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Un regard sur le monde

politique et religieux

 

au 13 février  2009

 

N° 203

 

Par Monsieur l’abbé Paul Aulagnier

 

 

La levée de l’excommunication des évêques de la FSSPX.

Jugement.

 

La levée de l’excommunication des évêques de la FSSPX étant aujourd’hui réalisée, il est facile, il est vrai, de dire que cette levée de l’excommunication était largement prévisible. Elle ne pouvait pas ne pas avoir lieu. Le moment de cette lévée  restait la seule incertitude.

 

Elle était  nécessaire pour le bien de l’Eglise. Elle était nécessaire d’abord pour le bien de la FSSPX, qui ne peut pas, sans danger,  rester repliée sur elle-même, comme un mouvement autocéphale, autonome, séparée indéfiniment de la structure visible de l’Eglise. Mais aussi pour l’Eglise elle-même. Se priver de l’apostolat de quelques 500 prêtres, et autant de frères et religieuses, en une période de si grande pénurie sacerdotale et religieuse ne serait pas raisonnable.

 

Elle était aussi inéluctable.

L’élection de Benoît XVI la rendait en effet chaque jour de plus en plus probable, prévisible.

 

Il le laissait clairement entendre dans sa lettre aux Evêques de l’Eglise catholique qui accompagnait le Motu Proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007. Il écrivait :

 

« J’en arrive ainsi à la raison positive qui est le motif qui me fait actualiser par ce Motu Proprio celui de 1988. Il s’agit de parvenir à une réconciliation interne au sein de l’Eglise. En regardant le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l’impression qu’aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l’Eglise n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité ; on a l’impression que les omissions dans l’Eglise ont eu leur part de culpabilité dans le fait que ces divisions aient réussi à se consolider.

 

Ce regard vers le passé nous impose aujourd’hui une obligation : faire tous les efforts afin que tous ceux qui désirent réellement l’unité aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la retrouver à nouveau.

 

Il me vient à l’esprit une phrase de la seconde épître aux Corinthiens, où Saint Paul écrit: « Nous vous avons parlé en toute liberté, Corinthiens; notre cœur s'est grand ouvert. Vous n'êtes pas à l'étroit chez nous; c'est dans vos cœurs que vous êtes à l'étroit. Payez-nous donc de retour ; … ouvrez tout grand votre cœur, vous aussi ! » (2Co 6,11-13). Paul le dit évidemment dans un autre contexte, mais son invitation peut et doit aussi nous toucher, précisément sur ce thème. Ouvrons généreusement notre cœur et laissons entrer tout ce à quoi la foi elle-même fait place ».

 

On ne peut être plus clair. Benoît XVI veut travailler à l’unité dans le sein de l’Eglise. Il veut tout faire pour que cette unité se réalise. Il prendra tous les moyens surtout ceux qui touchent la foi et qui expriment la tradition et sa richesse. Rien ne doit être négligé « afin que tous ceux qui désirent réellement l’unité aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la retrouver à nouveau ». La messe traditionnelle a-t-elle été la raison d’un grave conflit, il faut arrêter ce conflit d’autant que la messe tridentine, latine, grégorienne est une richesse  de l’Eglise !

Pour la réalisation de cette unité, qui lui tient à cœur, il demande la collaboration de tous les évêques. Il est même particulièrement « pugnace » dans cette demande.  Il cite saint Paul. Que les évêques s’ouvrent enfin aux richesse de la tradition liturgique : « Il est bon, leur dit-il,  pour nous tous, de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Eglise, et de leur donner leur juste place ». Il compte sur eux.

 

Benoît XVI veut cette unité. Elle suppose la levée de l’excommunication des quatre évêques de la FSSPX. Il le fera. Il la fait.

 

Il le confessait de nouveau dans son discours aux évêques de France réunis à Lourdes en septembre dernier. C’est dire combien l’idée lui tient à cœur ! « Nul n'est de trop dans l'Église », disait-il. Cette phrase fut remarquée de tous.

Elle fut prononcée dans le cadre du culte liturgique qu’il veut restaurer, c’est la raison de son Motu Proprio. Il disait aux évêques : « Le culte liturgique est l'expression suprême de la vie sacerdotale et épiscopale, comme aussi de l'enseignement catéchétique. Votre charge de sanctification du peuple des fidèles, chers Frères, est indispensable à la croissance de l'Église. J'ai été amené à préciser, dans le Motu proprio Summorum Pontificum, les conditions d'exercice de cette charge, en ce qui concerne la possibilité d'utiliser aussi bien le missel du bienheureux Jean XXIII (1962) que celui du Pape Paul VI (1970). Des fruits de ces nouvelles dispositions ont déjà vu le jour, et j'espère que l'indispensable pacification des esprits est, grâce à Dieu, en train de se faire. Je mesure les difficultés qui sont les vôtres, mais je ne doute pas que vous puissiez parvenir, en temps raisonnable, à des solutions satisfaisantes pour tous, afin que la tunique sans couture du Christ ne se déchire pas davantage. Nul n'est de trop dans l'Église. Chacun, sans exception, doit pouvoir s'y sentir chez lui, et jamais rejeté. Dieu qui aime tous les hommes et ne veut en perdre aucun nous confie cette mission de Pasteurs, en faisant de nous les Bergers de ses brebis. Nous ne pouvons que Lui rendre grâce de l'honneur et de la confiance qu'Il nous fait. Efforçons-nous donc toujours d'être des serviteurs de l'unité !

 

La aussi, le pape Benoît XVI ne pouvait s’exprimer plus clairement: « Nul n'est de trop dans l'Église Chacun, sans exception, doit pouvoir s'y sentir chez lui, et jamais rejeté.». « Efforçons-nous donc toujours d'être des serviteurs de l'unité ! »

 

Ne pensez-vous pas que de telles phrases répétées étaient le signe évident que Benoît XVI voulait procéder aussi vite que possible à la levée des excommunications. Ce serait son œuvre. Elle était nécessaire mais aussi inéluctable

 

Mais au-delà de cette intention personnelle, nettement affirmée, qu’il veut  faire partager au corps épiscopal, on peut dire aussi que tout un ensemble de faits préparait cette levée d’excommunication des évêques de la FSSPX, comme tout un ensemble de faits préparent favorablement les conversations doctrinales de demain entre Rome et Ecône.

 

Ce sera les deux idées que je développerais dans cet exposé.

 

A-     Les faits antérieurs qui ont préparé cette levée d’excommunication.

 

On sait que cette levée d’excommunication était demandée instamment par la FSSPX, depuis le 13 janvier 2001. C’est le père Rifan, aujourd’hui deuxième évêque de l’Administration Apostolique saint Jean Marie, à Campos, au Brésil, qui la suggéra lors de cette réunion au sommet qui s’est tenue, à cette date,  à la Maison Générale, à Menzinguen. Il fit remarquer et en donna la preuve que  le 7 décembre 1965, par le bref Ambulate in dilectione, Paul VI voulut « effacer du souvenir de l’Eglise la sentence d’excommunication »  portée en 1054 contre le patriarche de Constantinople. Il espérait que cette décision favoriserait le rétablissement de « la parfaite unité » entre catholiques et orthodoxes et permettrait de « supprimer les obstacles et les entraves ». Pourquoi ce qui fut fait pour les orthodoxes ne pourrait-il pas l’être pour les « traditionalistes ». Cette mesure fut acceptée et proposée à Rome de même qu’il était demandé à  Rome la reconnaissance du droit pour tout prêtre de célébrer la messe « de toujours » sur les autels de l’Eglise romaine.

 

On sait également que cette levée d’excommunication ne fit aucun problème pour  les pères de Campos, nos amis. Dès lors que Mgr Rangel, évêque consacré sans mandat pontifical par Mgr Tissier de Mallerais, au Brésil, était prêt à faire « amande honorable », Rome était prête à lever, sans  difficulté,  l’excommunication qui le frappait.

 

« Amande honorable » ! Mais ce que Rome demandait à Mgr Rangel, à cette époque, était facile à accepter, et de toute façon, c’était sans commune mesure avec les exigences imposées à Mgr Lefebvre, vingt ans plus tôt….Les choses évoluaient…

 

Il suffisait que Mgr Rangel et les pères de Campos reconnaissent « le Primat » du Souverain Pontife, «  son gouvernement sur l'Eglise universelle, ses pasteurs et ses fidèles », en déclarant aussi « ne vouloir pour rien au monde être séparée de Pierre sur qui Jésus Christ a fondé son Eglise » pour que le Pape, c’était à l’époque Jean-Paul II,  lève l’excommunication et les peines canoniques de tout ce petit monde.

 

C’était clairement dit dans la Lettre du Souverain Pontife  datée du 25 décembre 2001.

 

Jean- Paul II s’adresse aux  « Au vénérable frère Licinio Rangel et aux Chers Fils de l'Union Saint Jean Marie Vianney  de Campos au Brésil 

 

Il leur dit :.

 

« L'unité de l'Eglise est un don que nous offre le Seigneur, Pasteur et Tête du Corps mystique, et qui demande en même temps une réponse empressée de la part de chacun de ses membres qui ont reçu cette garde pressante du Sauveur: « Afin que tous soit un, de même que Vous, Père, vous l'êtes en moi et moi en vous, afin qu'eux-mêmes aussi soient un en vous: afin que le monde croie que Vous m'avez envoyé ». (Jn. 17,21) »

 

Il reconnaissait que dans leur lettre du 15 août 2001, les pères non seulement avaient  renouvelé leur profession de foi en signifiant, je cite,  leur «  pleine communion avec la Chaire de Pierre, en reconnaissant son Primat et son gouvernement sur l'Eglise universelle, ses pasteurs et ses fidèles », en déclarant aussi « ne vouloir pour rien au monde être séparée de Pierre sur qui Jésus Christ a fondé son Eglise ».

 

En conséquence de quoi, le Pape  reconnaissait leur entière communion avec l’Eglise catholique 

 

« Après avoir considéré toutes ces choses et ayant devant les yeux la gloire de Dieu, le bien de la Sainte Eglise, ainsi que cette loi suprême qu'est le salut des âmes (cf. can. 1752 CIC), et étant d'accord sincèrement avec votre requête de pouvoir être admis à l'entière communion avec l'Eglise catholique, nous reconnaissons que vous lui appartenez canoniquement ».

 

Et fort de cette reconnaissance, le pape levait toutes les censures et peines, non seulement de Mgr Rangel, mais de tous les membres de l’Union Saint Jean Marie Vianney :  

 

« C'est assurément avec une très grande joie, pour que pleine communion soit rendue certaine, que nous déclarons la levée de la censure dont il est traité au can 1382 CIC, à votre égard, Vénérable Frère, en même temps que la levée de toutes les censures et le pardon de toutes les irrégularités dans lesquelles sont tombés les autres membres de cette Union ».

 

Fait au Vatican, le 25 décembre, en la solennité de la Nativité du Seigneur,  en l'an 2001, le vingt-quatrième de notre pontificat.

Jean-Paul II

 

Avouez que les conditions exigées pour la réintégration canonique dans l’Eglise de nos amis n’étaient  pas draconiennes. Il ne leur était  plus demandé la reconnaissance pleine et entière du Concile Vatican II. Il ne leur était  plus demandé la reconnaissance de l’orthodoxie de la Nouvelle Messe…Toutes choses qui étaient encore imposées à Mgr Lefebvre jusqu’à la fin de sa vie, au moins jusqu’à la signature du Protocole du 5 juin 1988…Souvenez-vous de la lettre que Mgr Benelli écrivait à Mgr Lefebvre le 21 avril 1976 : « Vous écrivez au Saint Père pour lui dire votre acceptation du Concile Vatican II et de tous ces documents, affirmer votre plein attachement à la personne de Sa sainteté Paul VI et à la totalité de son enseignement, en vous engageant, comme preuve concrète de votre soumission au successeur de Pierre, à adopter et à faire adopter dans les maisons qui dépendent de vous, le missel qu’Il a lui-même promulgué en vertu de sa suprême autorité apostolique ». On peut mesurer les différences.

 

Or les conditions imposées par Rome à Mgr Rangel, sont celles là mêmes  que Rome demanda et proposa à Mgr Fellay.

 

C’est clairement reconnu dans  la lettre de Mgr Fellay au Cardinal Castrillon Hoyos citée dans le Décret du 21 janvier 2008 du Cardinal Re. Le cardinal Re le cite : « 

 

Décret de la Congrégation pour les Évêques

 

Prot. N. 126/2009

 

« Par la lettre du 15 décembre 2008 adressée à Son Éminence, le Cardinal Dario Castrillón Hoyos, Président de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, Mgr Bernard Fellay, en son nom ainsi qu’au nom des trois autres Évêques consacrés le 30 juin 1988, sollicitait de nouveau la levée de l’excommunication latae sententiae formellement déclarée par Décret du Préfet de cette même Congrégation pour les Évêques en date du 1er juillet 1988. Dans la lettre ci mentionnée, Mgr Fellay affirme, entre autre : « Nous sommes aussi toujours bien ancrés dans la volonté de rester catholiques et de mettre toutes nos forces au service de l’Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est l’Eglise catholique romaine. Nous acceptons son enseignement filialement. Nous croyons fermement à la Primauté de Pierre et à ses prérogatives et c’est pourquoi la situation actuelle nous fait d’autant plus souffrir ».

 

Les expressions utilisées par Mgr Rangel et celles utilisées par Mgr Fellay sont absolument identiques. A croire qu’elles ont la même source…

 

Nous prenons actes que c’est le 15 décembre 2008 que Mgr Fellay a enfin accepté les conditions que Rome lui proposait le 4 juin 2008 et qu’il refusait au début ne voulant voir dans ce texte qu’un « ultimatum » inacceptable.  

 

Il vous souvient, en effet,  que le 4 juin 2008 réunis à Rome, avec ses collaborateurs, le Cardinal Castrillon Hoyos proposa à Mgr Fellay, assisté de son deuxième conseillé, un protocole en cinq points.

 

J’en parle dans la Post face de mon livre.

 

 

Là, le cardinal Castrillon Hoyos posait à la FSSPX cinq conditions pour régler le problème de la levée des « excommunications » et « procéder à la reconnaissance de la pleine communion » de la FSSPX avec Rome

 

Ces conditions furent connues assez rapidement par les indiscrétions de la presse.  Elles  étaient simples : un préalable en cinq points.

 

En voici le texte complet. Il fut écrit  en français, d’où, peut-être, la maladresse des expressions et le français très incertain :

 

« Conditions qui résultent de l’entretien du 4 juin 2008 entre le cardinal Dario Castrillon Hoyos et l’Evêque Bernard Fellay

 

1-     L’engagement d’une réponse proportionnée à la générosité du Pape.

2-     L’engagement d’éviter toute intervention publique qui ne respecte pas la personne du Saint-Père et qui serait négative pour la charité ecclésiale.

3-     L’engagement d’éviter la prétention d’un magistère supérieur au Saint-Père et ne pas proposer la Fraternité en contraposition à l’Eglise.

4-     L’engagement à démontrer d’agir honnêtement en toute charité ecclésiale et  dans le respect de l’autorité du Vicaire du Christ.

5-     L’engagement de  respecter la date – fixé à la fin du mois de juin – pour répondre positivement. Cela sera une condition requise et nécessaire comme préparation immédiate à l’adhésion pour accomplir la pleine communion. »

 

A la lecture de ce texte, nous étions dans la joie. Les choses ne pouvaient pas ne pas « s’arranger ».

Avec ce nouveau texte du 4 juin 2008, nous étions loin des obligations qui furent toujours imposées à Mgr Lefebvre, même encore en 1988. Il fallait qu’il reconnaisse ses erreurs…

 

Aujourd’hui, rien de tout cela, rien  n’était demandé, mais seulement le respect de la fonction du Vicaire du Christ sur l’Eglise et sa Primauté dans le gouvernement de  l’Eglise

 

Qui ne pourrait accepter ces conditions ?

 

Mgr Lefebvre, en fondant la FSSPX, n’a jamais voulu créer « un magistère supérieur au Saint-Père », ni « proposer la Fraternité en contraposition à l’Eglise », c’est-à-dire opposer Eglise contre Eglise. Ces expressions l’auraient horrifié. Il voulait garder la Tradition. Il voulait garder la messe tridentine. Il se voyait dans l’impossibilité de former au sacerdoce des jeunes avec la « Nouvelle Messe ». Il l’a dit. C’est pourquoi il voulut toujours garder dans ses séminaires la messe ancienne et demanda iterum et iterum à l’autorité ecclésiale, de lui « laisser faire l’expérience de la Tradition ».

 

Il ne s’en prenait jamais directement à la personne du Souverain Pontife qu’il citait avec respect. Il formait les séminaristes dans l’amour de Rome. Le texte, peut-être le plus dur qu’il écrivit dans cette crise de l’Eglise, sa fameuse déclaration du 21 novembre 1974, respecte ce principe. En voulant garder la Tradition dans tous les domaines, tant liturgiques que doctrinaux, et en en prenant les moyens, en fondant ses séminaires, il ne se dressait pas contre l’autorité ecclésiastique. Au contraire il était persuadé d’en être le meilleur défenseur. Il l’écrivait lui-même :

« C'est pourquoi sans aucune rébellion, aucune amertume, aucun ressentiment nous poursuivons notre oeuvre de formation sacerdotale sous l'étoile du magistère de toujours, persuadés que nous ne pouvons rendre un service plus grand à la Sainte Église Catholique, au Souverain Pontife et aux générations futures ».

L’amour de Rome fut la règle d’or de toute sa vie épiscopale ! Il appliqua, cependant ce principe sans faiblesse ! C’est ce qu’on lui reprochera…peut-être.

On pouvait donc s’attendre à ce que ses « disciples » accueillent avec sympathie ces cinq points et qu’une réponse positive soit donnée dans les délais légitimement demandés…- le « problème » dure depuis si longtemps !- pour la fin du mois de juin.

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On pouvait remarquer, de plus,  qu’il n’était fait aucune allusion ni au Concile Vatican II ni à la réforme de la liturgie issue du Concile Vatican II. On ne demandait donc pas à la FSSPX d’adhérer explicitement aux enseignements de Vatican II ni de  reconnaître l’orthodoxie du nouvel Ordo Missæ. Rien de surprenant, du reste, pour ceux qui suivent les affaires de près. Pour les pères de Campos au  Brésil, de la même manière, en 2001,  il ne fut rien demandé, non plus, ni sur le Concile ni sur  la Nouvelle Messe, sinon la reconnaissance de sa validité. Ce qui fut toujours accepté par tous. Par contre, il leur fut donné et le droit exclusif de la messe tridentine librement exercé dans une  Administration Apostolique avec un évêque à sa tête ayant pleine juridiction sur ses fidèles, une juridiction propre et personnelle, cumulative.  Là, en cette structure,  ils pouvaient vivre, en toute « autonomie » hiérarchique, la Tradition,  en toute son ampleur et rayonner sur le terrain selon le zèle de leur piété et de leur savoir faire. Je crois que le « combat » se gagne sur le terrain et nullement au milieu des « palabres ».  

 

Oui ! Qui ne serait d’accord avec ces points de théologie demandés par Rome le 4 juin 2008? Qui ne signerait un tel texte ? Mgr Lefebvre n’a pas voulu créer ni  jamais édifié son œuvre et ses séminaires, en « contaposition de l’Eglise ». Il la voulait dans l’Eglise, au service de l’Eglise, animée de la plus fidèle théologie catholique. Et si par aventure, des dissonances d’avec la doctrine catholique  se manifestaient dans l’enseignement du pape et des dicastères romains, il faisait « la sourde oreille » et attendait des jours meilleurs. Il le dit expressément, encore dans sa déclaration du 21 novembre 1974 :

 

« Aucune autorité, même la plus élevée dans la hiérarchie, ne peut nous contraindre à abandonner ou à diminuer notre foi catholique clairement exprimée et professée par le magistère de l'Église depuis dix-neuf siècles.

 « S'il arrivait, dit saint Paul, que NOUS-MÊME ou un Ange venu du ciel vous enseigne autre chose que ce que je vous ai enseigné, qu'il soit anathème. » (Gal. 1, 8.)

N'est-ce pas ce que nous répète le Saint-Père aujourd'hui? Et si une certaine contradiction se manifestait dans ses paroles et ses actes ainsi que dans les actes des dicastères, alors nous choisissons ce qui a toujours été enseigné et nous faisons la sourde oreille aux nouveautés destructrices de l'Église ».

 

Mgr Lefebvre ne se fit jamais le « censeur » de la chrétienté, ni le redresseur de torts. Je ne le vis jamais « polémiquer », il en avait horreur,  sinon une fois avec M l’abbé de Nantes, et encore ce texte n’était-il  pas de lui. Il ne se donnait aucun « ministère » particulier, fut-il de « critique ». Il agissait seulement en tant qu’évêque, en tant que gardien de la foi. Il voulait seulement transmettre à toute une génération ce qu’il avait lui-même  reçu. Il ne s’est octroyé aucune fonction dans l’Eglise. Il exerça seulement celle que la Providence lui confia, hier en Afrique, comme archevêque, puis délégué Apostolique, puis, en France, comme Archevêque-Evêque de Tulles,  puis comme Supérieur Général des Pères du Saint-Esprit, puis comme membre du Concile Vatican II et, ensuite comme archevêque émérite de Tulle, fondateur et supérieur général de l’oeuvre sacerdotale qu’il fonda : la FSSPX. Et là, de 1969 à 1991, date de sa mort, il nous donna la chaleur de ses dernières années et nous confia ce bien, la Messe et nous la fit aimer permettant à l’Eglise de garder ce trésor. Si aujourd’hui, le pape Benoît XVI a pu rédiger son Motu Proprio sur le droit de la messe tridentine et l’adresser à toute la chrétienté, nous le devons, entre autre et pour beaucoup, à la foi héroïque de Mgr Lefebvre. Il accomplissait son seul devoir d’évêque de l’Eglise catholique. Mais, jamais, il n’usurpa une quelconque mission, un quelconque « ministère », fut-ce « un ministère critique », comme certains aujourd’hui, de la FSSPX, voudraient l’affirmer. Mgr Lefebvre les en aurait dissuadés avec fermeté. Il n’aurait pas permis que cela soit écrit dans le moindre papier émanant de la FSSPX. Il n’aurait en ce domaine laisser planer la moindre équivoque.

 

Pour toutes ces raisons et d’autres encore, nous pouvions penser, vous dis-je,  que ses disciples, entre autres ses quatre évêques,  réagiraient  favorablement à la nouvelle demande romaine!

 

Et bien non ! Rien à faire ! Mgr Fellay s’exprima quelques semaines plus tard, le 20 juin, dans son sermon des ordinations à Winona aux Etats-Unis. Il ne vit dans ces « conditions » qu’un « ultimatum »  insupportable, qu’une obligation de se « taire »  Il renouvela, avec un peu  de suffisance, ses attaques publiques contre la personne du Souverain Pontife. Il le présenta aux fidèles comme « libéral », le « pire des libéraux ». Il renouvela cette critique dans le discours qu’il prononça lors de la procession du vœu de Louis XIII, à Saint-Malo, le 15 août 2008, devant 1300 personnes. : « Le pape Benoît XVI est un « grand libéral », affirma-t-il !

 

Mgr Tissier de Mallerais, d’habitude plus discret et mieux inspiré, dirigea lui aussi, après le 4 juin 2008,  contre Benoît XVI,  ses nouvelles attaques. Des critiques terribles. Il  le déclara, ce qu’il avait déjà dit à Paris, le 11 novembre 2007, lors d’une conférence, à laquelle j’ai assisté,  tout simplement « moderniste », « un vrai moderniste, avec la théologie entière du modernisme, et mise à jour d’aujourd’hui ». Il le déclara dans une interview à une revue américaine, « The Angelus ». Il le redit de nouveau dans Fideliter de septembre-octobre 2008.

 

On aurait envie de leur dire : Un peu de mesure ! Tout de même. Nous n’avons rien entendu de tel ni dans le discours du Pape aux Bernardins, ni dans son discours devant la foule immense réunie aux Invalides, à Paris.  Aux Bernardins, il a fait l’apologie de la civilisation chrétienne, œuvre essentiellement bénédictine. Son insistance sur le « quaerere Deum », « chercher Dieu », fut particulièrement heureuse et sa conclusion sur l’ « objectivité » de cette recherche de Dieu et sa nécessité montre la fragilité des  critiques de Mgr Tissier de Mallerais. Aux Invalides, sa présentation du sacerdoce, de la messe, de la présence réelle, du chant grégorien, son appel à la vocation sacerdotale à ces milliers de jeunes,  auraient plu à Mgr Lefebvre. Pourquoi continuer à se « braquer » ? Pourquoi ne pas s’ouvrir un peu ? Pourquoi ne pas remarquer le changement ? Est-ce par fidélité à Mgr Lefebvre? Elle serait mal comprise ! J’aurais envie alors de leur dire : Ne faites pas du « lefébvrisme ». « N’ayez pas peur ».

 

Mais le temps passa…Quelques mois…. Et le 15 décembre 2008, Mgr Fellay écrit la fameuse lettre où il reconnaît finalement la condition réclamée par Rome  : le « respect de l’autorité du Vicaire du Christ ».

 

« Nous sommes aussi toujours bien ancrés dans la volonté de rester catholiques et de mettre toutes nos forces au service de l’Eglise de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est l’Eglise catholique romaine. Nous acceptons son enseignement filialement. Nous croyons fermement à la Primauté de Pierre et à ses prérogatives et c’est pourquoi la situation actuelle nous fait d’autant plus souffrir ».:

 

Je dis « finalement » parce qu’il mit pratiquement 6 mois pour les accepter. Au début, vous dis-je, il ne fut sensible qu’à l’ « ultimatum ». Il ne vit que l’ « ultimatum ». Il reconnaît même, dans son entretien avec Olivier Figueras dans Monde et Vie que cet « ultimatum » « assombrit » de nouveau ses relations avec Rome.

 

Olivier   Figuéras lui pose la question : « Vous attendiez-vous, Monseigneur, à cette levée de l’excommunication vous concernant ?

Il répond : « …Quand au moment où cela s’est passé, je ne m’y attendais pas. Ces derniers mois, après l’affaire de l’ultimatum, même après qu’elle ait été résorbée, nous étions plutôt en froid. Puis j’ai écrit la lettre du 15 décembre qui est mentionnée dans le décret  et dans ma lettre aux fidèles ».

 

Ainsi le temps passa et il accepta enfin les demandes de Rome du 4 juin 2008 et confessa dans sa lettre du 15 décembre la foi sur le Pontife romain.

 

La Sainte Vierge protégeait bien la FSSPX…

 

Ce que reconnut, en son temps,  Mgr Rangel, en 2001, était enfin reconnu, presque mot pour mot par Mgr Fellay.

 

Il faut noter cette identité de langage

 

-Pour Mgr Rangel : Le pape reconnaît que dans leur lettre du 15 août 2001, les pères  de Campos ont renouvelé leur profession de foi en signifiant leur «  pleine communion avec la Chaire de Pierre, en reconnaissant son Primat et son gouvernement sur l'Eglise universelle, ses pasteurs et ses fidèles », en déclarant aussi « ne vouloir pour rien au monde être séparée de Pierre sur qui Jésus Christ a fondé son Eglise ».

 

- Pour Mgr Fellay : « Nous sommes aussi toujours bien ancrés dans la volonté de rester catholiques et de mettre toutes nos forces au service de l’Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est l’Eglise catholique romaine. Nous acceptons son enseignement filialement. Nous croyons fermement à la Primauté de Pierre et à ses prérogatives et c’est pourquoi la situation actuelle nous fait d’autant plus souffrir ».

 

Mais quelles différences dans les conditions imposées à Mgr Rangel, à Mgr Fellay et, hier, à Mgr lefebvre. On peut mesurer le chemin parcouru.

Là, avec Mgr Rangel, avec Mgr Fellay, Rome ne demande rien au sujet de la messe nouvelle sinon la reconnaissance de sa validité.

Avec Mgr Lefebvre  il fallait qu’il confesse non seulement sa validité, mais sa légitimité et son orthodoxie. Et qu’il ne célèbre que celle-là.

Avec Mgr Lefebvre, il fallait qu’il prenne la nouvelle messe dans sa totalité, avec le nouveau lectionnaire, le nouveau calendrier.

Là avec Mgr Rangel, avec Mgr Fellay, rien de tout cela.

 

Même à Mgr Rangel, Rome propose une Administration Apostolique avec comme  rite propre, la messe tridentine, latine et grégorienne.

 

C’ était précisé dans les statuts de l’Administration. C’est le § 3 des statuts:

 

 « III - La faculté est accordée à l' Administration apostolique de célébrer la sainte Eucharistie, les autres sacrements, la Liturgie des Heures et les autres actions liturgiques selon le Rite romain et la discipline liturgique de saint Pie V, avec les adaptations que ses successeurs ont introduites jusqu' au bienheureux Jean XXIII. »

 

C’est tout à fait nouveau.

Aucun doute d’interprétation n’était possible, le secrétaire de la Congrégation du clergé Csaba Ternyàk,  Archevêque titulaire d'Eminentiana,  en précisa le sens dans une lettre du 10 juillet 2002:

 

« LETTRE DE LA CONGREGATION POUR LE CLERGE

 

 Congrégation pour le Clergé

Prot. N° 20021399

Cité du Vatican, le 10 Juillet 2002

 

A son Excellence Révérendissime

Dom Licinio RANGEL

Administrateur apostolique

de l'Administration apostolique Saint Jean-Marie Vianney

 

Monseigneur,

 

A la date du 8 Juillet dernier, la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements a répondu à une question posée par ce dicastère, au sujet du rit à utiliser lorsque des prêtres non incardinés dans l'Administration (apostolique Saint Jean-Marie Vianney) célèbrent la Sainte Messe dans les églises de ladite Administration.

 

Conformément à la lettre autographe « Ecclesiae unitas » du Saint Père Jean-Paul II, datée du 25 Décembre 2001, et au décret « Animarum bonum », du 18 Janvier 2002, émanant de la Congrégation des évêques, le rit liturgique codifié par saint Pie V, avec les adaptations décidées par ses successeurs jusqu' au Bienheureux Jean XXIII, est devenu le rit propre de l'Administration apostolique, de sorte qu'aucun prêtre légitimement admis à célébrer dans les églises propres de l' Administration apostolique personnelle Saint Jean-Marie Vianney n'a besoin d'autorisation supplémentaire pour user du Missel romain dans son édition typique de 1962.

 

En transmettant cette directive qui dissipera d'éventuels doutes et sera certainement d'un grand secours sur le chemin d'une communion ecclésiale que l'on souhaite toujours plus forte et profonde, je saisis cette occasion pour adresser à Votre Excellence révérendissime, mes salutations cordiales, y ajoutant celles du Cardinal Préfet, momentanément absent, et mes meilleurs voeux de bonne santé et de paix, avec lesquels je suis, Monseigneur, de Votre Excellence révérendissime, le très dévoué serviteur dans le Seigneur.

 

Csaba Ternyàk,

Archevêque titulaire d'Eminentiana,

secrétaire

 

Il en fut de même pour l’IBP, en 2006

 

Tout cela préparait la publication du Motu Proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007 qui est quasi la reconnaissance de la première condition demandée par la FSSPX.

 

Et il ne faut pas oublier tout le travail du cardinal Ratzinger en ce domaine liturgique. Il ne faut pas oublier le travail du cardinal Stckler. Il ne faut pas oublier la publication de l’encyclique « Ecclesia de Eucharistia vivit » qui parle particulièrement des « ombres » dans la vie liturgique de l’Eglise, des « ombres » qu’elle connaît depuis la Réforme conciliaire. Ces « ombres » ne sont rien d’autres que les critiques émises par le cardinal Ottaviani dans son « Bref examen critique », émises également par Mgr Lefebvre dans toutes ses conférences de par le monde.

Il ne faut pas non plus oublié la célébration de cette messe tridentine par le cardinal Castrillon Hoyos à Sainte Marie Majeur en 2003

 

Tout cela permet de mesurer le chemin parcouru en matière liturgique depuis l’interdiction formelle mais a typique de la messe de Paul VI lors du Consistoire du 24 mai 1976…jusqu’au Motu Proprio Summorum Pontificum. En passant par le Motu Proprio de Jean-Paul II Ecclesia Dei adflicta »

 

Tous ces faits brièvement rappelés permettent  de comprendre que l’on s’acheminait petit à petit, même si la FSSPX n’y mettait pas  beaucoup de bonne volonté, vers une solution une normalisation canonique qui passait nécessairement par la levée des excommunications.

 

Pour moi, ce que Rome a fait pour Campos, elle était, elle est prête à le faire pour la FSSPX et l’ensemble des œuvres relevant de la Commission Ecclesia dei Adflicta. :

A savoir donner le privilège de la messe tridentine. C’est fait

Lever l’excommunication. C’est fait

Lui donnant une forme canonique identique à celle des pères de Campos avec le privilège de l’exemption.

 

Mais il faut que la FSSPX manifeste un minimum de bonne volonté…comme il fallut que la FSSPX manifestât enfin un minimum de bonne volonté pour la levée des excommunications. C’est la lettre du 15 décembre de Mgr Fellay contenant sa profession de foi sur la primauté de Pierre et de ses successeurs. .

 

Je vous ai fait remarqué qu’il y a beaucoup de points identiques entre la levée d’excommunication de Mgr Rangel et des quatre évêques de la FSSPX, mais il y a des différences aussi importantes. La levée de l’excommunication de Mgr Rangel est allée de paire avec la levée des censures et de Mgr Rangel et des membres de l’Union saint Jean Marie Vianney. Ce n’est pas le cas pour la FSSPX. Il ne s’agit que de la levée des excommunications des quatre évêques. Avec nos amis de Campos, les choses sont différentes/ On lit en effet dans la lettre de Jean-Paul II : « C'est assurément avec une très grande joie, pour que pleine communion soit rendue certaine, que nous déclarons la levée de la censure dont il est traité au can 1382 CIC, à votre égard, Vénérable Frère, en même temps que la levée de toutes les censures et le pardon de toutes les irrégularités dans lesquelles sont tombés les autres membres de cette Union. »

 

Ce n’est pas le cas pour la FSSPX.

Il faut encore procéder à l’ultime étape demandée par la FSSPX : l’étape de conversations théologiques.

Rome en accepte le principe. Le Décret du Cardinal Re, du 21 janvier 2008 l’affirme

 

Il écrit : « Sa Sainteté Benoît XVI – paternellement sensible au malaise spirituel manifesté par les intéressés à cause de la sanction d’excommunication et confiant dans l’engagement exprimé par eux dans la lettre citée de n’épargner aucun effort pour approfondir dans les nécessaires colloques avec les Autorités du Saint-Siège les questions encore ouvertes, et de pouvoir ainsi parvenir rapidement à une pleine et satisfaisante solution du problème posé à l’origine – a décidé de reconsidérer la situation canonique des Évêques Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson et Alfonso de Galarreta relative à leur consécration épiscopale.

Cet acte exprime le désir de consolider les relations réciproques de confiance, d’intensifier et de rendre stables les rapports de la Fraternité Saint-Pie X avec le Siège Apostolique. Ce don de paix, au terme des célébrations de Noël, se veut aussi un signe pour promouvoir l’unité dans la charité de l’Église universelle et, par là, enlever le scandale de la division.

En souhaitant que ce pas soit suivi sans tarder de la pleine communion avec l’Église de toute la Fraternité Saint-Pie X, en témoignage d’une vraie fidélité et d’une vraie reconnaissance du Magistère et de l’autorité du Pape par la preuve de l’unité visible ».

 

Je désapprouve personnellement le principe de ses conversations théologiques. Des corrections théologiques du Concile devraient venir de la hiérarchie elle-même , du haut et non de la base Je trouve que le procédé manque à l’esprit hiérarchique de l’Eglise, que c’est une manière bien démocratique d’agir…Mais laissons ce point de côté, Puisque les conversation théologiques doivent avoir lieu, il faut espérer que les colloques ne tardent pas a démarrer au plus vite et qu’ils aboutissent à l’heureux effet souhaité de tous : l’unité.

 

B- C’est ma deuxième idée.

 

 

On sait que pour Monsieur l’abbé Celier,  il n’y aura, de la part de la Fraternité Saint-Pie X,  un accord possible avec Rome que lorsqu’un franc coup de barre vers la Tradition sera donné par les autorités ecclésiales et dûment constatable. Il écrit très clairement dans son livre « Benoît XVI et les traditionalistes »: « « Il  faut créer de façon irréversible une situation qui rende possibles des accords canoniques. C’est-à-dire qu’il faut que Rome s’engage clairement en faveur de la foi vraie et intégrale, en faveur de l’élimination des erreurs, en faveur de la revivification de la vie chrétienne traditionnelle, même si cette volonté n’a pas encore atteint toutes les parties de l’Eglise ». (p184)

 

Dans cette précision, nous avons, nous tenons  le principe de la  future régularisation canonique de la Fraternité Saint Pie X dans l’Eglise, son principe théologique. 

 

Alors la question qu’il faut se poser est la suivante : ce mouvement dans l’Eglise  vers la Tradition est-il en marche ou n’est-il pas en marche?

 

C’est la question décisive.

 

Tout est là !

 

Il faut que les autorités romaines s’engagent  clairement en faveur de la foi, de la Tradition.

 

Sur ce point doctrinal, il me semble que les choses, du côté de Rome, évoluent également très heureusement.

 

Sur ce point, on pourrait  multiplier les preuves même lors du  Pontificat de Jean-Paul II.

 

Je ne vais donner qu’une seule considération. : le  Testament politique de Jean-Paul II que j’ai analysé, et qui fut publié juste avant son décès, dans un livre « Mémoire et Souvenir ».

 

Pour Jean-Paul II, l’anthropocentrisme et l’idéalisme cartésien sont au cœur du monde moderne. L’idéalisme est la raison,  le principe, dit-il,  de ce qu’il appelle les  « idéologies du mal », celles de hier et celles d’aujourd’hui. Hier avec le nazisme et le communisme, Aujourd’hui avec la législation sur l’avortement et la destruction de la famille. L’anthropocentrisme, l’idéalisme cartésien : voilà les raisons de l’oubli de Dieu et de sa Loi et de l’édification d’un monde opposé au monde divin. Sur ces idées d’anthropocentrisme…Mgr Fellay devrait se trouver à l’aise, lui qui tout récemment a déclaré dans une interview au journal suisse « Le temps » que c’ était l’anthropocentrisme qui était la raison du mal actuel et de la crise de l’Eglise. « Pour l’essentiel, cette crise est due, disait-il, à une nouvelle approche du monde, une nouvelle vue de l’homme, à savoir un anthropocentrisme qui consiste en une exaltation de l’homme et un oubli de Dieu. L’arrivée des philosophies modernes, avec leur langage moins précis, a amené une confusion dans la théologie ».

 

Il y a là certainement des points de rapprochements possibles.

 

Mais c’est surtout avec Benoît XVI que l’Eglise retrouve sa Tradition..

 

Je ne donnerai qu’un exemple, son homélie du 8 décembre 2005.

 

Dans son homélie du 8 décembre 2005, le pape Benoît XVI a clairement porté une correction substantielle au document conciliaire « Gaudium et Spes » et plus particulièrement à l’introduction de ce document, aux numéros 4 à 10. Là, les Pères conciliaires analysent le monde moderne. « Il importe, disent-ils, de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations, son caractère souvent dramatique ». Ils donnent alors « quelques-uns des traits fondamentaux du monde actuel ». Dans cette description, ils ne font aucune mention du péché originel qui, on le sait, est au cœur pourtant du drame humain et explique son histoire. Cette omission est étonnante, avouez !  Benoît XVI, dans son discours du 8 décembre 2005,va corriger  cela. Il porte  lui aussi  son regard sur ce monde moderne. Mais il le décrit précisément  à la lumière du péché originel. Il le dit formellement. « Si nous réfléchissons sincèrement à nous-mêmes et à notre histoire, nous constatons qu'à travers ce récit (du péché originel) est non seulement décrite l'historie du début, mais l'histoire de tous les temps, et que nous portons tous en nous une goutte du venin de cette façon de penser illustrée par les images du Livre de la Genèse. Cette goutte de venin, nous l'appelons péché originel ». Et quelle est « cette façon de pensée illustrée par les images du Livre de la Genèse » ? C’est l’autonomie à l’égard de Dieu, C’est le refus de Dieu, le refus de son Amour, de sa Loi.  C’est le repli sur soi-même. Tel est, de fait, le monde moderne. Mettons-nous, dit le pape, à l’écoute de ce texte biblique :   

 « Quelle est la situation qui nous est présentée dans cette page ? L’homme n’a pas confiance en Dieu. Tenté par le serpent, il nourrit le soupçon que Dieu, en fin de compte, ôte quelque chose à sa vie, que Dieu est un concurrent qui limite notre liberté et que nous ne serons pleinement des êtres humains que lorsque nous l'aurons mis de côté; en somme, que ce n'est que de cette façon que nous pouvons réaliser en plénitude notre liberté. L'homme vit avec le soupçon que l'amour de Dieu crée une dépendance et qu'il lui est nécessaire de se débarrasser de cette dépendance pour être pleinement lui-même. L'homme ne veut pas recevoir son existence et la plénitude de sa vie de Dieu. Il veut puiser lui-même à l'arbre de la connaissance le pouvoir de façonner le monde, de se transformer en un dieu en s'élevant à Son niveau, et de vaincre avec ses propres forces la mort et les ténèbres. Il ne veut pas compter sur l'amour qui ne lui semble pas fiable; il compte uniquement sur la connaissance, dans la mesure où celle-ci confère le pouvoir. Plutôt que sur l'amour il mise sur le pouvoir, avec lequel il veut prendre en main de manière autonome sa propre vie. Et en agissant ainsi, il se fie au mensonge plutôt qu'à la vérité et cela fait sombrer sa vie dans le vide, dans la mort…  Nous vivons de manière juste, si nous vivons selon la vérité de notre être, c'est-à-dire selon la volonté de Dieu. Car la volonté de Dieu ne constitue pas pour l'homme une loi imposée de l'extérieur qui le force, mais la mesure intrinsèque de sa nature, une mesure qui est inscrite en lui et le rend image de Dieu, et donc une créature libre. Si nous vivons contre l'amour et contre la vérité – contre Dieu – , alors nous nous détruisons réciproquement et nous détruisons le monde. Alors nous ne trouvons pas la vie, mais nous faisons le jeu de la mort. Tout cela est raconté à travers des images immortelles dans l'histoire de la chute originelle et de l'homme chassé du Paradis terrestre ».

 

L’autonomie ! Voilà la revendication moderne. Mais c’est là un drame, nous dit Benoît XVI. Il parle de «  la dimension dramatique du fait d'être autonome ». C’est dire qu’ «  être véritablement un homme comprend la liberté de dire non, de descendre au fond des ténèbres du péché et de vouloir agir seul; que ce n'est qu'alors que l'on peut exploiter totalement toute l'ampleur et la profondeur du fait d'être des hommes, d'être véritablement nous-mêmes; que nous devons mettre cette liberté à l'épreuve, également contre Dieu, pour devenir en réalité pleinement nous-mêmes. En un mot, nous pensons au fond que le mal est bon, que nous avons au moins un peu besoin de celui-ci pour faire l'expérience de la plénitude de l'être. … Nous pensons que traiter un peu avec le mal, se réserver un peu de liberté contre Dieu est au fond un bien, et peut-être même absolument nécessaire.

Cependant, en regardant le monde autour de nous, nous constatons qu'il n'en est pas ainsi, c'est-à-dire que le mal empoisonne toujours, il n'élève pas l'homme, mais l'abaisse et l'humilie, il ne le rend pas plus grand, plus pur et plus riche, mais il lui cause du mal et le fait devenir plus petit…L’homme qui s'abandonne totalement entre les mains de Dieu ne devient pas une marionnette de Dieu, une personne consentante, ennuyeuse; il ne perd pas sa liberté. Seul l'homme qui se remet totalement à Dieu trouve la liberté véritable, l'ampleur vaste et créative de la liberté du bien. L'homme qui se tourne vers Dieu ne devient pas plus petit, mais plus grand, car grâce à Dieu et avec Lui il devient grand, il devient divin, il devient vraiment lui-même. L'homme qui se remet entre les mains de Dieu ne s'éloigne pas des autres en se retirant dans sa rédemption en privé; au contraire, ce n'est qu'alors que son cœur s'éveille vraiment et qu'il devient une personne sensible et donc bienveillante et ouverte ».

 

Tel est le regard que Benoît XVI porte sur le monde moderne. Ce regard est « ontologique », « essentiel ». Il nous fait penser au jugement  que nous donnait déjà  Jacques Maritain dans son fameux livre « Antimoderne ». Cela vaut la peine d’être rappelé.

 

« Désormais l’animal raisonnable va s’appuyer sur lui-même, la pierre d’angle ne sera plus le Christ. L’esprit d’indépendance absolue, qui, en définitive, porte l’homme à revendiquer pour lui-même l’ « aséité », et que l’on peut appeler l’esprit de la Révolution antichrétienne, s’introduit victorieusement en Europe, avec la Renaissance et la Réforme, il soustrait à l’ordre chrétien ici la sensibilité esthétique et toutes les curiosités de l’esprit, là la spiritualité religieuse et la volonté, et vise à remplacer partout le culte des Trois Personnes divines par le culte du Moi humain. Réprimé au XVII siècle, lancé au XVIII et au XIX siècle à la conquête de l’univers, servi avec persévérance et habileté par la contre-église maçonnique, il  réussit à écarter Dieu de tout ce qui est centre de pouvoir ou d’autorité dans les peuples…L’homme s’isole…il se soustrait à Dieu par antithéologisme et à l’être par idéalisme. Il se replis sur soi, s’enferme comme un tout puissant dans sa propre immanence, fait tourner l’univers autour de sa cervelle, s’adore enfin comme étant l’auteur de la vérité par sa pensée et l’auteur de la loi par sa volonté ».

 

Le jugement est le même, « ontologique» prenant en compte le fait du péché originel

Combien il s’éloigne de l’analyse des Pères conciliaires, dans ces numéros 4 à 10 de l’introduction de « Gaudium et Spes ». Le jugement des Pères conciliaires est sociologique et  bien trop  « superficielle ». Benoît XVI le corrige. Heureusement ! Il faut que cela soit dit ! Les prêtres de la FSSPX devraient y être attentifs.

 

Mgr Lefebvre, lui aussi, le faisait déjà remarquer dans son livre « J’accuse le Concile ! »

Il déclarait, dans l’aula conciliaire, le 9 septembre 1965, c’était son troisième point de sa dixième intervention : « Dans l’exposition introductive ( de ce texte de Gaudium et Spes) comment peut-on taire continuellement le péché originel. Alors que nulle explication valide de l’histoire du monde et du monde actuel ne peut être donnée sans référence à ce fait historique et à ce fait actuel » ( J’accuse le Concile ! p 92)

 

Le Concile Vatican II peut être corrigé, nous dit l’abbé Celier. O combien ! C’est fait. Ce se fera encore…Mais il ne doit plus être la seule référence du Magistère de l’Eglise, demande l’abbé Celier. Les choses évoluent, même en ce domaine. Là, nous pouvons évoquer les toutes récentes paroles de Benoît XVI,  le 9 octobre 2008,  sur le pape Pie XII réhabilitant non seulement sa mémoire mais surtout sa doctrine, regrettant «  que le débat historique, qui n’a pas toujours été serein, sur la figure du serviteur de Dieu Pie XII, (ait) négligé de mettre en lumière tous les aspects de son pontificat polyédrique. Les discours, poursuit le pape, les allocutions et les messages qu’il a adressés aux scientifiques, aux médecins, aux responsables des plus diverses catégories de travailleurs, dont certains d’entre eux sont, encore aujourd’hui, d’une extraordinaire actualité et qui continuent d’être un point ferme de référence, ont été nombreux ». Et de nous rappeler les encycliques « Mystici Corporis » du 29 juin 1943, « Divino afflente spiritu », du 20 septembre 1943, « Mediatoir Dei » du 20 novemebre 1947. C’est nouveau. L’enseignement du Concile Vatican II n’est plus la seule référence.

 

Voilà ce qui sera approfondi dans ces colloques «nécessaires » nous dit le Décret du cardinal Re.
Il faut prier Notre Dame pour qu’il en soit ainsi et sans retard.