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Un regard sur le monde  politique et religieux

Au 14 décembre 2006

 

N° 111

Par Monsieur l’abbé Aulagnier

 

Autour du « Motu Proprio » annoncé par le Vatican

 

 

Nous nous intéressons, bien sur, en tant que prêtre,  à  tout ce qui touche la messe « tridentine », à son retour paisible mais vraie dans l’Eglise catholique et sur ses autels, tous ses autels.

 

Aussi nous sommes-nous réjouis à la nouvelle  de l’ Agence I.Media, publiée le 12 décembre, suite à la réunion de la Commission « Ecclesia Dei », réunie pour discuter du retour de la mese de toujours, l’objet de ce Motu Proprio.

 

Voici ce qui fut déclaré par le cardinal Médinaz, membre de la Commission et ancien préfet de la Congrégation du culte divin.

 

A- La Nouvelle d’I.Media.

 

« La publication du Motu Proprio pour la libéralisation du rite de saint Pie V est proche, affirme le cardinal Medina Estévez.

 

 

Vatican - Agence I.MEDIA - 12 décembre 2006 - 1100 signes

 

 

La publication du Motu Proprio visant à libéraliser la célébration de la messe selon le missel de saint Pie V est proche, a affirmé à I.MEDIA le cardinal Jorge Arturo Medina Estévez, membre de la Commission Ecclesia Dei.

 

 

“Nous avons étudié le document dans le calme“, a indiqué le cardinal chilien membre de la commission pontificale en charge du retour à la pleine communion des fidèles de Mgr Lefebvre, indiquant que la publication du Motu Proprio était “proche“ et dépendrait du pape lui-même.

 

 

“Nous avons débattu ensemble pendant près de 4 heures et effectué quelques corrections au texte du Motu Proprio“, a affirmé le cardinal Medina Estévez, précisant que le bureau de la Commission devait désormais “effectuer les corrections nécessaires“. “Puis, a-t-il indiqué, le cardinal Dario Castrillon Hoyos (président de la commission, ndlr) présentera le document au pape qui décidera du moment de sa publication“. Le cardinal chilien a encore précisé que la session plénière de la commission Ecclesia Dei, dont il sortait à peine, avait été uniquement consacrée au Motu Proprio et qu’une autre réunion ne serait “probablement pas nécessaire“.

 

 

Egalement membre de la commission, le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et président de la Conférence épiscopale française, n’a pas souhaité faire de commentaire, “tenu par le secret pontifical“. I.MEDIA

 

 

 

Cette « note » fut  reprise, le même jour, dans le Journal La Croix et mis sur son site.

 

 

B- La Nouvelle du Figaro sous la plume de Sophie de Ravinel.

 

Le même jour, le Figaro, sous la plume de Sophie de Ravinel nous apprenait qu’une commission s’était réunie autour du  cardinal Ratzinger pour délibérer du retour dans l’Eglise de la messe tridentine. C’était en 1982. Nous connaissions l’existence de la  commission réunie à la demande du pape Jean-Paul II en 1984, Nous ignorions cette réunion de 1982.

 

Oui ! Nul ne le savait jusqu’à ce jour. Le secret fut bien gardé ! Il nous venait bien, parfois,  de Rome  quelques rumeurs … La question du retour de la messe de « toujours » devait bien être de fait débattue ! Il n’y a jamais de fumée sans feu….Mais elle restait toujours jalousement « interdite »…

Voici l’article du Figaro daté du 12 décembre sous le titre :

Dès 1982, le cardinal Ratzinger préparait la réconciliation avec les lefebvristes...

S. DE. R..

 Publié le 12 décembre 2006

*                    

Un document datant de 1982 prouve que Benoît XVI porte les projets de réforme liturgique depuis son arrivée au Vatican.

 

LE CARDINAL Joseph Ratzinger, désormais Benoît XVI, a organisé une réunion en 1982 au Vatican avec les principaux cardinaux de la Curie, au cours de laquelle ils se sont accordés à l'unanimité sur le fait que l'usage de l'ancien rite de la messe devait être admis dans l'Église, qu'il allait falloir préparer les esprits à cette permission, promulguer un document pontifical pour freiner les abus et réhabiliter l'ancien rite, mais aussi effectuer une synthèse des deux missels (l'ancien et le nouveau), cette fameuse « réforme de la réforme » qu'appelle de ses voeux une partie de l'Église.

 

Quelques observateurs des activités du Saint-Siège avaient eu vent de cette réunion très privée, organisée par celui qui était alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Mais le procès-verbal, rédigé en latin, n'avait jamais été rendu public. Le Figaro s'en est procuré une copie.

 

Le 16 novembre 1982, cinq cardinaux et un évêque sont donc réunis pour étudier le dossier de la liturgie, indépendamment de la « question Lefebvre » qui, six ans avant l'excommunication des quatre évêques ordonnés de manière illicite, était pourtant déjà un véritable sujet de préoccupation.

 

«Réforme de la réforme»

 

Ces hauts responsables du Vatican ont affirmé à l'unanimité que « le missel romain, dans la forme sous laquelle il a été en usage jusqu'en 1969, doit être admis par le Saint-Siège dans toute l'Église pour les messes célébrées en langue latine ». Jusqu'à ce que très récemment quelques cardinaux isolés de la Curie affirment que le rite ancien avait toute sa place dans l'Église, l'usage consistait à le considérer comme proscrit depuis les réformes de 1969, et ce malgré des autorisations - restrictives - données par Paul VI en 1971 puis par Jean-Paul II en 1984 et 1988. Cette permission, cependant, était soumise à conditions. Le document indique ainsi que les fidèles attachés à l'ancien missel ne devront opposer à la messe de Paul VI issue des réformes du concile Vatican II « aucune suspicion d'hérésie ou d'invalidité », mais aussi suivre le nouveau calendrier liturgique. Un point sur lequel l'archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois - qui vient de présider une messe de rite saint Pie V dans la paroisse parisienne de Sainte-Odile - insiste aujourd'hui fortement.

 

La « deuxième étape », après cette mise en condition, était « un document pontifical d'une nature restant à définir » dans lequel serait « réexposée l'essence de la sainte liturgie », qui freine « les abus largement répandus », qui promeuve « une participation plus profonde aux saints mystères » et surtout « traite de l'identité intime du missel ancien et du nouveau, de la forme ordinaire et de la forme permise, qui ne s'opposent nullement ». Rien ne semble avoir changé aujourd'hui.

 

Cette étape serait suivie, selon ces plans, d'une « synthèse des deux missels qui conserve les acquis de la restauration liturgique mais qui abandonne certaines innovations exagérées ».

 

Interrogé la semaine dernière sur cette éventuelle « réforme de la réforme », le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, a estimé « normal, compréhensible et possible que, près de quarante ans après 1969, on veuille faire le bilan et recadrer les choses, pour durer ».

 

C- Yves Chiron, dans son Aletheia, n° 112,

 

Yves Chiron nous donne d’intéressantes considérations sur ces sujets liturgiques dans son « Aletheia » n° 112.  Sous le titre : Le grand œuvre de Benoît XVI, il écrit :

 

« Cette année 2006 qui s’achève aura été riche en actes magistériels de notre pape Benoît XVI (sa première encyclique), en nominations à des postes-clefs, en décisions personnelles (la création de l’Institut du Bon Pasteur), sans oublier la première condamnation du pontificat (l’interdiction d’enseigner au théologien allemand Hasenhüttl, théoricien et praticien de la communion interconfessionnelle). On tiendra pour essentielle sa volonté de continuer ou de renouer des dialogues avec les lointains ou les plus proches (l’Islam, l’orthodoxie, la Fraternité Saint-Pie X, sans oublier, plus discret, mais très riche de promesses, le dialogue avec certains secteurs de l’anglicanisme).

 

Le motu proprio sur la liturgie traditionnelle, annoncé depuis plus d’un an, retardé à

plusieurs reprises, sera, si l’on en croit certaines sources romaines, plus surprenant qu’on ne s’y attend et ne concernera pas que la liturgie traditionnelle.

 

Il ne faut pas considérer Benoît XVI comme un « pape traditionaliste » – comme on l’a dit

bien légèrement – ni même comme un pape qui placerait la question « traditionaliste » au

premier rang de ses préoccupations.

 

Il a une vision historique du présent de l’Eglise – son état de crise, dans un monde dominé

par le relativisme – et une vision historique de ce que pourrait être son avenir, c’est-à-dire une vision qui n’est pas binaire et qui ne compte pas sur des retournements brutaux.

 

 Le grand œuvre que Benoît XVI a engagé va dans deux directions essentielles : l’unité de l’Eglise et la prière de l’Eglise.

 

Son souci de l’unité de l’Eglise, face au monde relativiste et aux forces centrifuges, passe par un dialogue prioritaire avec les Orthodoxes. Les problèmes franco-français pourraient faire oublier que, pour le Pape, la réconciliation avec l’Orient orthodoxe est un engagement déterminé. La rencontre récente avec le Patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier, n’est que la première étape d’un chemin qui vise au « rétablissement de la pleine communion entre catholiques et orthodoxes ». En 2007, la Commission mixte du dialogue catholique-orthodoxe reprendra ses travaux après six ans d’interruption. La reprise des travaux aura lieu en Italie, à Ravenne. Bartholomée Ier et Benoît XVI pourraient se rencontrer à nouveau à cette occasion et décider de co-présider la Commission.

 

Le deuxième grand chantier ouvert par le Pape – rendre à la prière de l’Eglise une place

centrale et son caractère sacré – prend la voie d’une réforme liturgique continuée. Mais Benoît XVI ne rétablira jamais la liturgie traditionnelle dans sa primauté et son exclusivité. Il l’a explicitement dit lui-même en plusieurs endroits (et j’ai essayé de l’expliquer ici à plusieurs reprises), Benoît XVI veut « réformer la réforme » liturgique engagée après Vatican II et, à long terme, il espère, il aspire à une fusion entre le rite traditionnel et le Novus Ordo Missæ rectifié et réformé ; une fusion par principe d’intégration.

Il l’a écrit, en 2003, au Professeur Barth : « …il faut avancer pas à pas, chaque nouvelle

précipitation ne produira pas de bons résultats. Mais je crois que, dans l’avenir, l’Eglise romaine devra avoir à nouveau un seul rite ; l’existence de deux rites est dans la pratique difficilement ”gérable” pour les évêques et pour les prêtres. Le rite romain de l’avenir devrait être un seul rite, célébré en latin ou en langue populaire, mais entièrement fondé dans la tradition du rite ancien ; il pourrait intégrer quelques nouveaux éléments, qui ont fait leurs preuves, comme de nouvelles Fêtes, quelques nouvelles Préfaces dans la messe, un Lectionnaire élargi – un plus grand choix qu’avant, mais pas trop –, une Oratio fidelium, c’est-à-dire une litanie de prières d’intercession après l’Oremus de l’Offertoire, où il avait jadis sa place. 1» Que cette ambition – qu’il sait irréalisable dans l’immédiat – passe par la restauration de la liturgie traditionnelle dans son droit de cité dans l’Eglise, n’empêche pas qu’elle contredit les rêves de restauration intégrale et unique des uns et le mélange d’anarchie et de fixisme des autres. Cette ambition d’une réforme restauratrice en deux temps rencontre des résistances. Certaines oppositions épiscopales françaises ne doivent pas être sous-estimées (elles ont été provisoirement efficaces cet automne). Il en est d’autres qui sont autant, sinon plus, redoutables encore : aux Etats-Unis (refus d’appliquer les instructions reçues de Rome et dérives théologiques différentes des dérives françaises), et aussi en Afrique noire et en Asie (où, là, ce sont les pratiques liées à l’inculturation de la liturgie qui font des ravages).

 

Résumons tous ces propos :

 

Ainsi aujourd’hui, on parle vraiment d’une libéralisation de la messe sur les autels de la chrétienté.

Nous le souhaitons vivement.

Nous constatons cependant les difficultés que rencontre le pape en cette affaire.

Le  Motu Proprio qui doit régler cette question ne vient toujours pas….Mais il doit venir.

 

Ce que l’on peut dire avec certitude, au témoignage du cardinal Medina,  c’est que le texte existe.   « Ils » - les membres de la Commission Ecclesia Dei -  en ont débattu quatre  heures durant…. « Ils » en ont proposé quelques modifications et je pense améliorations…Nous pouvons penser  que tout cela est dans les mains du pape…qui décidera du temps opportun de sa publication…Yves Chiron nous annonce qu’il sera plus important qu’on ne le croit…et pas nécessairement limité à la seule messe « tridentine » et à son retour…

 

Il faut aussi reconnaître que la question liturgique est une des grandes préoccupations de Benoît XVI. Il s’en préoccupait déjà en 1982…à peine arrivé à Rome…

Nous connaissons maintenant ses vues :

-         celle de la reconnaissance du droit de la messe de toujours et

-         de procéder à la nécessaire « réforme de la réforme » du rite du concile…

 

Il faut donc prier avec instance et point seulement « polémiquer » -  l’affaire est trop importante pour l’Eglise et pour les âmes -  et en profiter pour  relire nos auteurs aimés, ceux qui ont su nous garder ce trésor de la messe. Sans eux, nous aurions tout perdu…Et le sens de l’Eglise et le sens de la foi et ce trésor de la messe…

 

Et c’est ainsi que j’ai pu relire ces derniers jours un belle article du Père Calmel, publié dans Itinéraires, c’est le fameux n° 146 de  septembre octobre 1970, publié en plein milieu du bouleversement liturgique.

 

Il faut le relire.

 

Il nous rappelle ce qui est essentiel dans cette question liturgique. Plus qu’une affaire de rite, c’est une affaire de foi, une affaire théologale. Et sous ce rapport, je le répète, notre opposition à la liturgie « réformée » est bien une affaire d’opposition liturgique avant même d’être une affaire d’opposition au Concile Vatican II, comme le laissait entendre Mgr Vingt-Trois dans sa conférence du 27 octobre à la « Catho ».

 

La lecture de cet article permettra de le comprendre aisément.

 

La foi catholique au sujet de la messe peut se résumer à quatre vérités : la messe  suppose une vraie présence, un vraie sacrifice, un vrai pain du ciel, une vraie communion, un vrai sacerdoce.

 

Et « pour sûr, le rite est accordé avec cette foi, nous dit le Père Calmel,  mais non pas d’un accord qui aurait été découvert après coup pour confirmer le dogme. L’accord entre la Foi et la pratique rituelle ne  s’est pas fait en deux temps, comme si l’Eglise dans un premier temps eût défini l’essence de la Messe et dans un  second temps, à la suite de laborieuses et scientifiques recherches, eût fini par mettre au point un rite qui cadre exactement avec le dogme. C’est d’un  même élan au contraire,

 

         et d’une seule source et d’un seul portement

 

que l’Eglise a cru au mystère de la Messe et a trouvé le cadre rituel le plus digne pour entourer, glorifier, présenter avec la plus belle transparence le sacrifice que son Epoux lui a remis. Jamais d’hésitation. Un développement propre et homogène du cadre rituel (puisque la Messe romaine était pratiquement codifiée dès l’époque de saint Léon et saint Grégoire). Enfin la transmission pieuse et vénérable  tout le long des siècles des rites qui, dès l’origine, furent trouvés et adoptés selon une harmonie spontanée avec la Foi.

 

Pour la première fois, le rite de la Messe, en ce qu’il a d’essentiel et sans être encore explicité, fut proposé à la croyance des Apôtres et confié à leur ministère le soir du Jeudi Saint, lorsque le Seigneur accomplissant le miracle de la première transsubstantiation  - et d’une transsubstantiation séparée et sacrificielle – changea  le pain en son corps et le vin en son sang. Puis il rendit les Apôtres, et eux seuils, participants de ce pouvoir inouï, il leur conféra la dignité sacerdotale et ses Apôtres devinrent des prêtres. Or la Foi des saints Apôtres, premiers prêtres du Nouveau Testament, portait sur quatre points essentiels. Quatre vérités se trouvaient incluses nécessairement dans le rite, même non encore explicité, accompli par le Seigneur. Quatre vérités liées entre elles par une connexion infrangible : d’abord la Messe est un sacrifice propitiatoire, mais il est offert d’une manière non sanglante et sous les espèces du pain et du vin. Seconde vérité : présence réelle par transsubstantiation impliquée dans les paroles mêmes du sacrifice ; sans cela le sacrifice serait privé de réalité, le pain serait encore du pain, contrairement à la parole du Seigneur : ceci est mon corps. Troisième vérité : communion réelle, conformément à ce que dit le Seigneur : prenez et mangez-en tous car ceci est mon corps. Quatrième vérité : dignité du prêtre absolument à part : c’est en effet aux Apôtres seuls et à leurs successeurs, ce n’est pas aux autres disciples, ni au saintes femmes, ni à tous ceux qui croiraient en Lui indistinctement, que le Seigneur a dit : « chaque fois que vous ferez ces choses vous les ferez en mémoire de moi.  En mémoire de moi signifie en vous souvenant de ce que j’ai fait, mais aussi du pouvoir que je vous ai donné de le faire ; en vous souvenant que je me suis livré à la mort pour vos péchés, une fois pour toutes, mais aussi que, loin de vous retirer ce sacrifice définitif, je vous l’ai laissé sous forme de rite efficace, de sorte qu’il soit offert chaque jour, par chaque génération, jusqu’à mon retour glorieux.

 

Excellence toute particulière du rite romain.

 

Dès la première célébration par le Christ en personne, le rite de la Messe, avant d’être explicité, portait inclus en lui-même les quatre points majeurs de la Foi théologale que je viens de rappeler. Par la suite et très rapidement, la célébration de la messe par l’Eglise devait s’expliciter en conséquence, favoriser le rayonnement conjoint de ces quatre grands luminaires sans jamais les négliger, les séparer ou les isoler ; vrai sacrifice, vraie présence, vraie communion, vrai sacerdoce. Et l’excellence des rites de la Messe romaine vient précisément de ce qu’ils rendent sensible, avec un rare équilibre, une transparence admirable, chacun des aspects du mystère eucharistique.

 

Le sens des génuflexions….dans le rite roimain.

 

Les génuflexions, les agenouillements, les inclinations, les protestations de repentir, de dépendance et d’humilité s’accordent le moins mal possible au mystère de la présence réelle.

 

Le sens et la beauté de l’Offertoire romain.

 

Par ailleurs, grâce à l’offertoire qui fait très explicitement mémoire de la passion nous sommes avertis, dès le commencement de la messe proprement dite, (ce qui précède n’étant que l’avant Messe) que l’Eglise va faire tout autre chose qu’un repas simplement commémoratif de la mort de Jésus et de la dernière Cène. L’Eglise va rendre présent sur l’autel le sacrifice du Christ ; le Christ sera bientôt présent sous les apparences du pain et du vin comme réellement immolé. Voilà pourquoi l’Eglise apporte tant de soin à bien préciser, après avoir mis de côté le pain et le vin, qu’elle les réserve pour le sacrifice, qu’elle les offre déjà symboliquement en vue du saint sacrifice et de la communion.

 

Dans cet offertoire, il s’agit de tout autre chose que de remercier le Seigneur parce qu’il a fait fructifier les travaux des champs ; il s’agit de tout autre chose que de bénir la nourriture que Dieu donne, comme nous le faisons avant de nous mettre à table.

 

Il s’agit d’offrir le pain et le vin en préparation de l’oblation que le Christ fera de son corps et de son sang quand il changera, par le ministère du prêtre, le pain en son corps et le vin en son sang. Dès l’offertoire, dès que nous découvrons la calice, dès que nous prenons en nos mains la patène chargée de l’hostie, dès que nous soulevons le couvercle du ciboire des petites hosties, nous tenons à marquer la destination sacramentelle du pain et du vin ; nous voulons nous disposer à ce que le Seigneur accomplira bientôt par notre ministère ; nous faisons le possible pour accorder notre offrande intérieure à l’offrande de nos mains ; nous voulons absolument, dès notre premier contact avec l’hostie et le calice, saisir et faire saisir la finalité sacramentelle de notre offrande et ne laisser aucune équivoque sur notre intention.

 

C’est autre chose que la bénédiction d’un repas, serait-il plus religieux et plus solennel que d’habitude ; autre chose qu’une action de grâce pour les fruits de la terre et le labeur humain ; autre chose que la préparation à une commémoration vide et inopérante de la dernière Cène.

 

C’est une offrande dont le sens est unique : préparer le sacrifice du Christ qui sera offert en toute vérité par la double consécration ; préparer la communion qui sera réelle en vertu de la résidence en nous-même du corps du Christ sous l’apparence du pain ; préparer ces mystères sans nulle équivoque possible et nous y disposer intérieurement.

 

Excellence toute particulière du Canon romain.

 

L’Eglise a établi très vite le Canon afin d’entourer le sacrifice accompli par les paroles de la consécration, d’un ensemble de prières éminemment appropriées ; prières admirables par la dignité, l’universalité, le sens de l’oblation ; prières invariables parce qu’elles sont trop liées au rite suprême et invariable de la consécration pour n’être pas également invariables. Cette consécration elle-même, l’Eglise la fait sans se lier à la lettre du texte de l’Ecriture, parce qu’il ne s’agit pas précisément de lire l’Ecriture mais de faire le sacrifice du Seigneur ; le faire évidemment dans la forme fixée par le Seigneur ; mais cette forme n’a été consignée dans les Ecritures qu’au terme de plusieurs années. Or avant cette rédaction officielle on célébrait déjà la Messe

 

Paroles et gestes de l’offertoire et du Canon, formule de la consécration qui n’est pas ad litteram assujettie à l’Ecriture, toutes ces explicitations de la Cène du Jeudi Saint, l’Eglise les a trouvées comme sans les  chercher dans la spontanéité de sa foi et de son amour d’Epouse.

 

C’est encore la même ferveur de foi et d’amour qui lui a fait multiplier les témoignage d’humilité et d’adoration, découvrir tant d’expressions saisissantes de la crainte chaste et filiale, redire sous tant de formes et comme dans un gémissement inspiré par l’Esprit de Jésus : Père très clément, faites que notre sacrifice soit agréé. Il le sera évidemment puisqu’il est le seul sacrifice entièrement digne de votre sainteté ; le seul vraiment propitiatoire ; il est en effet le sacrifice de votre Fils en personne ; mais enfin, c’est sur nous que doit retomber la rosée vivifiante du sang divin, nous qui risquons d’être aussi imperméables que la roche du Calvaire. Ne le permettez pas, quelque soit notre indignité. Que le sacrifice de votre Fils que vous avez mis entre nos mains, entre nos mains débiles, entre nos mains impures, soit reçu par vous avec tant de bienveillance qu’il produise en nous tous ses effets. Que notre âme se prépare à être détrempée par votre grâce ; qu’elle devienne réceptive et se laisse doucement imprégner, de sorte que les semences de grâce y fructifient au centuple. Que notre sacrifice, Père très clément, vous soit agréable en ce sens qu’il portera dans nos cœurs tous ses fruits. Mais également qu’il vous soit agréable en ce sens que notre pauvre offrande personnelle ne sera pas indigne d’être intégrée au sacrifice de votre Fils ; notre offrande à coté de la sienne ne sera pas dépareillée ; bien mieux elle se perdra dans son offrande parfaite comme la goutte d’eau dans le vin du calice.

 

Ceux qui reprochent à l’offertoire et au Canon romain d’avoir multiplié les « accepta habeas » n’ont pas bien compris que le sacrifice offert par l’Eglise n’est autre que celui du Christ lui-même. L’offrant avec amour, elle ne peut être que saisie d’une crainte chaste à la pensée qu’elle pourrait mettre obstacle, n’être pas suffisamment accordée au cœur de son Epoux.

 

Le même amour qui fait multiplier les « accepta habeas » confère aux prières du Canon cette largeur, cette sollicitude et pour tout dire cette tendre catholicité que certains esprits, par légèreté, par sécheresse, par goût du système, que sais-je encore, tiennent pour une diversion ou un ornement superfétatoire. Comme si pouvait être superfétatoire l’intercession pour la hiérarchie ecclésiastique, pour les assistants et tous ceux qu’ils portent dans leur affection, pour le salut de leur âme et la santé de leur corps ; comme si pouvait être superflue la supplication pour la préservation du feu éternel ; pour la paix intérieure et une paix politique digne de ce nom ; comme si c’était une surcharge sans intérêt que le douloureux « memento » pour les serviteurs et les servantes de Dieu qui nous ont précédés marqués du signe de la foi et qui dorment du sommeil de la paix. Et je ne parle pas du recours aux saints de la loi de nature et de la loi écrite : Abel, Abraham, Melchisédech qui offraient avec une âme pure des sacrifices figuratifs et qui saurons bien nous obtenir des dispositions très saintes pour offrir l’unique sacrifice véritable : « sanctum sacrificium, immaculatam hostiam ».

 

Trouver superfétatoire et distrayante l’immense intercession de l’Eglise dans le Canon romain, prétendre la supprimer pour y substituer, juste après le Credo et avant l’Offertoire, je ne sais quelle prière universelle, en, général tendancieuse, unilatérale ou fantaisiste, c’est avoir oublié la portée du sacrifice sacramentel qui s’accompli à la double consécration.

 

Universel comme le sacrifice du Vendredi saint et d’une valeur réparatrice pareillement infinie, il touche directement et avec une forme divine les vivants et les âmes du purgatoire, les vivants pour les convertir, les garder, les purifier, les défunts pour les délivrer : loin d’être sans répercussion sur le temporel il obtient du Père céleste que le temporel lui-même soit disposé par lui en vue de son Eglise et de notre vie spirituelle ; bref, pour reprendre les formules bien connues, le sacrifice de la messe est indivisiblement latéritique et eucharistique puisqu’il rend à Dieu une adoration et une action de grâce digne de lui ; propitiatoire, puisqu’il satisfait pour nos péchés avec surabondance ; impétratoire puisqu’il intercède pour tous les biens spirituels et pour tous les bien temporels qui s’y trouvent reliées.

 

Après la consécration, dans la deuxième partie du Canon, la prière Supplices te rogamaus Omnipotens Deus, sans oublier un instant le sacrifice, nous tourne plus directement vers la communion : ut quotquot ex hac altaris participatione coelesti et gratia repleamur. Pour achever de nous disposer à communier dans la foi et dans la grâce, dans l’humilité et l’adoration, à ce pain vivant qui est le Seigneur lui—même, nous récitons le Pater, l’Agnus Dei, nous nous frappons la poitrine par trois fois en répétant les paroles du Centurion. Enfin le prêtre dépose l’hostie sainte sur les lèvres du fidèles qui s’est mis à genoux

 

Ainsi ordonné le rite de la communion est dans une convenance parfaite avec la Foi : il s’agit bien d’un repas et dune nourriture, mais c’est un repas mystique : cette nourriture est le pain céleste, Jésus-Christ, Fils de Dieu. Voilà pourquoi il est reçu à genoux, voilà pourquoi c’est au prêtre qu’il est réservé de le donner sauf des cas tout à fait exceptionnels, car le prêtre a reçu du Souverain prêtre, à l’égard du corps eucharistique, un pouvoir qu’il ne partage avec nul autre. Dans la communion, il s’agit bien d’une union avec nos frères, mais d’une union selon la grâce, qui dérive de l’union préalable à Jésus-Christ tête du Corps Mystique. Nous sommes infiniment loin d’une union de nature humanitaire ou politique. Nous sommes dans l’ordre de la grâce et, à l’intérieur de cet ordre, dans l’ordre suprême du Saint Sacrement qui ne nous apporte la grâce si toutefois nous vivons déjà de la vie divine, qu’à la suite de la résidence en nos cœurs de l’Auteur même de la grâce. Ce n’est plus comme en d’autres sacrements, une purification ou une « confirmation », c’est une communion réelle et personnelle, parce que le Seigneur a commencé par établir sa résidence en nous-même. Qui manducat meam carnem et bibit meum sanguinem, in me manet et ego in eo.

 

Raisons de refuser le Nouvel Ordo.

 

Si deux cardinaux et des prêtres de plus en plus nombreux, en attendant le tour des évêques successeurs des Apôtres, ont déclaré solennellement leur propos de s’en tenir à la Messe romaine de toujours, c’est à cause  de la convenance de ses rites et de son formulaire avec le mystère de l’Eucharistie tel que le Seigneur l’a institué pour jamais : sacrifice réel, communion réelle, présence réelle, dignité spéciale du prêtre.

 

Le refus du Nouvel ordo est tout à fait autre chose qu’une opposition à des rubriques nouvelles ; c’est le refus d’un rite qui dissout le mystère de la Messe, qui, par ses équivoques, favorise l’abolition du sacrement de l’autel.

 

«  Vous faites beaucoup de train pour un offertoire » me disait un confrère. Mais une telle remarque passe à côté de l’objet, car il s’agit de beaucoup plus que de la suppression de l’offertoire, laquelle est déjà une transformation sans précédent. Il s’agit de transformations multiples et tellement profondes qu’elles tendent à ruiner la substance de la Messe.

 

(Ici on peut comprendre que le cardinal Ratzinger, aujourd’hui Benoît XVI veuille procéder à la réforme de la réforme NDLR)

 

En effet il n’est plus de langage fixe et assuré même pour le Canon, puisque l’on rend quasi-obligatoire les langues nationales ou régionales ; de plus le sens du sacrifice s’affaiblit graduellement, moins encore parce que l’on supprime l’offertoire, ce qui est déjà très grave, que parce que l’on fait prévaloir( si pratiquement on ne l’impose pas) une prière eucharistique ultra rapide et peu consistante. Ajoutez à cela que le célébrant ne fait plus que très rarement la génuflexion ou supprime toute à fait cette marque d’adoration ; de plus on oblige souvent les fidèles à communier debout, dans la main, et après avoir rendu le recueillement impossible ; l’habitude s’introduit même de confier le ciboire de la communion à des  laïcs et à des femmes.

 

Le vice radical du nouvel Ordo, c’est d’avoir introduit dans la célébration de la messe le système de rites ad libitum, de formulaires ad libitum et souvent imprécis qui autorisent, sous la garantie de la légalité, aussi bien la messe véritable que le mémorial hérétique. A cette Messe polyvalente, comme dit si justement le Courrier de Rome, nous ne cessons d’opposer un refus respectueux mais irréductible.

 

 Le nouvel Ordo est un Ordo à tiroirs. Par suite il arrive cette chose vraiment monstrueuse que le prêtre catholique et le prêtre moderniste sont également justifiés dans leur célébration.

 

Tel prêtre orthodoxe et même pieux, en poussant un des tiroirs des lectures, des prières universelles, des « prières eucharistiques » et du rite de la communion réussit, tant bien que mal, à se composer une Messe à peu près convenable et certainement valide. A l’opposé, il suffira au prêtre moderniste, ne croyant pas plus à la présence réelle qu’à la réalité du sacrifice eucharistique et à la dignité spéciale du prêtre, de pousser un autre tiroir pour se composer sans difficulté une Messe en accord avec son hérésie ; ne croyant pas à la présence réelle il donnera la communion dans la main ou la fera distribuer par une fille ; ne croyant pas au Saint sacrifice il se servira du mini canon ; il fera de la consécration une simple lecture du texte sacré, puis, tenant compte des « urgences pastorales », conformément à l’esprit du Nouvel Ordo, il encadrera la pseudo-consécration d’invocations tendancieuses, comme au parant il avait multiplié les demandes suspectes dans une prière universelle de son cru. Le prêtre moderniste agira de cette façon sans que vous puissiez lui adresser de reproches graves car le propre de la nouvelle Messe est d’avoir disposé des tiroirs tout à la fois pour le prêtre moderniste et le prêtre fidèle, il suffit de pousser. Quiconque dans un couvent supporte d’assister, en plus de la Messe concélébrée, aux Messes privées célébrées encore par différents prêtres, peut constater la vérité de ce que j’avance. Mais du reste on le constate dans les paroisses qui ont un clergé nombreux et non encore totalement conditionnée par le modernisme. Par la diversité des tiroirs le nouvel Ordo est arrangeant pour le moderniste comme pour le  catholique. En quoi il est déjà très gravement équivoque.

 

Mais il faut dire plus. Il faut dire et d’abord il faut voir qu’il est plus arrangeant pour le moderniste que pour le catholique. Le prêtre fidèle et le prêtre hérétique ne sont même pas également favorisés, ce qui déjà serait intolérable. Le prêtre fidèle est sournoisement contrecarré, car le nouvel Ordo, dans son esprit comme dans sa lettre, soumet le prêtre aux « options » de l’assemblée ; or tout le monde  voit comment, dans une période d’anarchie, les hérétiques ont beau jeu pour extorquer de l’assemblée du peuple de Dieu des vœux et des motions hérétiques. Aussi bien des prêtres fidèles qui ont cédé sur le nouvel Ordo en sont réduits à faire varier rites et formulaires d’après les capacités et l’importance numérique de l’assemblée. Le mini canon, les prières universelles extravagantes, la distribution de l’hostie dans la main qu’ils n’admettent pas devant un petit groupe de fidèles, ils s’y résignent devant une assistance plus nombreuses ; ils se résignent même alors à bien d’autres manipulations qui, en elles-mêmes, favorisent l’hérésie protestante et moderniste.

 

Comme si tout cela ne suffisait pas à rendre essentiellement équivoque le nouvel Ordo, les traductions des textes sont faites selon le principe non de la conformité aux textes mais de la primauté des « urgences pastorales ». C’est une imposture de parler encore de traduction. On  en viendra obligatoirement, si ce n’est déjà fait, à fausser le texte de l’Ecriture et à utiliser des formulaires qui rendent la Messe invalide.

 

(Voyez l’ordre qui vient d’être donné par la Congrégation du culte divin, au mois d’octobre 2006  de revenir à l’expression « pro multis » en abandonnant définitivement le « pro omnibus » NDLR)

C’est parce que les équivoques du nouvel Ordo ont cette gravité que nous gardons la Messe romaine de toujours.

 

Les rites et les formulaires de cette Messe, trouvés dès les premiers siècles, sont merveilleusement adaptés (et sans glissement possible) au mystère de l’Eucharistie tel que le Seigneur l’a fait, tel qu’il le gardera certainement dans son Eglise jusqu’à la Parousie : vrai sacrifice,  vraie communion, présence vraie, substantielle, personnelle, vrai sacerdoce. Quelles que soient au-dedans de l’Eglise certaines faiblesses de l’autorité, quelles que soient au dehors, les persécutions des ennemis, la Vierge Mère de Dieu obtiendra à l’Eglise catholique, la seule Eglise vraie, de garder la vraie Messe jusqu’à la fin.

 

Vous portates, digne Vierge, Princesse,

Jésus régnant qui n’a ni fin ni cesse…

Vierge portant sans rompure encourir

Le sacrement qu’on célébre à la Messe :

En cette foi je veux vivre et mourir ».

(Villon, Ballade pour prier Notre Dame)