Paroisse catholique Saint Michel

Dirigée par

 Monsieur l'abbé Paul Aulagnier

 

06 80 71 71 01

 

Du 6 au 12 février 2005

Dimanche de la Quinquagésime

 

Sommaire

 

 N'oubliez pas de vous
escrire sans tarder au pèlerinage jubilaire du Puy, pour m'en faciliter
l'organisation. N'attendez pas le dernier jour, comme on le fait d'habitude.
Des noms me sont déjà parvenus. Je les en remercie.


Nos mystères chrétiens
Méditation IV

De la prédestination de la très sainte Vierge Marie


Dans notre dernière méditation, nous avons expliqué, en nous inspirant de saint Thomas d’Aquin, pourquoi le Fils de Dieu voulût naître d’une femme. Nous devons poursuivre notre méditation en contemplant le choix que Dieu fit de Notre Dame pour être la Mère du Verbe incarné.

Je dois me représenter, en contemplant ce choix mystérieux par Dieu de Notre Dame, comment la Trinité Sainte, parmi la multitude de femmes qu’elle vit dans sa pensée éternelle, arrêta ses regards, avec complaisance, sur cette Vierge très pure et la choisit pour l’élever à la plus haute des dignités : être la Mère de Dieu, sa coopératrice dans l’œuvre de la rédemption du monde.

Le récit de l’Annonciation en l’Evangile de Saint Luc est clair. Il parle de cette mystérieuse élection en termes très sobres : « L’ange étant entré où elle était, lui dit : « Je vous salue pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes….Ne craignez pas Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez en votre sein et vous enfanterez un fils et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, on l’appellera le Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il règnera éternellement sur la maison de Jacob et son règne n’aura pas de fin….Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon sa parole ». Et l’ange la quitta » (Lc 1 28-38)

Autrement dit, cette faveur, d’être choisie pour être la Mère de Dieu, n’est pas due à ses propres mérites. Elle est toute gratuite. De fait, Dieu qui l’avait choisie pour être sa Mère, pouvait, entre les autres femmes, en élire une autre qu’elle et lui faire les mêmes grâces qu’à elle. C’est pourquoi, de cette faveur, elle en conserva toujours la pus haute estime et la plus vive reconnaissance. D’où son Magnificat : « mon âme glorifie le Seigneur, Et mon esprit trésaille de joie en Dieu, mon Sauveur, Parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante. Voici en effet que désormais toutes les générations m’appelleront bienheureuse, Parce qu’il a fait en moi de grandes choses, Celui qui est puissant, Et dont le Nom est saint, et dont la miséricorde s’étend d’âge en âge, sur ceux qui le craignent… »(Lc 1 47-50)

Aux dires de toute la Tradition, cette élection divine, cette Maternité divine, fut la raison et la source de toutes les autres grandeurs de Notre Dame. C’est un principe théologique certain.

Il faut y insister un peu.

L’éminente dignité de la maternité divine est la raison pour laquelle la plénitude de grâce a été accordée à la Sainte Vierge, elle en est la mesure et la fin. Si en effet Marie dès le premier instant reçoit cette plénitude de grâce, c’est pour qu’elle veuille saintement concevoir l’Homme-Dieu en disant avec la plus parfaite générosité son fiat au jour de l’Annonciation, malgré toutes les souffrances annoncées pour le Messie ; c’est pour qu’elle l’enfante en restant vierge, pour qu’elle entoure son enfance des soins les plus maternels et les plus saints ; pour qu’elle s’unisse à lui dans une très étroite conformité de volonté comme seule une mère très sainte le peut, pendant sa vie cachée, sa vie apostolique et sa vie douloureuse ; pour qu’elle dise héroïquement son second fiat au pied de la Croix, avec Lui, par Lui et en Lui. Il y a, par suite, la plus étroite conformité entre la volonté de Marie et l’oblation de son Fils qui fut comme l’âme du sacrifice de la croix.

Il est clair, dit le Père Garrigou, que la Maternité divine est la raison ou la fin pour laquelle lui a été accordée la plénitude initiale de grâce, puis la plénitude de grâce consommée ou de gloire. Elle en est en même temps la mesure » ( La Mère du Sauveur p. 21). Il poursuit : « Si Notre Dame a été prédestinée de toute éternité au plus haut de gloire après Lui, c’est parce qu’elle était prédestinée d’abord à être sa très digne Mère, et à le rester éternellement après l’avoir été dans le temps. Lorsque au ciel les saints contemplent le très haut degré de gloire de Marie au-dessus de tous les anges, ils voient que le motif pour lequel elle y a été prédestinée, c’est pour qu’elle fût et restât éternellement la très digne Mère de Dieu. » (p. 21-22)

En conséquence, il faut dire que : c’est en raison de sa maternité divine et non pas d’abord à sa plénitude de grâce qu’on doit à Marie un culte spéciale appelé un culte d’hyperdulie. , supérieur à celui dû aux saints. Autrement dit si ce culte d’hyperdulie est dû à Notre Dame, ce n’est pas parce qu’elle est la plus grande sainte, mais parce qu’elle est la Mère de Dieu. Il ne lui serait pas du, si elle avait le même degré de gloire sans avoir été prédestinée à la maternité divine

Nous saisissons ainsi la force de la raison pour laquelle Marie a été prédestinée d’abord à être la Mère de Dieu avant de l’être au plus haut degré de gloire après le Christ. La dignité d’une relation se prend plus du terme qu’elle regarde que de son fondement. Or la maternité divine est relative à la personne du Verbe fait chair. Elle est donc la raison de la sainteté de Marie. En ce sens qu’elle exige ou postule la plénitude de grâce qui lui fût accordée pour qu’elle fût et restât toujours à la hauteur de son exceptionnelle mission. Elle ne pouvait pas être prédestinée à être Mère du Sauveur sans être prédestinée à être sa digne Mère. . Tout repose sur cette vérité qui est absolument certaine.

Cette maternité divine est donc le fondement, la raison, la source de toutes les grâces et privilèges de Marie, soit qu’ils la précèdent comme disposition, soit qu’ils l’accompagnent ou la suivent comme résultante.

Ainsi c’est en vue de cette maternité divine que Marie est l’immaculée Conception, préservée de la tache originelle par les mérites futurs de son Fils ; elle a été rachetée par lui aussi parfaitement que possible : non pas guérie, mais préservée un seul instant.

C’est en vue de cette maternité divine qu’elle a reçu la plénitude initiale de grâce qui ne devait pas cesser de grandir en elle jusqu’à la plénitude consommée.

C’est en vue de cette divine maternité qu’elle a été exempte de toute faute personnelle, même vénielle et de toute imperfection.

L ‘éminente dignité de Marie l’emporte donc sur celle de tous les saints réunis

Et tout ceci doit faire l’objet de ma prière : je dois m’élever à considérer comment Dieu, dans son éternité, en choisissant cette fille d’Adam pour être sa Mère, voulut en même temps faire d’elle un vase précieux de sa miséricorde, dans lequel il répandit toutes les richesses de grâces et de gloire qui convenaient à la Mère d’un tel Fils ; c’est à dire la plus prodigieuse abondance de dons qui ait jamais été communiquée à une pure créature.

Elle fut choisie pour être sainte, sainte dans tous les degrés de la sainteté, enrichie de toutes les grâces, douée de toutes les vertus. Il en est ainsi parce que d’elle devait naître l’auteur de toutes les grâces, Notre Seigneur Jésus-Christ. Il est le Saint de Saints. Il a voulu sanctifier en proportion, celle qu’il avait choisie pour être sa demeure, afin qu’elle fut entre toutes les créatures, la Sainte par excellente.

Elle fut choisie pour être pure et sans tache. La mère de celui qui est la pureté même, devait être ornée de la plus éclatante pureté. Elle devait être parfaite, celle qui devait vivre en présence de la Divinité. . elle devait chercher à lui plaire dans toutes ses œuvres, à l’aimer d’un amour très ardent.

Telle est la fin de l’élection et de la prédestination de la Vierge Marie : sa maternité divine et en conséquence et en proportion, sa sainteté particulière en tant que Mère de Dieu.

Alors je m’arrêterai à louer l’adorable Trinité et à me réjouir de la gloire qui revient à celle que moi-même j’ai pour Mère. J’aimerais à me proposer cette sainte Vierge pour modèle, à m’efforcer de l’imiter la prenant pour avocate auprès de son divin Fils, afin qu’elle m’obtienne cette grâce de la sainteté.

Je pourrais lui adresser, en terminant cette médiation, cette prière :

« O Vierge, ô ma Souveraine, je me réjouis de vous voir l’élu de Dieu. Jamais l’ombre du péché ne s’est approchée de vous ; sur la terre, vous avez toujours été éclairée des splendeurs de la grâce ; dans le ciel, vous êtes environnée d’une lumière de gloire qui surpasse autant celle des autres saints que la lumière du soleil l’emporte sur celle des étoiles. Soyez à mon âme un soleil qui dissipe toutes ses ténèbres ; faites que je brille comme les étoiles du firmament dans toute l’ éternité.

Ô Dieu éternel, qui, sans aucun mérite de notre côté, et par pur effet de votre amour, nous avez choisis pour être purs et saints en votre présence, je vous rends grâces du choix spécial que vous avez fait de Marie, Notre Dame, pour l’élever à une dignité si sublime. Je vous supplie, par son intercession, de purifier mon âme de tous ses péchés, de l’orner de toutes les vertus, afin que je vive toujours en votre présence et que j’obtienne enfin la vie éternelle ».

 

 

Le temps du Carême

 

Nous lirons avec profit, en ce nouveau Carême commençant, le « message de sa Sainteté Jean-Paul II pour le Carême 2005 ».

Voici le thème du Carême proposé cette année par le Pape : « Je voudrais vous inviter à réfléchir sur ce thème pendant le Carême, pour approfondir la conscience du rôle que les personnes âgées sont appelées à jouer dans la société et dans l'Eglise, et pour disposer ainsi votre âme à cet accueil aimant qu'elles doivent recevoir ».

Pour lire ce document, cliquez ici.

Durant les dimanches de Carême, je me permettrai de donner à votre médiation, des sermons de saint Léon le Grand.
La littérature ecclésiastique a gardé 12 sermons de Carême prononcés par ce saint Pape.
Je vous transcrits aujourd’hui le premier.

« Premier sermon sur le Carême de saint Léon le Grand.

1- L’histoire sacrée rapporte que, jadis le peuple hébreu et toutes les tribus d’Israël, accablés à cause de leurs péchés sous la lourde oppression des Philistins, s’astreignirent, pour pouvoir vaincre leurs ennemis, à une jeûne qui renouvela à la fois les forces de leur âme et celles de leur corps. Ils avaient, en effet, compris que le mépris des commandements de Dieu et leurs mœurs corrompues leur avaient mérité cette dure et misérable servitude et qu’ils combattraient en vain les armes à la main s’ils ne commençaient par faire la guerre aux vices. Ils s’imposèrent donc la punition d’une sévère pénitence en s’abstenant de manger et de boire ; et, afin de triompher de leurs ennemis, ils triomphèrent d’abord en eux-mêmes des appels de la gloutonnerie. Ainsi arriva-t-il que des adversaires redoutables et des maîtres impitoyables prirent la fuite devant des hommes affamés qu’ils avaient soumis, rassasiés, à leur joug.

Nous aussi, bien-aimés, avons à faire face à mille adversités et à mille combats ; si nous voulons recourir à semblables remèdes, nous serons guéris par semblable discipline. Notre situation est à peu de chose près celle qui fut la leur : ils subissaient les violentes attaques d’adversaires charnels, comme nous subissons les violentes attaques d’ennemis spirituels. Si la réforme de nos mœurs, obtenue par l’aide de Dieu, nous fait triompher de ces derniers, la force aussi de nos ennemis visibles succombera ; ils seront affaiblis par notre amendement même, car, s’ils avaient acquis quelque pouvoir sur nous, c’était grâce à nos fautes et non par leurs mérites.

2 – Dans ces conditions, bien-aimés, afin d’être assez forts pour vaincre tous nos ennemis, recherchons le secours divin en obéissant aux commandements célestes et sachons bien que nous ne pouvons prévaloir sur nos adversaires qu’après avoir prévalu sur nous-mêmes. Il se livre, en effet, en nous bien des combats ; autres sont les visées de la chair sur l’esprit, autres celles de l’esprit sur la chair. Que dans cette lutte, les convoitises du corps soient les plus fortes, et la volonté raisonnable perdra honteusement la dignité qui lui est propre, et, pour son plus grand malheur, deviendra l’esclave de celui qu’elle était faite pour commander. Si, au contraire, l’esprit soumis à son souverain et prenant plaisir aux faveurs célestes foule aux pieds les provocations des voluptés terrestres et ne permet pas au péché de régner dans son corps mortel, la raison alors gardera le rang qui lui convient par excellence, le premier, et aucune illusion des esprits de malice n’ébranlera ses défenses : car il n’y a point d’ homme de vraie paix et de vraie liberté que lorsque son corps est soumis à l’âme comme à son juge, et l’âme conduite par Dieu par son supérieur.
Sans doute un tel entraînement, bien-aimés, est-il salutaire en tout temps, afin que nos ennemis toujours en éveil soient tenus en sujétion par une application sans trêve ; pourtant c’est maintenant qu’il nous faut le rechercher avec plus d’ardeur et nous y consacrer avec plus de soin, à l’heure où nos adversaires les plus subtils redoublent eux-mêmes de fourberie pour nous tendre des pièges. Ils savent que les saints jours du carême sont arrivés, dont l’observance amende toutes les lâchetés passées, efface toutes les négligences ; toute la force de leur perversité tend donc à ce seul but : faire que ceux qui vont célébrer la sainte Pâque du Seigneur se trouvent souillés de quelque impureté et rencontrent une occasion de faute dans ce qui aurait dû leur être une source de pardon.

3 – A cette heure donc, bien-aimés, où nous abordons le début du carême, c’est-à-dire un service empressé du Seigneur, puisque nous nous engageons en quelque sorte dans une espèce de compétition de saintes œuvres, préparons nos âmes aux luttes des tentations. Comprenons bien que, plus nous apporterons de soin à notre salut, plus violentes seront les attaques de l’ennemi. Mais celui qui est en nous est plus fort que celui qui est contre nous ; et c’est par lui que nous sommes affermis si nous nous confions en sa force : le Seigneur, en effet, en consentant à subir les sollicitations du tentateur, a voulu aussi nous instruire par son exemple, lui qui nous fortifie par son secours. Car il a vaincu l’ennemi, comme vous l’avez entendu lire, en faisant appel aux arguments de la Loi, non en usant de sa puissance ; ainsi honorait-il davantage l’homme et châtiait-il davantage l’adversaire, puisque l’ennemi du genre humain subissait la défaite qu’il lui infligeait non pas en tant que Dieu, mais en tant qu’homme. Lui donc a combattu pour que nous aussi puissions combattre ensuite ; lui a remporté la victoire pour que nous aussi remportions semblable victoire. Car, bien-aimés, il n’est pas d’œuvre de vertu qui n’expérimente la tentation, pas de foi sans épreuves, pas de combat sans ennemi, pas de victoire sans engagement. Notre vie ici-bas se passe au milieu des embûches, au milieu des batailles ; si nous voulons vaincre, il nous faut combattre. C’est pourquoi le très sage Salomon déclare : « Mon fils, en entrant au service de Dieu, prépare ton âme à la tentation ». cet homme, en effet, rempli de la sagesse de Dieu, savait que l’effort religieux comporte de pénibles combats ; prévoyant les incertitudes de la bataille, il prévient à l’avance qu’il faudra batailler ; car, si le tentateur s’en prend à une âme non avertie, il est à craindre qu’il ne blesse plus promptement celle qui ne serait pas préparée.

4- Instruits par l’enseignement divin, bien-aimés, c’est donc en connaissance de cause que nous entrons dans l’arène pour cette lutte : écoutons l’Apôtre qui nous dit : « Ce n’est pas contre la chair et le sang que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Dominations, contre les Souverains de ce monde de ténèbres, contre les Esprits du mal répandus dans les airs ». Ne nous faisons d’ailleurs pas illusion : ces ennemis qui veulent nous perdre comprennent bien que c’est contre eux qu’est fait tout ce que nous tentons d’accomplir pour notre salut ; par cela seul que nous désirons quelque bien, nous provoquons l’adversaire. Il y a entre eux et nous, fomentés par la jalousie diabolique, une oppositions invétérée, telle que, déchus comme ils sont de ces biens auxquels la grâce de Dieu nous élève, notre justification fait leur torture. Quand donc nous nous relevons, ils s’effondrent ; quand nous retrouvons nos forces, ils perdent les leurs ; nos remèdes leur sont des coups, car la guérison de nos blessures les blesse. « Donc, debout, bien-aimés ! – c’est l’Apôtre qui le dit - avec la vérité pour ceinture de vos âmes, et pour chaussures le zèle à propager l’évangile de la paix ; tenez toujours en main le bouclier de la foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ; prenez aussi le casque du salut et le glaive de l’Esprit, qui est la parole de Dieu ». Voyez, bien-aimés, de quels traits puissants, de quelles défenses insurmontables nous munit ce chef qu’ont illustré de multiples triomphes, ce maître invincible de la milice chrétienne ! Il a mis autour de nos reins le ceinturon de la chasteté, chaussé nos pieds des courroies de la paix : un soldat qui ne s’est pas ceint les reins est, en effet, bientôt vaincu par l’instigateur de l’impureté, et celui qui n’a pas de chaussure est facilement mordu par le serpent. Il nous a donné le bouclier de la foi pour nous protéger le corps tout entier, a placé sur notre tête le casque du salut, a mis dans notre main le glaive, c’est-à-dire la parole de vérité : ainsi le héros des luttes de l’esprit n’est pas seulement à l’abri des blessures, mais il peut aussi blesser qui l’attaque.

5 – Confiants donc en ces armes, bien-aimés, abordons sans paresse et sans crainte la lutte qui nous est proposée, et, dans ce stade où l’on combat par le jeune, ne nous croyons pas quittes en nous contentant de nous abstenir de nourriture. Ce serait peu que d’affaiblir la force du corps, si l’on n’alimentait la vigueur de l’âme. Mortifions quelque peu l’homme extérieur, et que l’intérieur se restaure ; retranchons à la chair un rassasiement corporel, et que l’esprit puise des forces aux délices spirituelles. Que toute âme chrétienne s’observe de toutes parts elle-même ; par un sévère examen, qu’elle scrute le fond de son cœur ; qu’elle veille à ce que nul soupçon de discorde n’y demeure, nulle trace de convoitise ne s’y installe. Que la chasteté chasse bien loin l’incontinence, que la lumière de la vérité dissipe les ténèbres du mensonge ; que l’orgueil désenfle, que la colère vienne à résipiscence, que se brisent les traits qui portent préjudice, que l’on mette un frein au dénigrement de la langue. Que cessent les vengeances, et que les injures soient abandonnées à l’oubli ; bref, « que tout plant que n’a pas planté le Père céleste soir arraché » ! C’est , en effet lorsque tous les germes étrangers sont enlevés du champ de notre cœur que les semences des vertus peuvent être convenablement nourries en nous. Si donc quelqu’un, enflammé contre un autre du désir de se venger, l’a fait jeter en prison ou chargé de chaînes, qu’il se hâte de le libérer, non seulement s’il est innocent, mais même s’il paraît mériter le châtiment ; c’est ainsi qu’il suivra sans crainte la règle de la prière du Seigneur : « remets-nous nos dettes comme nous-mêmes remettons à nos débiteurs ». Article de nos demandes que le Seigneur souligne par cette instruction spéciale, comme si la condition de l’efficacité de toute prière s’y trouvait enfermée : « Si, en effet, vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne les pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos offenses ».

6- Par conséquent, bien-Aimés, nous souvenant de notre faiblesse qui nous fait facilement tomber dans toutes sortes de fautes, gardons-nous de négliger ce remède primordial et ce moyen très efficace de guérir nos blessures ; remettons pour qu’on nous remette ;accordons la grâce que nous-mêmes demandons ; ne cherchons pas à nous venger, nous qui supplions qu’on nous pardonne. Ne passons pas près du pauvre en demeurant sourds à ses plaintes, accordons avec une bienveillance empressés la miséricorde aux indigents, pour mériter nous-mêmes de trouver miséricorde lors du jugement. Celui qui, aidé de la grâce de Dieu, tendra de tout son cœur à cette perfection, celui-là s’acquittera parfaitement du saint jeune ; étranger au levain de son ancienne malice, il parviendra à la bienheureuse Pâque avec des azymes de pureté et de vérité ; vivant de la vie nouvelle , il méritera de goûter la joie dans le mystère de l’humaine régénération ; par le Christ Notre Seigneur, qui, avec le Père et l’Esprit-Saint, vit et règne dans les siècles des siècles. Amen ».

C’est bien beau et encourageant pour se disposer à faire un bon carême.