Paroisse catholique Saint Michel

Dirigée par

 Monsieur l'abbé Paul Aulagnier

 

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Du 17 au 23 avril 2005

Troisiéme dimanche après Pâques

 

Sommaire

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Le mystère de l’Incarnation

Méditation (II)

 

Avec le Père Pègues, nous avons terminé, la semaine dernière, notre méditation de l’article I de la Question 1 de la IIIa pars de la « Somme » de Saint Thomas, par ces mots sublimes : « Dieu, par le mystère de son Incarnation, a daigné communiquer à sa créature, dans la nature humaine qu’Il s’est unie, ce degré souverain de dignité et de gloire, qu’elle est à Lui, qu’elle est sienne, qu’Il est en elle, qu’Il est elle, qu’en l’ayant, elle, c’est Lui que nous avons. Il s’est fait chair » ! Il est chair, désormais et pour toujours.

C’est, nous l’avons dit avec saint Thomas, le témoignage suprême de sa bonté, de son amour ; « Dieu a tellement aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique… » (Jn 3 16), alors surtout qu’Il l’a fait pour la réparation ou la restauration et le salut du genre humain perdu par le péché.

Mais s’il en est ainsi, c’est donc que l’Incarnation était nécessaire pour cette réparation.

Il va falloir distinguer entre « nécessité » et « nécessité ».

C’est ce que fait précisément Saint Thomas dans son article 2

Article 2 : « S’il était nécessaire, pour la réparation du genre humain, que le Verbe de Dieu s’incarne ? »

Avec cet article, nous avons là, peut-être le plus bel article de la Somme…le plus riche…

Qui me suit, dans cette lecture, avec un cœur droit, trouvera une immense joie, un « trésor », la source de « l’eau vive » qui est la source de la béatitude qui jaillit en vie éternelle.

Saint Thomas, vous dis-je, distingue entre « nécessité » et « nécessité ». Il dit « Une chose peut être dite nécessaire à une certaine fin, de deux manières. D’abord, comme ce sans quoi une chose ne peut pas être ; et c’est ainsi que la nourriture est nécessaire à la conservation de la vie humaine. (C’est le premier mode de nécessité). D’une autre manière, comme ce par quoi on atteint son but d’une façon meilleure et plus appropriée » et saint Thomas nous donne comme exemple « le cheval » : « C’est ainsi que le cheval est nécessaire au voyage ». (C’est le second mode de nécessité)

Saint Thomas applique alors cette distinction sur le « nécessaire », à la question posée :
« Selon le premier mode, il n’était pas nécessaire que Dieu s’incarne pour la réparation de la nature humaine ; car Dieu pouvait, par sa vertu toute-puissante, réparer la nature humaine de bien d’autres manières ». Il est le Tout Puissant.

« Mais, selon le second mode, il était nécessaire que Dieu s’incarne pour la réparation de la nature humaine ». Pour saint Thomas, selon le sens du second mode de « nécessité », l’Incarnation était nécessaire comme étant le moyen le plus approprié pour guérir notre misère, pour réparer la faute originelle. Il site saint Augustin : « Montrons qu’il n’a point manqué à Dieu d’autres moyens possibles, puisqu’à sa puissance toutes choses demeurent également soumises ; mais pour guérir notre misère, il n’y avait pas de moyen plus approprié ».

Alors quelles sont les raisons apportées par Saint Thomas pour le démontrer ? Pour démontrer l’harmonie entre ce moyen, l’Incarnation, et notre réparation ou notre salut ?

A- L’Incarnation était nécessaire « quant à la promotion de l’homme dans le bien »,


Il le démontre « quant à la promotion de l’homme dans le bien », dans l’ordre de toutes les vertus tant théologales que morales.

Les arguments de saint Thomas sont merveilleux.

« Premièrement quant à la foi, laquelle est rendue plus certaine du fait qu’elle croit à Dieu Lui-même qui parle »

Le motif de la foi, c’est l’autorité de Dieu se révélant : or par l’Incarnation, nous avons l’inappréciable avantage de recevoir les vérités que nous devons croire pour obtenir le salut , de la bouche même du Verbe de Dieu vivant au milieu de nous. Saint Jean le fait très heureusement remarquer quand il dit : « Dieu, personne jamais ne l’a vu ; mais le Fils unique, qui est dans le sein du Père, Lui-même en a parlé ».(Jn 1 18) A tel point que Saint Pierre pouvait dire : « Seigneur , à qui irions nous, vous avez les paroles de la vie éternelle ». Aussi bien Saint Augustin a pu écrire, nous dit saint Thomas : « Afin que l’homme vînt à la vérité avec plus de confiance, La Vérité elle-même, le Fils de Dieu, par l’homme qu’Il a pris, a constitué et fondé la foi ». L’Incarnation est bien le moyen très approprié pour fonder la foi, nécessaire au salut éternelle comme le dit Jésus-Christ lui-même : « Celui qui croit et sera baptisé, a la vie éternelle ».

« Secondement, quant à l’espérance, laquelle, par là, se « lève » ou s’élève au plus haut point ». En latin c’est mieux : « Secundo, quantum ad spem, quae per hoc maxime erigitur »

« Erigere » veut dire , « lever », « élever, relever », mais aussi « construire », ainsi que « rendre courage » « animer », voire même « soulever ». Le sens de ce mot est riche. Je traduirais volontiers, que l’Incarnation est le moyen « ad hoc » qui fonde le mieux mon espérance en la vie éternelle. Ce que dit Saint Paul : « le Christ en nous, l’espérance de la gloire ». Saint Thomas, de fait, cite encore Saint Augustin qui écrit : « Rien n’était plus nécessaire, pour élever notre espérance, que de nous voir démontrer combien Dieu nous aimait. Or quel signe plus manifeste de cet amour, que de voir le Fils de Dieu daigner contracter avec notre nature une pareille union ? ». Dès lors que devons-nous pas espèrer de Celui qui nous a aimés d’un tel amour, jusqu’à se faire l’un de nous.

« Troisièmement, quant à la charité, laquelle , par là, est excitée au plus haut point ». Saint Thomas en appelle encore à Saint Augustin : « Quelle plus grande cause de la venue du Seigneur, sinon que Dieu voulait montrer son amour pour nous ». Et il ajoute encore : « S’il était lent à l’aimer, qu’il ne le soit plus à lui rendre amour pour amour ». On pourrait citer également saint Bernard, dans son petit traité de « l’Amour de Dieu ». Lui aussi, voit dans l’Incarnation, la raison d’aimer Dieu en retour. Il écrit : « Mais moi, à plus forte raison, je suis redevable de cet amour , puisque non seulement je considère mon Dieu comme celui qui gratuitement m’a donné la vie, qui s’en est fait le généreux ordonnateur, le doux consolateur et le guide attentif ; puisque, en outre, je vois en lui mon Sauveur, celui qui pour l’éternité a la bonté de conserver ma vie, de l’accomplir et de l’introduire dans la gloire…Que rendrai-je au Seigneur en échange de tout ce qu’il m’a donné ? ».

« Quatrièmement, quant à la droite opération », par l’entremise de toutes les autres vertus, « en se donnant lui-même en exemple à nous ». Saint Augustin confirme cette raison de son côté, en disant : « Afin donc que fût offert à l’homme et quelqu’un qui pût être vu par l’homme et quelqu’un que l’homme pût suivre, Dieu s’est fait homme » nous donnant, au cours de sa vie parmi nous, l’exemple de toutes les vertus. En ce sens, Jésus disait de Lui-même : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie ».

« Cinquièmement, quant à la pleine participation de la divinité, laquelle est vraiment la béatitude de l’homme et la fin dernière de la vie humaine », devant donner à l’homme la plénitude de tout bien. « Et ceci nous a été conféré par l’humanité du Christ », cause et instrument de notre admission au ciel et de notre future résurrection glorieuse. Saint Augustin ne dit-il pas : « Dieu s’est fait homme afin que l’homme devînt Dieu ». De fait, par son humanité, le Dieu-Homme s’est fait pour l’homme, le chemin ou la voie qui devait le ramener à Dieu.

Qui peut douter de l’utilité de l’Incarnation du Fils de Dieu : elle est, sous bien des aspects que Saint Thomas étudie dans cet article, le moyen très approprié pour notre promotion au bien. Sous ce rapport, l’Incarnation «était vraiment nécessaire ».


B- L’Incarnation était nécessaire « pour l’éloignement du mal »

Saint Thomas nous a montré la nécessité de l’Incarnation pour le salut des hommes, quant à ce qui est de la promotion au bien. Il ajoute que « pareillement, c’était utile pour l’éloignement du mal », qu’il s ‘agisse de son instigateur, ou de sa nature, ou de ses causes ou de son effet. C’est la deuxième partie de l’article.

Première raison : « Par là, en effet, l’homme apprend à ne point préférer le démon à soi, et à ne point le vénérer, lui qui est l’auteur du péché ». Ce démon se croit-il supérieur parce que pur esprit ? Mais l’homme peut lui rétorquer que la nature humaine a pu, elle, être uni à Dieu. Quel privilège !

« Secondement, par là, nous apprenons combien grande est la dignité de la nature humaine, afin que nous ne la souillions pas en péchant » et de citer et saint Augustin et saint Léon : « Reconnais, ô chrétien, ta dignité, et, devenu participant de la nature divine, garde-toi de retourner à ta première bassesse par une vie dégénérée ».

« Troisièmement parce que, à l’effet d’enlever la présomption de l’homme, la grâce de Dieu, sans aucun mérite qui ait précédé, nous est déclarée dans l’homme Christ. » Ce que dit saint Jean dans son Prologue : « Nous avons vu en Lui, tout grâce et toute vérité ».

« Quatrièmement, parce que l’orgueil de l’homme, qui est le plus grand obstacle à ce que l’homme s’unisse à Dieu, peut être convaincu et guéri par une si grande humilité de Dieu »

« Cinquièmement, pour délivrer l’homme de la servitude ou de l’esclavage du démon. Cette délivrance devait se faire de telle sorte que le démon fût vaincu par la justice de l’homme Jésus-Christ : chose qui a été faite alors que le Christ a satisfait pour nous. C’est qu’en effet un pur homme « Homo purus », disons un simple homme réduit à sa seule mesure, « ne pouvait pas satisfaire pour tout le genre humain ». Saint Thomas en donne la raison classique dans son « ad secundum ». « D’autre part, continue saint Thomas, Dieu ne pouvait pas satisfaire ». En ce sens qu’il ne relève de personne et n’a de compte à rendre à personne. Il n’est soumis à rien. « Donc il fallait que ce fût le Dieu-Homme Jésus-Christ. Et c’est pourquoi saint Léon, pape, dit : « La puissance revêt l’infirmité ; la majesté , la petitesse : afin que, selon que l’exigeait notre mal, un seul et même médiateur de Dieu et des hommes pût et mourir par l’une et ressusciter par l’autre. Si, en effet, Il n’était pas vrai Dieu, Il n’apporterait pas le remède ; et s ‘Il n’était pas vrai homme, Il ne nous servirait pas d’exemple ».


Dans la « Somme contre les Gentils », au livre 4 chapitre 54, le saint Docteur, voulant montrer qu’il « était convenable que Dieu s’incarne », débutait pas ces mots : « Si quelqu’un considère attentivement et avec piété les mystères de l’Incarnation, il y trouvera une profondeur de sagesse telle qu’elle excède toute connaissance humaine ; selon cette parole de l’Apôtre : « La folie de Dieu l’emporte sur la sagesse des hommes » . Et de là vient qu’ « à celui qui le considère avec piété, se manifestent des raisons de ce mystère de plus en plus admirables ». Puis le saint Docteur déroule quelques unes de ces raisons. Nous en garderons quelques unes très belles. Elles complètent les raisons données dans la « Somme ».

Celle-ci :

« De même, parce que la béatitude parfaite de l’homme consiste dans la fruition ou la jouissance de Dieu, il fallait que le cœur de l’homme fût disposé au désir de cette divine fruition ; comme nous voyons que dans l’homme se trouve naturellement le désir de la béatitude ou du bonheur. D’autre part, le désir de la fruition d’une chose est causé par l’amour de cette chose. Il était donc nécessaire que l’homme qui tendait à la béatitude parfaite fût amené à l’amour divin. Mais il n’est rien qui nous amène à l’amour de quelqu’un comme l’expérience faite de son amour pour nous. Et puisque l’amour de Dieu pour les hommes ne pouvait être démontré à l’homme d’une manière plus efficace que par le fait que Dieu eut voulu s’unir à l’homme dans sa Personne, car c’est le propre de l’amour d’unir l’aimant à l’aimé autant qu’il est possible, il était donc nécessaire ou souverainement opportun et à propos, pour l’homme tendant à la béatitude, que Dieu se fit homme ».

Celle-là :

« Comme l’amitié consiste dans une certaine égalité », car l’amitié trouve les amis égaux ou les fait tels, « les choses qui sont trop distantes ne semblent pas pouvoir s’unir dans l’amitié. Afin donc qu’une amitié plus intime se crée entre l’homme et Dieu, il était à propos, pour l’homme, que Dieu se fit homme, puisque aussi bien naturellement l’homme est l’ami de l’homme ; et, de la sorte, alors que nous connaîtrions Dieu d’une manière visible, nous serions entraînés à l’amour de ce qui est invisible en Lui ». C’est une belle raison des divines convenances de l’Incarnation par rapport à nous.

Celle-là encore

« Pareillement aussi, il est manifeste que la béatitude est la récompense de la vertu. Il faut donc que ceux qui tendent à la béatitude soient disposés selon la vertu », en ce sens qu’il n’y ait rien que de vertueux en toute leur vie morale. « Or, c’est par les paroles et par les exemples que nous somme provoqués à la vertu ; et les exemples et les paroles de quelqu’un ont d’autant plus d’efficacité pour induire à la vertu, que l’on a à son sujet une plus ferme opinion de bonté » ou de perfection. « D’autre part, il n’est aucun pur homme au sujet duquel on pût avoir une opinion infaillible de perfection et de bonté ; car même les plus saints personnages sont trouvés avoir défailli sur quelque point. Il était donc nécessaire à l’homme, pour qu’il fût affermi dans la vertu, qu’il reçût de Dieu humanisé la doctrine et les exemples de la vertu ; en raison de quoi le Seigneur Lui-même dit : « Je vous ai donné l’exemple, afin que comme j’ai fait moi-même, vous aussi vous fassiez » (Jn 13 15)

Une autre raison : celle là tirée du côté du péché à faire disparaître :

« De même que, par les vertus, l’homme est disposé à la béatitude, ( en ce sens que la béatitude est l’agir vertueux) de même aussi par les péchés il en est détourné. Or le péché, contraire à la vertu, fait obstacle à la béatitude ( en ce sens que le salaire du péché, c’est la mort) , non seulement parce qu’il amène un certain désordre de l’âme, selon qu’il la fait sortir de l’ordre de la fin voulue, mais aussi parce qu’il offense Dieu, de qui nous attendons la récompense de la béatitude, selon que Dieu a le soin de actes humains ; et le péché est contraire à la charité divine : et de plus, l’homme, ayant conscience de cette offense, perd, , par le péché, la confiance d’approcher Dieu, confiance qui est nécessaire pour obtenir la béatitude. Il est donc nécessaire pour le genre humain, où les péchés abondent, que lui soit apporté un remède contre les péchés. D’autre part, ce remède ne peut être apporté que par Dieu, qui peut mouvoir la volonté de l’homme au bien, afin de la ramener à l’ordre voulu, et qui peut remettre l’offense commise contre Lui : l’offense, en effet, ne peut être remise que par celui contre qui elle a été commise. Pareillement, afin que l’homme soit délivré de la conscience de l’offense passée, il faut qu’il soit pour lui constant que l’offense est remise par Dieu. Mais cela ne peut pas être constant pour lui, d’une façon certaine, à moins qu’il n’en ait de Dieu la certitude. Il était donc convenable et expédient au genre humain pour obtenir la béatitude, que Dieu se fît homme, afin que, de la sorte, nous eussions, par Dieu, la rémission des péchés, et, par l’homme-Dieu, la certitude de cette rémission. Aussi bien le Seigneur Lui-même dit : « Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés » (Mt 9 6).. et l’Apôtre dit que « le sang du Christ purifiera notre conscience des œuvres de mort pour servir le Dieu vivant (Hb 9 14)

Enfin un dernière magnifique raison tirée de la justice de Dieu qui allait pouvoir garder tous ses droits sans nuire en rien à la miséricorde :

« Nous apprenons de la Tradition de l’Eglise, que tout le genre humain est infesté par le péché. Or, ceci appartient à l’ordre de la justice que le péché ne soit pas remis par Dieu sans satisfaction. D’autre part, satisfaire pour le péché de tout le genre humain, aucun pur homme, étant seulement homme, ne le pouvait : parce que tout homme qui n’est qu’un pur homme est quelque chose de moindre que toute l’universalité du genre humain » et donc il n’y a pas de proportion entre ce qu’il peut faire comme tel individu et ce que peut exiger le bien du genre humain tout entier. « Il fallait donc, pour que le genre humain fût délivré du péché commun à tous que quelqu’un satisfasse, qui serait, tout ensemble, homme, pour que la satisfaction pût lui convenir, et quelque chose de supérieur à l’homme, afin que son mérite fût suffisant à satisfaire pour le péché de tout le genre humain. Or, qui soit supérieur à l’homme dans l’ordre de la béatitude, il n’est rien si ce n’est Dieu seul ; car les anges, bien qu’ils soient supérieurs quant à la condition de la nature, ne le sont pas toutefois quant à l’ordre de la fin, car ils sont la même béatitude » : cette béatitude n’appartient en propre qu’à Dieu ; tous les autres, en deçà de Dieu, la reçoivent de Lui. « Il était donc nécessaire à l’homme pour obtenir la béatitude, que Dieu se fît homme, à l’effet d’enlever le péché du genre humain. Et c’est ce que Jean-Baptiste dit au Christ : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève le péché du monde (Jn 1 29) et l’Apôtre dit : « De même donc que par le péché d’un seul la condamnation a passé en tous ; de même, par la justice d’un seul, la justification de la vie est pour tous (Rm 5 18)

Et saint Thomas conclut très joliment : « Telles sont donc les raisons et d’autres semblables qui permettent de concevoir que ce n’a pas été chose indigne de la bonté ou de l’excellence divine que Dieu se fît homme, mais que c’était souverainement expédient au salut de nous tous ».

Conclusion : le retour de l’homme à Dieu consiste dans la marche vers Dieu, comme objet de notre béatitude parfaite, par la pratique de toutes les vertus, à l’exclusion de tout mal. Ce retour n’est vraiment possible avec la pleine harmonie, après la chute du genre humain que si était ouvert devant nous la voie royale et divine du Dieu-homme, venant nous donner l’exemple de toutes les vertus et nous délivrer, par sa Rédemption, du mal de péché et de toutes ses suites.

C – de la satisfaction

Pour bien faire comprendre la beauté de la nécessité de l’incarnation, il faut insister un peu sur la notion que nous avons vu utilisée par Saint Thomas : la satisfaction. On peut dire que l’Incarnation était nécessaire, dans le sens second de Saint Thomas, parce que l’homme, limité en lui-même est incapable de satisfaire d’une manière condigne pour le péché originel.

Saint Thomas y insiste dans sa réponse à la seconde objection : le « ad secundum ». Arrêtons-nous quelques instants encore : « Une satisfaction peut être dite suffisante de deux manières : d’abord, d’une manière parfaite : en ce sens qu’elle est « condigne », par une certaine adéquation, à la compensation de la faute commise. De cette sorte, la satisfaction d’un pur homme ne pouvait pas être suffisante. C’est qu’en effet, toute la nature humaine était corrompue par le péché ; et le bien d’une personne, ou même de plusieurs, ne pouvait pas, sous forme d’équivalence, compenser le détriment ou le dommage de toute la nature » : l’individu humain qui n’est que pur homme, est, en effet, toujours quelque chose de moindre par rapport à l’universalité de la nature. « Il y a aussi que le péché commis contre Dieu a une certaine infinité qui se tire de l’infinité de la Majesté divine ; car l’offense est d’autant plus grande, que plus grand est celui contre qui l’on pèche. Et, à ce titre, il fallait, pour la satisfaction condigne, que l’action de l’auteur de la satisfaction eût une efficacité infinie, comme étant, ici, l’action d’un Dieu-Homme. »
« D’une autre manière, la satisfaction peut-être dite suffisante, dans un sens imparfait : c’est-à-dire, selon l’acceptation de celui qu’il s’en contente, bien qu’elle ne soit pas condigne. Et, de cette sorte, la satisfaction d’un pur homme est suffisante. Mais, parce que tout ce qui est imparfait présuppose quelque chose qui est parfait , qui le soutient ou le porte, de là vient que toute satisfaction d’un pur homme tire son efficacité de la satisfaction du Christ ».

Ainsi dans l’ordre actuel établi par Dieu, nos satisfaction qui ont, il est vrai devant Lui, une réelle valeur, n’ont de valeur qu’unies à la satisfaction de Jésus-Christ : Dieu ne les accepte qu’à ce titre.

Enfin, ne croyant pas que l’incarnation ait enlevé quelque grandeur à la majesté de Dieu. Bien au contraire « Dieu en prenant à soi la chair n’a pas diminué sa majesté ; et par suite, n’est pas diminuée la raison de notre révérence et notre adoration qu’on lui doit. Cette révérence est bien plutôt accrue en raison d’une plus grande connaissance que nous avons de Lui. Car le Verbe fait chair a fait connaître Dieu aux hommes comme on ne les connaissait pas auparavant :« Et en effet, par cela qu’Il a voulu approcher de nous en prenant la chair, Il nous a davantage attirés à Le connaître »

Conclusion : je la prendrais du Père Pègues : « que Dieu se soit revêtu de notre nature dans la Personne du Fils et qu’Il soit venu sur notre terre pour opérer notre salut est l’acte suprême de sa miséricorde et de son infinie bonté. Il n’y était aucunement tenu, même à supposer qu’Il voulût relever le genre humain après sa chute ; car Il pouvait de bien d’autres manières pourvoir à notre salut. Toutefois, il n’était rien qui fût plus en harmonie avec une telle fin. Par là, en effet, Il se donnait à Lui-même une satisfaction proportionnée à la grandeur de l’offense, et Il rouvrait à l’homme, de la manière la plus avantageuse pour lui, soit dans l’ordre du bien à promouvoir, soit dans l’ordre du mal à écarter, le chemin de la béatitude. On doit même dire qu’à supposer que Dieu voulût réparer le genre humain avec toute la perfection que nous venons de préciser, son Incarnation devenait une nécessité, aucun autre moyen, en dehors d’elle, ne pouvant réaliser une telle fin » ( T. 15. p, 30).