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Un regard sur le monde politique et religieux

au 28 décembre 2006

 

N° 113

par Monsieur l’abbé Aulagnier

 

 

Réponse à mes confrères de la FSSPX

 


 

 

         Des confrères de la FSSPX, avec l’aval de leur supérieur, M. l’abbé de Cacqueray, ont pris à parti mon dernier papier de Regard sur le monde : « Pourquoi je reste membre de la FSSPX », du 20 décembre 2006.

 

         Ils font remarquer que Mgr Ricard, l’archevêque de Bordeaux et président de la Conférence de l’Episcopat français, n’a pas encore, comme promis, « érigé », en sa ville épiscopale, en paroisse personnelle avec la reconnaissance « exclusive » du rite propre de saint-Pie-V, la paroisse saint-Eloi... La convention prévue n’a pas été signée. Les tractations pourraient même s’éterniser…

 

         Ils semblent s’en réjouir. Comme c’est étrange !

 

         Comme si un combat, même partiel, pouvait ne pas servir le bien commun ! Comme si une défaite, même provisoire, pouvait ne pas être infiniment triste et nuire la cause commune.

 

         Ils semblent même craindre une faiblesse, voire même une trahison, des responsables de l’Institut du Bon Pasteur. « Ils vont céder… Ils vont accepter l’inacceptable : la création voulue par le cardinal d’une paroisse personnelle… mais avec le bi-ritualisme ! Ou alors vont-ils se « réfugier dans le prochain Motu Proprio… demandé et obtenu grâce à la ténacité et à la résistance de la FSSPX et de ses supérieurs ».

 

         Ces dernières paroles m’ont fait réfléchir.

 

         Voici quelques réflexions !

 

         Je pense, de fait, que la messe tridentine et sa libéralisation sur les autels de l’Eglise devrait faire l’objet du prochain Motu Proprio de Benoît XVI dont on parle beaucoup ces derniers temps.

 

         Si ce texte voit le jour et avec cet objet, je m’en réjouirai profondément.

 

         Il sera, il est vrai, le résultat d’une forte « ténacité ». J’en conviens, volontiers.

 

         Mais pourquoi penser et écrire qu’il sera l’œuvre de la ténacité de la seule résistance de la FSSPX et de ses supérieurs.

 

Certes, la FSSPX et ses supérieurs actuels, sur ce sujet de la messe se sont exprimés avec courage. Ils ont gardé jalousement, comme un bien précieux, l’héritage de Mgr Lefebvre. On sait l’importance que Mgr Lefebvre attachait à la messe « tridentine » pour la résolution de la crise de l’Eglise. On sait la foi qui l’attachait à la messe et à sa célébration. On se souvient du testament qu’il nous laissa dans son homélie  prononcée à la porte de Versailles, en 1978…

 

         Mais pourquoi vouloir absolument tirer la couverture à soi, à soi seul, comme si ce combat de la messe avait été le combat de la seule FSSPX ? Pourquoi ne pas reconnaître aussi le rôle d’un chacun, dans cette « affaire » ? Pourquoi être exclusif ?

 

         Je me permettrai de rappeler la position des laïcs, la position d’Itinéraires, de Jean Madiran qui l'animait pendant de longues années, précisément pendant ces années si importantes de l’après-Concile… Itinéraires n’aurait pas existé en ce temps-là… que feraient, que seraient ces jeunes prêtres aujourd’hui volontiers donneurs de leçon… N’oublions pas que nous sommes des héritiers et qu’il faut garder en tout domaine une piété filiale envers ceux qui nous transmettent… Dans mon papier de la semaine dernière, je ne faisais que rappeler les lettres de Jean Madiran au Pape Paul VI du 27 octobre 1972, renouvelées au Pape Jean-Paul II, le 1er août 1988… Je voudrais aujourd’hui les donner in extenso. Elles sont peu connues. Elles doivent être lues.

 

« Lettre à Paul VI de 1972 :

 

Très Saint Père,

 

Rendez-nous l’Ecriture, le catéchisme et la messe.

 

Nous en sommes de plus en plus privés par une bureaucratie collégiale, despotique et impie qui prétend à tort ou à raison, mais qui prétend sans être démentie s’imposer au nom de Vatican II et de Paul VI.

 

         Rendez-nous la messe catholique traditionnelle, latine et grégorienne selon le Missel romain de saint Pie V. Vous laissez dire que vous l’auriez interdite. Mais aucun pontife ne pourrait, sans abus de pouvoir, frapper d’interdiction le rite millénaire de l’Eglise catholique, canonisé par le concile de Trente. L’obéissance à Dieu et à l’Eglise serait de résister à un tel abus de pouvoir, s’il s’était effectivement produit, et non pas de le subir en silence. Très Saint Père, que ce soit par vous ou sans vous que nous ayons été, chaque jour davantage sous votre pontificat, privés de la messe traditionnelle, il n’importe. L’important est que vous, qui pouvez nous la rendre, nous la rendiez. Nous vous la réclamons.

 

         L’Eglise militante est présentement comme un pays soumis à une occupation étrangère : on fait mine de tout accepter, mais le coeur n’y est pas, oh non ! C’est le conditionnement psychologique et c’est la contrainte sociologique qui font marcher les gens. Un parti que vous avez bien connu quand il faisait l’innocent et cachait ses desseins, un parti que le succès a révélé cruel et tyrannique, domine diaboliquement l’administration ecclésiastique. Ce parti actuellement dominant est celui de la soumission au monde moderne, de la collaboration avec le communisme, de l’apostasie immanente. Il tient presque tous les postes de commandement et il règne, sur les lâches, par l’intimidation, sur les faibles, par la persécution.

 

         Très Saint Père, confirmez dans leur foi et dans leur bon droit les prêtres et les laïcs qui, malgré l’occupation étrangère de l’Eglise parle parti de l’apostasie, gardent fidèlement l’Ecriture sainte, le catéchisme romain, la messe catholique.

 

         Et puis, surtout, laissez venir jusqu’à vous la détresse spirituelle des petits enfants.

 

         Les enfants chrétiens ne sont plus éduqués, mais avilis par les méthodes, les pratiques, les idéologies qui prévalent le plus souvent, désormais, dans la société ecclésiastique.

 

         Les innovations qui s’y imposent en se réclamant à tort ou à raison du dernier concile et du pape actuel, - et qui consistent, en résumé, à sans cesse retarder et diminuer l’instruction des vérités révélées,à sans cesse avancer et augmenter la révélation de la sexualité et de ses sortilèges, - font lever dans le monde entier une génération d’apostats et de sauvages,chaque jour mieux préparés à demain s’entretuer aveuglément.

 

         Rendez-leur, Très Saint Père, rendez-leur la messe catholique,le catéchisme romain, la version et l’interprétation traditionnelles de l’Ecriture.

 

         Si vous ne les leur rendez pas en ce monde, ils vous les réclameront dans l’éternité.

 

         Daigne Votre Sainteté agréer, avec ma très vive réclamation, l’hommage de mon filial attachement à la succession apostolique et à la primauté du Siège romain, et pour votre personne, l’expression de ma profonde compassion ».

Jean Madiran (27 octobre 1972)

 

 

         A Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II

 

« Très Saint Père,

 

         Je réitère auprès de votre suprême autorité ma réclamation à votre prédécesseur :

 

-         Rendez-nous l’Ecriture, le catéchisme et la messe.

 

Aux motifs toujours aussi impérieux présentés en 1972 au pape Paul VI, que voici.

 

         La plupart des chrétiens, tout au long de leur vie, n’ont au mieux que trois livres de religion : le missel, le catéchisme et la Bible. Ces trois livres ont été ravagés : la Bible par une multitude de variantes et d’interprétations arbitraires, en toute liberté de nuire ; le catéchisme et le missel par l’interdiction qui les frappe. Le peuple chrétien a perdu ses points fixes.

 

         La messe traditionnelle, celle de votre ordination, vous ne la célébrez jamais, pas même une fois l’an pour la fête de saint-Pie-V le 5 mai. Comment ne pas en conclure que vous ne l’aimez plus ? Que vous ne l’aimiez pas ?

 

         Nous n’avons pas cessé de l’aimer. Nous la réclamons. Personne, pas même le souverain pontife, n’avait le droit de nous en priver. Cette persécution qui s’obstine depuis dix-huit ans restera sans doute dans l’histoire de l’Eglise comme la plus grande honte du Siège romain.

 

         Cela fait donc une vingtaine d’années que l’Eglise, spécialement en France, vit sous le régime de l’interdiction des deux monuments de la tradition catholique qui sont directement à la portée du peuple chrétien : le missel et le catéchisme de nos anciens et de nos pères dans la foi.

 

         A leur place, depuis vingt ans, on nous impose les nouveautés issues de Vatican II comme si elles étaient infaillibles, mais sans jamais oser – ou pouvoir- faire de cette obligation un précepte infailliblement énoncé.

 

         Le concile Vatican II n’a défini aucun article de foi qui viendrait s’ajouter ou se substituer à ceux qui ont été antérieurement définis. Et cependant, en maintes occasions, Votre Sainteté elle-même présente les décrets conciliaires comme s’ils avaient été écrits sous l’inspiration de l’Esprit Saint, au même titre ou quasiment que la Sainte Ecriture. Nos évêques, par suite, font de l’adhésion inconditionnelle à la totalité de Vatican II un critère de foi catholique aussi nécessaire voire plus opportun que l’adhésion au Credo.

 

         Devant ces désordres majeurs le pontife romain, qui voyage beaucoup à travers le monde depuis Paul VI, demeure moralement immobile depuis vingt ans, insensible aux demandes,aux supplications, aux clameurs, aux souffrances quand elles ne se manifestent pas du bon côté. Aucune réponse qualifiée n’est faite non plus aux questions et aux objections. Seulement l’argument d’autorité, en omettant les explications et réfutations dont l’Eglise jusqu’ici l’accompagnait toujours. Face à nos réclamations motivées concernant l’interdiction des catéchismes, la mise hors la loi de la liturgie traditionnelle, le saccage scientiste de l’Ecriture, ces vingt années d’immobilisme ont été aussi vingt années de mutisme.

 

         Très Saint Père, n’est-ce pas trop ?

 

         Je le demande au Vicaire de Notre Seigneur Jésus-Christ, en toute fidélité à la succession apostolique et à la primauté du Siège romain.

Jean Madiran (1er août 1988)

 

 

         Quelle force d’âme !

 

         Et puis la libéralisation de la messe sur les autels de la chrétienté n’est pas l’unique « réclamation » de Mgr Lefebvre, n’est pas l’unique solution au problème de la crise de la messe, de la crise de l’Eglise.

 

         Il lui faut des prêtres qui l’aiment, cette messe, des évêques aussi.

 

         Il faut que le Pape Benoît XVI finisse par la célébrer cette messe, un jour, sur l’autel du Bernin, « ad caput » et pour toujours… Voilà qui ferait avancer grandement l’affaire. Je crois à la force de l’exemple. Des écrits, nous en avons… Nous en avons à la pelle, Nous en avons plus qu’il en faut. Jean-Paul II nous en a donnés… plus qu’on ne pouvait en lire… La réforme liturgique est pourtant toujours en attente.

 

         Il faut surtout un cadre juridique.

 

         On en voit toute l’importance dans l’affaire de la paroisse de saint-Eloi à Bordeaux… Et c’est pourquoi les « opposants » ‒ ceux qui ne l’aiment pas cette messe, qui n’en veulent pas… qui poussent en sens contraire, retardent toute signature… toute signature d’un accord juridique ayant pour objet précisément la messe, dans son droit exclusif.

 

         Rome doit subir des pressions énormes, vraisemblablement de pouvoirs divers, cachés. Cela fut toujours le cas… Nous en avons un témoignage formel, celui du Cardinal Stickler, en 1986. On ne le dira jamais assez. Un accord était sur le point d’être signé en 1986… Il aurait eu certainement notre approbation… En raison des pressions de divers épiscopats, Jean-Paul II ne le signa pas… On sait maintenant, tout récemment encore, depuis le témoignage de Sophie de Ravinel du Figaro qu’il en était déjà de même en 1982… Elle possède même le texte latin… J’aimerais l’avoir…

 

         Il en est de même aujourd’hui encore. Ce Motu Proprio sur la messe était signé par la pape, nous dit-on… Il ne sort toujours pas…

 

         Devant ces pressions Rome semble hésiter.

 

         Je l’ai bien vu dans mon affaire personnelle. A mon arrivée dans le diocèse de Clermont, l’archevêque avait bien reçu de Rome un dossier « ad hoc ». Il était quelque chose de très officiel. Il avait été rédigé à Rome. De Rome, il était venu à la nonciature de Paris, de Paris à Clermont. Rome demandait que me soit confiée une paroisse personnelle. Cela m’aurait plu… L’archevêque refusa…Et Rome se retira et fit silence…

 

En sera-t-il de même dans l’érection de cette paroisse personnelle à Bordeaux, à Saint-Eloi ? Je ne le sais. Je ne l’espère pas. La situation est différente… Les « quémandeurs » sont forts… Mais les opposants sont en place, ils sont aussi forts. Le Cardinal Ricard parle de « longues et difficiles tractations, d’un grand climat de défiance mutuelle, de crainte de part et d’autre »… Tout cela n’est pas bon et m’inquiète… Il le déclarait sur RCF-Gironde, le 24 décembre… « Longues et difficiles tractations »…

 

         C’est pourquoi je reste convaincu - et je l’ai dit dès le début de la fondation de l’Institut du Bon Pasteur (voir Regards sur le Monde du 21 septembre 2006) et je le répète pour ne rien cacher, que, pour moi, seule l’érection d’une « Administration Apostolique » universelle avec exemption juridique de l’ordinaire du lieu et reconnaissance du droit propre et exclusif de la messe de toujours sur toute fondation de cette Administration Apostolique est la solution. C’est la solution que Mgr Rangel a obtenue à Campos, au Brésil.

 

         C’est la seule solution !

 

         C’était la pensée de Mgr Lefebvre. Il en demandait la création à Rome avant même que soient réglés les problèmes doctrinaux.

 

         Il l’exprimait dans sa lettre du 21 novembre 1987.

 

         Il en précisait les termes, les conditions. Qu’on nous prenne « tels que nous sommes ». C’était son expression. C’était la première condition, pour ne pas dire la condition unique… Qu’on nous prenne avec notre amour de la messe, de la liturgie romaine, du chant grégorien. Qu’est-ce que cela peut avoir d’étrange… N’est-ce pas, du reste, ce qu’a demandé le Concile du Vatican lui-même ? Qu’on nous prenne avec notre amour du sacerdoce qui est une grande chose, puisqu’il participe de la grandeur même de la Sainte Eucharistie à laquelle il est par nature ordonné. Mais le Concile a-t-il dit quelque chose de différent…

 

         Qu’on nous prenne avec notre position sur le Concile Vatican II qui n’est finalement rien d’autre que celle exprimée, à la fin du Concile, par le Cardinal Felici.

 

         Je n’ai cessé, depuis trois ans, de reprendre cette pensée de Mgr Lefebvre sur ce sujet. Depuis 2003, date de mon exclusion. C’est plus de treize fois que j’en ai parlé sur mon site ITEM. La première fois, c’était dans l’interview que des journalistes du « The Wonderer » me demandaient.

 

         J’en reprends ici le texte :

 

         A la question : « Considérant votre amitié et votre proximité avec Mgr Lefebvre, pensez-vous qu’il aurait accepté l’offre de réconciliation que Rome a récemment présentée à la FSSPX dans la ligne des accords de Campos ? »

 

         Je répondais :

 

         Je crois sincèrement que Mgr Lefebvre aurait accepté, aujourd’hui, « un accord » avec Rome. Il aurait, peut-être, été plus prudent, plus exigeant sur certains points que ne le fut Mgr Rangel, mais il aurait été, cette fois, jusqu’au bout. Les exigences demandées par Rome aux Pères de Campos, à savoir : la reconnaissance du Pape Jean-Paul II comme légitime successeur de Pierre, la reconnaissance du Concile Vatican II interprété à la lumière de la Tradition, la reconnaissance de la validité, en soi, du Novus Ordo Missae, la libre discussion sur le Concile, évitant toutefois la dialectique, Mgr Lefebvre les avait déjà acceptées en 1988. Substantiellement, ce sont les mêmes. Il ne faut pas avoir peur de le dire. Et je voudrais bien qu’on me dise pourquoi ne pas les accepter. Obliger les Pères de Campos à étudier le Concile. Je voudrais bien aussi qu’on me démontre la nocivité de la chose. On ne peut bien critiquer raisonnablement que ce que l’on connaît. Que fait la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X, avec ses symposiums, avec ses Congrès de SiSiNoNo, sinon d’étudier le Concile ? Tout cela est très heureux. Notre critique, notre lecture ne sera certainement pas celle de la hiérarchie romaine. Qu’est-ce qu’on pourra nous dire, si nos critiques sont justes ? La libre discussion du Concile est une chose aujourd’hui indispensable. Hier, elle était impossible. Cette discussion doit avoir « droit de cité », comme pour la messe tridentine. Et pour cela, il est bien nécessaire de connaître le Concile. C’est amusant comme il existe chez nous des tabous, des baudruches. Il faut savoir les percer... Mgr Lefebvre aurait, vous dis-je, peut-être demandé des choses plus précises. Mais Rome aurait consenti à ces éventuelles précisions. Beaucoup à Rome veulent un accord. Le pape le veut. La situation de l’Église le réclame certainement. L’autorité le sait.

 

Du reste, si Mgr Lefebvre a retiré sa signature du protocole en 1988, c’est-à-dire s’il n’a pas voulu aller jusqu’à l’accord final, c’est parce qu’ on ne lui donnait pas les garanties de protection nécessaires qu’il réclamait justement, à savoir : la majorité dans la commission, commission qui devait avoir pour but de protéger la Tradition de toutes influences modernistes, et qu’on ne lui donnait pas le nombre d’évêques qu’il jugeait nécessaire pour faire face au développement grandissant de la Tradition dans le monde entier et qui aurait encore augmenté dans l’hypothèse d’un accord. Il le dit lui-même dans la conférence qu’il donnait à Ecône le 9 septembre 1988. Voyez : « … C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous lier avec Rome (la Rome moderniste, comme il disait, ou les « Romains » comme aime à le dire Mgr Williamson). Nous aurions pu, si nous étions arrivés à nous protéger complètement comme nous l’avions demandé. Mais ils n’ont pas voulu. Ils ont refusé les membres que nous demandions dans la commission, ils ont refusé le nombres d’évêques que nous demandions. C’est clair : ils ne voulaient pas que nous soyons protégés ».

 

         Eh ! bien, cette protection nous l’aurions dans le cadre d’une bonne administration apostolique. Nos « évêques », reconnus par Rome, auraient ce rôle protecteur que voulait absolument Mgr Lefebvre, vis-à-vis les dicastères romains qui seraient tentés d’indiscrétions modernistes. Ils joueraient le rôle dévolu à la commission prévue : la défense de la Tradition auprès des dicastères romains. Ils sont aujourd’hui nos protecteurs. Ils continueraient à l’être. Et dès lors, une administration apostolique personnelle qui ne changerait rien de ce que nous faisons et de ce que nous sommes serait une situation idéale. Elle établirait « légalement » aux yeux de tous ce que nous faisons, qui est fondamentalement légal et légitime. Nous serions « officiels », nous les contestataires de la nouvelle messe et du Concile. Ce qui serait très important. La tradition reprendrait ses droits. C’est pourquoi, aujourd’hui, je suis très favorable à une « régularisation » de nos relations avec Rome. Retenez ce terme : «régularisation » ou « restauration » de nos relations avec Rome. Il faut obtenir, en somme, que la dénonciation historique de tout ce qu’il y a de néfaste dans le dernier Concile soit reconnue officiellement. Cela se fera tôt ou tard. Plutôt tôt que tard. Il faut être audacieux. Ce n’est pas toujours le propre du clergé ».

 

         Je crois vraiment être resté dans la juste pensée de Mgr Lefebvre. Je crois ne pas avoir débordé ni à gauche ni à droite. Je crois être resté dans la ligne de la pensée de Mgr Lefebvre.

 

         Pourquoi ne jamais parler de la lettre de Mgr Lefebvre au cardinal Gagnon.

 

         Je suis stupéfait de constater qu’en 2001, le 13 janvier 2001, lorsque la question des rapports avec Rome fut abordée au plus haut niveau, le Conseil Général de la FSSPX réuni en son entier, avec la présence de « nos » quatre évêques, Mgr Rifan, alors abbé, représentant Mgr Rangel, nul n’a fait allusion à ce document ? Nul n’en a parlé. Et pourtant le processus d’une régularisation, d’une normalisation avait été prévu par Mgr Lefebvre de sa propre plume si régulière. On n’a même pas cité ce texte… Je m’en veux beaucoup. J’ai essayé après coup… C’était trop tard. D’autres influences ont joué.

 

         Or, il se trouve que Rome propose à Mgr Fellay, aujourd’hui, cette Administration Apostolique. Il l’a dit dans un point de presse en 2006. Le journal La Croix nous en a rapporté les propos…

 

« Quelle forme aurait cette régularisation ? Ce pourrait être un statut d’autonomie, par exemple une administration apostolique personnelle comme celle créée en 2001 à Campos (Brésil) pour les fidèles de Mgr Antonio de Castro Mayer, autre évêque intégriste, co-consé­crateur lors des ordinations illicites de 1988. « Je suis presque sûr qu’on nous l’accordera, confie Mgr Fellay. Même si nous ne voulons pas être des catholiques à part : l’ancienne messe, nous ne la demandons pas pour nous, mais pour tous. Mais peut-être faudra-t-il passer par cette étape transitoire. »

 

         Alors pourquoi ne pas aller de l’avant… Pourquoi attendre… attendre toujours, attendre un règlement doctrinal, règlement qui prendra des années… Alors que l’Administration Apostolique nous donnerait le cadre juridique d’un apostolat plus facile nous permettant de nouveau de quadriller la France et les autres pays, de diverses fondations d’où nous pourrions prêcher l’Evangile…

 

         Je suis disposé à en débattre avec tous…

 

Abbé Paul Aulagnier