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 Un regard sur l’actualité politique et religieuse

 Au 9 décembre 2005

 

N°69

Par Monsieur l’abbé Paul Aulagnier

 
 
 
Le « compendium »

Jugement de Jean Madiran.

 

 

 

Jean Madiran vient de publier, aux Editions « Consep », (5 rue Maréchal Joffre 78000 Versailles), un nouveau livre sur l’histoire du catéchisme.  C’est, du reste, le tire du livre. « Histoire du Catéchisme ». Il en précise les dates : 1955-2005. 

 

Ce livre est à lire.

 

En 158 pages, il nous fait revivre un drame, le drame d’une ou plusieurs générations d’enfants qui n’auront pas reçu, dans le temps de leur catéchisme,  les connaissances nécessaires au salut.

 

En effet, le catéchisme que l’épiscopat français va imposer, en 1967,  à l’exclusion de tout autre catéchisme, « le Fond obligatoire à l’usage des auteurs d’adaptation. Catéchisme français de cours moyen » - d’où sortiront « Pierres Vivantes » et divers « Parcours », ne contient pas l’exposé systématique des quatre points principaux de la doctrine catholique : à savoir : le Symbole des Apôtres, les Sacrements, le Décalogue et l’Oraison dominicale.

 

Jean Madiran qui a suivi ce grave problème mieux que quiconque, dans  la revue Itinéraires et qui, dans ce qu’il appelle la « vacatio catechismi »,  le désert catéchétique, a eu la force de publier en français le « catéchisme du Concile de Trente », puis le « catéchisme de Saint Pie X » pour les enfants, nous rappelle dans ce livre, entre autres choses,  le grave conflit qui opposa l’épiscopat français, et plus particulièrement les  cardinaux  Vilnet et  Decourtray,  au cardinal Ratzinger. Ce sont des pages très émouvantes à lire. Les pages 55 à 116.

 

Ce qui m’intéresse aujourd’hui à relever, c’est son jugement sur le « Compendium » ou « Abrégé » du catéchisme de l’Eglise catholique que  Benoît XVI vient de publier. Vous trouvez ce jugement dans le  chapitre que notre auteur intitule « le lent retour au réel », à la page 117

 

Voici ce jugement.

 

« Benoît XVI a donc promulgué le Compendium par une lettre apostolique en forme de motu proprio, le 25 juin 2005. Il y annonce que ce Compendium « a été soumis au jugement de tous les cardinaux et des présidents des conférences épiscopales qui, à une très large majorité, l’ont accueilli et jugé favorablement. Ce même 28 juin, dans son discours lors de la présentation publique de l’édition italienne, Benoît XVI explique que la préparation du Compendium, ce fut « deux années de travail intense et utile, qui a vu l’implication de tous les cardinaux et des présidents des conférences épiscopales », et concernant ceux-ci, il ajoute cette précision : « Interrogés sur un (sic) des derniers projets du Compendium, ils ont exprimé, à une très large majorité, un avis très positif. ». L’introduction elle-même du Compendium revient sur ce point, en des termes voisins et encore plus précis : « Après deux années de travail fut préparé un projet de compendium qui fut envoyé pour consultation aux cardinaux et aux présidents des conférences épiscopales. Dans son ensemble, le projet a obtenu un avis positif de la part de la majorité absolue de ceux qui ont répondu. La commission (la commission présidée par le cardinal Ratzinger, instituée par la lettre de mission de Jean-Paul II) a donc procédé à la révision dudit projet et, compte tenu des propositions d’amélioration qui étaient parvenues, a préparé le texte définitif du document. »

 

« Accueilli », « jugé favorablement », « implication », « avis très positif », « propositions d’amélioration », ces diverses expressions voisines ont en commun d’éviter tout ce qui pourrait donner à penser que le Compendium aurait été, sous quelque forme que ce soit, soumis à une approbation préalable des cardinaux et présidents des conférences épiscopales.

Et semblablement, dans la lettre de mission de Jean-Paul II, le terme d’approbation n’était employé que d’une manière qui la réservait implicitement au Souverain Pontife : « Avant d’être approuvé, l’Abrégé sera soumis à l’analyse de tous les cardinaux et présidents des conférences épiscopales ».

 

Deux « méthodes »

 

En décrivant les quatre parties de la structure traditionnelle du catéchisme catholique, l’introduction du compendium restaure jusque dans le vocabulaire le concept de loi (lex). La Loi est énoncée comme une réalité objective :

« Comme le Catéchisme, le Compendium est organisé en quatre parties, qui correspondent aux lois fondamentales de la vie dans le Christ.

« La première partie, intitulée « La profession de la foi », contient une synthèse opportune de la lex credendi, c’est-à-dire de la foi professée par l’Eglise catholique, synthèse tirée du Symbole apostolique développé dans le Nicée-Constantinople, dont la proclamation constante au cours des assemblées chrétiennes maintient vivante la mémoire des principales vérités de foi.

« La deuxième partie, intitulée « La célébration du mystère chrétien », présente les éléments essentiels de la lex celebrandi. L’annonce de l’Evangile trouve en effet sa réponse positive dans la vie sacramentelle (…)

« La troisième partie, intitulée « La vie dans le Christ », rappelle la lex vivendi (…). »

(Mais ce texte d’introduction évite de nommer le Décalogue et de parler de « commandements ».)

« La quatrième partie, intitulée « la prière chrétienne », offre une synthèse de la lex orandi  c’est-à-dire de la vie de la prière (…) dont une  des expressions privilégiées est le Notre Père, prière qui nous est enseignée par Jésus lui-même. »

 

Le « prologue » du CEC (Catéchisme de l’Eglise Catholique) était plus catégorique et plus net sur les quatre parties :

« Le plan de ce Catéchisme s’inspire de la grande  tradition des catéchismes qui articulent la catéchèse autour de quatre « piliers » : la profession de la foi baptismale (le Symbole) ; les sacrements de la foi ; la vie de la foi (les Commandements), la prière du croyant (le Notre Père)

Le CEC comme le Compendium laissent toutefois l’impression que deux « méthodes » ( ?) concurrentes, que deux tendances intellectuelles s’y trouvent conjuguées.

 

D’une part l’influence traditionnelle, quand elle arrive à être dominatrice, ce qui n’est pas sans efforts : la grande tradition millénaire des catéchismes catholiques, codifiée de manière exemplaire dans le catéchisme romain de 1566, et pour les enfants dans les catéchismes de saint Pie X ; en parenté profonde avec la théologie thomiste.

 

D’autre part une autre tendance, beaucoup plus bavarde et sentimentale, obsédée de modernité lyrique et ostensible plutôt que de tradition, qui se croit plus vivante et plus accessible aux profanes en ayant l’air d’ignorer les dogmes ou de les écarter de la conversation. Elle apporte, avec ses considérations superflues ou aventurées, un encombrement qui fait brouillard. Sans doute a-t-il fallu lui concéder de ne pas l’exclure tout à fait. Elle s’apparente à une pastorale qui pousse aussi loin que possible, voire au-delà, l’utilisation du vocabulaire des idéologies étrangères au christianisme.

 

-Exemple ?

-Les « droits de l’homme ».

 

Les droits de l’homme

 

 Les droits de l’homme tels qu’on les parle couramment constituent le principe moral le plus souvent, le plus impérieusement, le plus religieusement invoqué dans les grandes démocraties occidentales : plus gravement encore que le  « principe de laïcité » ou le « pacte républicain » qui demeurent plutôt des exceptions françaises.

 

L’Eglise de son côté avait toujours condamné et combattu les « droits de l’homme » depuis leur déclaration française de 1789. Leur formulation universelle de 1948 avait fait l’objet d’une réprobation silencieuse de Pie XII, manifestée par l’Osservatore romano sur le thème : « Ce n’est plus Dieu (…) Ce sont les hommes eux-mêmes qui s’investissent de prérogatives dont ils pourront aussi arbitrairement se dépouiller. » Mais les puissants de ce monde ne l’entendaient pas ainsi. La pression sur l’Eglise se fit intense. Le pape Jean XXIII (1958-1963) se rallia aux droits de l’homme et à leur « Déclaration universelle » par son encyclique Pacem in terris (1963) qui manifestait au passage une réticence énigmatique : « Certains points de cette Déclaration (de 1948) ont soulevé des objections et fait l’objet de réserves justifiées. » Mais il ne disait pas lesquelles.

 

Notre clergé et sa hiérarchie se mirent alors à parler élogieusement des « droits de l’homme » avec autant d’assurance que si l’Eglise l’avait toujours fait.

Bien sûr, comme Jean XXIII, ils en parlaient en s’efforçant de donner implicitement un contenu chrétien à cette expression. Très rarement, comme Jean-Paul II dès 1980, ils exprimaient une contestation radicale :

 

« Les droits de l’homme n’ont de vigueur, en vérité, que là où sont respectées les droits imprescriptibles de Dieu, et l’engagement à l’égard des premiers est illusoire, inefficace et peu durable s’ils se réalisent en marge ou au mépris des seconds. ».

 

Parler des droits de l’homme sans parler de Dieu était en somme une tentative catholique d’OPA sémantique sur le vocabulaire de la modernité. Elle ne pouvait réussir, parce que les droits de l’homme ont de légitimes propriétaires, ceux qui en ont été historiquement les inventeurs, et leurs héritiers qui peuvent efficacement en fixer la liste et en définir le contenu. Ils en interprètent à leur guise les exigences d’égalité, de non-discrimination, ils y ont fait inscrire le droit à l’avortement, le droit à l’euthanasie, le droit au mariage homo, le droit à l’ordination sacerdotales et épiscopales des femmes, le droit à définir le vrai et le bien d’après les majorités démocratiques, etc. Se déclarer partisan ou défenseur des droits de l’homme, c’est donner à croire que l’on est partisan de ces droits-là. Une équivoque aussi désastreuse ne pouvait durer indéfiniment sans devenir suspecte de supercherie.

 

C’est pourquoi il devient de plus en plus difficile d’invoquer les « droits de l’homme » et c’est pourquoi on a commencé à ne plus le faire. Le CEC ne les nomme plus que dans les quelques citations d’où il n’a  pas pu les enlever. Mais il évite de les mentionner lui-même. A leur place il parle des « droits fondamentaux de la personne humaine », ce n’est peut-être pas une formule impeccable, mais employer d’autres mots que ceux qui ont été inventés par les athées et les marxistes, plutôt que de feindre de parler comme eux, est peut-être pour sortir de cette impasse un premier pas important : celui parfois qui coûte le plus. Le catéchisme catholique parle des « droits fondamentaux de la personne humaine » et, à la différence de beaucoup d’autres documents officiels, il ne contient plus aucun e référence à « la déclaration des droits de l’homme » de 1789 ni à celle de 1948.

 

Le catéchisme abrégé

 

La traduction française du Compendium a donc paru le 1 septembre 2005, sous le titre Catéchisme de l’Eglise catholique et le sous-titre : Abrégé. Cette traduction est augmentée d’une « Préface » du cardinal Jean Honoré, archevêque émérite de Tours, qui dit clairement quelque chose d’essentiel :

« On ne saurait le confondre avec un  pur et simple manuel réservé aux enfants. Il est un  instrument de référence pour la catéchèse, ce qui est tout autre chose. »

 

Tout autre chose est une appréciation que l’on peut trouver un  peu trop radical. Elle a pourtant le mérite d’attirer l’attention sur la nette différence existant entre « le catéchisme » et « la catéchèse ». Ce n’est pas la simple distinction entre le genre (la catéchèse) et l’une des ses espèces (le catéchisme). Peu à peu au cours de cette histoire d’un demi siècle (1955-2005) le terme de catéchèse est devenu le nom distinctif d’une réalité qui en France se veut « tout autre chose » que le catéchisme traditionnel. Selon cette nouvelle signification de la terminologie, on peut dire qu’en 2005 l’abrégé du catéchisme est un  mélange de « catéchisme » et de catéchèse » : fort heureusement c’est le catéchisme qui domine dans ce qui concerne la foi et les mœurs, tandis que la catéchèse s’exprime en considérations circonstancielles, le plus souvent surérogatoires.

 

La peine de mort

 

Par exemple la peine de mort, que la plupart des grandes démocraties occidentales ont abolie, ou se mettent en voie d’abolir : le progressisme politico-religieux s’y attache avec passion. Le jour même de la parution du texte français, le journal La Croix du 1er septembre 2005 sautait sur cette question comme si elle était prioritaire ( c’était en tout cas la seule que d’emblée

elle traitait en détail) pour indiquer que l’Abrégé  était opposé à la peine de mort davantage que le CEC, puisqu’il y ajoutait la sentence nouvelle : « Les cas d’absolue nécessité de la peine de mort sont désormais très rares, sinon même pratiquement inexistants. »

 

Il est parfaitement normal que le catéchisme indique qu’on ne doit pas abuser de la peine de mort. Mais ni la foi ni la morale n’exigent qu’elle soit abolie (ou pratiquement abolie). D’ailleurs l’ajout supposé ne le prétend pas. Il n’est qu’une appréciation conjoncturelle : « désormais » les cas où la peine de mort est légitime sont « pratiquement inexistants ».

 

Qu’ils le soient « désormais » signifie qu’ils ne l’étaient pas auparavant et que dans un  mois, dans un  an ou dans un siècle ils pourraient bien ne l’être plus. Que ce soit la citation d’un membre de phrase d’une encyclique pontificale ne suffit pas à établir qu’il s’agissait là d’une vérité obligatoire ou d’une interdiction à obligatoirement respecter. Il n’est pas inconvenant de suggérer que des considérations aussi peu assurées et aussi  dépendantes des circonstances pourraient très bien être évitées dans un  catéchisme.

 

Les dogmes catholiques.

 

En revanche les principales approximations, équivoques, erreurs doctrinales que la plus grande partie de notre clergé et de sa hiérarchie ont commises depuis trente ou quarante ans et n’ont pas voulu rétracter, se trouvent explicitement ou implicitement  déblayées par le Catéchisme de l’Eglise catholique (abrégé)

 

Par exemple la résurrection de Notre Seigneur qui « transcende et dépasse l’histoire, comme mystère de la foi », n’en est pas moins « un événement historique que l’on peut constater et qui est attesté par des signes et des témoignages » (Question 128)

 

De la transsubstantiation, le terme et le concept sont clairement maintenus (question 283)

 

Les termes de « messe » et « sainte messe » ne sont plus systématiquement évités (questions 275 et 432). On ne dit plus qu’ « à la messe, il s’agit simplement de faire mémoire de l’unique sacrifice déjà accompli ». On dit au contraire (question 280) : « L’eucharistie est mémorial en ce sens qu’elle rend présent et actualise le sacrifice que le Christ a offert à son Père, une fois pour toutes, sur la croix(…)le sacrifice de la Croix et le sacrifice de l’eucharistie sont un unique sacrifice. Seule la manière de l’offrir diffère. Le sacrifice est sanglant sur la Croix, non sanglant dans l’eucharistie. ».

 

Le Fils « consubstantiel » au Père du Credo de Nicée-Constantinople (Filium… consubstantilem Patri) est rétabli, à la question 88, par une citation inattendue mais intentionnelle du Concile de Chalcédoine de 451. L’erreur de traduction qui dit le Fils simplement « de même nature que le Père » a cependant été maintenue page 45, de même que les traductions vicieuses du Pater n’ont pas été rectifiées aux pages 224-228. De telles rectifications auraient sans doute été réputées par l’épiscopat français, encore en 2005, comme des « retours en arrière » et des signes coupables d’ « opposition au concile ».

 

L’affirmation « Jésus vrai Dieu et vrai homme » n’est plus proscrite ni oubliée (question 87,88,89)

 

Contrairement à ceux qui, pour faire Marie une « mère de famille nombreuse », énonçaient sournoisement que « l’affirmation de l’existence de frères et de sœurs de Jésus questionnera la compréhension de l’énoncé dogmatique de la virginité perpétuelle de Marie », la question 99 du catéchisme abrégé déclare avec saint Augustin (et toute la tradition) « Marie toujours vierge », et précise : « Quand les évangiles parlent de frères et de sœurs de Jésus, il s’agit de parents proches de Jésus, selon une expression utilisées dans la Sainte Ecriture. »

 

On ne cherche plus à nous faire croire que la loi naturelles serait la « conscience collective de l’humanité ». On la réaffirme au contraire comme « l’œuvre de la Sagesse divine » et comme « universelle et immuable » (questions 415 et 416).

 

La mission du Pape, évêque de Rome, comporte «  par institution divine, un pouvoir plénier, suprême, immédiat et universel » (question 182).

Le collège des évêques a aussi ce pouvoir, mais seulement « en communion avec le Pape et jamais sans lui » (question 183). Ce n’est point le Pape qui aurait obligation d’être en communion avec les évêques et de n’agir jamais sans eux, comme le  voudrait une mentalité dite « pastorale », en réalité viscéralement anti-dogmatique et anti-romaine.

 

Ainsi sur la foi et les mœurs, l’abrégé du catéchisme ne craint pas d’asséner des dogmes prémâchés », comme dit méchamment, en France, le clan dominant du progressisme politico-religieux. » (pp 136-152)