ITEM

 

 

Portable : 06 80 71 71 01. Courriel : abbe_aulagnier@hotmail.com.

Site : http://la.revue.item.free.fr

 

Un regard sur le monde

politique et religieux

 

au 6 février  2009

 

N° 202

 

Par Monsieur l’abbé Paul Aulagnier

 

 

Le dossier de la levée de l’excommunication des quatre évêques de la FSSPX

 

Deuxième partie.

 

Suite.

Des prises de positions importantes

 

 

A- Après la levée de l’excommunication

Les réponses de Mgr Fellay

 

Puisque c’est, en définitive, le sujet qui, bien que sans rapport avec elle, submerge le monde médiatique depuis l’annonce, le 24 janvier dernier, de la levée de l’excommunication portée en 1988 à la suite des sacres, pouvez- vous, avant d’entrer dans le vif du sujet, nous donner votre sentiment sur ce qu’on pourrait appeler l’affaire Williamson ?

 

 Nous sommes très ennuyés par cette affaire qui donne du grain à moudre à l’ennemi. Mgr Williamson est, bien sûr, très gêné. Il m’a écrit pour me demander – quatre fois – pardon. Mais il faut tout de même noter – car on ne peut pas appeler cela une coïncidence – que cette interview, réalisée le 1er novembre à l’occasion de l’ordination diaconale d’un ancien pasteur luthérien qui avait abjuré à Saint-Nicolas, et qui est séminariste à Zaitzkofen, sort au moment précis de la levée de l’excommunication.

 

Ce ne devait d’ailleurs être qu’un entretien religieux, et y on a glissé cette peau de banane, sur laquelle il a glissé sans penser aux conséquences. Je souligne que ces questions n’ont rien à voir avec l’objet de la Fraternité Saint-Pie X, qui est la propagation de la doctrine catholique. C’est un malheureux incident qu’on espère clos, et c’est tout. Evidemment, il y a désormais des conséquences juridiques pour Mgr Williamson, et, pour nous, une étiquette supplémentaire.

Il convient néanmoins de préciser que l’affaire est sortie en deux temps. C’est tout d’abord le Spiegel qui a sorti cette information. Car c’est un journal allemand qui a annoncé l’émission suédoise… Et l’article du Spiegel était dirigé contre le Pape. Il disait que le Pape était en train de réintégrer ces gens-là – carrément, et avant même l’annonce de la levée de l’excommunication –, qu’on y voyait très bien une tendance, une volonté de se rapprocher de ces gens-là, et qu’il y aurait un problème, parce qu’il y avait un négationniste parmi eux. C’était vraiment une volonté de mettre le Pape en difficulté ; et également de nous gêner. Quant à la télévision suédoise, elle crachait sur la Fraternité du début à la fin de son émission. En rappelant la condamnation pour racisme de Mgr Lefebvre, la prise de Saint-Nicolas, en tentant de trouver des liens avec l’extrême droite ; c’était une manière de préparer le terrain en Suède, alors que, à l’occasion de l’ordination diaconale d’un ancien pasteur suédois, nous jetions des regards sur un nouveau pays à évangéliser. Toute l’affaire est cousue de fil

blanc… Mais il ne faut pas dramatiser, parce que c’est une affaire qui ne regarde pas la Tradition, même si elle est utilisée contre la Tradition.

 

— Venons-en à la levée de l’excommunication. A-t-elle été pour vous une surprise ?

 

— Je m’attendais à cette levée depuis novembre 2005, depuis que le cardinal Castrillon Hoyos m’a demandé d’écrire au Pape pour demander la levée de l’excommunication. Parce qu’il est clair que Rome n’allait pas me demander d’écrire une lettre pour ne pas, ensuite, accorder la levée d’excommunication demandée. Cependant, je peux vous assurer que je ne m’attendais pas à ce que cela arrive maintenant. Car, ces derniers mois, depuis  le mois de juin, la situation, après l’affaire de l’ultimatum, et même après qu’elle eut été résorbée, n’était pas propice. Finalement je me suis décidé à écrire une lettre en date du 15 novembre, qui avait vraiment pour but, après l’ultimatum qui avait conduit à une impasse, de dépasser l’impasse.

 

— Cette lettre sera-t-elle rendue publique ?

 

— Avec le temps, des bribes en sortiront peut-être, mais dans cette lettre il y a des éléments qui concernent certaines personnes, et donc elle ne sera pas rendue publique.

 

— Ce Décret est-il un signe manifeste de la volonté du Souverain Pontife, alors que vous dites que l’atmosphère n’était pas si bonne que cela ?

 

— Je l’attribue d’abord à la Sainte Vierge. S’il y a un signe manifeste, c’est celui-là : une réponse presque immédiate de la Sainte Vierge à notre demande. J’avais en effet juste décidé d’aller à Rome pour porter le résultat du bouquet de chapelets que nous avions lancé à Lourdes avec cette intention explicite de la levée du décret d’excommunication, lorsque le Cardinal m’a appelé pour me demander de venir. Le voyage était déjà prévu, mais je ne l’avais pas contacté, je pensais simplement passer.

 

— Donc, lorsque vous publiez le résultat du bouquet, vous savez déjà ce qu’il en est ?

 

— Oui ! Mais il fallait que le résultat du bouquet soit annoncé avant. J’ai eu le chiffre définitif le matin même où je suis arrivé chez le Cardinal. Tout est arrivé en même temps. Jusqu’à l’annonce officielle nous sommes restés discrets.

 

— Le contentement dont vous faites preuve aujourd’hui est-il modéré par le chemin qui reste à parcourir ? Ce chemin vous paraît-il réalisable ?

 

— C’est encore trop tôt pour le dire. Il vient de se passer un acte d’une très grande importance, même si on le considère comme une remise en ordre des choses. Nous sommes certes satisfaits, mais ce n’est pas le moment de faire du triomphalisme. Non ! nous sommes vraiment reconnaissants, mais c’est assez difficile d’évaluer d’ores et déjà la situation ; il faut encore quelque temps pour avoir une vision entière des conséquences de cet acte. Pour l’heure, nous n’avons pas assez de réactions – il y a bien sûr des réactions à chaud. Mais nous n’en voyons pas encore toutes les implications. C’est donc une joie prudente. Car, à voir tout ce qu’on a connu jusqu’à maintenant, on se dit que ce n’est pas fini. Il y a encore beaucoup de travail, mais on se dit aussi que cette nouvelle situation permettra une beaucoup plus grande union des âmes de bonne volonté. Il y a vraiment une grande espérance, même si cela ne se fera pas en un jour, que le mouvement des âmes qui veulent vraiment le Bon Dieu, qui veulent le bien de l’Eglise, va recommencer ; il y a une restauration de l’Eglise qui s’annonce, qui probablement commencera par la discipline, par la vie de l’Eglise, plutôt que par la doctrine ; mais une fois que les cœurs sont purifiés, il est plus facile d’aborder la doctrine.

 

— Auparavant vos démarches avec Rome étaient assez limitées. Depuis quand s’est produit ce changement dans vos relations ?

 

— Depuis 2001, nous avons toujours dit que la position était tendue, et qu’il était pratiquement impossible de discuter, tellement nous étions diabolisés. Et puis Rome fait un geste vers nous, et nous propose de régler la situation. Il faut vraiment dire qu’il y a un changement en qualité, qu’il faut attribuer, du côté humain, au Pape actuel, à

Benoît XVI.

 

— Cela tient-il à sa connaissance personnelle de votre situation ?

 

— Oui, mais ce n’est pas l’essentiel. Il a toujours considéré comme une blessure personnelle de pas avoir réussi à résoudre le problème en 1988. Maintenant qu’il est pape il veut le résoudre, c’est certain. Ensuite, il y a la vision du Pape ; il l’a dit dans le motu proprio, il veut faire tout ce qu’il peut pour essayer d’éviter qu’une dispute se raidisse et

finisse en schisme. Et je n’hésite pas à inclure un troisième élément qui est en dehors de nos perceptions. Le Pape sait beaucoup de choses sur l’Eglise, peut-être même sur son avenir, qui ont probablement quelque chose à voir avec cette nouvelle situation… Mais là, on sort du domaine rationnel, et on ne peut donc pas dire grand-chose.

 

— La situation, c’est assez net de part et d’autre, est celle d’un accord pour commencer des discussions.

 

— C’est plus que ça. C’est vraiment un pas. Je crois vraiment qu’il y a une ligne qui est déjà tracée avec le motu proprio, et qui est confirmée ici. Je crois qu’on peut dire que le Pape estime le travail que nous faisons, et qu’il veut mettre le prix pour que ces valeurs servent à toute l’Eglise.

 

— N’y a-t-il pas une contradiction entre la levée de l’excommunication et le fait de ne pas être en pleine communion ?

 

— Le problème vient d’un péché de langage qui accompagne et qui suit Vatican II, où on donne dans l’imprécision. Que veut dire communion ? Pleine communion ? Autrefois, avant le Concile, on en avait une idée très claire, et si on suit le concept pré-Vatican II il ne fait absolument aucun doute que nous sommes en pleine communion. Parce que cela signifie appartenir à l’Eglise, et qu’on est soit dedans, soit dehors.

Il n’y a pas de milieu. Il y a donc effectivement quelque chose de contradictoire dans cette histoire, mais, sous ce terme ambigu, on veut dire que nous ne nous entendons pas sur tous les points avec le Pape actuel. Après, certains vont dramatiser, vont essayer de jouer sur les mots. C’est une situation floue, où on ne sait plus qui fait quoi, qui dit

quoi... D’où une pagaille, dont chacun essaye de sortir comme il peut. Ça finit dans le sentimentalisme, dans l’affectif : j’aime bien le Pape, donc je suis en pleine communion avec lui, et après je fais ce que je veux chez moi ; ça ne veut plus rien dire.

 

— Envisagez-vous des désaccords sur cette situation nouvelle au sein de la Fraternité ?

 

— S’il y en a, ils seront minimes. Je ne peux pas tout exclure dans une grande famille comme la nôtre. Il peut toujours y avoir un malheur, mais ce ne sera rien de significatif.

 

— Pensez-vous que votre situation va se régler d’abord sur un point pratique ?

 

— Jusqu’ici, nous nous sommes donné une ligne de route selon laquelle il faut d’abord éclaircir les problèmes doctrinaux, car s’il n’y a pas suffisamment de clarté dans ces questions, et que l’on parte dans des questions juridiques, on risque de finir en fracas. Il faut d’abord éclaircir les principes – ce qui ne veut pas dire tout régler, mais qu’il faut réussir à obtenir une clarification suffisante des problèmes fondamentaux de la situation actuelle – sinon on risque de faire les choses soit à moitié, soit mal.

 

— Et pensez-vous, d’une façon générale, que vos contacts vont s’élargir ?

 

— Absolument ! C’est le but, comme je l’ai expliqué à Rome, en soulignant que nous proposions une situation certes bancale, provisoire, mais susceptible d’apporter la paix, de renouer avec toutes les âmes de bonne volonté. Cela se fera évidemment graduellement.

 

— Pratiquement, vous venez procéder à des confirmations à Saint- Nicolas, vous allez appeler le cardinal Vingt-Trois…

 

— Tout cela sera de l’ordre de la prudence. Il faudra voir comment va se dérouler ce processus. Cela dépendra aussi des réactions en face. Pour tout ce qui concerne ces nouveaux rapports, en principe, ce qui vient de se passer, nous met dans une situation nouvelle. Il est un peu trop tôt pour l’évaluer. On ne peut pas tout prévoir. C’est donc le grand domaine de la prudence. Il n’y a pas d’a priori, le seul a priori c’est celui de la Vérité et de la Charité.

 

Propos recueillis par Olivier Figuéras.

Présent du 31 janvier 2009 

 

B- L’analyse d’André Noël

Sur la levée de l’excommnication…

 

Le pape a résisté aux manoeuvres de dernière minute visant à le faire renoncer à la levée de l’excommunication  latae sententiae qui a frappé les évêques ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988. A défaut de pouvoir avancer des arguments convaincants pour dissuader le Saint Père de poser cet acte de réconciliation ecclésiale, ses détracteurs ont donc brandi l’épouvantail sensible et inusable de l’antisémitisme.

 Dès la semaine dernière, la mesure était donnée comme acquise au Vatican. Le décret était prêt, ne manquait plus que la signature du Souverain Pontife. Lequel souhaitait sans doute que cet acte de réconciliation intervienne symboliquement  au cours de la Semaine pour l’Unité des chrétiens (du 18 au 25 janvier chaque année). Avant de rechercher l’unité avec nos « frères séparés », il est de bonne méthode et d’une charité judicieuse de la restaurer d’abord entre catholiques, plus frères que séparés…
Et puis, il s’est murmuré que le Pape a hésité, à cause de déclarations « négationnistes » faites par l’un de ces évêques, Mgr Williamson, à la télévision suédoise. On peut s’étonner que les propos qu’il a tenus surgissent maintenant, au moment précis où Benoît XVI allait lever son excommunication, car ils datent de… novembre 2008 et n’avaient pas fait l’objet de commentaires étendus à l’époque ! Curieuse « coïncidence »… Certes, on peut désapprouver ce que le prélat a dit, on peut même
s’en montrer choqué, mais cela n’a pu empêcher sa réintégration dans l’Eglise, ni même la différer. Sinon, cela aurait signifié que l’affirmation selon laquelle 6 millions de juifs sont morts dans des fours crématoires est fondamentale pour appartenir, ou réappartenir, à l’Eglise catholique. En somme, ce serait un « dogme » supplémentaire qu’il faudrait professer ou, à tout le moins, ne pas contester.

 

Oui ! cette affirmation aurait donc le statut de dogme, de vérité révélée,  alors que la Révélation est close depuis la mort du dernier apôtre...  Cela ne peut donc prétendre être autre chose qu’une vérité historique dont le fondement ne doit reposer que sur la base des études  – profanes et faillibles – des historiens.   La manoeuvre a donc fait long feu et, désormais, les évêques, hier « schismatiques », sont à nouveau dans la pleine communion de l’Eglise. Il n’empêche ! Les adversaires du pape n’ont pas désarmé, au point que le site de « L’Express » n’hésite pas à titrer : « Le pape réhabilite l’évêque qui nie l’holocauste » !  Sur le fond, on ne peut que se réjouir de la décision du pape. Nous  n’allons pas rouvrir la querelle complexe sur le bien-fondé juridique et théologique des sacres opérés par Mgr Lefebvre. Pour notre part, nous considérons que l’on doit admettre a minima que le prélat, et les évêques par lui ordonnés, ne sont pas moins catholiques que les trop nombreux prêtres, théologiens, voire évêques, qui contestent la morale catholique, défendent des théories incompatibles avec la Révélation ou qui ont des pratiques pastorales contraires aux directives romaines.  Ceux-là, pourtant, ne sont que rarement condamnés.  La levée de l’excommunication prolonge et couronne la libéralisation du rit tridentin, amorcée par Jean-Paul II et  pleinement accomplie par son successeur.

 Benoît XVI, en déclarant que l’ordo de S. Pie V n’a « jamais été aboli », a reconnu ipso facto qu’il était légitime de dire la messe dans ce rit alors même qu’on le prétendait abrogé et interdit. Ceux qui ont continué à célébrer la messe tridentine n’ont donc pas désobéi. Le pape les a réhabilités. Parmi les raisons qui ont conduit Mgr Lefebvre à ordonner des évêques, il y avait, pour lui, la nécessité morale de perpétuer la célébration de la messe traditionnelle. Il redoutait, non sans raison, qu’après la mort des prêtres la célébrant, comme lui l’a toujours fait, l’ancien rit ne disparaisse à jamais. Ce qui aurait été certainement le cas. Or, pour justifier la levée de la pseudo-interdiction de la messe dite de S. Pie V, Benoît XVI a invoqué l’attachement de certains fidèles à celle-ci. Sans Mgr Lefebvre, elle aurait sans doute été définitivement abandonnée et peut-être que le « schisme » aurait été évité car il ne nous semble pas, en effet, que les critiques du prélat d’Ecône à l’égard du concile Vatican II auraient pu, à elles seules, le conduire à l’ordination contestée des évêques. Dès lors, la levée de l’excommunication apparaît comme la suite logique de la libéralisation de la messe traditionnelle, réhabilitant ceux qui l’ont maintenue dans l’adversité. Cette réintégration, apparemment, est sans condition. Il est vrai que, dans la parabole de l’enfant prodigue, le père admirable ne demande pas, au fils qu’il accueille à nouveau, de faire amende honorable ou de se rétracter. Néanmoins, Mgr Fellay, (Supérieur général de la Fraternité Saint Pie X) un des évêques relevé de sa condamnation, a tenu à « exprimer sa gratitude filiale au Saint Père », n’émettant que de simples « réserves » à l’égard du concile Vatican II ; d’autres évêques, progressistes ceux-là, ont fait également des réserves sur ce Concile, mais pour d’autres motifs…

 L’excommunication étant annulée, les traditionalistes ne devraient pas être les seuls à s’en réjouir ! Cela devrait être le cas de tous les catholiques mais plus encore des… progressistes. Comment cela, me direz-vous ? N’aspiraient- ils pas depuis toujours à l’avènement d’une Eglise où l’on ne condamne plus, n’exclut plus, n’excommunie plus, une Eglise bienveillante et ouverte à tous ? Le concile – disaient-ils – nous a fait passer « de l’anathème au dialogue ». Un concile qui, contrairement aux précédents, n’a pas formulé de condamnation, un concile sans inquisition et qui devait reléguer au musée de l’histoire le Saint-Office avec son juridisme, ses tribunaux etc.   On devrait donc s’attendre à ce qu’ils applaudissent la levée de l’excommunication des évêques sacrés par Mgr Lefebvre ! Une Eglise qui revient sur une condamnation, qui ouvre les bras à ses fils, tous ses fils, au lieu de les fermer, voilà qui devrait combler leurs voeux !

 Nous rêvons, bien sûr… Leurs premières réactions face à cette réconciliation ne vont pas dans ce sens. N’ont-ils pas tout fait, bien au contraire, pour éviter qu’elle n’advienne ? Ils n’ont pas changé. Quand Mgr Lefebvre fut excommunié, ces bons apôtres d’une Eglise fraternelle, qui ne condamne ni n’excommunie plus, furent les premiers et les plus bruyants à se réjouir de cette mise à l’écart. Liberté pour eux, coup de crosse pour les autres…

 

Le Bulletin d'André Noël SYNTHESE HEBDOMADAIRE des problèmes politiques français et internationaux

 N°2127 Maisons-Alfort, semaine du 26 janvier au 1er février 2009

 

C- Déclaration du Conseil permanent des évêques de France

La levée de l’excommunication n’est pas une réhabilitation

 


Déclaration des évêques de France 

 

La levée, par le Saint-Siège, de l'excommunication des quatre évêques de la Fraternité Saint-Pie X suscite de nombreuses réactions dans l'opinion catholique et dans la société.

La simultanéité de cette annonce avec la révélation des propos de Mgr Williamson, niant le drame de l'extermination des juifs, provoque une réprobation on ne peut plus légitime.

Les évêques de France condamnent fermement les paroles inacceptables et scandaleuses de Mgr Williamson.

Ils redisent à la communauté juive de France leur engagement indéfectible au dialogue et à l'amitié.

Ils rappellent que Benoît XVI ne cesse de signifier son attachement  à une relation fructueuse entre juifs et chrétiens.  

Ils précisent instamment que la levée de l'excommunication n'est pas une réhabilitation.

Elle constitue le point de départ d'un long chemin qui supposera un dialogue précis.

En aucun cas, le Concile Vatican II ne sera négociable.

Aucun groupe ecclésial ne peut se substituer au magistère.

Les évêques saluent la volonté du Saint-Père d'aller jusqu'au bout de ce qu'il pouvait faire comme invitation à une réconciliation. Ils sont en communion avec lui dans l'exercice de la vigilance épiscopale. 

Ils expriment leur soutien et leur reconnaissance aux prêtres, diacres, religieux et laïcs qui  composent l'Eglise catholique en  France et animent fidèlement les communautés chrétiennes vivantes et proches des hommes de ce temps.
 

 Conseil permanent de la Conférence des évêques de France

 

 

D- Canada : Les évêques condamnent le « négationnisme »

 

« Odieux de soutenir que le mal terrible que fut l’Holocauste n’est pas un fait historique

 

Commentaires sur les opinions exprimées par Mgr Richard Williamson              

29 janvier 2009

En réponse aux questions reçues à propos des déclarations faites par Mgr Richard Williamson, membre de la Fraternité Saint-Pie X, sur l'Holocauste (Shoah), la Conférence des évêques catholiques du Canada a publié les commentaires suivants :

1. la Conférence des évêques catholiques du Canada considère qu'il est odieux de soutenir que le mal terrible que fut l'Holocauste n'est pas un fait historique et se joint au Saint-Père Benoît XVI pour faire appel à tous les peuples afin qu'ils reconnaissent que l'Holocauste est un « avertissement contre l'oubli, contre la négation, ou le réductionnisme »;

2. la Conférence des évêques catholiques du Canada s'associe au Saint-Siège pour critiquer et rejeter les déclarations que Mgr Richard Williamson a faites sur l'Holocauste

3. les évêques catholiques du Canada, en union avec le Saint-Siège, demeurent engagés dans le dialogue avec les Juifs, tels que l'ont réaffirmé les évêques du Canada lors de leur Assemblée plénière de septembre 2008

4. le Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Bernard Fellay, a présenté ses excuses pour les déclarations faites par Mgr Richard Williamson et a fait savoir qu'il avait été interdit à Mgr Williamson de s'exprimer désormais sur ce sujet.

5. Seule a été levée l'excommunication déclarée contre les quatre évêques membres de la Fraternité Saint-Pie X, dont Mgr Williamson, pour avoir reçu l'ordination épiscopale sans mandat du Vatican. La levée de l'excommunication n'affecte pas les peines prononcées pour d'autres infractions. Le décret publié le 24 janvier 2009 par le Saint-Siège ne permet pas à Mgr Williamson ni aux autres évêques  d'exercer licitement le ministère sacré ni d'exercer une quelconque fonction ou accomplir un quelconque acte d'autorité dans l'Église catholique. La levée de l'excommunication leur ouvre simplement la possibilité de redevenir membres à part entière de l'Église.

 

E- Jean Madiran dans Présent (n° de vendredi 30 janvier)

 

Le 21.01.09 ne doit pas émousser le 07.07.07

 

Aligner la levée d’excommunication du 21 janvier 2009 sur le motu proprio du 07.07.07 est le principal piège à éviter, et le plus subtil jusqu’ici.

Considérer les deux décisions comme deux étapes d’un processus de réconciliation, ce serait déplacer et atténuer la portée réelle de l’une et de l’autre.

 

La levée d’excommunication du 21 janvier concerne directement un cas particulier. C’est indirectement qu’elle peut avoir des conséquences d’une portée générale.

 

Le motu proprio du 07.07.07 a concerné directement et concerne toujours l’ensemble de l’Eglise. Le réduire à une étape précédant une seconde étape serait quasiment l’annihiler.

 

 

C’est ainsi que procède l’éditorialiste du Monde. Il présente le motu proprio comme ayant été « le premier pas dans la voie du pardon des intégristes », il le décrit comme « autorisant les 480 prêtres de la FSSPX de Mgr Lefebvre » à célébrer la messe traditionnelle. Le motu proprio décrétait en réalité, pour l’Eglise entière, que la messe traditionnelle

n’avait jamais été (valablement) interdite et qu’elle n’avait besoin d’aucune autorisation préalable. Mais, par la faute des évêques, dans beaucoup de diocèses, dans la majorité des paroisses, on croit encore, comme Le Monde, que ce motu proprio n’était essentiellement qu’un geste en direction des « intégristes ».

 

Le geste en direction de la FSSPX, c’est la levée de l’excommunication des quatre évêques, il s’agit bien là de ce cas particulier. Mais cela ne l’empêchera pas d’avoir des conséquences indirectes, d’une portée plus générale, que l’on peut apercevoir montrant déjà le bout de leur nez.

 

 

Attention à La Croix, qui est une voix autorisée pour exprimer le sentiment des évêques français. Le 27 janvier elle a fait connaître que la majorité d’entre eux ont été « interloqués » par la levée d’excommunication : « Rien, dans les contacts entre Rome et Paris, ne laissait prévoir cette décision. Et nulle lettre du pape n’est venue leur réserver la primeur, comme pour le motu proprio de 2007…»

 

C’est pourtant logique : la levée d’excommunication ne relevait en rien de l’épiscopat français. Le Saint-Siège avait décrété l’excommunication, c’est donc le Saint-Siège qui la lève.

 

Il n’en allait pas de même pour le motu proprio. Nos évêques, presque tous pendant près de quarante ans, avaient dit, répété, proclamé, imposé la suppression de la messe traditionnelle. Ils étaient directement concernés et ils en étaient personnellement responsables. Il convenait donc de leur donner « la primeur » d’un motu proprio leur révélant qu’ils avaient imposé une injustice, et de quelle grandeur !

 

 

 Ne laissons pas estomper le motu proprio comme s’il n’avait été, dans la voie de la réconciliation, qu’une modeste préparation de l’actuelle levée d’excommunication ; ne le laissons pas dépouiller de son importance et de sa spécificité. Il avait, il a toujours comme objet la messe : LA MESSE CATHOLIQUE TRADITIONNELLE, LATINE ET GRÉGORIENNE SELON LE MISSEL ROMAIN DE SAINT PIE V, édition de 1962. Ses titres non seulement à l’existence, mais à la primauté

d’honneur et d’usage, ne sont pas de correspondre à certaines sensibilités. Ils sont en elle-même. Que cette primauté lui soit encore contestée par la plus grande partie du clergé catholique et de sa hiérarchie est un symptôme éclatant de la maladie moderniste de l’Eglise.

 

A demain pour les conséquences indirectes de la levée d’excommunication.

JEAN MADIRAN

 

F- Jean Madiran dans Présent du samedi 31 janvier.

 

C’est l’heure maintenant d’un retour des évêques

au petit catéchisme

 

Le petit catéchisme des enfants baptisés

La levée d’excommunication du 21 janvier ne concerne directement qu’un cas particulier.

Mais elle a suscité aussitôt un commencement de conséquences indirectes qui concernent, elles, toute l’Eglise.

 

 

_ Le cardinal Ricard n’est plus le président de l’épiscopat français, mais il est toujours membre de la Commission pontificale « Ecclesia Dei ». Et c’est en cette qualité explicitement invoquée qu’il a déclaré ouvert un processus de dialogue sur les questions dogmatiques et ecclésiologiques soulevées par la critique anti-moderniste :

« … La question du texte même du concile Vatican II comme document magistériel de première importance devra être posée. Elle est fondamentale. »

 

Voilà qui ouvre une porte. Le décret du 21 janvier parlait en effet d’« approfondir », par des « colloques nécessaires avec les autorités du Saint-Siège, les questions qui restent en suspens ». On va pouvoir enfin discuter, s’expliquer, et chercher à comprendre. Depuis quarante ans une pression subversive, que l’on peut appeler épiscopalo-médiatique,

imposait d’accepter aveuglément, et en bloc, tout ce qui se réclamait du Concile. C’était là un « tabou ». Il commence à s’effriter.

 

Le « Conseil permanent » de l’épiscopat français a contre-attaqué sans retard (cf. Rémi Fontaine dans Présent d’hier). De sa propre autorité, qui n’est grande ni moralement, ni canoniquement, il a décrété qu’« en aucun cas le concile Vatican II ne sera négociable ». Prétention démesurée ! Ainsi, Vatican II serait un bloc, on ne pourrait que tout en accepter les yeux fermés ou tout en rejeter sans distinction. De la même façon, Clemenceau prétendait que « la Révolution [de 1789] est un bloc ». Le langage de la subversion revient toujours à son propre vomissement.

 

N’avoir pas l’apparence, devant les médias tout-puissants sur leur esprit, d’être solidaires de « l’initiative une fois de plus prise en solitaire » par Benoît XVI ; se « distancier » ! Isabelle de Gaulmyn, correspondante permanente de La Croix à Rome, n’a pu s’empêcher de le remarquer dans le numéro du 29 janvier : « On n’a pas l’habitude [ici au Vatican] de voir les évêques prendre leurs distances aussi explicitement. »

Mais aller jusqu’à prétendre que rien dans Vatican II ne serait négociable ! Comme dans le Credo ?

 

Eh bien non, Vatican II n’est pas un bloc. Le fait qu’il reprenne souvent dans ses décrets des vérités traditionnelles ne suffit pas pour cautionner un certain nombre d’autres propositions qui apparaissent équivoques ou incertaines. Vatican II n’a voulu promulguer rien d’infaillible. Donc il est faillible. Il n’affirme rien qui, de soi, échapperait en tous points à toute analyse et à toute critique.

Cette simple considération est en train de doucement devenir officielle. « Selon nos sources », écrivait Isabelle de Gaulmyn dès le 26 janvier, et ce sont évidemment des sources vaticanes, « Vatican II n’est pas un dogme de foi ». Cela fait tout de même plaisir de voir une telle évidence enfin écrite noir sur blanc dans La Croix.

 

Le dialogue sur le certain et l’incertain, sur le clair et l’obscur, sur l’obligatoire et le facultatif de Vatican II, en somme sur la distinction entre le « précepte » et le « conseil », et aussi entre l’exact et l’éventuellement erroné, est affaire théologique entre le Saint-Siège et les évêques qui dirigent la FSSPX. Celle-ci est le groupe traditionaliste le plus important, le plus fortement organisé, le seul ayant à sa tête des évêques valides. Il n’est pas et ne prétend pas

être le représentant de tout le traditionalisme et de tous les « traditionalistes », c’est-à-dire de tous ceux qui contestent plus ou moins quarante- cinq années d’évolution conciliaire. Les laïcs, considérés à tort ou à raison comme des amateurs en sciences ecclésiastiques, ne seront pas souvent appelés à participer au dialogue théologique, ils n’y seront

pas toujours les bienvenus. C’est l’usage. Mais ils ont une autre manière, et irrécusable, d’y prendre leur part, comme ils le font déjà.

 

Depuis plus de quarante ans, tous les catéchismes « préconciliaires » ont été interdits de séjour dans la plupart des diocèses. Le petit catéchisme pour enfants baptisés a été supprimé et n’a pas été remplacé. Il a été maintenu le plus souvent par des familles s’organisant entre elles pour exercer cette fonction vicariante. Car tout dépend du catéchisme,

à commencer par les vocations sacerdotales. C’est maintenant pour les évêques l’heure d’un retour officiel du petit catéchisme traditionnel dans les diocèses. Il appartient aux laïcs, selon le mot d’ordre proposé à la Mutualité du 20 novembre 2005 par Michel De Jaeghère, d’exercer dans les paroisses :

1) la réclamation du petit catéchisme pour enfants baptisés ;

2) la contestation d’une catéchèse devenue rhétorique inconsistante ou apostasie immanente ;

Quant à 3) la suppléance éventuelle, il y a plus de quarante ans, heureusement, qu’elle est exercée par des laïcs.

JEAN MADIRAN

 

 

G- L’avis de Claude Barthe

 

L’« orthopraxis » de Benoît XVI

Il me semble que le décret qui lève l’excommunication des quatre évêques de la Fraternité Saint-Pie X est à considérer globalement, dans l’ensemble des événements à conséquence doctrinale du pontificat de Benoît XVI.

 

1°/ Deux formes d’un unique rite :

 

Le motu proprio Summorum Pontificum, de 2007, qui déclare que la messe traditionnelle n’a jamais été abrogée, a cette particularité unique dans l’histoire de la liturgie chrétienne de mettre sur un même pied de légitimité non deux rites catholiques distincts, mais deux formes successives d’un même rite (la seconde, le rite de Paul VI, ayant complètement bouleversé la première). On sait que, dès la promulgation du nouvel Ordo missae, il était apparu à de nombreux catholiques que, par rapport au rite romain tridentin et aux différents rites catholiques orientaux, la doctrine du sacrifice propitiatoire, l’adoration de la présence réelle du Christ, la spécificité du sacerdoce hiérarchique et généralement le caractère sacré de la célébration eucharistique s’y trouvaient exprimés de manière nettement plus faible. La moindre explicitation du caractère de sacrifice propitiatoire de la messe étant sa déficience la plus saillante. De fait, l’acte pontifical de 2007 reconnaît que l’on peut considérer, sans contester la validité de la forme nouvelle du rite, que sa forme ancienne est préférable, la forme ancienne ne représentant donc pas une « croissance » de la liturgie romaine. Ceci, de facto, il faut y insister, et non théorisé par le Motu Proprio.

 

 

2°/ Des prêtres et évêques catholiques inscrits dans une « dynamique du provisoire » :

 

Le décret publié le 24 janvier dernier qui lève l’excommunication frappant les quatre évêques consacrés sans mandat pontifical par Mgr Lefebvre en 1988 n’est pas moins atypique, du point de vue disciplinaire cette fois (étant rappelé que, dans l’Eglise, la discipline comme la liturgie engagent d’une manière ou d’une autre la doctrine). Ces évêques, à leur demande, se trouvent désormais déclarés pleinement catholiques et lavés de toutes censures (l’interprétation qui semble devoir l’emporter étant que la suspense qui les frappait aussi était « accessoire » par rapport à l’excommunication et qu’elle disparaît en même temps qu’elle pour ces évêques). On imagine mal que la FSSPX n’essaye pas de faire en sorte que la situation de ses prêtres ne devienne semblable à celle de ses évêques. En tout cas, il serait logique qu’un jour, selon le vœu exprimé par le Saint-Père à Lourdes devant les évêques de France, une place soit réservée à tous dans le champ de l’apostolat, en particulier aux prêtres de cette Fraternité. L’érection du groupe de prêtres issus de la FSSPX en Institut du Bon Pasteur pourrait alors apparaître comme ayant été un ban d’essai, non seulement du point de vue psychologique, mais aussi quant à ses conséquences pratiques un peu singulières : des prêtres tridentins, officiellement catholiques, remplissent des activités pastorales et liturgiques dans des lieux non officiellement reconnus (le Centre Saint- Paul, quelques autres « centres de messes » et surtout le séminaire de Courtalain).

Ceci, de facto, encore une fois.

 

3°/ Une suspension du caractère obligatoire de certains aspects du Concile :

 

Le discours à la Curie du 23 décembre 2005 montrait, tout en privilégiant une « herméneutique de continuité » (celle de l’école modérée), que l’interprétation des points discutés était de fait ouverte. Or, tout le monde a remarqué que le décret de la Congrégation des Evêques, daté du 21 janvier, sans rien préciser mais en visant manifestement les points « à problèmes » de Vatican II (détermination des fondements de l’œcuménisme, de la liberté religieuse, du dialogue interreligieux), les qualifie de « questions encore ouvertes ». Force est d’ailleurs de constater que, depuis l’accession de Benoît XVI au trône de Pierre, il ne promulgue plus l’un de ces nombreux documents dont il était le maître d’œuvre sous le pontificat de Jean-Paul II et qui avaient notamment pour effet de mettre en œuvre cette « herméneutique de continuité » (par exemple, l’instruction Dominus Jesus). Un grand silence s’est aujourd’hui établi. Si donc on peut souhaiter qu’intervienne un jour la reprise à frais nouveaux par le magistère de l’Eglise des questions évoquées par les trois documents conciliaires élaborés par le Conseil pour l’Unité (œcuménisme, dialogue avec les religions, liberté religieuse), et qui sont autant de points d’interrogation pour ce magistère, on constate que leur discussion est devenue légitime.

 

Ceci, toujours de facto.

 

En définitive, tout se passe comme si Benoît XVI utilisait, en sens inverse, l’idée d’« orthopraxis » chère aux théologiens comme le P. Chenu, selon laquelle il faut poser des actes qui ont par eux-mêmes une conséquence doctrinale. Dans les années soixante, ils allaient dans le sens d’une mondanisation de la doctrine de l’Eglise ; aujourd’hui, ils sont préparatoires d’un progrès dogmatique.

Abbé Claude Barthe

(Présent  du 30 janvier 2009)

 

 

 

PRÉSENT — Jeudi 5 février 2009

H- Quel avenir pour la Fraternité Saint-Pie X ?

 

Entretien avec l’abbé Barthe

 

— Vous avez écrit dans Présent du 30 janvier : « Ces évêques, à leur demande, se trouvent désormais déclarés pleinement catholiques et lavés de toutes censures (l’interprétation qui semble devoir l’emporter étant que la suspense qui les frappait aussi était “accessoire” par rapport à l’excommunication et qu’elle disparaît en même temps qu’elle pour ces évêques). » Pourtant le canon 1359 de l’actuel Code de droit canonique semble affirmer le contraire. Sur quoi fondez-vous « l’interprétation qui semble devoir l’emporter » ? Et pourquoi l’emporterait-

elle ?

 

— Il faut rappeler en deux mots – sans prendre parti sur le fond – que du point de vue du droit de l’Eglise, en consacrant le 30 juillet 1988 quatre évêques sans mandat pontifical, NNSS Lefebvre et Castro Mayer, évêques consacrants, et les quatre évêques consacrés sont tombés sous le coup d’une excommunication automatique (peine dont la sentence est pour ainsi dire contenue dans l’acte, dit latae sententiae, à la différence d’une peine portée

par sentence expresse, dite ferendae sententiae). L’excommunication est la plus grave des peines qui peut frapper un catholique, puisqu’elle le prive de la communion « extérieure », c’est-à-dire qu’il n’a, en principe et sauf exceptions, plus le droit de célébrer des sacrements, ni même d’y participer. La gravité de la peine est telle que, si l’excommunication est automatique, on prend souvent la précaution de la « déclarer ». C’est, en l’espèce, ce qui a été

fait par un décret de la Congrégation des évêques du 1er juillet 1988 signé par le cardinal Gantin.

 

Quant aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, ils sont en principe frappés par une peine de suspense, censure propre celle-là aux clercs, et qui pour l’essentiel leur interdit de célébrer les sacrements (sauf exceptions). Cette

peine frappe ici ceux qui ont reçu des ordres sacrés d’un évêque suspens (de Mgr Lefebvre avant 1988) ou excommunié (des évêques de la FSSPX après 1988). Atout le moins, ces prêtres sont considérés officiellement comme irréguliers, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas le droit d’exercer les ordres reçus. Le tout sauf exception, et toujours, encore une fois, sans porter de jugement sur le fond, en s’en tenant à la lettre du droit.

 

Le décret de la Congrégation des évêques, du 21 janvier dernier, signé par le cardinal Re, relève donc les quatre évêques consacrés en 1988 de l’excommunication déclarée le 1er juillet 1988 et de toutes ses conséquences, à partir de ce jour.

 

Qu’en est-il alors de la suspense qui frappait, du fait de leur ordination sacerdotale, trois des évêques concernés (Mgr Tissier de Mallerais, sauf erreur, ayant été ordonné prêtre alors que Mgr Lefebvre n’était pas suspens) ? Deux interprétations semblent possibles :

 

— la première est l’application stricte du canon 1359 : si une personne est sous le coup de plusieurs peines (en fait, en général, il s’agit d’excommunications multiples), la remise ne vaut que pour la peine mentionnée par l’acte

qui la lève ;

 

— la seconde interprétation, qui semble avoir les faveurs du Saint-Siège, pour des raisons de bon sens et des raisons d’intérêt général de l’Eglise, veut que, pour ces évêques de la FSSPX, la suspense était « accessoire » à la peine principale qui les frappait pour des actes posés dans un même contexte général et pour des raisons identiques : de sorte que, puisqu’ils sont lavés du « principal », ils sont aussi logiquement relevés de l’« accessoire ».

 

 

— Vous ajoutiez : « On imagine mal que la FSSPX n’essaye pas de faire en sorte que la situation de ses prêtres ne devienne semblable à celle de ses évêques. » Effectivement, on se retrouverait sinon dans le cas d’avoir, dans la Fraternité, des évêques sans peine canonique, ordonnant des prêtres qui n’en auraient pas non plus. Alors que les plus anciens, au moins ceux ordonnés de 1976 à 2008, demeureraient suspens. Croyez-vous que cet imbroglio puisse être évité ?

 

— De toute façon, le décret du 21 janvier met la FSSPX dans une situation juridique tout à fait exceptionnelle.

Elle la met dans un état de déséquilibre qui ne peut durer qu’un temps, et même qu’un peu de temps : quelle sera, en effet, la situation des prêtres qui vont désormais être ordonnés en son sein ? qu’est-ce donc que cette société sacerdotale, dont la catholicité des chefs est reconnue, mais dont la permission de célébrer est contestée pour les membres ou pour la majorité d’entre eux ? La décision du 21 janvier oblige soit à se diriger vers un état nouveau,

c’est-à-dire vers une régularisation globale (évêques, prêtres, statut ecclésial de la FSSPX), soit à retomber d’une manière ou d’une autre dans l’état antérieur, sans le motif de « nécessité » (une société de prêtres « indépendante » qui organise sur l’ensemble de la planète toute une vie ecclésiale, y compris des ordinations sacerdotales, est de soi inconcevable dans l’Eglise, a fortiori dans une Eglise qui ne voit aucune difficulté à l’officialiser). Ni le Pape ni la FSSPX ne peuvent rester au milieu du gué. Et on imagine mal les évêques de la FSSPX, désormais « libérés » laisser leurs soldats rester officiellement « dans les fers ».

 

 

— Pourtant, Mgr Fellay, dans l’entretien accordé à Présent en date du 31 janvier, estime nécessaire de commencer par certaines discussions (en accord sur ce point avec le décret luimême). La situation de flou juridique (et disciplinaire) peut-elle donc perdurer, le décret évoquant la nécessité d’atteindre une « pleine communion » – alors même que Mgr Fellay, dans le même entretien, estime que cette distinction de communion pleine ou non n’a pas lieu d’être ?

 

— Je suis pleinement – c’est le cas de le dire – d’accord avec Mgr Fellay : la communion ecclésiale (comme l’état de grâce) est ou n’est pas, mais elle n’est pas plus ou moins pleine. C’est d’ailleurs là que se trouve toute la difficulté de la théorie œcuménique. Ceci posé, je remarque avec la même satisfaction que l’ensemble des catholiques qui estiment qu’il existe dans Vatican II quelques problèmes doctrinaux qu’il faudra bien un jour résoudre, que le décret du 21 janvier parle à ce propos – et ceci pour la première fois dans un document du Saint-Siège – d’existence de « questions ouvertes ». Le décret, rejoignant les demandes de la FSSPX d’organiser des discussions doctrinales – certains disent même d’ailleurs que ces demandes de débats ont été déjà partiellement remplies –, parle en effet de « colloques ».

 

Mais n’est-il pas évident :

 

1. que ces colloques, si l’on veut qu’ils préparent sérieusement et efficacement, fût-ce de loin, des précisions ultérieures du magistère sur les points ambigus, nécessitent un labeur et surtout un temps qui vont sans doute dépasser les limites de l’actuel

pontificat ?

 

2. qu’ils n’intéressent pas que la FSSPX, mais tous ceux auxquels telle ou telle expression de Vatican II pose problème sur le fond ou au moins, ce qui n’est pas rien, dans les expressions (je pense à des théologiens romains, à des prêtres et laïcs du monde entier) ?

 

3. et aussi que concrètement, si de telles discussions s’ouvraient aujourd’hui, dans le contexte d’ébullition de la marmite médiatique que nous savons, elles s’enliseraient dans l’ornière des rapports du judaïsme et du christianisme ?

Il est plus raisonnable de penser que la FSSPX officialisée et le Saint-Siège voudront convenir de la tenue de colloques organisés sur les « questions ouvertes », lesquels favoriseront en effet grandement la communion (la communion pure et simple) dans toute l’Eglise.

 

 

— On a évoqué, pour l’officialisation de la Fraternité, le statut de prélature personnelle (semblable à celui de l’Opus Dei), ou celui d’une administration apostolique (semblable à celui de Campos). Rome peut évidemment trouver une autre voie. Qu’en pensezvous ?

 

 

— Les personnes bien informées, comme on dit, assurent qu’un statut d’administration apostolique (universelle) a été proposé à la FSSPX en 2001, et que le contenu d’un statut de prélature personnelle lui a été montré à l’occasion des rencontres du deuxième semestre de 2008.

 

 Une autre solution pourrait être imaginable : celle d’un « statut d’étape », qui consacrerait officiellement l’état présent de la FSSPX. Ce pourrait être quelque chose comme un institut de droit pontifical semblable aux instituts qui dépendent de la Commission Ecclesia Dei (pourquoi pas, au fait, Commission Summorum Pontificum ?), au sein duquel existeraient des évêques « titulaires » (ayant un « titre », mais pas de juridiction). Le statut des maisons, des lieux de culte, des séminaires serait déterminé ou resterait indéterminé (je pense, entre autres, à l’exemple du statut en voie de détermination du séminaire de l’Institut du Bon Pasteur, à Courtalain). Mais ici, comme vous le pensez bien, je fais de la science canonique fiction…

 

 

— Qui peut empêcher cela ? qui peut le réaliser ?

 

— Peut-être pensez-vous que je vais répondre : les supérieurs de la FSSPX. Mais en réalité, ils ne sont que des acteurs – considérables, il est vrai – parmi beaucoup d’autres de ce qui se passe aujourd’hui. C’est qu’en réalité l’hypothèse de l’officialisation de la FSSPX, venant après la libéralisation de la messe traditionnelle, effraie les opposants au Pape (qu’il me soit permis de rappeler les deux dossiers que je viens de publier dans L’Homme nouveau : «Ya-til une opposition romaine au Pape ? », du 17 janvier 2009 et du 31 janvier 2009.). Concernant la levée des excommunications des évêques de la FSSPX, de tout récents articles d’Andrea Tornielli et de Paolo Rodani parlent d’un dossier qui circulerait dans les Palais apostoliques émettant justement l’hypothèse que l’affaire Williamson – au maximum regrettable ! – a largement été orchestrée comme une machine de guerre contre le Pape.

 

 

— En définitive, si je vous suis bien, pour la Fraternité, les choses ne peuvent désormais qu’avancer ou reculer, avec toutes les conséquences qu’on imagine pour l’Eglise dans l’une ou l’autre hypothèse. Comment les choses peuvent-elles concrètement avancer ?

 

— Pour lever l’excommunication qui pesait sur les quatre évêques de la FSSPX, il leur a été seulement demandé de la solliciter, ce qu’a fait Mgr Fellay au nom de ses confrères par une lettre datée du 15 décembre 2008. De quoi s’agit-il aujourd’hui ? D’inclure les prêtres dans la « grâce » pontificale dont bénéficient les évêques. Logiquement, il suffirait donc que ce qui a été fait (et demandé) pour les évêques le soit pour les prêtres. D’où découlerait logiquement l’officialisation de la société sacerdotale de Mgr Marcel Lefebvre. Et la FSSPX se trouverait au milieu, comme on dit.

Au milieu : je veux dire « à l’intérieur », avec toutes les conséquences. Disons d’abord que la transformation juridique, et donc « politique », de la FSSPX contribuerait à son renouvellement interne, dont on peut souhaiter qu’il s’opère dans le bon sens, c’est-àdire non pas en perte de pugnacité critique concernant les « questions ouvertes » par Vatican II, mais en pertinence dans la forme et dans le fond de cette critique. Mais par-dessus tout, il est clair que l’amorce de la transformation de la FSSPX en une force « interne » de l’Eglise, de l’Eglise dans son état actuel – à savoir, négativement, un état de schisme virtuel, et positivement, une tentative de « restauration » – participerait à un mouvement amorcé par l’élection de Benoît XVI en 2005 et continué par le motu proprio de 2007, à ce que j’ai appelé un phénomène de transition, autrement dit aux prémices de la remise en ordre, pour ne pas dire de la réforme, d’une Eglise commotionnée par une crise sans précédent, depuis près d’un demi-siècle en toutes ses parties.

Propos recueillis

par Olivier Figueras

 

 

I- Dernière et ultime Note du Saint-Siège

 

Aucune reconnaissance canonique de la Fraternité Saint-Pie X

 

 Note de la Secrétairerie d'Etat, publiée ce mercredi 4 février 2009 en italien par la Salle de presse du saint-Siège.

 

Note de la Secrétairerie d'Etat

 

« Après les réactions suscitées par le récent Décret de la Congrégation pour les Evêques, par lequel on lève l'excommunication aux quatre prélats de la Fraternité Saint-Pie X, et en relation avec les déclarations négationnistes ou réductionnistes sur la Shoah de la part de Monseigneur Williamson de la même fraternité, on considère opportun d'éclaircir certains aspects de l'événement.

 

1. Levée de l'excommunication

 

Comme on l'a déjà publié précédemment, le Décret de la Congrégation pour les Evêques, en date du 21 janvier 2009, a été un acte par lequel le Saint-Père allait avec bienveillance au-devant des demandes répétées de la part du Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X.

Sa Sainteté a voulu enlever un empêchement qui compromettait l'ouverture d'une porte pour le dialogue. Il s'attend maintenant à ce qu'une disponibilité semblable soit exprimée par les quatre évêques dans une adhésion totale à la doctrine et à la discipline de l'Eglise.

 

La très grave peine de l'excommunication latae sententiae, qu'avaient encourue ces évêques le 30 juin 1988, et qui a été déclarée ensuite formellement le 1er juillet de la même année, était une conséquence de leur ordination illégitime par Mgr Marcel Lefebvre.

 

La levée de l'excommunication a libéré les quatre évêques d'une peine canonique gravissime, mais elle n'a pas changé la situation juridique de la Fraternité Saint-Pie X, qui, au moment présent, ne jouit d'aucune reconnaissance canonique dans l'Eglise catholique. Les quatre évêques, bien que libérés de l'excommunication, n'ont pas de fonction canonique dans l'Eglise et n'exercent pas de ministère licite en son sein.

 

2. Tradition, doctrine et Concile Vatican II

Pour une reconnaissance future de la Fraternité Saint-Pie X, la pleine reconnaissance du Concile Vatican II et du magistère des papes Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II et de Benoît XVI lui-même, est une condition indispensable.

Comme il a déjà été affirmé dans le décret du 21 janvier 2009, le Saint-Siège ne manquera pas, selon les modes qui seront jugés opportuns, d'approfondir avec les intéressés les questions encore ouvertes, de façon à pouvoir arriver à une solution entière et satisfaisante des problèmes qui ont été à l'origine de cette fracture douloureuse.

 

3. Déclarations sur la Shoah

 

Les positions de Mgr Williamson sur la Shoah sont absolument inacceptables et elles sont fermement refusées par le Saint-Père, comme il l'a lui même remarqué le 28 janvier lorsque, se référant à ce génocide barbare, il a répété sa pleine et indiscutable solidarité avec nos frères destinataires de la Première Alliance, et qu'il a affirmé que la mémoire de ce terrible génocide doit conduire « l'humanité à réfléchir sur l'imprévisible puissance du mal lorsqu'il conquiert le cœur de l'homme », ajoutant que la Shoah reste « pour tous un avertissement contre l'oubli, contre la négation, ou contre le réductionnisme, parce que la violence perpétrée contre un seul être humain est une violence contre tous ».

Pour être admis à des fonctions épiscopales dans l'Eglise, Mgr Williamson devra aussi prendre ses distances de façon absolument sans équivoque et publiquement par rapport à ses positions sur la Shoah, qui n'étaient pas connues du Saint-Père au moment de la levée de l'excommunication.

 

Le Saint-Père demande à tous les fidèles de l'accompagner dans la prière afin que le Seigneur éclaire le chemin de l'Eglise. Que grandisse l'engagement des pasteurs et de tous les fidèles pour soutenir la mission délicate et lourde du Successeur de l'apôtre Pierre en tant que « gardien de l'unité » de l'Eglise.

Du Vatican le 4 février 2009