Paroisse catholique Saint Michel

Dirigée par

 Monsieur l'abbé Paul Aulagnier

 

06 80 71 71 01

 

Semaine du 4 au 10 octobre 2004

Dix-neuvième Dimanche après la Pentecôte

 

Sommaire

 

 

 

Homélie

 

Je m’aperçois que j’ai laissé passer la fête de Saint Michel archange, célébré par l’Eglise romaine au 29 septembre, sans rien faire en son honneur.
Je m’en veux ! Je n’oublie pas que notre paroisse « virtuelle » sur le « Web » est dédiée à ce grand archange. Nous l’avons pris comme protecteur céleste. Nous lui devons notre piété.
Nous devons le prier pour obtenir sa protection.
Nous devons surtout l’honorer.
Nous inspirer de sa « sagesse »

C’est ce que je voudrais faire dans cette homélie pensée en son honneur.

« Quis ut Deus » ! « Qui est comme Dieu »
Voilà son nom !
Voilà l’acclamation de Saint Michel dans le combat contre le Dragon dont nous parle l’Apocalypse.
Voilà l’acclamation qui confesse la gloire de Dieu.
Voilà l’acclamation de la soumission de la créature, de sa docilité à la pensée divine, de son humilité devant Dieu.
Voilà le cri de l’adoration due à Dieu.
Voilà le cri de la créature face à Dieu.

Voilà la sagesse.
Voilà les idées que me suggèrent ce cri de l’Archange Saint Michel.
Voilà les idées dont je veux vivre.
Voilà les idées que j’aime et qui font la joie de mon cœur :
L’adoration de Dieu. Sa Transcendance. La misère de l’homme. Ma misère !

Voilà la signification et la richesse du saint nom de Michel, l’Archange.

« Quis ut Deus.

Voilà la liturgie en acte. Celle que nous avons apprise auprès de Mgr Lefebvre. Celle qui nous fait confesser et la grandeur de notre Dieu et notre propre misère. - Je pense que Mgr Lefebvre sera, - soit dit en passant -, un jour, salué dans l’Eglise comme celui qui a su et garder et transmettre aux jeunes lévites et au peuple des fidèles la raison profonde de la liturgie, sa finalité essentielle : l’adoration de Dieu par le peuple qui confesse en même temps sa propre misère.

« Quis ut Deus ».

Voilà, vous dis-je, la liturgie en acte. Ce cri est essentiellement liturgique. Je veux dire qu’il est l’expression de la liturgie céleste et de notre liturgie terrestre. Elles nous font l’une et l’autre, en effet, confesser la gloire de Dieu : « Gloria in exclesis Deo ». Sa majesté « Tu solus Sanctus ». Sa transcendance : « Tu solus altissimus . Mais tout autant notre néant, notre humilité : « Qui tollis peccata mundi, miserere nobis ; qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationemen nostram ; qui sedes ad dexteram patris, miserer nobis ».

Ce cri de l’Archange « Quis ut Deus » est l’acclamation céleste, la liturgie céleste.
La liturgie angélique confesse la grandeur de Dieu, sa sainteté, sa Majesté , sa toute puissance.

Il est important de le savoir. Car nous sommes, tous ici présents, appelés à participer un jour à cette activité céleste, à cette adoration.
Cette adoration fait le Ciel. Cette adoration est la ciel. Cette adoration est l’objet du chant céleste, angélique.

Les anges, saint Michel à leur tête, voient la Trinité Sainte.
Ils voient le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. Un Dieu en trois Personnes. Et ils confessent ce Dieu Trinité comme « celui qui est, qui était et qui vient ». « Celui par qui tout a été fait ». « Celui qui est le créateur, le Tout-Puissant ».

Et lorsqu’ils considèrent la « Sagesse Incarnée, qui a nom « Jésus », ils exaltent tout également sa grandeur, sa majesté. Ils savent que le Père a tout remis en ses mains. Ils le voient comme le « témoin fidèle », « le premier-né d’entre les morts » et « le Prince des rois de la terre ». Ils le considèrent dans son rôle rédempteur, dans cet acte sublime d’amour. Ils l’appellent « Celui qui nous aime ». « Qui nous a lavés de nos péchés par son sang » et « celui qui nous a faits rois et prêtres de Dieu son Père »…. Certes, certes. Je le confesse aussi.

Mais surtout ils chantent sa propre gloire. « A lui soient la gloire et la puissance aux siècles des siècles » c’est-à-dire toujours.
Car ils savent qu’Il est l’ »Alpha et l’Oméga », le « commencement et la fin », qu’Il est « Celui qui est, qui était et qui vient ». « Qu’Il est, en un mot « le Tout-Puissant ». et que nul ne lui échappera.

Là ici, en ce monde, le Fils de Dieu s’est fait humble, petit. Il est l’enfant de la crèche. Il demeure caché, dans le tabernacle et autour de ce tabernacle, autour de cet autel se déroule notre liturgie… faite également de gloire et d’adoration.

Mais qu’est-ce par rapport au Ciel.

Au Ciel, Celui que l’on adore, on l’adore dans sa gloire, exalté à la droite du Père, royal dans sa fonction de Roi et Grand Prêtre, dans sa fonction de juge.

Ecoutez saint Jean : « Quand je me fus retourné, je vis sept chandeliers d’or et au milieu des sept chandeliers, quelqu’un qui ressemblait à un fils d’homme » -c’est le Messie, le Rédempteur retourné dans sa gloire après son humiliation chez les hommes. « Il était vêtu d’une longue robe » - c’est le vêtement royal et sacerdotal. Il est Roi et Prêtre. « Et ceint à la hauteur de la mamelle, d’une ceinture d’or » - ce qui signifie la majesté dans le repos. « Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme la laine blanche, comme de la neige » -image de la gloire céleste et de la pureté – « et ses yeux étaient comme une flamme de feu » - c’est l’emblème de la science qui pénètre jusqu’au fond des cœurs et de la sainteté qui y consume toute souillure, « ses pieds étaient semblables à l’airain qu’on aurait embrasé dans une fournaise » c’est-à-dire sa démarche est irrésistible, « et sa voix était comme la voix des grandes eaux » - c’est-à-dire comme la voix majestueuse de l’Océan. « Il avait dans sa main droite Sept étoiles » - expression de sa puissance, tout est par lui – « de sa bouche sortait une épée aiguë à deux tranchants » - symbole de la puissance de la parole de Dieu qui « juge, tue, guérit et vivifie » et « son visage était comme le soleil quand il brille dans sa force » - image de la gloire céleste du Fils de Dieu.

Imaginez le Ciel dans cette description johannique du Fils de Dieu.
Imaginez.

Imaginez !
Saint Michel acclame et ne peut qu’acclamer : « Quis ut Deus » . »Qui est comme Dieu ».

Et saint Jean, qui nous révèle ce ciel, un peu du Ciel, tombe à ses pieds comme mort, la face contre terre. il adore.
Il adore comme l’ange, comme toute créature qui, devant la gloire de Dieu manifestée, adore

Mais saint Jean ne nous donne pas seulement cette description de Fils de Dieu fait homme, glorifié.
Il nous donne également le langage du Ciel

Et devant ce langage, je comprends aussi très bien le cri d’adoration de l’ange et l’anéantissement de saint Jean.

Ecoutez le langage liturgique du Ciel

« Je suis le premier et le dernier et le vivant. J’ai été mort et voici que je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et de l’enfer…A celui qui vaincra, je lui donnerai à manger de l’arbre de vie qui est dans le paradis de mon Dieu » - qui est l’aliment toujours nouveau de notre éternel amour.

Oui vraiment devant le personnage céleste et devant pareil langage, j’adore et aime.

Mais ce n’est pas tout.

Saint Jean nous introduit, par son Apocalypse, vraiment dans le ciel, devant le trône de Dieu.

Ecoutez :
« Aussitôt je fus ravi en esprit ; et voici qu’un trône était dressé dans le ciel et sur ce trône quelqu’un était assis. Celui qui était assis avait un aspect semblable à la pierre de jaspe et de sardoine ; et le trône était entouré d’un arc-en-ciel, d’une apparence semblable à l ‘émeraude. Autour du trône étaient vingt quatre vieillards assis, revêtus de vêtements blancs, avec des couronnes d’or sur leurs têtes. Du trône sortent des éclairs, des voix des tonnerres ; et sept lampes ardentes brûlent devant le trône ; ce sont les sept Esprit de Dieu. En face du trône, il y a comme une mer de verre semblable à du cristal ; et devant le trône et autour du trône, quatre animaux remplis d’yeux devant et derrière…..et ils ne cessent de dire jour et nuit : « Saint, Saint, Saint est le Seigneur, le Dieu Tout –Puissant, qui était, qui est et qui vient ! » Quand les animaux rendent gloire, honneur et actions de grâces à Celui qui est assis sur le trône, à Celui qui vit aux siècles des siècles, les vingt quatre vieillards se prosternent devant Celui qui est assis sur le trône et adorent celui qui vit aux siècles des siècles, et ils jettent leurs couronnes devant le trône disant : « Vous êtes digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et l’honneur et la puissance, car c’est vous qui avez créé toutes choses, et c’est à cause de votre volonté qu’elles ont eu l’existence et qu’elles ont été créées »

Que c’est beau ! Voilà comment au ciel on chante la gloire de Dieu. La lecture de ces textes me fait vibrer. Ils sont pour moi la plus belle réfutation du monde moderne et de sa révolte contre Dieu…

Mais écoutez encore

« Puis je vis dans la main droite de Celui qui était assis sur le trône un livre écrit en dedans et en dehors, et scellé de sept sceaux. Et je vis un ange puissant qui criait d’une voix forte : « Qui est digne d’ouvrir le livre et d’en rompre les sceaux ? » Et personne ni dans le ciel, ni sur la terre, ne pouvait ouvrit le livre ni le regarder. Et moi je pleurais beaucoup de ce qu’il ne se trouvait personne qui fut digne d’ouvrir le livre, ni de le regarder. Alors un des vieillards me dit : « Ne pleure point ; voici que le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, a vaincu, de manière à pouvoir ouvrir le livre et ses sept sceaux. Et je vis, et voici qu’au milieu du trône et des quatre animaux, et au milieu des vieillards, un Agneau était debout ; il semblait avoir été immolé ; il avait sept cornes et sept yeux qui sont les sept Esprits de Dieu envoyés par toute la terre. Il vint et reçut le livre de la main droite de Celui qui était assis sur le trône.
Quand il eut reçu le livre, les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l’Agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d’or pleines de parfums qui sont les prières des saints. Et ils chantaient un cantique nouveau, en disant : « Vous êtes digne de recevoir le livre et d’en ouvrir les sceaux ; car vous avez été immolé, et vous avez racheté pour Dieu, par votre sang, des hommes de toute tribu, de toute langue ; de tout peuple et de toute nation ; et vous les avez fait rois et prêtres, et ils régneront sur la terre »
Puis je vis et j’entendis autour du trône, la voix d’une multitude d’anges et leur nombre était des myriades et des milliers de milliers. Ils disaient d’une voix forte : « l’Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la bénédiction »
Et toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre et dans la mer, et toutes les choses qui s’y trouvent, je les entendis qui disaient : « A celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau, louange, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles
Et les quatre animaux disaient : « Amen »
Et les vieillards se prosternèrent et adorèrent Celui qui vit aux siècles des siècles » ; (Apoc ; 5 1-14)

Voilà la liturgie céleste.
Voilà la liturgie terrestre.
Elle est toute ordonnée à chanter , à louer la grandeur de Dieu, sa miséricorde, sa rédemption.
La liturgie est théocentrique. Ou elle n’est pas. Elle est ordonnée à Dieu et nullement repliée sur elle-même, ni sur la communauté réunie pour se « chanter elle-même », dirait le cardinal Ratzinger. Là le cardinal, sur cette affaire liturgique, a des accents pathétiques.
La liturgie est cosmique. Ce sont toutes les créatures qui chantent la gloire de Dieu. Terre, Ciel, Mer.
Et devant cette liturgie, adoratrice de Dieu, se dresse l’orgueil du monde moderne qui cherche sa propre gloire dans la négation de Dieu, dans la seule exaltation de l’homme.
Et voilà pourquoi, pour sortir de l’anthropocentrisme actuel, caractéristique du monde contemporain, il faut lui redonner la vraie liturgie, la vraie liturgie romaine qui est toute, nous venons de le voir, centrée sur Dieu et sa gloire.
Elle est , par sa finalité elle même, contre-révolutionnaire. Parce que la Révolution est précisément tout centré sur l’homme. Elle en fait le centre de tout, de toutes ses préoccupations. Elle divinise l’homme qui, maître de lui-même, son seul Maître, est la raison de tout. Le monde moderne affirme ainsi un humanisme absolu. Il fait de l’homme le principe et le centre de tout. La liturgie, elle, fait de Dieu la raison de son adoration. La liturgie est théocentrique. Le monde moderne est anthropocentrique. La liturgie est bien contre-révolutionnaire. Elle est divine.
La liturgie, la vraie, est éducatrice des peuples.
Je crois plus aujourd’hui, dans un siècle de l’image et du symbole, à la force liturgique qu’à la force du livre. Les deux sont nécessaires. Mais la liturgie, à mon avis, est plus puissante pour éduquer un peuple de labeur et de peine, qui vit de l’image et du son. Le retour a la beauté politique, à la beauté d’une civilisation, pourrait bien venir des monastères bénédictins et de toutes les églises où le culte liturgique est cultivé dans sa transcendance, et sa solennité.

Voilà ce à quoi me fait penser ce cri de Saint Michel, notre protecteur : « Quis ut Deus » !

Oui vraiment ce cri de l’archange est bien un cri d’adoration, d’admiration, une confession de la gloire de Dieu, de sa puissance, de sa majesté, de sa Royauté qui me sauve des ténèbres.

Mais aussi c’est un cri d’humilité. Et cette humilité confessé, du reste, fut une condition de son chant d’adoration.
Oui ! la grandeur de Dieu est la cause de l’adoration de l’archange.
Son humilité en est la condition. Je veux dire que, sans humilité, aucune adoration n’est possible de la part de la créature. Voyez le chant du « Magnificat » de notre Dame.
Et ce monde moderne n’adore plus parce qu’il est gonflé d’orgueil.

Voilà encore une raison pour dire et confesser que la vie liturgique est nécessaire à la restauration de l’ordre chrétien.

Voilà pourquoi j’aime tant cet appel que Mgr Lefebvre nous lança à la porte de Versailles en 1978 : « garder la liturgie romaine, le testament de Notre Seigneur ».

Et voilà pourquoi je vibre tellement à ces paroles de Mgr Lefebvre: « Aussi je vous dis : pour la gloire de la Très Sainte Trinité, pour l’amour de notre Seigneur Jésus-Christ, pour la dévotion à la Très Sainte Vierge Marie, pour l’ amour de l’Eglise, pour l’amour du pape, pour l’amour des évêques, des prêtres, de tous les fidèles, pour le salut du monde, pour le salut des âmes, gardez ce testament de NSJC Gardez le Sacrifice de NSJC ! Gardez la messe de toujours ! Et vous verrez la civilisation chrétienne refleurir. »

Fidèles de la paroisse saint Michel, gardez l’intelligence de ce « Quis ut Deus » de l’archange Saint Michel, votre patron céleste ! Et vous vivrez éternellement !

« Pratique de la Perfection Chrétienne »

A - Commentaire du chapitre III


L’idée développée dans ce chapitre est la suivante : il faut avoir faim et soif de sa propre sanctification pour s’élever dans la vertu et la perfection.
Ou plus simplement le Seigneur exauce toujours une âme de désir. Plus on le désire, plus on progresse dans la perfection. L’une est en proportion de l’autre : la perfection est en proportion du désir. Le désir est la meilleure disposition pour obtenir du Seigneur la perfection.
Comme toujours, le P Rodriguez fonde son affirmation dans l’Ecriture Sainte.
Et tout d’abord dans le cantique de Notre Dame, le Magnificat, en citant ce verset : « Il a rempli de bien ceux qui étaient affamés . » (Lc 1 53)
Il cite aussi le psalmiste : « il a rassasié les âmes altérée et affamée » (Ps 106 9),
Ou encore la phrase du prophète Daniel : il faut être un « homme de désir ». David le fut. Ce lui fut compter en justice.
Il fait allusion à la belle histoire de Zachée désirant voir le Seigneur : en récompense, non seulement il le vit, mais Notre Seigneur demeura en sa demeure. Cf Lc 19 31
Il va citer aussi le livre de la Sagesse : Elle se manifeste facilement, dit Salomon, à ceux qui l’aiment, elle se découvre à ceux qui la cherchent ». (Sap. 6 13)
Le P Rodriguez est très encourageant. Il affirme que Dieu lui-même est désireux de se donner à nous. Il a cette belle phrase : « Il n’est pas d’ami qui désire entrer chez son ami aussi vivement que Dieu désire entrer dans notre cœur ». Oui ! Il aspire vraiment à se communiquer à nous, à nous accorder ses grâces, avec bien plus d’ardeur encore que nous ne pouvons en avoir d’obtenir cette incomparable faveur.
Mais il y a une condition : « Il attend que nous le désirions et que nous ayons faim et soif de lui »
Mais pour avoir ce vif désir de Dieu, faut-il encore apprécier ce « trésor divin ». Notre désir est en proportion de ce goût de Dieu, de cette appréciation du don. Le P Rodriguez est clair la dessus. Il écrit : « l’une des principales causes du peu de progrès que nous faisons dans la vertu, c’est l’indifférence de notre cœur pour les charmes célestes ».
Dans cette ligne, il va comparer les âmes de vrais désirs et les âmes seulement « velléitaires ». Il aura des mots sévères pour ceux qui désirent mais qui ne réalisent pas .
Avoir faim et soif de notre perfection est si important dans la vie spirituelle que « Nous devons de notre côté, employer toutes nos forces, dit-il, donner à nos désirs une telle énergie, une telle efficacité, qu’ils puissent vaincre cette funeste influence et se réaliser en dépit de tous les obstacles »
Ainsi on comprend qu’il puisse conclure ce chapitre par ces mots : Heureux ceux qui ont cette ferveur, cette faim et cet soif de la vertu et de la perfection, parce qu’ils seront rassasiés ».
Bonne lecture.

 

B « Pratique de la Perfection Chrétienne »


par le RP Alphonso Rodrigues S.J.


Première Partie


Premier traité


De l’estime et de l’affection que mérite de notre part tout ce qui se rapporte à notre avancement spirituel et des différents moyens qui peuvent nous aider à y travailler avec fruit.

Chapitre III


Qu’un désir ardent de notre avancement spirituel est un moyen essentiel et une excellente disposition pour obtenir le secours des grâces du Seigneur

Ce qui ajoute encore à l’importance de ce désir, de cette faim de cette soif de notre sanctification, c’est que cet état de l’âme est un des plus puissants moyens et une des plus favorables dispositions pour obtenir du Seigneur la vertu et la perfection à laquelle nous désirons nous élever. Selon saint Ambroise, ce désir de sanctification est si agréable à Dieu, qu’il enrichit et comble de bien et de grâces l’âme qui en est animée. Ce grand saint cite à l’appui de son opinion cette parole du cantique de la sainte Vierge : « Il a rempli de bien ceux qui étaient affamés . » (Lc 1 53) Le prophète avait déjà dit : « il a rassasié les âmes altérée et affamée » (Ps 106 9), ce qui signifie que ceux dont l’âme éprouve un si véhément désir de la vertu de la perfection qu’elle en a comme faim et soif, sont remplis par le Seigneur de dons spirituels, tant cette sainte inspiration plaît au cœur de Dieu !L’ange Gabriel apparut à Daniel et lui dit que ses prières avaient été exaucées dès le commencement parce qu’il était « un homme de désirs » (Dan 9 23). C’est ainsi encore que Dieu rendit le sceptre héréditaire dans la maison de David (2 Reg 7 12-16) pour récompenser ce prince du désir qu’il avait eu de lui bâtir un temple. La volonté du Seigneur n’était pas que ce temple fût élevé par David, mais le dessein du saint roi lui avait été si agréable, qu’il le récompensa comme mis à exécution.. Zachée désire voir Jésus-Christ ; le Sauveur, allant au-devant de ses regards, fixe le premier les yeux sur lui, lui demande l’hospitalité et va se reposer sous son toit. (Lc 19 31)

Mais Salomon, dans le sixième chapitre du livre de la Sagesse, proclame encore plus hautement cette puissance de la volonté et du désir. Parlant de la sagesse, qui n’est autre chose que Dieu lui-même : « Elle se manifeste facilement, dit-il, à ceux qui l’aiment, elle se découvre à ceux qui la cherchent ». (Sap. 6 13) Savez-vous avec quel empressement « elle va elle-même au devant des cœurs qui la désirent, pour se montrer à eux la première ? » (Ib. 14) Vous avez à peine commencé de la désirer, qu’elle est déjà auprès de vous : « celui qui se lèvera dès le matin pour la chercher n’aura pas de peine à la rencontrer ; il la trouvera assise à sa porte ». (Ib 15) O bonté et miséricorde infinies de Dieu ! Il ne se contente pas de venir à nous, d’aller à notre recherche et de frapper à plusieurs reprises à notre porte : « Voilà que je suis à votre porte et que je frappe » (Apoc 3 20). « Ouvrez-moi ma sœur » (Cant 5 2) Cela ne suffit point à son amour ; mais comme fatigué d’appeler, ce Dieu, plein de tendresse pour les hommes, s’assied sur notre seuil, nous faisant entendre qu’il serait déjà entré s’il n’avait trouvé la porte fermée et que malgré cet obstacle il ne s’éloigne point, mais il s’assied et attend, pour qu’en ouvrant notre demeure nous le trouvions aussitôt. Bien que vous ayez tardé de lui ouvrir votre cœur et de répondre à ses inspirations salutaires, Dieu ne s’est pas retiré ; il a un trop grand désir d’entrer pour se décourager devant ce mauvais accueil ; il s’assied à votre porte, attendant que vous veniez lui ouvrir : « Le Seigneur attend pour vous faire miséricorde » (Is 30 18). Il n’est pas d’ami qui désire entrer chez son ami aussi vivement que Dieu désire entrer dans notre cœur. Il aspire à se communiquer à nous, à nous accorder ses grâces, avec bien plus d’ardeur encore que nous ne pouvons en avoir d’obtenir cette incomparable faveur. Seulement, il attend que nous le désirions et que nous ayons faim et soif de lui : « A celui qui a soif je donnerai gratuitement à boire des eaux de la source de vie ». (Apoc 21 -) « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive »(Jn 7 37) Le Seigneur veut que nous ayons un grand désir de devenir vertueux et parfaits, afin que, lorsqu’il aura daigné diriger nos premiers pas dans les voies de la vertu et de la perfection, nous sachions apprécier cette grâce et en conserver les fruits comme un trésor précieux.

Ce qu’on désire faiblement, il est rare qu’on en fasse beaucoup de cas après l’avoir obtenu ; et l’une des principales causes du peu de progrès que nous faisons dans la vertu, c’est l’indifférence de notre cœur pour les charmes célestes ; nous n’en n’avons pas faim et soif ; nous la désirons d’une manière si languissante que nos désirs paraissent morts plutôt que vivants. Il est des hommes, dit saint Bonaventure dont le cœur est plein de bons désirs et de bonnes intentions, mais qui ne peuvent jamais remporter sur eux-mêmes une victoire complète, et faire violence à leur nature pour réaliser ces désirs et ces intentions, selon cette parole de l’Apôtre : « Je trouve en moi la volonté de faire le bien, mais je n’y trouve point la force de l’exécuter » (Rm 7 18).

Souvent, ce ne sont point là de véritables désirs, mais de simples velléités ; on voudrait, mais on ne veut pas : « Le paresseux veut et ne veut », dit le sage » (Prov 13 4) . Les désirs tuent le paresseux, car ses mains se refusent au travail. Toute la journée il convoite et désire. Il est tout en désirs, dit Saint Jérôme.

Le père Avilla compare avec raison ces sortes de personnes à un homme qui, pendant son sommeil, s’imagine accomplir de grandes choses, et à qui, au réveil, il ne reste plus que la mémoire fugitive d’un rêve, suivant ces paroles d’Isaïe : « l’homme affamé rêve qu’il mange, mais lorsqu’il s’éveille, il sent que ses entrailles sont vides » (Is 29 8).

Il en est ainsi des personnes dont nous parlons : pendant l’oraison, elles croient sentir un désir ardent des souffrances et des humiliations ; mais , la prière finie, à la plus légère épreuve, cette bonne disposition s’évanouit comme un songe. C’est qu’en effet ce n’était qu’un songe et non un véritable désir. On a comparé aussi ses serviteurs indolents à des soldats en peinture, qui ont constamment l’épée levée sur la tête de l’ennemi, mais qui ne frappent jamais.

On peut encore, avec Isaïe les assimiler à la femme qui souffre les douleurs de l’enfantement sans donner le jour à son fruit : « Les enfants sont venus à terme et les mères n’ont pas eu la force de les mettre au monde » (Is 37 3). Tel est l’état de ses personnes : elles sont sans cesse en mal d’enfant et n’accouchent jamais. Saint Jérôme, interprétant ces paroles de saint Mathieu : « Malheur aux femmes qui seront enceintes et qui allaiteront dans ces jours-là ! » (Mt 24 19) s’écrie : « Malheur aux âmes qui n’auront pas conduit leur fruit à la maturité de l’âge d’homme parfait ». Oui malheur à ceux qui n’auront pas mis au monde les bons désirs qu’ils avaient conçus, et auront fait avorter les fruits de grâce dont le Seigneur avait déposé le germe dans leur cœur ! Or ne point enfanter ces désirs par leur réalisation, c’est les faire avorter, c’est les étouffer dans les entrailles qui les ont conçus. Malheur à ceux dont toute la vie se consume en vains désirs et dont la mort trouve les mains vides d’œuvres spirituelles ! A ce moment suprême, non seulement il ne leur servira à rien d’avoir eu des désirs , mais ils seront encore châtiés pour n’avoir pas mis à exécution les bonnes inspirations que le Seigneur leur aura envoyées/ Alors ils verront se tourner contre eux ces mêmes enfants qui eussent plaidé leur cause et assuré leur salut, si, au lieu de les étouffer, ils eussent donner le jour.

Absalon resta suspendu pas sa chevelure magnifique et brillante comme l’or (2 Reg 18 9) Ainsi un grand nombre seront frappés par la mort suspendu à leurs bons désirs, à leurs intentions dorées. L’Apôtre Saint Jean dit, dans son Apocalypse (Apoc 11 2), qu’il vit une femme dans l’enfantement, et, auprès d’elle, un énorme dragon, attendant son fruit pour le dévorer. Ce dragon est l’image du démon qui se tient auprès de notre âme quand elle conçoit quelque bonne résolution pour l’empêcher de naître.

Nous devons de notre côté, employer toutes nos forces à donner à nos désirs une telle énergie, une telle efficacité, qu’ils puissent vaincre cette funeste influence et se réaliser en dépit de tous les obstacles. C’est ce que , d’après Saint Bernard, voulait dire le prophète Isaïe par ces paroles, aussi sages que concises : « Si vous cherchez, cherchez », ce qui doit s’entendre ainsi : «Ne vous lassez jamais ; le caractère des vrais désirs est d’être efficaces et persévérants, et de nous rendre constamment attentifs et appliqués à plaire de plus en plus à Dieu, suivant ce précepte du prophète Michée : « Homme, je te montrerai ce qui est bon et ce que le Seigneur exige de toi : pratique la justice, aime la miséricorde, marche avec crainte en la présence de Dieu ».(Mich 6 8) C’est en obéissant à ce précepte que nous obtiendrons cette ferveur de désir que le Seigneur attend de nous pour nous accorder ses grâces et nous combler de ses biens. Heureux ceux qui ont cette ferveur, cette faim et cet soif de la vertu et de la perfection, parce qu’ils seront rassasiés . Dieu remplira tous les vœux de leur cœur. Le Seigneur dit à Sainte Gertrude : « j’ai donné à chaque fidèle un tuyau d’or pour puiser dans mon coté divin toutes les grâces, tous les dons qu’il souhaite, ce tuyau c’est la bonne volonté et le véritable désir ».