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 Un regard sur l’actualité politique et religieuse

 Au 19 octobre 2005

 N°62

Par Monsieur l’abbé Paul Aulagnier

 

Un livre

de Jean Sévillia

« Quand les catholiques étaient hors la loi »

 

 

L’historien Jean Sévillia, dans son nouveau livre « Quand les catholiques étaient hors la loi » , nous raconte,  en 7 chapitres, l’histoire de la laïcité en France. En voici tout d’abord les titres. Le chapitre I est intitulé : « Quand Gambetta annonçait le programme des anticléricaux ». Le chapitre 2 est consacré à l’œuvre de Jules Ferry : « Quand Jules Ferry imposait la séparation de l’Eglise et de l’école ». Le chapitre 3 nous parle de l’action de Waldeck-Rousseau. Il a pour titre : « Quand Waldeck-Rousseau faisait la guerre aux moines et aux religieuses ». Le chapitre 4 a trait à Emile Combe et à son anticléricalisme doctrinal : « Quand Emiles Combes érigeait l’anticléricalisme en doctrine d’Etat ». Le chapitre 5 est consacré à Aristide Briand: « Quand Aristide Briand faisait triompher la séparation de l’Eglise et de l’Etat ». . Le chapitre 6 nous décrit la riposte de l’Eglise et la résistance héroïque de Saint Pie X : « Quand Pie X appelait les catholiques à défendre leur liberté »….J’ajouterais « au risque » de la pauvreté. Enfin le chapitre 7 conclut cette belle étude en nous racontant les relations plus paisibles s’établissant au bénéfice de la guerre de 14-18 et de la participation des « clercs » à cette terrible  guerre des tranchés…Il l’intitule : « Quand l’Eglise et l’Etat sont parvenus à un compromis ».

 

Ces titres sont bien choisis ainsi que celui même du livre. A eux seuls,ils nous laissent  entendre que cette période de 1879 à 1914, que va nous conter ce livre,  fut une période de vraie persécution des catholiques. Notre auteur utilise même le mot de « révolution »

 

Dans son introduction, en effet, il nous dit, en une belle synthèse,  que cette période fut « une œuvre de la révolution laïque ». Il ne craint pas de le dire. Il en fera une magistrale description tout au long de ses 7 chapitres.

 

Là, tout au début, dans son introduction, il écrit : « en France, de 1879 à 1914, le pouvoir a été exercé par des gouvernements se caractérisant tous, à de rares exceptions, par leur anticléricalisme. Contre l’Eglise, leur politique les a conduits à employer la force ».

 

Le malheur - ou la rouerie – veut que la plupart des manuels, quand  ils mentionnent ces faits leur accordent à peine trois lignes. La mémoire s’en est ainsi  perdue. « Elle s’est d’autant perdue que, à partir des années 20 et plus encore après la seconde guerre mondiale, l’Eglise et l’Etat sont parvenus à un  compromis autour d’une laïcité apaisée. Est-ce une raison pour réécrire l’Histoire ».

 

Il faut donc revenir aux sources, examiner les textes.

 

Alors on retrouve la réalité historique. Elle n’est pas ce que l’on croit trop facilement aujourd’hui. « La loi de 1905 ne peut être isolée : elle constitue l’aboutissement et l’achèvement d’un processus entamé vingt-cinq ans plus tôt. Or, ce processus politique et juridique a consisté à imposer à la société française une succession de lois laïcisatrices  toutes dirigées contre l’Eglise catholique ».

 

« Car la laïcité, dans l’esprit et la pratique de ses fondateurs, ne signifiait nullement la neutralité religieuse de la puissance publique : c’était alors une œuvre militante, une œuvre de combat contre le catholicisme et son influence en France ».

 

Alors furent chassées manu militari, du sol de France, les congrégations religieuses. Alors furent interdites les sociétés enseignantes. Les biens de l’Eglise furent spoliés, la séparation de l’Eglise et de l’Etat fut imposée, la rupture de Concordat également imposée à l’Eglise, le retrait de l’ambassade près le Saint-Siège décidé… Il n’y eut aucun « accord » négocié avec la hiérarchie catholique. Alors furent « entravés » les catholiques dans leur vie professionnelle. La « chasse aux sorcières » menée partout dans l’administration, dans l’armée. Dans les lieux publics. Les écoles catholiques furent fermées, l’enseignement laïcisé, les croix arrachées. Certes, la IIIe République sut créer, mais  ce fut le cas en toute l’Europe…,  plusieurs libertés modernes, comme la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté syndicale, la liberté d’association.

 

Mais on oublie de dire qu’en France, ces libertés n’étaient pas destinées à tous.

 

Notre auteur affirme que « entre 1879 et 1914, plusieurs lois d’exception ont exclu les religieux catholiques du régime commun aux citoyens. L’anticléricalisme aura exercé des « effets liberticides », estime Jean-Pierre Machelon,  professeur de droit qui a consacré sa thèse de doctorat d’Etat aux « Restrictions aux libertés publiques de 1879 à 1914 ».

 

Ce jugement fut celui également d’André Hauriou, « qui fut naguère une sommité de l’enseignement du droit ». Il a écrit : « Les lois sur la séparation des Eglises et de l’Etat, sur les biens ecclésiastiques, sur les congrégations religieuses, dans celles de leurs dispositions qui mettent hors du droit commun les biens ou les personnes ecclésiastiques, sont manifestement contraires aux principes de la liberté individuelle, de la liberté de conscience et des cultes, de la liberté  d’enseignement et de l’égalité devant la loi ».

 

Lutter contre l’Eglise et son influence sociale est le propre de bien des hommes politiques de l’époque.

 

René Viviani, ministre du Travail dans le cabinet Clemenceau, le déclare sans ambages, le 8 novembre 1906 à la tribune du Palais-Bourbon : « Tous ensemble, proclame-t-il, par nos pères, par nos aînés, par nous-mêmes, nous nous sommes attachés dans le passé à une œuvre d’anticléricalisme, à une œuvre d’irréligion. Nous avons arraché les consciences humaines à la croyance. Lorsqu’un misérable, fatigué du poids du jour, ployait les genoux, nous l’avons relevé, nous lui avons dit que derrière les nuages il n’y avait que des chimères. Ensemble, et d’un geste magnifique, nous avons éteint dans le ciel les lumières qu’on ne rallumera plus. Voilà notre œuvre, notre œuvre révolutionnaire. Est-ce que vous croyez que l’œuvre terminée ? Elle commence au contraire ». Et dans le journal « l’humanité en 1004, le même écrira : « La neutralité de l’école fut toujours un mensonge. Nous n’avons jamais eu d’autre dessein que de faire une université antireligieuse et antireligieuse d’une façon active, militante, belliqueuse ».

 

Ces deux textes sont cités par notre auteur à la page 237 et 238 de son livre.

 

Les faits justifient  son jugement.

 

C’est l’objet  de son livre. Mais tout également dans son introduction. Il l’ intitule : « Quand le sabre s’attaquait au goupillon ». C’est bien vu !

 

Là, il l’illustre par trois ou quatre histoires qui  soulèvent le cœur du lecteur d’indignation.

 

Tout d’abord contre les prémontrés de l’abbaye Saint Michel de Frigolet. C’est odieux !

 

« 5 novembre 1880. En Avignon, le 141e de ligne et cinq escadrons de cavalerie ont formé les faisceaux. Les troupes sont en tenue de campagne. A l’aube, sous le commandement du général de Brigade Guyon-Vernier, elles se sont mises en marche. Direction Tarascon. Sur une colline de la Montagnette se dresse leur objectif : l’abbaye Saint-Michel de Frigolet.

Il y a une vingtaine d’années, les prémontrés se sont installés ici, et ils ont restaurés las bâtiments en ruine. Aujourd’hui, sur décision du gouvernement, le monastère doit être fermé. L’ordre tombe sous le coup du décret du 16 octobre 1880, qui prescrit l’expulsion des congrégations non autorisées. Flanqué de gendarmes, un commissaire se présente à la grille et lit une sommation au père Hermann, représentant du père abbé, le révérend père Boulbon. Le moine répond que sa communauté, par humilité, ne saurait se distinguer des autres couvents qui ont résisté à la violence : il refuse l’arrêté d’expulsion.

Depuis quelques jours des milliers de fidèles campent dans  les environs. Certains se sont enfermés dans l’enceinte sacrée. On les entend crier : « Vive les gendarmes ! Vive la religion ! » Mais le père abbé ne veut pas les exposer. A sa demande, 200 d’entre eux quittent les lieux, dont le poète Frédéric Mistral, qui fut élève en ces lieux, au temps où l’abbaye abritait un pensionnat.

Au soir du 5 novembre, le préfet des Bouches-du-Rhône, Eugène Poubelle, confère avec le sous préfet et avec le général. Le plan de bataille est arrêté. Les hommes déployés en position d’attaque autour des bâtiments, il sera défendu de traverser les lignes ou de sortir de l’abbaye. Saint Michel de Frigolet est assiégé. Pendant que les artilleurs pointent leurs batteries vers le monastère, un bataillon d’enfanterie est demandé en renfort.
Le 6 novembre, un capitaine et un gendarme sont dépêchés afin de demander une nouvelle fois l’ouverture des portes. Ils essuient un nouveau refus. Le 7 novembre est un dimanche. Pour saluer la foule venue les soutenir les assiégés lancent un ballon : les militaires abattent l’en gin.

Le 8 novembre, les autorités décident d’en finir. Un serrurier est réquisitionné. Il monte à l’abbaye, encadré par le commissaire de police et par douze gendarmes qui traînent une charrette remplies de cordes, d’échelles et d’outils. Devront-ils escalader les murailles ? Le commissaire réitère les sommations, et le père Hermann lui oppose une nouvelle fin de non recevoir. Pendant que le serrurier s’attaque à la grille, les gendarmes défoncent à la hache une autre porte qui finit par s’ouvrir. Au bruit des coups, les religieux se sont rassemblés dans l’abbatiale. C’est là que les trouve le commissaire de police, ceint de son écharpe, le décret d’expulsion à la main. Le révérend père Boulbon lit une protestation qui se conclut par cette sentence : « Nous sommes  dans le douloureux devoir de vous déclarer que, vous et vos commettants, vous tombez sous le poids de l’excommunication majeure réservée au pape ». Décontenancées, les forces de police n’osent troubler l’office que les moines se mettent à chanter.

Après avoir reçu la bénédiction de leur supérieur, les moines quittent l’Eglise, sur la porte de laquelle les scellés sont apposés. Pendant que les fidèles restés sur place sont évacués, les religieux sont poussés dans les voitures affrétées par la préfecture. Escortés par les gendarmes et les dragons, ils quittent le couvent, cédant à la force. Dehors la foule chante Provençau e Catouli, le cantique de la Provence catholique.

Près de 2000 hommes de troupe ont été mobilisés pour chasser 37 moines. Dans les jours suivants, la presse internationale ironisera sur une armée française qui par cet exploit, croit tenir sa revanche de Sedan » (p. 12-13)

 

Ensuite contre les chartreux de la Grande Chartreuse, près de Grenoble.

 

« 27 avril 1903. Dans la journée, un bataillon du 140e de ligne et un détachement du 4e génie ont quitté Grenoble. De leur côté, deux escadrons du 2e dragons se sont mis en route à partir de Chambéry. Depuis deux semaines, la région se tient sur le qui-vive : la Grande Chartreuse doit être évacuée. Le 26 mars la Chambre des députés a repoussé la demande d’autorisation que les chartreux ont dû présenter en application de la loi du I er juillet 1901.

Le chef de gouvernement, Emile Combes, avait qualifié cet ordre monastique de « congrégation commerçante».  Dans une distillerie installée en contrebas du couvent, la Grande Chartreuse produit en effet une liqueur dont la recette est secrète, mais qui, devenue une marque déposée, remporte un immense succès en France et à l’étranger. De cette manne, les chartreux ne profitent nullement à titre personnel : selon la règle fixée par leur fondateur sain t Bruno, ils vivent dans une pauvreté absolue. L’argent que rapporte leur activité commerciale sert d’abord à entretenir les bâtiments conventuels, mais aussi à aider les paroisses environnantes, à bâtir des écoles ou des hôpitaux, à réparer les désastres d’un incendie ou d’une inondation. Fabriquer et distribuer la célèbre liqueur représente des centaines d’emplois qui irriguent toute l’Isère.

Le 12 avril, le révérend père général des chartreux, Dom Michel, a écrit à Combes afin de lui faire part de son refus de quitter les murs d’un monastère fondé au XIe siècle. Lui accordant son pardon pour « les procédés si peu dignes d’un chef de gouvernement », le prieur l’a toutefois averti de se préparer à comparaître « devant le tribunal de Dieu ». La conclusion prouvait qu’on peut être un vieux moine et pratiquer l’impertinence : « A bientôt, monsieur le Président du Conseil ! Je ne suis plus jeune et vous avez un pied dans la tombe. Préparez-vous, la confrontation que je vous annonce vous réserve des émotions inattendues. »

Le 15 avril, un commissaire est monté constater que les religieux ne sont toujours pas partis. Le 20, le procureur de la République a fait apposer les scellée sur les accès au monastère. Mais pour  défendre « ses » chartreux, la population s’est mobilisée. Sous la neige et dans le froid, des hommes  et des femmes sont arrivés de partout. La  nuit, autour de feux de bois, ils se chauffent comme ils peuvent. Le 28 avril, ils doivent être 5000. Certains chantent des cantiques ou récitent leur chapelet, mais quand les troupes se profilent sur la route, le 29 avril, à 2 heures du matin, c’est la Marseillaise que les manifestants entonnent. Et ils cirent : « Vive l’armée ! Vive les chartreux ! Vive la liberté ! »

Dans les derniers kilomètres,  les soldats ont du déblayer des barrages dressés avec des arbres ou des charrettes renversées. Devant eux sont massés les milliers de manifestants qui bloquent le passage. Il faut une bonne heure pour que les fantassins, mètre par mètre, fendent la foule. Les cavaliers les suivent, de même que les trois calèches qui, encadrées par une cinquantaine de gendarmes, transportent les magistrats. A l’intérieur du monastère, à trois heures et demie, pendant que les cloches sonnent le glas, les moines se regroupent dans l’église et rejoignent leur stalle. Le prieur entame la lecture de l’office du jour.

Dehors, la foule est toujours aussi compacte. On fait charger les chevaux pour briser la chaîne humaine qui interdit l’accès aux portes. En vain. Les manifestants crient toujours : « Vive les chartreux ! », « Vive l’armée ! », « Vive la République ! » Si les soldats  - qui sont des appelés  - s’efforcent de ne blesser personne, les gendarmes ont moins de scrupules. A quatre heures du matin, l’entrée du monastère est dégagée. S’approchant du grand portail, un magistrat sonne trois fois : « Je suis le juge d’instruction, ouvrez. » « Non », répond une voix derrière le guichet. « Nous sommes ici au nom de la loi. ». « Il n’y a plus de loi », rétorque le moine.

Le procureur ordonne au capitaine de gendarmerie de faire enfoncer la porte de service. Vingt minutes sont nécessaires aux sapeurs du génie, sous les sifflets de  la foule, pour accomplir leur besogne. A 5 heures, alors que les premières lueurs de jour dévoilent les montagnes, les forces de l’ordre pénètrent dans l’enceinte. Elles défoncent la porte de l’hôtellerie, puis la grille du cloître, et débouchent au premier étage, au niveau de la tribune de l’église. Dans leurs stalles, les moines se tiennent immobiles. Le juge d’instruction aperçoit Jean-François Pichat, député de Grenoble, et Me Poncet, avocat à la cour d ‘appel, venus assister les chartreux. « Je vous somme d’ouvrir, clame le magistrat, au nom de la loi ! » Faute de réponse, le juge et le procureur descendent l’escalier qui mène au rez-de-chaussée, et commandent aux gendarmes de défoncer la porte de l’église. Ils y pénètrent enfin, le chapeau sur la tête.

Les moines entonnent le Sub tuum, un chant d’invocation à la Vierge. Il reste à franchir la grille de bois qui sépare les stalles du reste de la nef. Un caporal escalade le jubé, et l’ouvre. Vingt deux chartreux sont là. Pour le prieur et pour chacun d’entre eux, un mandat d’amener est rédigé. Puis chacun des religieux est empoigné par deux gendarmes. A 7 heures du matin, tout est fini.

Après un ultime interrogatoire à l’hôtellerie des Dames, face au monastère, les chartreux descendent vers la vallée en voiture à cheval. Au-dessus de la foule qui les accompagne flottent deux drapeaux tricolores : un crêpe noir les endeuilles. A Saint-Laurent-du-Pont, les moines prennent le train pour leur lieu d’exil. Ce sera Pignerol, en Italie.

Le lendemain, le commandant de Coubertin, comandant du 2e dragons, envoie sa démission au ministre de la guerre ». (p. 15-16)

 

Ce sont là deux faits symboliques pris entre mille…

 

A eux seuls, ils suffisent à décrire la réalité historique

 

La laïcité : réalité historique, une « révolution laïque »  

 

La séparation de l’Eglise et de l’Etat, instituée par la loi de 1905, fut bien une « révolution laïque ». La loi de 1905 a été conditionnée par cette atmosphère d’animosité, d’hostilité.  Les lois laïques ne naquirent pas d’un contrat entre deux camps. Elles furent le résultat d’un rapport de force qui a tourné au profit de la gauche républicaine.  Comme le dit très bien notre auteur : « ce n’est pas parce que la laïcité, aujourd’hui, passe pour le summum de la tolérance qu’il faut occulter sa violence antireligieuse initiale ».  (p. 20)

 

La laïcité serait  l’heure de la tolérance ! 

 

Qu’on y prenne garde ! Qu’on ne se trompe pas ! La laïcité a pris, de fait, au cours du temps, deux formes différentes, l’une belliqueuse au début du siècle, l’autre tolérante, aujourd’hui. Mais la laïcité a toujours la même finalité : c’est le laïcisme. Elle se dresse toujours contre l’Eglise. Hier c’était contre toutes les institutions catholiques, les écoles, les congrégations…pour en ruiner l’influence auprès du peuple. Il y a réussi. Aujourd’hui, c’est contre le dogme catholique et son enseignement en invoquant le « relativisme » doctrinal sous le couvert spécieux de la tolérance. L’Eglise, en ce domaine, reste ce qu’elle est. Elle continue à dresser son dogme contre vent et marée. Mais la haine du Christ et de son Eglise reste le fond du laïcisme.

 

La laïcité et l’islam.

 

Aujourd’hui on se réfère toujours à la laïcité, au laïcisme pour affronter les enjeux contemporains, notamment ceux résultant de la présence de l’islam en France.

 

De fait, hier, le pays retentissait des controverses au sujet des foulards islamiques. Fallait-il les tolérer ? Fallait-il les interdire ? Devait-on promulguer une loi spéciale ? Fallait-il réviser la loi de 1905 afin de l’adapter aux problèmes posés par l’islam en France ?

 

La question de la laïcité était relancée. Hommes politiques, juristes, intellectuels, responsables religieux y allaient  de leurs analyses.

On insista, dans les nombreux débats, sur la nécessité de « retrouver l’esprit des fondateurs », de « retourner aux sources de la laïcité ».

 

Retourner aux sources de la laïcité ! C’est que fait magistralement Jean de  Sévillia dans ce livre.

Mais dans un ultime chapitre, il examine la « laïcité » face à  l’islam. Est-ce l’arme efficace pour permettre à l’Islam de s’intégrer ? Il est très sceptique. Et de fait  il intitule ce chapitre : « Quand la laïcité ne suffira plus à dire qui nous sommes ». Nous voilà avec  30 pages de réflexions fort intéressantes. De la pages 268 à 299. Il faut les lire. Pour celui qui veut  agir et non subir le cours du temps, il faut acheter et lire ce livre.

 

Pour notre auteur, non seulement le laïcisme, en raison de  son relativisme doctrinal, n’est pas la solution pour assurer l’intégration du flux migratoire dans notre pays. Mais il l’empêcherait même. Il n’est pas sans influence dans la déconfiture de notre société.

 

 Il écrit : « Mais quel modèle offrons nous aux jeunes issus de l’immigration ? Comment une nation qui ne s’aime plus elle-même, qui n’a plus d’enfants qui baigne dans le culte de l’argent, où l’égoïsme social, la drogue et la violence minent la capacité de vivre ensemble, comment cette nation inspirerait-elle le respect ? Si la France et l’Occident ne présentaient pas ce spectacle d’une société dont les repères collectifs se dissolvent et d’où le spirituel semble absent, nous aurions moins de motifs de craindre un islam conquérant » (p. 287). Mais dites-moi qui est responsable de cette situation sinon la laïcité et sa guerre contre l’Eglise et la civilisation chrétienne ?

 

« Ce n’est donc pas  en priorité par des mesures juridiques ou financières que la France pourra affronter le difficile problème du statut de l’islam en son sein. C’est en s’interrogeant sur son Histoire, sur  ses valeurs, sur ce qu’elles en a fait et sur ce qu’elle veut en faire. Et cette question est posée à toute la société. On ne combat pas le fanatisme avec du vide, mais avec ce qui donne du sens ». La laïcité peut-elle y suffire ?... « Je ne pense pas, estime la philosophe Chantal Delsol, que la laïcité soit la réponse adaptée à ceux  qui se réclament d’un intégrisme religieux. Une religion peut répondre à une religion, pas l’Etat. Le rêve d’une neutralité et d’une tolérance qui virent souvent au relativisme ne me paraît pas à la hauteur du défi que constitue l’islamisme. La République, dans sa neutralité, n’est pas armée pour soutenir ce défi » (p. 287)

 

Ainsi seul une religion peut répondre à une religion.

 

C’est la pensée soutenue par notre auteur.

 

Mais le laïcisme qui a combattu la religion catholique, et son dogme, a engendré le « relativisme ». Aujourd’hui toute défense d’une certitude, d’un absolu ou d’une transcendance fait plus que déranger : elle inquiète. Henri Tincq, chroniqueur religieux du Monde, désapprouve lui-même cette dérive : « Dans l’actuel climat d’ultralibéralisme et de culture mondialisée, de relativisme où toute identité trop affichée et toute orthodoxie trop marquée passent pour une marque d’intégrisme, le discours religieux, même le moins extrémiste parait encore suspect ». Et sous ce rapport, le dogme de l’Eglise est encore combattu. Il ne faut pas oublier que « la laïcité constitue une norme en soi ou un  refus des normes morales et religieuses » (p 290). Le Président de la République Jacques Chirac le disait clairement, en 2003, en instituant la commission sur la laïcité : « Il n’y a pas, en France, de règles supérieures aux lois de la République »

« La sécularisation du monde moderne, doublée du relativisme contemporain, laisse entière la question du code de valeurs sur lequel repose le lien social » (p. 290).

 

Et la laïcité peut-elle suffire à cette question ? « Question ouverte », nous dit l’auteur.

 

Il donne toutefois, un peu plus loin,  la réponse: « Jamais  aucune civilisation n’a duré en évacuant l’angoisse métaphysique qui est en l’homme. Pourquoi en serait-il différemment de nos jours ? ». Mais c’est l’œuvre néfaste de la Laïcité-Laïciste.

 

L’Union européenne et l’islam.

 

Mais le problème de l’intégration des immigrés pourrait-il, du moins, être réglé en recourant au moins aux valeurs de l’Union européenne, se demande notre auteur ?

 

Mais nous nous  trouvons devant  une Union européenne oublieuse de ses racines.

« La France, dit-il, elle, cumule la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le refus de toute mention religieuse dans les textes ou les symboles de la République, et le déni du moindre rôle officiel aux organisations ecclésiales. Et désormais, elle prétend faire de son type de laïcité une norme européenne. Est-ce, appliqué à l’échelle de l’Europe, le même dessein que celui poursuivi en France ? Croit-on intégrer les populations issues de l’immigration extra-européenne en leur proposant un contrat social conclu sur la base de l’abandon de notre propre culture ? Si cet objectif est raté, nous aurons tout perdu : et le défi de l’intégration, et le fil de notre propre identité ». (p. 293)

 

Alors notre auteur se pose de nouveau cette légitime question : « Le laïcisme des dirigeants européens est-il destiné à durer ou ne constitue-t-il que la queues de comète d’un système épuisé ? Encore une question ouverte… »(p. 294)

 

La  vraie réponse au problème de l’intégration de l’islam est là dans cette phrase : « Réapprendre l’idéel national, en tant que communauté de destin forgée par l’Histoire, constitue même une urgence, au regard de la pluralité des croyances et de l’hétérogénéité de la population, afin de maintenir la cohésion sociale.

Mais il n’est pas besoin d’être chrétien pour reconnaître la place du christianisme en France…Saluer l’antériorité du christianisme, pour ces nouveaux venus que sont les musulmans, ce serait œuvrer à leur intégration. Ce n’est donc pas en niant son héritage chrétien que notre société se fortifiera, c’est au contraire en soulignant son rôle prééminent » (p. 297)

 

Conclusion : le catholicisme

 

Alors il conclue ses réflexions par un regard plein d’optimisme pour le catholicisme et sa mission. Ce n’est pas l’heure du découragement et de la défaite.  Il faut les lire :

 

« Dans tous les cas, les chrétiens ont à continuer la mission qui est la leur depuis deux mille ans : croire, prier, aimer, témoigner et servir ».

 

Et il voit déjà le renouveau en œuvre.

Il écrit

«L’auteur, historien du catholicisme, en perçoit les signes : émergence d’une nouvelle génération de prêtre ; vitalité de la contemplation amenant la réhabilitation de la liturgie ; fondation de nouvelles sociétés de prêtres, de religieux et de religieuses qui, sans renier l’engagement temporel, accordent la priorité au spirituel ; affirmation d’une pensée religieuse se référant à la tradition patristique ; renouveau de l’art chrétien. Des lycéens et des étudiants prennent à pied la route de Chartres ou de saint Jacques de Compostelle. Des parents retrouvent le chemin du Tro Beizh, en Bretagne, celui du mont Saint Odile, en Alsace ou celui de Cotignac, en Provence. Les pèlerins, le 15 août , se bousculent à Lourdes. 100 000 personnes à Paris, se pressent aux veillées de prières de la Toussaint 2004. Les catholiques lyonnais distribuent 500 000 bibles afin de rappeler que le 8 décembre avant d’être la fête de la Lumière, est la fête de l’Immaculée Conception. Les retraitants sonnent aux portes des monastères. Par dizaines de milliers, des jeunes se retrouvent aux JMJ, à Paris, à Rome ou à Cologne.

Cent ans après, le Petit Père Combes a perdu son paru ; les catholiques, en France, n’ont pas dit leur dernier mot

Alors que notre monde vit, selon le diagnostic angoissé de Jean-Paul II, comme si Dieu n’existait pas, ces anticonformistes ne rougissent pas de leur foi. Les plus jeunes ne se nourrissent pas de nostalgie : ils n’ont pas connu d’autre société que la notre. L’incroyance contemporaine ne les  déconcerte pas : ils y sont confrontés chaque matin. La perte des repères ne les surprend pas : ce sont leurs parents qui les ont bradés. Refusant de se lamenter sur les malheurs du temps, ils préfèrent reconstruire. Dans leurs familles, leurs paroisses et leurs communautés, ils retrouvent les très vieux gestes d’autrefois et les impératifs de toujours : évangéliser, partir à la pêche aux âmes, d’où qu’elles viennent. Ils sont minoritaires ? Ils le savent. Mais après tout, il suffit d’une poignée pour être le sel de la terre. » (p. 298-299)

C’est beau.

Un livre à avoir dans sa bibliothèque.