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 Un regard sur le monde  politique et religieux

 Au 22 mars 2005

 

N°36

Par Monsieur l’abbé Paul Aulagnier

 

 

 

Au sujet de l’interdiction 

de l’affiche publicitaire du créateur de mode Marithé et François Girbaud .

 

Quand  l’épiscopat français prend la  défense de l’honneur

de la foi catholique

Le Tribunal de Grande Instance de Paris a donné raison,  le jeudi 10 mars 2005, à l'association plaignante « Croyance et Liberté »,  relevant de l’épiscopat français et de Mgr Ricard, qui demandait l'interdiction d'une affiche publicitaire du créateur de mode Marithé et François Girbaud.

A - L’affaire est maintenant connue.

 

L'affiche représente une parodie de la Cène de Léonard de Vinci, où les apôtres sont figurés par des femmes, et où un homme torse nu, dans les bras de l'une d'elle, prend la place de Marie Madeleine (voir pièce jointe).

 

 

 

Le tribunal a estimé que «le choix d'installer dans un lieu de passage obligé du public cette affiche aux dimensions imposantes constituait  « un acte d'intrusion agressive et gratuite dans les tréfonds des croyances intimes ».

Le tribunal a assorti "cette condamnation d'une astreinte de 100.000 euros par jour de retard, à compter du 3e jour suivant la signification" de cette ordonnance aux parties, Marithé et François Girbaud et l'afficheur JC Decaux.

 

Les deux sociétés se voient également condamnées à verser 100.000 euros au titre des frais de justice à l'association « Croyance et Libertés ».
(Lire aussi la chronique "victoire de nos évêques" sur
http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2005/03/victoire_de_nos.html).

 

B - Voici comment les professionnels ont rendu compte de ce jugement :

 

 « Le chois délibéré d’installer, dans un lieu de passage obligé pour le public, une affiche  aux dimensions imposantes, qu’aucun regard ne peut éviter, constitue un acte d’intrusion  agressive et gratuite dans le tréfonds des croyances intimes de ceux qui, circulant librement sur la voie publique et ne recherchant aucun contact singulier avec une œuvre ou un spectacle déterminé, se voient, hors de toute manifestation de volonté de leur part, nécessairement et brutalement confrontés à une manifestation publicitaire et commerciale ; l ’injure ainsi faite aux catholiques apparaît disproportionnée au but mercantile recherché ».

 

« L’affiche litigieuse parodie une représentation de la Cène qui, par sa qualité esthétique, sa puissance évocatrice et la place qu’elle tient dans l’imaginaire des croyants, a valeur d’icône et vise non pas tant l’œuvre de Léonard de Vinci que l’objet même de la foi catholique à travers la représentation du dernier repas précédant la mort du Christ ».
 

« La spécificité de la situation dans la quelle s’inscrit la reproduction injurieuse et offensante, pour un groupe de personnes revendiquant la tradition  - sinon toujours la foi – catholique, de la dernière Cène, autorise le juge des référés à interdire l’affichage de la Cène créée ».

 

C’est ainsi que résumait la situation les « Annonces de la Seine, le lundi 14 mars 2005, d’où, avec l’autorisation du directeur, j’ai tiré ces paroles ainsi que le jugement du tribunal de Grande Instance de Paris, en la date du 10 mars ,  qu’on va lire ci dessous.

 

Il est intéressant de lire les attendus du jugement du Tribunal de grande Instance de Paris

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

C - Tribunal de grande instance de Paris - Ordonnance de référé - 10 mars 2005

 

Le Tribunal,

 

Vu l’assignation en référé introductive d’instance, autorisée par ordonnance du 20 février 2005 et délivrée le 22 février 2005, et les motifs y énoncés ;

Vu les conclusions prises par la Société Marithé-François Girbaud et par l’Agence Air-Paris le 25 février 2005 ;

Vu les conclusions prises par la Société Marithé-François Girbaud et par l’Agence Air-Paris le 10 mars 2005 ;

Vu les écritures prises par les autres défendeurs les 9 et 10 mars 2005 ;

 

L’association Croyances et Libertés, présidée par le président en exercice de la Conférence des Évêques de France, dont l’objet social consiste notamment à défendre la liberté religieuse et le droit au respect des croyances, exposait, dans son assignation initiale, avoir “pris connaissance d’un article paru dans le journal Stratégie puis de visuels diffusés dans le journal Elle du 14 février 2005 d’une campagne publicitaire lancée par la société Marithé François Girbaud”, l’intention de la campagne publicitaire étant de faire vendre les produits Marithé François Girbaud en utilisant la force symbolique d’une des scènes les plus marquantes de la vie de Jésus et de la foi des chrétiens.

 Selon elle, la publicité litigieuse consisterait dans une représentation choquante de la Cène du jeudi-saint, dans laquelle “tous les personnages de la Cène sont des femmes, y compris le Christ, à l’exception d’un homme, à la pose des plus lascives et des plus suggestives”.

L’association demanderesse ajoutait qu’en plus de la diffusion dans la presse de cette publicité, il était prévu son affichage, sous la forme d’une bâche de quarante mètres sur onze, qui devait être déployée dans le courant du mois de mars 2005 Porte Maillot, sur le Palais des Congrès.

Selon la demanderesse, cette campagne publicitaire est manifestement outrageante à l’égard des catholiques qui sont particulièrement blessés par la lecture ou l’affichage public d’une telle iconographie sur les lieux publics et s’imposant au public, s’agissant de la figuration d’un acte fondateur de la foi des chrétiens qui se trouve ainsi travesti et détourné à des seules fins purement mercantiles.

L’association Croyances et Libertés indique encore que l’affiche litigieuse a été jugée si scandaleuse qu’elle a été interdite à Milan et que le quotidien Ouest-France a refusé de la publier, ainsi qu’il apparaît à la lecture d’un article paru dans le n°3086 de l’hebdomadaire « Elle » du 21 février 2005, en page 16.

Estimant que cette campagne publicitaire s’inscrit dans la définition de l’injure à raison de la religion prévue et réprimée par les articles 29, alinéa 2, et 33, alinéa 2, de la loi du 29 juillet 1881, ce “travestissement commercial des symboles essentiels de la foi chrétienne et cette recherche du scandale” constituant une expression outrageante et un comportement de mépris à l’égard des chrétiens, l’association demanderesse sollicite, sur le fondement de l’article 809 du nouveau Code de procédure civile et sur celui de la loi sur la liberté de la presse, l’interdiction sous astreinte de la publicité de la société Marithé François Girbaud et de l’agence Air Paris, eu égard au trouble manifestement illicite et au dommage imminent qu’elle représente.

Elle nous demande également d’ordonner à ces mêmes sociétés d’interrompre la diffusion et/ou l’affichage de la publicité objet de la présente procédure en tous lieux et sur tous supports, également sous astreinte, et de commettre un huissier, notamment pour suivre et contrôler les opérations d’enlèvement des affiches et/ou de retrait des ordres d’insertions. (...)

Sur ce :(...)

Sur le caractère injurieux de la publicité dénoncée

Attendu que constitue une injure, au sens de l’article 29, alinéa 2, de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, “toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l'imputation d'aucun fait” ; que l’article 33 de cette loi prévoit des sanctions plus sévères à l’encontre de celui qui profère des injures “envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une religion déterminée” ;

Attendu que c’est sur ce fondement que l’association Croyances et libertés, représentée par le président de la Conférence des évêques de France, a demandé au juge des référés d’interdire l’affichage d’un document publicitaire qu’elle considère comme manifestement outrageant à l'égard de la communauté catholique, de sorte que l'affichage, en des lieux publics, d'une telle iconographie, qui s'imposerait ainsi au public, constituerait à ses yeux un trouble manifestement illicite qu'il conviendrait de faire cesser immédiatement ;

Attendu qu’il appartient, dans ces conditions, au juge des référés de vérifier la réalité de l’injure alléguée envers les catholiques à raison de leur religion ;

Attendu qu’il est constant que, si la liberté d'expression constitue l'un des fondements essentiels d'une société démocratique, l'exercice de cette liberté comporte “des devoirs et des responsabilités” explicitement visés par le paragraphe 2 de l'article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme ;

Attendu que la Cour européenne des droits de l’homme veille, à ce titre, au respect des convictions religieuses, admettant que le droit à la jouissance paisible de la liberté de religion garantie par l’article 9 de la Convention confère à un État la possibilité de sanctionner des expressions qui seraient gratuitement offensantes pour autrui ;

Attendu que cette même juridiction reconnaît aux États, lorsqu'ils réglementent la liberté d'expression dans des domaines susceptibles d'offenser des convictions personnelles intimes relevant de la morale et, plus spécifiquement, de la religion, une marge d'appréciation beaucoup plus importante qu’en matière de discours politiques ou de débats sur des questions d'intérêt général ;

Attendu que la nécessité d’éviter des expressions qui sont gratuitement offensantes pour autrui et constituent donc une atteinte à ses droits et qui, dès lors, ne contribuent à aucune forme de débat public capable de favoriser le progrès dans les affaires du genre humain, conduit les juridictions nationales à prendre les mesures permettant de sanctionner, voire de prévenir, des attaques injurieuses contre des objets de vénération religieuse, pourvu que les restrictions qui en résulteraient pour la liberté d’expression soient proportionnées au but légitime poursuivi ;

Attendu que l’article 1er de la Constitution du 4 octobre 1958 proclame que la République française “respecte toutes les croyances” ; que le principe de laïcité consacré par la loi française assure justement le respect de celles-ci ;

Attendu qu’en l’espèce soumise au juge des référés, il y a lieu d’examiner si le respect des sentiments religieux des catholiques est susceptible d’être atteint par la représentation litigieuse, constituée par la dénaturation de l’image de la célèbre fresque de la Cène due au génie de Léonard de Vinci, et dont les gestes sont, pour les catholiques, expressifs d’un des événements majeurs fondateurs de leur foi, à savoir l’anticipation liturgique du sacrifice de la croix ;

Or, attendu que l’examen de cette image permet de constater que sont substituées à Jésus et à ses apôtres des femmes qui parodient les attitudes et les gestes peints par Léonard de Vinci ;

Que la présence, dans une position non dénuée d’ambiguïté, d’un homme dos nu, introduit un motif de dérision inutilement provocateur ;

Qu’il convient encore d’observer que l’interprétation, par le créateur de l’affiche litigieuse, de la fresque de Léonard de Vinci, comporte un élément qui introduit une dérision supplémentaire de symboles religieux majeurs ;

qu’en effet, lorsque l’on sait que la main et la colombe, dans l’iconographie chrétienne, appartiennent aux représentations symboliques traditionnelles de Dieu le Père et de l’Esprit Saint, l’on peut être surpris que figure, entre les jambes de l’une des femmes représentant un apôtre, une colombe elle-même posée sur une main qui n’appartient manifestement à aucun des personnages représentés ;

Attendu que la légèreté de la scène fait par ailleurs disparaître tout le caractère tragique pourtant inhérent à la représentation de l’événement inaugural de la Passion ;

Attendu que le tribunal observe surabondamment que la Cène ainsi parodiée a été affichée, ainsi qu’il résulte du procès-verbal de constat dressé par Maître Jean-Eudes Bichon, huissier de justice associé, les 8 et 9 mars 2005, en un point stratégique situé près du Palais des Congrès de la capitale, au cours du carême qui correspond à la période où la communauté catholique célèbre le mémorial de cette Cène ;

Attendu que le choix délibéré d’installer, dans un lieu de passage obligé pour le public, une affiche aux dimensions imposantes, qu’aucun regard ne peut éviter, constitue un acte d’intrusion agressive et gratuite dans le tréfonds des croyances intimes de ceux qui, circulant librement sur la voie publique et ne recherchant aucun contact singulier avec une oeuvre ou un spectacle déterminé, se voient, hors de toute manifestation de volonté de leur part, nécessairement et brutalement confrontés à une manifestation publicitaire et commerciale ;

que l’injure ainsi faite aux catholiques apparaît disproportionnée au but mercantile recherché ;

Attendu qu’ainsi, l’affiche critiquée constitue dans son ensemble une violation manifeste de l’esprit de tolérance qui doit caractériser, au même titre que la liberté d’expression, une société démocratique ;

Qu’en effet, les catholiques peuvent d’autant plus se sentir attaqués et offensés dans leurs sentiments religieux que la représentation litigieuse, loin de constituer une contribution à un débat d’idées sur la place ou sur le rôle des femmes dans la société contemporaine, procède de la seule intention de réaliser des profits au mépris de la foi de personnes appartenant à la religion catholique ;

Que l’affiche litigieuse parodie une représentation de la Cène qui, par sa qualité esthétique, sa puissance évocatrice et la place qu’elle tient dans l’imaginaire des croyants, a valeur d’icône et vise non pas tant l’oeuvre de Léonard que l’objet même de la foi catholique à travers la représentation du dernier repas précédant la mort du Christ ;

Attendu que, s’il n’est pas contestable que l’affiche litigieuse constitue une oeuvre de création, il n’en demeure pas moins que, destinée seulement à la promotion de vêtements, sa nature ne lui permet pas de s’inscrire dans un débat d’idées, seul susceptible d’enlever à la critique la gratuité qui en fait une injure, comme le permet par exemple une œuvre littéraire ou cinématographique ;

Attendu, en définitive, que la spécificité de la situation dans laquelle s’inscrit la reproduction injurieuse et offensante, pour un groupe de personnes revendiquant la tradition -sinon toujours la foi- catholique, de la dernière Cène, autorise le juge des référés à interdire l’affichage de la Cène créée, dans les limites fixées au dispositif de la présente décision ;

Sur la responsabilité

Attendu que la société MFG Retail Compagnie n’est pas contredite par le demandeur lorsqu’elle explique n’avoir aucun droit sur la marque Marithé François Girbaud et être étrangère à la publicité litigieuse et que la société Decaux Publicité Extérieure n’a pas non plus été démentie à l’audience lorsqu’elle a déclaré ne pas être l’afficheur, de sorte que ces défenderesses, ainsi que le président de la deuxième d’entre elles, Monsieur Roger Petrignani, doivent être mis hors de cause ;

Qu’il doit en être de même, dès lors que les prétentions des demandeurs se sont réduites à une interdiction d’affichage, de la société Air Paris, qui n’est responsable que de la conception de l’image litigieuse et aucunement de sa diffusion -dont toutes les modalités ne sont pas jugées illicites par la présente décision- ainsi que du président de son conseil d’administration, Monsieur François-Xavier Huberlant, dont la participation personnelle à la confection de la photographie n’est, au surplus, en rien établie ;

Que l’absence de démonstration de toute participation personnelle de Monsieur Olivier Bachellerie, président de la société GIP, dans l’élaboration de l’affiche querellée et dans sa publication explique également sa mise hors de cause ;

Attendu qu’en revanche, la société GIP, commanditaire de l’ensemble de la campagne commerciale et responsable des modalités de son déroulement et donc complice, au sens du droit commun, de l’injure retenue, doit être condamnée ;

Qu’il en est de même de la société JC Decaux Publicité Lumineuse, qui n’a pas démenti avoir procédé à l’affichage de l’image, constaté par huissier de justice et auquel elle était tenue en exécution du contrat qu’elle a versé aux débats, et qui doit, en conséquence, être condamnée en qualité de civilement responsable de l’affichage, sans qu’il en soit toutefois de même de son président, Monsieur Robert Caudron, mis hors de cause à défaut d’établir qu’il aurait pris une part, à titre personnel, audit placardage ;

Sur la demande d'astreinte

Attendu qu’une mesure comminatoire s’impose pour assurer l’effectivité de la présente décision ;

que cette condamnation sera en conséquence assortie d’une astreinte de 100 000 euros par jour de retard à compter du troisième jour suivant la signification de la présente ordonnance ;

Par ces motifs :

Statuant en audience publique, en premier ressort, par ordonnance contradictoire

Vu les articles 29, alinéa 2, et 33, alinéa 2, de la loi du 29 juillet1881 sur la liberté de la presse ;

Vu l’article 809 du nouveau Code de procédure civile ;(...)

Disons que l’affichage de la représentation incriminée constitue un trouble manifestement illicite qu’il convient de faire cesser immédiatement ;

En conséquence,

Faisons interdiction à la société GIP et à la société JC Decaux Publicité Lumineuse d’afficher la photographie objet de la présente procédure, en tous lieux publics et sur tous supports ;

Assortissons cette condamnation d’une astreinte de 100 000 euros par jour de retard, à compter du troisième jour suivant la signification de la présente ordonnance ;

Ordonnons à la société GIP et à la société JC Decaux Publicité Lumineuse d’interrompre l’affichage de la publicité objet de la présente procédure en tous lieux publics et sur tous supports, sous peine d’une astreinte au profit du Trésor Public d’un montant de 100 000 Et par jour de retard à compter du troisième jour suivant la signification de la présente ordonnance, à l’exclusion de toute autre interdiction ;

Disons que le signataire de la présente ordonnance restera saisi de la liquidation de l’astreinte ; (...)

Rapprochement : Président : Monsieur Jean-Claude Magendie - Vice-président : Marie-Dominique Trapet - Juge : Marc Bailly - Avocats : Maître Thierry Massis, SCP Lussan Brouillaud, Maître Bernard Cahen, SCP Cayol, Cahen & Associés, SELARL Wilheim, Maître Xavier Flecheux, SELARL Flecheux & Associés.

 

 

 

 

 

 

D- L’appel

 

 

Il ne faut pas s’en étonner. Les sociétés incriminées ont fait appel.

 

 

La société GIP, dont dépend la marque Marithé et François Girbaud, a décidé de faire appel de cette décision, a indiqué un porte-parole des créateurs de mode. Selon le porte-parole de Marithé et François Girbaud, "jamais il n'a été dans l'intention de la maison d'offenser qui que soit...Ça ressemble à une atteinte à la liberté d'expression, à la créativité".

Elle a reçu le soutien de la « Ligue des Droits de l'Homme » dans un communiqué
intitulé "la LDH dénonce le retour de l'ordre religieux" : "Cette décision d'interdiction est une scandaleuse régression".

 

La LDH a précisé qu'elle "interviendra en appel aux côtés des publicitaires". Pour elle, le jugement restaure "le délit de blasphème" et signe "le retour de l'inquisition". "Cette décision est donc une atteinte délibérément disproportionnée à la liberté d'expression de la publicité, laquelle ne devrait avoir de comptes à rendre qu'aux artistes qu'elle pille pour vendre".

Le Parti radical de Gauche a rejoint la meute : son vice-président Alain Tourret, a qualifié samedi de "censure qui nous ramène à l'ordre moral" l'interdiction de l'affichage de la publicité des créateurs de mode Marithé et François Girbaud. "Le Tribunal de Grande Instance de Paris vient d'interdire l'affichage d'une interprétation de la fresque de Léonard de
Vinci sur la Cène" alors que cette affiche "n'est ni pornographique, ni grotesque", a estimé M. Tourret dans un communiqué. "On ne peut qu'être inquiet en France, en 2005, que de telles décisions soient rendues. Le trouble apporté à la liberté de création reste irréparable", a ajouté l'ancien député.


Pourtant, le créateur et son agence conseil en publicité savaient très bien qu'avec cette affiche, ils provoquaient les catholiques, surtout à quelques jours de la semaine sainte. La preuve : une première tentative en Italie a fait l'objet d'une condamnation le 4 février par un Tribunal de Milan, qui a ordonné le retrait de l'affiche. La volonté de provoquer est donc avérée.

On appréciera les arguments !…C’est l’occasion ou jamais de citer les réflexions tenues, par le cardinal Ratzinger devant le Sénat Italien, le 13 mai 2004, dans la salle capitulaire du Cloître de la Minerve. Nous sommes à la fin de sa conférence. Il  analyse les valeurs fondamentales qui doivent être retenues pour l’Europe. Un de ces valeurs : « c’est le respect de ce qui est sacré pour l’autre, et particulièrement le respect pour le sacré au sens  le plus haut, pour Dieu ».

 

« Mon dernier point est la question religieuse. Je ne voudrais pas entrer ici dans les discussions complexes de ces dernières années, mais seulement mettre en relief un aspect fondamental pour toutes les cultures : le respect de ce qui est sacré pour l’autre, et particulièrement le respect pour le sacre au sens le plus haut, pour Dieu. Ce respect, on est en droit de l’attendre même de celui qui n’est pas disposé à croire en Dieu. Lorsque ce respect est bafoué dans une société, quelque chose d’essentiel est perdu. Dans notre société actuelle, grâce  à Dieu, on condamne quiconque déshonore la foi d’Israël, son image de Dieu, ses grandes figures. On condamne aussi quiconque dénigre le Coran et les convictions de fond de l’islam. Mais quand il s’agit du Christ et de ce qui est sacré pour  les chrétiens, la liberté d’opinion apparaît alors comme le bien  suprême, et l’on considère que la limiter reviendrait à menacer ou même détruire la tolérance et la liberté en général. Mais la liberté d’opinion trouve sa limite en ceci qu’elle ne  peut pas détruire l’honneur et la dignité de l’autre ; elle n’est  pas la liberté de mentir ou détruire les droits de l’homme ». Je dirais plus franchement : « de détruire le vrai ». (In Sedes Sapientiae n° 90)

Ceci nous amène à considérer le point de vue du philosophe…Car figurez-vous, dans cette affaire, ce ne sont pas seulement les politiques qui sont venus « hurler » leur  terreur…mais aussi les philosophes…Avec Olivier Roy…Et là avec le désir affiché et le plaisir de « cracher » sur l’Eglise, de la « bafouer », comme jadis, le fut Notre  Maître, Notre Seigneur Jésus-Christ.   Et de plus dans un langage qui se veut savant.

 

 

 

E- Lorsque le philosophe veut intervenir….

 

Olivier Roy, philosophe,  directeur de recherche au CRNS, a voulu  donner, aussi ,  son avis sur cette affaire de référé dans un  article publié dans  « Libération », le vendredi 18 mars.

Vous en trouverez le texte ci-dessous.

 

« L'Eglise catholique veut revenir sur la Cène

Le
Vatican tâtonne entre le monopole des symboles religieux et l'institution d'une identité chrétienne au sein de l'Europe.

Par Olivier Roy *


Libération du vendredi 18 mars 2005


 « La demande d'interdiction de la représentation de la Cène par la publicité pose le problème de la conception que l'Eglise catholique se fait des symboles chrétiens. Ou bien ces symboles sont universels et appartiennent à notre culture occidentale, ou ils sont le propre de la communauté des croyants, représentée en l'occurrence par une institution, l'Eglise catholique. On ne peut militer à la fois pour que le christianisme soit considéré comme le fondement culturel d'une Europe désormais sécularisée et pour qu'une institution ait le monopole de la gestion des symboles religieux. Le Vatican a mené campagne pour que la référence aux origines chrétiennes de l'Europe soit inscrite dans le préambule de la Constitution. Devant le refus, le Vatican a déclaré : «Il s'agit d'un rejet de l'évidence historique et de l'identité chrétienne des populations européennes.»

Or, la pratique religieuse est minoritaire en Europe. L'identité citée par l'Eglise dans l'affaire de la Constitution européenne n'était pas celle d'une communauté des croyants, mais celle d'une communauté culturelle, où la foi n'est pas l'élément central. Les symboles religieux appartiennent aux croyants comme aux non-croyants. Une culture vivante fait sans cesse l'objet de détournements, retournements et relectures, même dans ses aspects fort triviaux. Dire qu'il y a un héritage commun, c'est autoriser tout un chacun à se l'approprier, y compris dans la dérision. Si la publicité s'est emparée de la Cène, c'est que la Cène nous parle. Ce détournement n'est qu'un hommage à la familiarité des références religieuses (une telle pub ne ferait guère de sens, par exemple, au Yémen).

Interdire l'usage ironique, voire blasphématoire, d'un paradigme religieux revient à l'exclure du champ de la culture pour le situer dans le seul champ du sacré. Il est alors le bien de la seule communauté des croyants, qui demande à être reconnue comme telle. Ce n'est plus la culture qui fonde l'identité, c'est la seule foi. La «pure» religion est celle qui se détache de toute référence culturelle. En se réservant le contrôle de la gestion des symboles religieux, l'Eglise affirme le contraire de ce qu'elle a voulu dire en insistant sur l'importance de la culture chrétienne en Europe : elle défend non plus une universalité mais une communauté fermée sur elle-même, minoritaire et qui demande à la loi de protéger la sensibilité de ses membres. Elle est dans une logique communautariste, la même que celle qui veut défendre les droits des homosexuels ou interdire les plaisanteries sexistes.

En ce sens, son action est cohérente avec ce que l'on observe dans le champ religieux, à commencer par l'islam : les revivalismes religieux prospèrent en découplant la religion de la culture, en isolant les marqueurs religieux de tout contexte social et en établissant une coupure définitive entre croyants et incroyants, apostats ou sceptiques.

Ce processus était à l’œuvre dans la demande d'interdiction du livre de Salman Rushdie, les Versets sataniques. Il se comprend bien dans un contexte de déracinement et de déculturation, comme celui de l'immigration. Lorsque l'évidence sociale n'est plus là pour conforter la croyance, il faut alors faire appel à des normes explicites, voire à des sanctions. Les fondamentalismes, chrétiens évangéliques comme salafistes musulmans, l'ont compris depuis longtemps et recrutent sur ce terreau de la déculturation et du déracinement, en offrant comme alternative la pure et virtuelle communauté des vrais croyants. Mais l'action de l'Eglise montre que la déculturation est aussi à l’œuvre in situ dans l'Occident chrétien. En entrant dans ce jeu qui sépare le religieux du culturel, l'Eglise catholique s'affirme comme une communauté virtuelle parmi d'autres. Mais la culture plus ou moins chrétienne dont l'Europe peut légitimement se réclamer n'a plus grand-chose à voir avec une foi, pure et donc ô combien fragile, qui vient quémander la protection des tribunaux. La religion vient de quitter la culture : l'Eglise est bien devenue un agent de la sécularisation.

* Dernier ouvrage paru : la Laïcité face à l'islam, Stock.
Par Olivier Roy, directeur de recherches au CNRS.

 

F- Critiques

 

Je dois dire que j’ai du mal à suivre  cette « dialectique ». Ses interrogations, ses dualismes, ses oppositions me paraissent étranges, le fruits d’un esprit compliqué.

 

Mais toutefois il a raison de dire que  «  Les symboles religieux appartiennent aux croyants comme aux non-croyants ».  Certainement, et cela au titre du patrimoine commun. Les croyants comme le non-croyants sont des « héritiers » et à ce titre les symboles chrétiens qui ont inspirés l’art, la littérature  appartiennent à tous. Mais les non-croyants doivent  en respecter, l’ordre, la mesure, la finalité. la raison.  Ils ne peuvent, même par dérision, en changer la nature. Ils doivent respecter ce qui est..

 

Qu’est ce que cette culture dite « vivante » prônée par notre philosophe- journaliste  qui devrait faire «  sans cesse l'objet de détournements, retournements et relectures, même dans ses aspects fort triviaux ».  C’est se moquer ! C’est agiter les mots pour s’y complaire Qu’il faille sans cesse approfondir la connaissance des choses et des êtres. C’est vrai. Mais parler de  « relectures »,   de « détournements » et de « retournements » - pour les justifier et en même temps condamner l’Eglise ! -  qu’est-ce que cela veut dire sinon  faire l’apologie de l’ « esprit révolutionnaire »  qui ne respecte rien, pas plus, du reste, la création de Dieu, que la réalité des choses.  Ainsi le contemporain-révolutionnaire devient-il facilement « iconoclaste », précisément « destructeur ».  Mais ce n’est pas le bon ordre, c’est le désordre.  Certains philosophes agitent les mots…en tout irrespect de la réalité. Certes,  dire qu'il y a un «  héritage commun », c’est très vrai :  c'est autoriser tout un chacun à se l'approprier  - fasse que cette génération n’y soit pas trop étrangère !  Mais pourquoi ajouter « y compris dans la dérision ». La dérision n’est pas l’esprit du véritable  « héritier ». L’héritier, le vrai, a le respect de choses qui lui viennent des âges passés. La vrai figure du débiteur qu’est tout héritier  n’est ni dans le « détournement  des biens, ni dans le « retournement ». 

 

Il ajoute « Si la publicité s'est emparée de la Cène, c'est que la Cène nous parle » C’est très vrai. Et l’on peut s’en réjouir. Mais faut-il encore que le « non-croyant » la respecte. Il ne lui est pas permis de la falsifier, de le dénaturer. Dire, comme le fait l’auteur que ce « Ce détournement n'est qu'un hommage à la familiarité des références religieuses », c ‘est vouloir se donner bonne conscience. Etre «  familier » des choses, des arts, aimer les belles choses, les fréquenter,   voilà qui est bien , mais pour les apprécier, les goûter et nullement pour les détourner ou les dévoyer. Encore une fois, l’héritier aime et respecte « l’ordre des choses » qu’il reçoit. Il n’est pas « révolutionnaire ».

 

L’Eglise en demandant que soient respectés ses mystères, le plus beau des mystères : l’Eucharistie, ne fait que demander le respect des choses. C’est du simple réalisme. Ses mystères ont inspiré les arts, ici , Léonard de Vinci, dans ce beau tableau représentant la Cène du Seigneur. Demander que ce tableau soit respecté dans sa beauté est chose bien légitime. Demander qu’il ne soit pas « travesti »,  - c’est précisément, ici, le cas  -  cela est  bien légitime et ne relève nullement d’un quelconque esprit « communautariste ».   Le respect des choses, de l’art,  de la foi, des mystères chrétiens, fait  partie de cette « piété filiale » qui serait peut être bien le formel de l’héritier.

 

Et dans ce même esprit du véritable héritier, je trouve dérisoire la phrase suivante de cet Olivier Roy :  « Interdire l'usage ironique, voire blasphématoire, d'un paradigme religieux revient à l'exclure du champ de la culture pour le situer dans le seul champ du sacré »

 

C’est très faux. Du reste que veut dire ce dualisme, cette opposition entre « culture » et « sacré ». Serait-ce pour justifier le « blasphème » ? Comment  le blasphème pourrait-il être à l’honneur de la culture ? La culture, pas plus que le sacré,  ne peut pas plus accepter le blasphème. Le blasphème est « antinomique » à toute valeur même simplement  profane. Il est vrai que le «  blasphème » est au sacré ce que le « laid » est à l’art et « l’erreur » à l’intelligence. Chose destructrice ! Chose mensongère !  Et il y a des gens qui aiment  et le blasphème et le laid et l’erreur et qui, même , s’y complaisent…Et qui  s’en font même une gloire…cherchant  à justifier leurs turpitudes…  intellectuelles, tout en dénigrant l’autre, ici  une institution, l’Eglise, qui pourtant, parce qu’universelle, a considérablement participé au développement de la culture, inspirant les arts et la littérature, sur tous les continents.  Mais il y a des esprits qui ne vivent que pour dénigrer ce qui est beau et noble. Cet Olivier Roy, ce philosophe serait-il finalement de cet type ? Je le crains. 

 

G- Simple recommandation

 

Face à la provocation, nous ne devons pas rester sans réaction ! Faites savoir à l'entreprise et à l'afficheur que la conscience catholique a droit au respect du mystère sacré de la Cène. Pour cela, il vous suffit de copier/coller le message ci-dessous, ou d'en écrire un que vous inspirera la Charité et l'amour de l'Eglise, et de l'envoyer aux adresses qui suivent.

" Madame, Monsieur (ou Chère Marithé et cher François...)

Cela vous arrangerait de vendre des jeans en exploitant l'image de la dernière Cène du Christ. Mais pas dans n’importe quelle condition.  Les catholiques aiment le vrai, le beau. Ils veulent qu’ils  soient respectés . Et particulièrement en ces jours qui précèdent les
célébration de la mort et de la résurrection de Jésus. Hasard ou malice, la Cène que vous comptiez parodier dans votre publicité sera célébrée dans quelques jours dans toute l'Eglise, peut-être ne le saviez-vous pas ? Alors, un geste vrai serait opportun. . Votre réputation... et votre commerce, ont tout à gagner à faire preuve de respect. Bien sûr, vous pouvez choisir la polémique, le soutien médiatique des partis politiques et des mouvements anti-cléricaux.

Vous aurez aussi à en supporter  toutes les conséquences. Croyez-le, pour ma part, elles seront durables. Commerce ou provocation, il faut choisir !

Signature :

PS J'ai fais suivre ce message à tout mon carnet d'adresse..."

Voici les adresses :
girbaud.showroom@wanadoo.fr
cserviceeurope@girbaud.com
cserviceworld@girbaud.com

Un message dans le même sens peut aussi être envoyé à la société JCDecaux
qui affiche cette publicité :
Jean Claude DECAUX, Martine Kneip Direction de la Communication, E-mail :
martine.kneip@jcdecaux.fr

Enfin, si vous le souhaitez, vous pouvez aussi dire ce que vous pensez aux
gérants des magasins Marithé&François Girbaud :
- 38, rue Etienne-Marcel - 75002 Paris Tél. : 01 53 40 74 20
- 49, avenue Franklin-Roosevelet - 75008 Paris Tél. : 01 45 62 49 15
- 8, rue de Babylone - 75007 Paris Tél. : 01 45 48 78 86
- La Vallée® 3, cours de la Garonne - 77700 Serris (Marne-la-Vallée) Tél. :
01 60 43 49 30

 Et en province :
- 20 rue Vital Carles à Bordeaux
- 34-36 rue Basse à Lille
- 22 rue de la Mesange à Strasbourg
- 8 rue Saint Antoine à Toulouse
- 3 rue Fanny Pécot à Nantes
- 3 boulevard Jeu de Paume à Montpellier
- 6 place Bellecour à Lyon