprunte : « C’est le peuple de l’Encyclopédie qui essaie de devenir celui des Lumières ». Né dans les spasmes des guerres civiles et religieuses anglaises, l’idéal maçonnique, celui d’Isaac Newton, rêvait de substituer aux dogmatismes le débat sur le progrès scientifique, de desserrer l’étreinte, de casser les rigidités, pour instaurer un espace de liberté, hors des tabous et des index de l’époque.

Cette histoire, ces convictions, la franc-maçonnerie peut les assumer avec fierté. Elles fondent son engagement. Elle marquent ses traditions. Trois siècles ont passé et vous tenez à ce que vos travaux continuent de s’accomplir dans la liberté, le refus des certitudes, l’ouverture internationale, en recherchant toujours l’indispensable sérénité dans laquelle doit être menée la réflexion, loin de l’agitation du monde. Sa fidélité aux traditions, son engagement au service de l’homme, la franc-maçonnerie les a chèrement payés, persécutée par tous les totalitarismes. Les heures noires de l’Occupation et de la collaboration l’ont douloureusement marquée. Dès août 1940, une législation anti-maçonnique était promulguée. Les obédiences étaient dissoutes, leurs locaux occupés, leurs temples dévastés, leurs archives détruites, leurs collections pillées. Les francs-maçons ont été dénoncés, leurs noms livrés à l’occupant nazi. Beaucoup d’entre eux furent déportés et trouvèrent la mort dans les camps. Jamais dans son histoire, la franc-maçonnerie française, qui s’était toujours développée dans le plus grand respect des institutions et des lois, n’avait eu à subir un tel déchaînement de violence et de haine.

La franc-maçonnerie a mené le combat pour la laïcité. Combat de chaque instant. Combat qui reste toujours d’actualité.

Cet acharnement ne peut s’expliquer que par l’indéfectible attachement des francs-maçons à la République. La République, ils l’ont aidée à naître, répandant les idées de raison et progrès. Ils l’ont veillée lorsqu’elle était fragile et attaquée. Ils l’ont nourrie de leur exigence et de leur réflexion. Ils ont toujours été au premier rang de ses défenseurs. Au XVIIIe et au XIXe siècles, ils furent naturellement de tous les combats contre l’autoritarisme. Dans les tavernes des origines, ils ont contribué à diffuser les valeurs qui furent celle de la Révolution française et que proclame la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. Dans le grand élan de 1848, ils militent pour les libertés politiques et syndicales, la liberté de la presse, la liberté d’association, l’abolition de l’esclavage. Après avoir contribué à faire naître la IIIe République, ils sont nombreux à s’engager dans la Ligue des droits de l’homme, pour que triomphe l’innocence du capitaine Dreyfus. Quelques années auparavant, ils avaient préparé, pour une très large part et ardemment soutenu la loi de 1882, loi capitale pour la République, qui créait un enseignement primaire obligatoire, laïque et gratuit. Avec la même fermeté, le même enthousiasme, ils appuient la loi de 1901, qui garantit la liberté d’association, puis celle de 1905, qui sépare les églises et l’État. Le Combat pour la laïcité doit beaucoup à leur engagement. Combat de chaque instant, combat qui reste toujours d’actualité. Combat pour la tolérance et pour une fraternité fondée sur le respect de l’autre et qui ne s’arrête pas aux différences, aux origines, aux religions. Au fil du temps, à mesure que s’est enracinée la République, que se sont imposées les valeurs universelles qu’elle défend, la franc-maçonnerie française a su attirer des femmes et des hommes engagés dans la vie sociale et représentatifs de la France dans toute sa diversité. Il n’est pas de grandes questions sociales, touchant à la condition humaine, que les francs-maçons n’aient abordée. Récemment, individuellement ou de manière concertée, ils sont intervenus dans les débats sur la place des femmes dans notre vie publique, sur la bioéthique, l’accueil et la place des handicapés, l’avenir de l’école, la construction européenne, le développement durable, la mondialisation, la diversité culturelle, la question aussi du choc démographique et de l’adaptation nécessaire de la société française et de ses structures. Parce que les francs-maçons ont d’abord à cœur l’exigence d’humanisme, ils sont aux avant-postes de la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, contre les discriminations et tout simplement contre la violence. Il n’est pour vous, de progrès individuel et collectif, de véritable vivre ensemble, qu’affranchis des passions et des intérêts particuliers, des communautarismes et des intégrismes, des ignorances et des antagonismes qu’elles engendrent.

Mesdames, Messieurs, cet anniversaire qui nous rassemble aujourd’hui, vous le vivez, j’imagine, comme un engagement renouvelé pour l’avenir, pour d’autres progrès, d’autres libertés. Aujourd’hui, je veux saluer votre action qui a joué un rôle essentiel dans l’enracinement de l’idéal républicain en France. En vous recevant toutes et tous, je souhaite vous témoigner le respect de la Nation pour ce que vous êtes et pour ce que vous faites. Je vous en remercie. »
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Une franc-maçonnerie qui est engagée, depuis ses origines dans « l’héritage des Lumières. Lumières de la raison ». « Lumières de la liberté absolue de conscience ». « Lumières qui luttent contre tout dogmatisme », ne doit pas être ouverte aux discours du Pape sur les origines catholiques de l’Europe. Celle qui intervient, nous confirme Jacques Chirac, dans « la construction européenne » ne s’ouvrira pas à l’appel poignant du Pape : « Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui le héros qui apporte le salut ». Elle ne voudra pas entrer, comme le Pape l’y appelle « dans le nouveau millénaire avec le livre de l’Évangile ». Bien au contraire !


Conclusion :


La guerre est religieuse, vous dis-je . N’oubliez donc pas la conclusion du Pape dans son Exhortation. C’est celle du Combat entre la Femme et le Dragon. « … Et le Dragon fut rempli de fureur contre la Femme, et il alla faire la guerre au reste de ses enfants, à ceux qui observent les commandements de Dieu et qui gardent le témoignage de Jésus-Christ »(Ap 12,17).

 

Le Pape, la Croix et les jeunes

 

Dans la matinée du dimanche 4 avril 2004, Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur, le Pape Jean-Paul II a célébré la sainte messe sur la place Saint Pierre à l’occasion de la XIXe journée mondiale de la Jeunesse dont le thème est cette année « Nous voulons voir Jésus » (Jn 12 21). L’année prochaine, la rencontre aura lieu à Cologne, en Allemagne, au mois d’août 2005. Au cours de la messe, le Saint Père a prononcé une brève homélie.
Comme vous pourrez le lire vous-même, il ne dénature pas le message évangélique. Il affirme bel et bien : « Tous ceux qui cherchent le Fils de l’homme le verront lors de la fête de Pâque, comme le véritable Agneau immolé pour le salut du monde. Jésus meurt sur la Croix pour chacun et chacune d’entre nous. La Croix est, par conséquent le signe le plus grand et le plus éloquent de son amour miséricordieux, l’unique signe de salut pour chaque génération et pour l’humanité toute entière ». D’où l’importance, pour le Pape, de la Croix qu’il a remise solennellement aux Jeunes « au terme de l’Année Sainte de la Rédemption » Et le Pape de proclamer de nouveau : « Depuis ce moment, la Croix continue à traverser de nombreux pays…elle a parcouru les continents comme un flambeau passé de main en main, elle a été transportée de pays en pays…Chers jeunes… Je vous confie la croix du Christ ! Portez-la dans le monde comme le signe de l’amour du Seigneur Jésus pour l’humanité, et annoncez à tous que ce n’est que dans le Christ mort et ressuscité que se trouve le salut et la rédemption. »(n°4)

La Croix est-elle donc tellement exclue du discours de l’Eglise? M’est avis qu’il conviendrait de faire des nuances. A force de généraliser et de simplifier à outrance pour démontrer qu’on a raison, ne finira-t-on pas par devenir aveugle ?

Paul Aulagnier.

CÉLÉBRATION DU DIMANCHE DES RAMEAUX
ET DE LA PASSION DU SEIGNEUR
HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II
4 avril 2004

XIX Journée Mondiale de la Jeunesse
"Nous voulons voir Jésus" (Jn 12, 21)



1. "Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur" (Lc 19, 38).
C'est avec ces paroles que la population de Jérusalem accueillit Jésus lors de son entrée dans la ville sainte, l'acclamant comme le roi d'Israël. Cependant, quelques jours plus tard, la même foule le repoussera avec des cris hostiles: "Crucifie-le! Crucifie-le!" (Lc 23, 21). La liturgie du Dimanche des Rameaux nous fait revivre ces deux moments de la dernière semaine de la vie terrestre de Jésus. Elle nous plonge dans cette foule si inconstante, qui en quelques jours passa de l'enthousiasme joyeux au mépris homicide.
2. Dans l'atmosphère de joie, voilée de tristesse, qui caractérise le Dimanche des Rameaux, nous célébrons la dix-neuvième Journée mondiale de la Jeunesse. Cette année, elle a pour thème: "Nous voulons voir Jésus" (Jn 12, 21), qui fut la requête que "quelques Grecs" (Jn 12, 20), venus à Jérusalem pour la fête de Pâques, adressèrent aux Apôtres.
Face à la foule venue pour l'écouter, le Christ proclama: "Et moi, une fois élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi" (Jn 12, 32). Voilà donc sa réponse: tous ceux qui cherchent le Fils de l'homme le verront lors de la fête de Pâques, comme le véritable Agneau immolé pour le salut du monde.
Jésus meurt sur la Croix pour chacun et chacune d'entre nous. La Croix est, par conséquent, le signe le plus grand et le plus éloquent de son amour miséricordieux, l'unique signe de salut pour chaque génération et pour l'humanité tout entière.
3. Il y a vingt ans, au terme de l'Année Sainte de la Rédemption, j'ai remis aux jeunes la grande Croix de ce Jubilé. En cette occasion, je les ai exhortés à être de fidèles disciples du Christ, Roi crucifié, qui "nous apparaît comme Celui qui libère l'homme de ce qui limite, diminue et pour ainsi dire détruit cette liberté jusqu'aux racines mêmes, dans l'esprit de l'homme, dans son coeur, dans sa conscience" (Redemptor hominis, n. 12).
Depuis ce moment, la Croix continue à traverser de nombreux pays, en préparation aux Journées mondiales de la Jeunesse. Au cours de ses pèlerinages, elle a parcouru les continents: comme un flambeau passé de main en main, elle a été transportée de pays en pays; elle est devenue le signe lumineux de la confiance qui anime les jeunes générations du troisième millénaire. Aujourd'hui, elle se trouve à Berlin!
4. Chers jeunes! En célébrant le vingtième anniversaire du début de cette extraordinaire aventure spirituelle, laissez-moi vous renouveler la consigne que je vous avais alors laissée: "Je vous confie la Croix du Christ! Portez-la dans le monde comme signe de l'amour du Seigneur Jésus pour l'humanité, et annoncez à tous que ce n'est que dans le Christ mort et ressuscité que se trouve le salut et la rédemption" (Insegnamenti, VII, 1 [1984], 1105).
Le message que nous transmet la Croix n'est certainement pas facile à comprendre à notre époque, où le bien-être matériel et le confort sont proposés et recherchés comme des valeurs prioritaires. Mais vous, chers jeunes, n'ayez pas peur de proclamer en toute circonstance l'Evangile de la Croix. N'ayez pas peur d'aller à contre-courant!
5. "Le Christ Jésus... s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort... et à la mort sur une croix! Aussi Dieu l'a-t-il exalté" (Ph 2, 6.8-9). L'hymne admirable de la Lettre de saint Paul aux Philippiens vient de nous rappeler que la Croix possède deux aspects indissociables: elle est, à la fois, douloureuse et glorieuse. La souffrance et l'humiliation de la mort de Jésus sont intimement liées à l'exaltation et à la gloire de sa résurrection.
Chers frères et soeurs! Très chers jeunes! Que ne vienne jamais à manquer en vous la conscience de cette vérité réconfortante. La passion et la résurrection du Christ constituent le centre de notre foi et notre soutien dans les épreuves quotidiennes inévitables.
Que Marie, Vierge des Douleurs et témoin silencieux de la joie de la résurrection, vous aide à suivre le Christ crucifié et à découvrir dans le mystère de la Croix le sens plénier de la vie.
Loué soit Jésus Christ!