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Un regard sur le monde
politique et religieux
au 17 avril 2009
N° 212
Par Monsieur l’abbé Paul Aulagnier
Monseigneur Lefebvre
et
Benoît XVI
Dans les deux derniers numéros d’Item du 3 et du 10 avril 2009, nous
avons vu que la raison fondamentale « des réserves » de Mgr
Lefebvre - c’est son terme - vis-à-vis du Concile Vatican II, et plus
particulièrement vis-à-vis des documents
comme « Gaudium et Spes »,
« la liberté religieuse » et « le dialogue
interreligieux », était le profond changement entervenu depuis le Concile
« dans le rapport de l’Eglise avec le monde ». Il répondait,
en effet, dans sa lettre du 13 avril 1978 au cardinal Seper : « Le
problème de fond de notre persévérance dans
Nous allons étudier ce
changement intervenu dans la doctrine politique entre l’enseignement de
l’Eglise donnée avant le Concile Vatican II et après le Concile Vatican II.
Au milieu du monde
contemporain qui affirme son laïcisme,
avec véhémence,
Mgr Lefebvre reste
fidèle à la doctrine sociale de l’Eglise particulièrement bien expliquée par Pie
XI dans son encyclique « Quas Primas »
sur
C’est l’exposé de la
doctrine que l’on a appelée la doctrine « des deux glaives », le
spirituel et le temporel. L’un dans les mains de l’Eglise, l’autre dans les
mains du politique. Mais « Il faut
qu’une épée soit sous l’autre et que l’autorité temporelle se soumette au
pouvoir spirituel » (Boniface VIII, dans « Unam Sanctam ». Voilà la doctrine. C’est ce que Léon XIII
appelle la « concorde du sacerdoce et de l’Empire ».On ne peut taire cette
doctrine « même si elle est totalement foulée aux pieds par la puissance
terrestre de l’Antéchrist ». Même si elle est niée aujourd’hui plus que
jamais.
Comme le dit
merveilleusement Jean Madiran, dans un récent article de Présent, de fin février 2009 : « Annoncer dans une société sans
Dieu la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ, ce n’est pas forcément
préparer un coup d’Etat ni fomenter une révolte. C’est annoncer l’Evangile.
Requête concrètement chimérique, politiquement irréalisable ? Peut-être pour
longtemps. Mais ce n’est pas une raison pour la taire, et pour en détourner
l’enseignement catholique. Ce n’est pas une raison pour cesser d’en faire une
intention de prière. Ce n’est pas une raison pour laisser le peuple chrétien
s’accoutumer à penser que l’essentiel et l’urgent sont ailleurs, et que
Voilà ce qui ne
fut plus soutenu et affirmé par le
Concile Vatican II, essentiellement
après les prises de position d’un Jacques Maritain ou d’un Yves Congar. O.P.
Voilà ce qui, par le Concile Vatican II, est appelé « utopie ». C’était déjà affirmé par Jacques Maritain dans son « Humanise intégral » : « Pris dans son essence,
l’idéal médiéval d’une société sacrale chrétienne n’est certainement pas
mauvais, puisqu’il a été bon. Mais
existentiellement il correspond à quelque chose
de fini. S’il nous est permis d’employer d’une façon paradoxale le langage
de la métaphysique dans le registre de la philosophie de l’histoire, disons que
cet idéal ou cette image prospective a
été vraiment une essence, c’est-à-dire un complexe intelligible capable
d’existence et appelant l’existence, mais qu’à présent, et par rapport à
l’existence concrète et datée de l’âge historique où nous entrons, ce n’est
plus qu’un être de raison, conçu ad instar entis et incapable
d’exister » (p 213)
Horrible
affirmation !
A laquelle s’oppose
non un philosophe ni un théologien, mais
Loi perpétuelle valable pour tous les temps, voilà ce que proclame
Léon XIII où le philosophe Maritain ne voit qu’un être de raison. Et, en vérité, l’ordre traditionnel en ce qu’il
a d’essentiel, c’est-à-dire, dans la
subordination de la vie et du pouvoir public à
Ainsi la question de
l’ordre social traditionnel dans son essence est, quelles que soient les
circonstances historique, l’enseignement de l’Eglise. Il est aussi certain et
aussi vrai aujourd’hui qu’au temps des Apôtres quand une poignée d’hommes se
présentaient à l’hostilité d’un monde de juifs et d’infidèles, comme au temps
de saint Augustin et du Saint Empire Romain Germanique, comme il le sera demain
au temps de l’apostasie universelle de l’Antéchrist ; aussi certain et
aussi vrai en Espagne et en Argentine qu’en Angleterre, aux Etats-Unis et en
Russie ; aussi certain et vrai dans le monde des idées que dans celui de
l’action. Et alors comme aujourd’hui, cette vérité doit servir de règle de conduite
et donner l’impulsion à l’action des individus, des familles et des Etats,
parce que « hier, aujourd’hui et toujours », Jésus-Christ est Roi des
Nations ».
C’est à cette doctrine
et à cette règle d’action que Mgr Lefebvre, toute sa vie, fut fidèle !
Que, dans de telles
circonstances concrètes de temps et de lieu, cette règle d’action doive être
limitée à une réalisation imparfaite ou presque nulle, en raison de
l’impossibilité de fait, tenant à l’actualité par la malice des hommes, cela est
admissible ; mais même dans ce cas, il y aura toujours obligation pour les
individus, les familles, les Etats de mettre toute leur énergie, quoique avec
prudence, pour que ces circonstances émanées des circonstances disparaissent et
qu’ainsi l’on s’achemine vers la plus parfaite concorde du Sacerdoce et de
l’Empire, dans la reconnaissance de l’universel vasselage qui est dû à la
royauté de Jésus-Christ.
Voilà ce qu’écrit
Jules Meinvielle dans son « de
Lamennais à Maritain » aux pages
76-77.
Voilà ce que Mgr
Lefebvre prêcha sans cesse sa vie durant. Voilà ce qu’il nous enseigna.
Voilà ce à quoi ses
disciples doivent rester fidèles.
Mais est-ce toujours
« « la pensée politique » des membres de la hiérarchie de
l’Eglise ? En ce domaine « politique » n’y a-t-il pas eu un
« changement »depuis Vatican II, comme le laisse entendre Mgr
Lefebvre ? La doctrine des « deux glaives » est-elle toujours
prêchée et enseignée ?
On peut , me
semble-t-il, porter une preuve de la justesse de la pensée de Mgr Lefebvre en
analysant le discours prononcé par Benoît XVI à l’ONU, lors de son voyage aux
Etats-Unis, le 18 avril 2008.
L’extrait que je vais
vous citer et qui concerne l’objet de notre étude, me semble le prouver. Est-ce
audacieux de le dire ? Je ne sais. Une seule chose me guide, la vérité.
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Le 18 avril 2008 ;
Discours de Benoît XVI aux Nations Unies
« À mesure que l’on avance dans l’histoire, de nouvelles situations surgissent et l’on cherche à y attacher de nouveaux droits. Le discernement, c’est-à-dire la capacité de distinguer le bien du mal, est encore plus nécessaire quand sont en jeu des exigences qui appartiennent à la vie et à l’action de personnes, de communautés et de peuples. Quand on affronte le thème des droits, qui mettent en jeu des situations importantes et des réalités profondes, le discernement est une vertu à la fois indispensable et féconde.
Le discernement nous amène alors à souligner que laisser aux seuls États, avec leurs lois et leurs institutions, la responsabilité ultime de répondre aux aspirations des personnes, des communautés et de peuples tout entier peut parfois entraîner des conséquences rendant impossible un ordre social respectueux de la dignité de la personne et de ses droits.
Par ailleurs, une vision de la vie solidement ancrée dans la dimension religieuse peut permettre d’y parvenir, car la reconnaissance de la valeur transcendante de tout homme et de toute femme favorise la conversion du cœur, ce qui conduit alors à un engagement contre la violence, le terrorisme ou la guerre, et à la promotion de la justice et de la paix.
Cela favorise aussi un milieu propice
au dialogue interreligieux que les Nations unies sont appelées à soutenir
comme elles soutiennent le dialogue dans d’autres domaines de l’activité
humaine. Le dialogue doit être reconnu
comme le moyen par lequel les diverses composantes de la société peuvent
confronter leurs points de vue et réaliser un consensus autour de la vérité
concernant des valeurs ou des fins particulières.
Il est de la nature des religions librement pratiquées de pouvoir mener de manière autonome un dialogue de la pensée et de la vie. Si, à ce niveau là aussi, la sphère religieuse est séparée de l’action politique, il en ressort également de grands bénéfices pour les personnes individuelles et pour les communautés.
D’autre part, les Nations unies peuvent compter sur les fruits du dialogue entre les religions et tirer des bénéfices de la volonté des croyants de mettre leur expérience au service du bien commun. Leur tâche est de proposer une vision de la foi non pas en termes d’intolérance, de discrimination ou de conflit, mais en terme de respect absolu de la vérité, de la coexistence, des droits et de la réconciliation.
Les droits de l’homme doivent évidemment inclure le droit à la liberté
religieuse, comprise comme l’expression d’une dimension à la fois individuelle
et communautaire, perspective qui fait ressortir l’unité de la personne tout en
distinguant clairement entre la dimension du citoyen et celle du croyant. Au
cours des dernières années, l’action des Nations unies a permis que le débat
public offre des points de vue inspirés par une vision religieuse dans toutes
ses dimensions y compris le rite, le culte, l’éducation, la diffusion
d’information et la liberté de professer et de choisir sa religion. Il n’est
donc pas imaginable que des croyants doivent se priver d’une partie d’eux-mêmes
– de leur foi – afin d’être des citoyens actifs. Il ne devrait jamais être
nécessaire de nier Dieu pour jouir de ses droits. Il est d’autant plus
nécessaire de protéger les droits liés à la religion s’ils sont considérés
comme opposés à une idéologie séculière dominante ou à des positions
religieuses majoritaires, de nature exclusive. La pleine garantie de la liberté religieuse ne peut pas être limitée au
libre exercice du culte, mais doit prendre en considération la dimension
publique de la religion et donc la possibilité pour les croyants de participer
à la construction de l’ordre social. Ils le font effectivement à l’heure
actuelle par exemple à travers leur engagement efficace et généreux dans un
vaste réseau d’initiatives qui va des Universités, des Instituts scientifiques
et des écoles, jusqu’aux structures qui promeuvent la santé et aux
organisations caritatives au service des plus pauvres et des
laissés-pour-compte. Refuser de reconnaître l’apport à la société qui
s’enracine dans la dimension religieuse et dans la recherche de l’Absolu
– qui par nature exprime une communion entre les personnes – reviendrait à
privilégier dans les faits une approche individualiste et, ce faisant, à
fragmenter l’unité de la personne. »
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Je vois dans ces paroles de Benoît
XVI les principes de la « Nouvelle chrétienté » de Jacques Maritain
exposés dans ses livres « Du régime temporel » ou « Religion et
culture » et « Humanisme intégral », voir même dans « de
Bergson à saint Thomas ». Là, Maritain appelle à la construction de la
cité future tous les ouvriers de toutes les religions et de toutes les sectes.
Il ne leur demande que d’embrasser le même idéal social, de respecter toutes
les croyances et d’apporter un certain appoint de forces morales. Mais c’était
l’idéal du Sillon et même de ce que l’histoire a appelé « le plus grand
Sillon » : réunir, dans le plus grand sillon, des croyants de toutes
les dénominations et même des non croyants pourvu toutefois qu’ils acceptent
une foi démocratique commune. Maritain ainsi invite tous les ouvriers de toutes
les religions et de toutes les sectes à construire la cité « de l’amitié
fraternelle », de laquelle sera seul exclu celui qui n’accepte pas cette
foi basique commune. N’est-ce pas la pensée exprimée par Benoît XVI devant
cette haute assemblée de l’ONU ?
Mais saint Pie X s’élevait contre
cette véritable – pour le coup - utopie : « Mais plus étranges encore
, effrayantes et attristantes à la fois, sont l’audace et la légèreté d’esprit
d’hommes qui se disent catholiques, qui rêvent de refondre la société dans de
pareilles conditions et d’établir sur terre, par-dessus l’Eglise catholique,
« le règne de la justice et de l’amour avec des ouvriers venus de toutes
parts, de toutes religions ou sans religions, avec ou sans croyances, pourvu
qu’ils oublient ce qui les divise : leurs conviction religieuses et
philosophiques et qu’ils mettent en commun ce qui les unit : un généreux
idéalisme et des forces morales prisent « où ils peuvent ».
Et Saint Pie X de poursuivre :
« Quand on songe à tout ce qu’il a fallu de science, de vertus
surnaturelles pour établir la cité chrétienne, et les souffrances de millions
de martyrs et les lumières des Pères et des Docteurs de l’Eglise et le
dévouement de tous les héros de la charité, et une puissante hiérarchie née du
ciel, et des fleuves de grâce divine, et le tout édifié, relié, compénétré par
Mais comment Maritain qui a écrit
tant de beaux livres et en particulier « Distinguer pour unir » ne
s’aperçoive pas de l’erreur de sa pensée. Ne voit-il pas ce que Pie X dit
encore au même endroit : « Nous craignons qu’il n’y ait encore pire.
Le résultat de cette promiscuité en travail, le bénéficiaire de cette action
sociale cosmopolite ne peut être qu’une démocratie qui ne sera ni catholique ni
protestante, ni juive ; une religion plus universelle que l’Eglise catholique,
réunissant tous les hommes devenus enfin frères et camarades dans le
« règne de Dieu ». « On ne travaille pas pour l’Eglise, on
travaille pour l’humanité ».
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Il me semble que ceux de
Et tout cela me fait penser au beau
livre de Mgr Lefebvre : « Ils
l’ont découronné ». Certes, ce livre fut mis en forme par Mgr Tissier
de Mallerais, à l’époque simple prêtre, mais il travailla sur les conférences
données par Mgr Lefebvre aux séminaristes. De plus Mgr Lefebvre lui donna sa
totale approbation - il fut publié sous
son propre nom – C’est vraiment sa
propre pensée.
Or le chapitre XIX aborde notre
question. Il a pour titre : « le mirage du pluralisme » et pour
sous titre : « de Jacques Maritain à Yves Congar ».
Voici ce chapitre :
Maritain fut le maître de Paul VI. Et
du reste, c’est à lui que Paul VI, le 8 décembre 1965, jour de la clôture du Concile,
remit le texte d’un des messages finaux du Concile au monde. Or voici ce que
déclarait l’un de ces textes, le message aux gouvernants lu par le cardinal Léinart :
« Dans
votre cité terrestre et temporelle, il construit mystérieusement sa cité
spirituelle et éternelle, son Eglise. Et que demande-t-elle de vous cette
Eglise, après deux mille ans bientôt de vicissitudes de toutes sortes dans ses
relations avec vous, les puissances de la terre ; que vous demande-t-elle
aujourd’hui ? Elle vous l’a dit dans un des textes majeurs de ce Concile :
elle ne vous demande que la liberté. La liberté
de croire et de prêcher sa foi, la liberté d’aimer son Dieu et de les servir,
la liberté de vivre et de porter aux hommes son message de vie. Ne la craignez
pas : elle est à l’image de son Maître, dont l’action mystérieuse
n’empiète pas sur vos prérogatives, mais guérit tout l’humain de sa fatale
caducité, le transfigure, le remplit d’espérance, de vérité et de beauté ».
C’était canoniser la thèse
maritanienne de la « société
vitalement chrétienne » selon laquelle, d’un mouvement progressif et
nécessaire, l’Eglise, renonçant à la protection du glaive séculier, s’émancipe
vis-à-vis de la tutelle gênante des chefs d’Etats catholiques et se contentant
désormais de la seule liberté, se réduit maintenant à n’être plus que le levain
évangélique caché dans la pâte ou le signe du salut pour l’humanité.
Cette émancipation de l’Eglise
s’accompagne, avoue Maritain, d’une émancipation réciproque du temporel
vis-à-vis du spirituel, - ( NB c’est ce que demande Benôit XVI aux pouvoirs
temporels dans son discours à l’ONU. Ce
chapitre de Mgr Lefebvre est prophétique) - de la société civile à l’égard de
l’Eglise, d’une laïcisation de la vie publique, qui à certains égards est une
« perte ». Mais cette perte est largement compensée, par le progrès
qu’en acquiert la liberté ; et par le pluralisme religieux instauré
légalement dans la société civile. Chaque famille spirituelle jouirait d’un
statut juridique propre et d’une juste liberté. Il y a ainsi tout au cours de
l’histoire humaine une loi qui se dégage, « une « double loi de
dégradation et de la surélévation de l’énergie de l’histoire » : la
loi de l’émergence de la conscience de la personne et de la liberté, et la loi
corrélative de la dégradation de la quantité des moyens temporels mis au
service de l’Eglise et du triomphalisme de celle-ci !
« Tandis
que l’usure du temps et la passivité de la matière dissipent et dégradent
naturellement les choses de ce monde et l’énergie de l’histoire, les forces
créatrices qui sont le propre de l’esprit et de la liberté (….) remontent de
plus en plus la qualité de cette énergie. La vie des sociétés humaines avance
et progresse ainsi au prix de beaucoup de pertes ». (Les droits de
l’homme et la;loi naturelle p. 34)
Vous reconnaissez la fameuse « énergie
créatrice » de Bergson et la non
moins fameuse « émergence de la conscience » de Teilhard de Chardin.
Tout ce beau monde, Bergson, Teilhard, Maritain a dominé et corrompu pendant
des décades et encore pour longtemps la pensée catholique.
Mais objecterez-vous à Maritain que
devient le règne social de Notre Seigneur, dans votre « société vitalement chrétienne », si
l’Etat ne reconnaît plus Jésus-Christ et son Eglise ? Ecoutez bien la
réponse du philosophe : la chrétienté est susceptible de plusieurs
réalisations historiques successives, essentiellement diverses mais analogiquement
unes ; à la chrétienté médiévale de type « sacral » et
« théocratique » caractérisée par l’abondance de moyens temporels au
service de l’unité dans la foi, doit succéder aujourd’hui « une nouvelle
chrétienté » caractérisée, nous l’avons vu, par l’émancipation réciproque
du temporel et du spirituel et par le pluralisme religieux et culturel de la
cité. ( NB C’est la pensée de Benoît XVI. Cette présentation de Mgr Lefebvre
est prophétique).
Quelle habileté, dans l’usage fait de
la théorie philosophique de l’analogie, pour nier tout simplement le règne
social de NSJC ! Or, que la chrétienté puisse se réaliser de manière différente dans la monarchie
de saint Louis et dans
Jacques Maritain, en fait, a été
ébloui par la civilisation de type ouvertement pluraliste des Etats-Unis
d’Amérique, au sein de la quelle l’Eglise catholique jouissant du régime de la seule
liberté, a vu un essor remarquable du nombre de ses membres et de ses
institutions. Mais est-ce u n argument suffisant en faveur du principe du
pluralisme ?
Demandons la réponse aux papes.
Léon XIII, dans l’Encyclique Longiqua Oceani, du 6 janvier 1895, fait
l’éloge des progrès de l’Eglise aux Etats-Unis. Voici son jugement la dessus.
« Chez
vous, écrit-il aux évêque américains,
grâce à la bonne constitution de l’Etat, l’Eglise n’étant gênée par les liens
d’aucune loi, étant défendue contre la violence par le droit commun et l’équité
des jugements, a obtenu la liberté garantie de vivre et d’agir sans obstacle. Toutes
ces remarques sont vraies ; pourtant, il faut se garder d’une
erreur : qu’on n’aille pas conclure de là que la meilleure situation pour
l’Eglise est celle qu’elle a en Amérique, où bien qu’il est toujours permis et
utile de séparer et de disjoindre les principes des affaires civiles et ceux
des affaires sacrées comme en Amérique.
En effet, si la religion catholique est honoré parmi vous, si elle est
prospère, si même elle s’est accrue, il faut l’attribuer entièrement à la
fécondité divine dont jouit l’Eglise, qui, lorsque personne ne s’y oppose,
lorsque rien ne lui fait obstacle, s’étend d’elle-même et se répand ; pourtant
elle produirait encore bien plus de fruits si elle jouissait, non seulement de
la liberté, mais encore de la faveur des lois et de la protections des pouvoirs
publics ».
Plus récemment, Pie XII note comme
Léon XIII que le pluralisme religieux peut être une condition favorable suffisante
au développement de l’Eglise et il souligne même qu’il y a de notre temps une
tendance au pluralisme :
« L’Eglise
sait aussi que depuis un certain temps les événements évoluent plutôt dans
l’autres sens, c’est-à-dire vers la multiplicité des confessions religieuses et
des conceptions de vie dans une même communauté nationale, où les catholiques
constituent une minorité plus ou moins forte »
« Il
est très intéressant et même surprenant pour l’Histoire de rencontrer aux
Etats-Unis d’Amérique un exemple, parmi d’autres, de la manière dont l’Eglise réussit
à s’épanouir dans des situations les plus disparates ».
Mais le grand pape s’est bien gardé
de conclure qu’il fallait pousser à la roue dans le sens du « vent de
l’Histoire » et promouvoir désormais le principe du pluralisme ! Au
contraire il réaffirme la doctrine catholique :
« L’historien
ne devrait pas oublier que, si l’Eglise et l’Etat connurent des heures et des
années de lutte, il y eut, de Constantin le Grand jusqu’à l’époque contemporaines
même récente, des périodes tranquilles, souvent prolongées, pendant lesquelles
ils collaborèrent dans une pleine compréhension à l’éducation des mêmes
personnes, l’Eglise ne dissimule pas qu’elle considère en principe cette
collaboration comme normale et qu’elle regarde comme un idéal l’unité du peuple
dans la vraie religion et l’unanimité d’action entre elle et l’Etat ».
Tenons fermement cette doctrine et défions
–nous du mirage du pluralisme. Si le vent de l’histoire semble souffler
actuellement dans cette direction, ce n’est assurément pas le Souffle de
l’Esprit divin, mais bien plutôt, à travers deux siècles de travail de sape de
la chrétienté, le vent glacial du libéralisme et de
Yves
Congar et autres
Le Père Congar n’est pas de mes amis.
Théologien expert au Concile, il fut avec Karl Rahner, l’auteur principal des
erreurs que je n’ai cessé, depuis, de combattre. Il a écrit, entre autres, un
petit livre intitulé Monseigneur Lefebvre
et la crise de l’Eglise. Or vous allez voir, à la suite de Maritain, le
Père Congar nous initier aux arcanes de l’évolution du contexte historique et
du vent de l’histoire.
« On
ne peut nier, dit-il, qu’un tel texte (la déclaration conciliaire sur la
liberté religieuse) ne dise matériellement autre chose que le Syllabus de 1864
et même à peu près le contraire des propositions 15, 77, 79 de ce document. Le
Syllabus défendait aussi un pouvoir temporel auquel, prenant acte d’une
situation nouvelle, la papauté a renoncé en 1929. Le contexte historico- social
dans lequel l’Eglise est appelé à vivre et à parler n’était plus le même, et
l’on avait appris des événements. Déjà au XIX siècle « des catholiques
avaient compris que l’Eglise trouverait un meilleur appui pour sa liberté dans
la conviction affirmée des fidèles, que dans la faveur des princes ».
Malheureusement pour le Père Congar,
ces « catholiques » ne sont autres que les catholiques libéraux
condamnés par les papes ; et l’enseignement du Syllabus, loin d’être
dépendant de circonstances historiques passagères, constitue un ensemble de
vérités logiquement déduites de la révélation et aussi immuables que la
foi ! Mais notre adversaire poursuit et insiste :
« L’Eglise de Vatican II par la
déclaration sur la liberté religieuse, par Gaudium
et Spes, l’Eglise dans le monde de ce temps – titre significatif – s’est nettement
située dans le monde pluraliste d’aujourd’hui, et sans renier ce qu’il y a eu
de grand, a coupé la chaîne qui l’auraient maintenues sur les rives du Moyen
Age. On ne peut demeurer fixé à un moment de l’histoire ».
Voilà ! le sens de l’histoire
pousse au pluralisme, laissons aller en ce sens la barque de Pierre et
abandonnons le Règne social de Jésus-Christ sur les rives lointaines d’un temps
dépassé…Vous trouverez ces mêmes théories chez le Père John Courteney Murray,
SJ ;, autre expert conciliaire, qui ose écrire, avec un sérieux doctoral
qui n’ a d’égal que sa suffisance, que la doctrine de Léon XIII sur l’union
entre l’Eglise et l’Etat est strictement relative au contexte historique dans
lequel il s’est exprimé :
« Léon
XIII était fortement influencé par la notion historique du pouvoir politique
personnel exercé de façon paternaliste sur la société comme sur une grande famille ».
Et hop ! le tour est joué :
à la monarchie, a succédé partout le régime de « l’Etat constitutionnel démocratique
et social », qui, nous assure notre théologien, et le redira au Concile
Mgr Smedt, « n’est pas une autorité
compétente pour pouvoir porter un jugement de vérité ou de fausseté en matière
religieuse ». Laissons le Père Murray poursuivre :
« Son œuvre propre est marquée d’une forte conscience historique. Il
connaissait les temps dans lesquels il vivait, et écrivait pour eux avec un admirable réalisme
historique et concret (…) Pour Léon XIII, la structure connue sous le nom
d’Etat confessionnel catholique (…) ne fut jamais plus qu’une hypothèse »
Quel relativisme doctrinal
ruineux ! Avec de tels principes, on peut relativiser toute vérité en
faisant appel à la conscience historique d’un moment fugitif ! Pie XI
écrivant Quas Primas était-il
prisonnier de conceptions historiques ? Et saint Paul également, lorsqu’il
affirme de Jésus-Christ : « Il faut qu’Il règne » ?
Je crois que vous avez assez saisi,
chez Maritain, Yves Congar et consorts, la perversité du relativisme doctrinal
historique. Nous avons affaire à des gens qui n’ont aucune notion de la vérité,
aucune idée de ce que peut être une vérité immuable. Il es risible de constater
que ces mêmes libéraux relativistes, qui ont été les vrais auteurs de Vatican
II, en arrivent maintenant à dogmatiser ce concile qu’ils déclaraient pourtant
pastoral et, à vouloir nous imposer les nouveautés conciliaires comme des
doctrines définitives et intouchables ! Et ils se fâchent si j’ose leur
dire : « Ah ! Vous dites que Quas Primas, le pape ne l’écrirait plus aujourd’hui ! Eh bien
moi je vous dis : c’est votre concile qu’on n’écrirait plus aujourd’hui,
il est déjà dépassé. Vous vous y cramponnez parce qu’il est votre œuvre :
mais moi, je tiens
----------------------------------
La doctrine du Droit Public de
l’Eglise sera nécessairement un des chapitres des conversations avec Rome. Je
me souviens que Mgr Lefebvre me remettait, un jour, dans son bureau, à Ecône,
un beau livre intitulé « Les principes du Droit Public de l’Eglise »
L’auteur en était le cardinal Camille Tarquini. « Etudiez le bien ».