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 Un regard sur le monde  politique et religieux

 Au 16 février 2005

 

N°31

Par Monsieur l’abbé Paul Aulagnier

 

 

Fatima.

 

Sœur Lucie de Fatima a quitté cette terre, le 13 février 2005

 

« Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et la voie qui te conduira à Dieu » (Notre Dame de Fatima)

 

Dans la plus grande indifférence du « monde », des « média », des « autorités politiques », sauf, peut-être du Portugal, mais pas du peuple fidèle,  le décès de Sœur Lucie de Fatima a été annoncé le lundi 14 février.  Elle a quitté cette terre le dimanche 13 février, dans l’après-midi. Elle est la dernière  « des trois petits enfants » qui ont vu, dès 1917,  Notre Dame, la Mère de Dieu, à  la Cova da Iria, près de Fatima, au Portugal, dans le diocèse de Leiria.

 

Nous ne pouvons pas laisser passer cet important événement sans nous souvenir…Sans nous souvenir de Fatima, de son enseignement pour le garder toujours vivant dans notre cœur.

Il fut la joie et  la gloire des « trois enfants » de Fatima.

Il fut la gloire des deux plus petits, déjà au Ciel, Jacinthe et François, béatifiés récemment par Jean-Paul II.

Il l’est aujourd’hui, pouvons nous dire, de Lucie. Notre Dame ne lui a-t-elle pas dit : « Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et la voie qui te conduira au Ciel ».

Cet enseignement  doit continuer à être la joie et  l’espérance de nos cœurs.

 

Mais quel est donc précisément le « message de Fatima » ? 

 

Il se résume à  quatre mots : «  la dévotion au  Cœur Immaculé de Marie ».

Sœur Lucie, le fit savoir dans ses écrits de 1927.  Notre Dame lui dit : « Jésus veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer, Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé….Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et la voie qui te conduira au Ciel ».

 

Voilà.

 

Retenons cela et vivons en tous.

Pratiquons ardemment la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Tenons notre chapelet fermement.

Cette dévotion doit être notre « refuge »…dans ces temps difficiles et de plus en plus difficiles parce que le « politique » s’oppose à Dieu et à sa loi et crée, chaque jour davantage, une monde contre  Dieu., un monde « hargneux » contre Dieu et tout ce qui est sacré.

 

Cette dévotion  sera aussi …  notre gloire, un jour… et pour toujours : « mon Cœur Immaculé sera ton refuge et la voie qui te conduira au Ciel ».

 

Rappelons-nous les grands événements

 de la Cova da Iria.

 

En suivant rapidement Lucie, Jacinthe et François, ces trois inséparables pastoureaux des collines de Fatima : ils  ont attiré et retenu les regards complaisants de la Reine du Ciel et de ses serviteurs, les Anges

 

Je reprends quelques passages du si beau livre du Chanoine C. Barthas : « Il était trois petits enfants ».

 

Voilà comment les choses se sont passées :

 

 

 

 

Première apparition de l’ « Ange de la Paix ».

 

C’était le temps où depuis peu François et Jacinthe avaient été autorisés à garder leurs brebis avec Lucie, vers la fin du printemps 1916, un an par conséquent avant la première apparition de la Sainte Vierge. Ils paissaient leur troupeau sur les pentes du Cabéço, dans une propriété des Santos qu’on appelle le Jardin Vieux.

 

Vers le milieu de la matinée, il se mit à tomber une pluie très fine. Les enfants montèrent sur le flanc du coteau pour chercher un abri dans les rochers. Il y avait, non loin de là, une sorte de grotte, profonde de trois ou quatre mètres, de la dimension d’un puits ordinaire et descendant en pente brusque. Mais nos pastoureaux avaient, devant ce trou, une impression de peur, car du dehors on n’aperçoit pas le fond. Là, ils auraient eu un abri plus sûr contre la pluie et l’on a cru longtemps que le « trou du Cabeço », dont parlait Lucie dans ses cahiers, était cette petite caverne. Dans  sa visite sur les lieux des apparitions, en mai 1946, elle a précisé, qu’il s’agissait en réalité d’un petit cirque de rochers, à moins de cent mètres de la caverne, de deux mètres tout au plus de profondeur, où l’on entre de plain-pied, mais où ils  ne pouvaient trouver qu’un abri précaire en se serrant contre les parois  rocheuses.

 

C’est ainsi, dit Lucie, que nous entrâmes pour la première fois dans ce lieu béni.

 

Cependant la pluie cessa et le ciel redevint bleu. Le site plaisait à nos trois amis ; ils y restèrent toute la matinée. C’est là que, vers midi, ils prirent leur frugal repas, puis récitèrent le chapelet et s’amusèrent à jouer aux osselets avec de petits cailloux.

Tout à coup, une rafale de vent les faits se retourner instinctivement vers la plaine…Voici qu’au dessus des oliviers qui couvrent toute la pente devant eux, ils aperçoivent, se dirigeant vers eux, une grande « lumière, plus blanche que la neige, avec une silhouette humaine plus brillante qu’un bloc de cristal traversé par les rayons du soleil.

 

A mesure qu’elle approche, ils peuvent mieux en distinguer les traits qui sont ceux d’un adolescent de quatorze ou quinze ans, d’une beauté surhumaine….

 

Surpris et absorbés par cette vue, les enfants ne trouvent pas la parole.

L’être de lumière s’arrête à côté d’eux et leur dit doucement : « N’ayez pas peur ; je suis l’Ange de la paix. Priez avec moi ».

Et s’agenouillant, il se prosterne tout entier, le front courbé jusqu’à toucher le sol, puis il se met à dire : « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je vous aime ! Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas, qui ne vous aiment pas ! »

 

Entraînés par une force surnaturelle, les trois bergers se sont prosternés comme leur mystérieux visiteur et ils ont répété les paroles qu’ils lui entendaient prononcer.

 

Ayant dit trois fois la même prière, l’Ange se releva et dit : « Priez comme cela. Les Cœurs très saints de Jésus et de Marie seront attentifs à la voix de votre prière ».

 

L’atmosphère de surnaturel qui enveloppait les trois bergers était si grande qu’ils ne se rendaient presque pas compte de leur propre existence. Pendant un long espace de temps, ils restèrent dans la même posture de prostration où l’Ange les avait laissés, répétant sans cesse la prière qu’il leur avait enseignée.

Quand ils s’arrachèrent à cette sorte d’extase, ils sentirent encore la présence de Dieu d’une manière si intime qu’ils ne se décidèrent pas à parler, même entre eux, avant le lendemain. C’est donc le jour suivant que François apprit que l’Ange avait parlé et prié ; il avait tout vu, mais il n’avait rien entendu.

 

Et pourtant il ne récitait pas avec moins de ferveur que ses compagnes la prière de l’Ange, lorsque, sans être vus, ils pouvaient se prosterner comme  le beau jeune homme l’avait fait devant eux. Et ils le faisaient jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus prononcer les paroles ou garder cette  position mortifiante.

Mais jamais nul d’entre eux n’eut l’idée de parler à personne de cette merveille ni de recommander aux autres le  secret. « C’était une grâce si intime, dit Lucie, qu’il n’était pas facile d’en dire le moindre mot ».

 

Vous,  retenez les quatre actes qui plaisent à Dieu : la foi, l’adoration, l’espérance, la charité.

Vous retenez les deux attitudes qui plaisent aussi à Dieu : l’agenouillement et la prostration.

 

Et vous vous en souvenez pour en vivre. Et n’écoutez pas d’autres sirènes…

 

 

Deuxième apparition de l’Ange : l’Ange du Portugal.

 

 

Une autre fois, aux jours chauds de juillet ou d’août, pendant les heures de sieste, les trois pastoureaux étaient dans l’enclos de la maison de Lucie, s’amusant « derrière le puits ». Ils virent surgir à l’improviste devant eux la même personne mystérieuse qui leur dit : « Que faites-vous là ? …Priez, priez beaucoup ! Les très saints cœurs de Jésus et de Marie ont sur vous  des desseins de miséricorde…Offrez continuellement au Seigneur des prières et des sacrifices… »

 

Ici Lucie demanda : Comment ferons-nous des sacrifices ?  « De toutes choses vous pouvez faire des sacrifices au Seigneur en acte de réparation pour tant de péchés qui l’offensent et de supplication pour la conversion des pécheurs. Tâchez d’attirer de la sorte la paix sur votre Patrie. J’en suis l’Ange gardien, l’Ange du Portugal…Surtout acceptez et supportez avec soumission les souffrances que le Seigneur voudra vous envoyer… ».

 

François avait vu la céleste apparition ; mais pas plus que la première fois, il n’avait rien entendu de ses paroles. Sur le soir, il demanda à sa cousine ce que l’Ange lui avait dit. Celle-ci, toute pénétrée de la vision, ne pouvait même pas parler ; elle lui proposa d’attendre au lendemain ou de questionner sa sœur. Il adopta cette seconde solution. Jacinthe n’avait pas plus de courage que Lucie : Demain matin, je te le dirai ; aujourd’hui je ne puis même pas parler.

 

Le lendemain, dès la rencontre près de la mare, François avoue à Lucie qu’il a mal dormi, ayant pensé sans cesse à ce qu’avait pu dire l’Ange ; il en demande l’explication. Lucie lui répond ; mais comme il pose toujours de nouvelles questions, elle se met à interroger sa sœur : Prends garde ! répond-elle. De ces choses, on ne doit peu parler ! Et à ce propos, Lucie fait cette remarque : Lorsque nous parlions de l’Ange, nous éprouvions un je ne sais quoi qui nous paralysait en quelque sorte ; nous ne pouvions ni jouer, ni parler, ni chanter.

 

Jacinthe s’en plaignait à son frère. Et lui de répondre : Moi aussi ; mais qu’importe ? L’Ange est plus que tout cela ; pensons à lui…

 

Les paroles de l’Ange se gravèrent profondément dans l’esprit des enfants. En même temps, Dieu, par une lumière surnaturelle, leur faisait comprendre combien il était grand, combien il nous aime et combien il veut être aimé, quelle  est la valeur du sacrifice et combien le Seigneur en tient compte pour convertir les pécheurs.

 

Aussi dès ce moment, ils commencèrent à offrir à Dieu tout ce qui les mortifiait, mais sans s’appliquer à faire d’autres pénitences ou sacrifices, sauf de répéter, prosternés à terre, la prière que l’Ange avait enseignée, et cela pendant des heures entières.

 

 

Troisième apparition de l’Ange.

 

 

Il se passa deux ou trois mois. La saison des siestes était passée ; les enfants gardaient les brebis toute la journée. Un jour qu’ils étaient sur le penchant du Cabeço, après leur goûter, ils se retirèrent dans le petit cirque  de rochers près duquel l’Ange leur était apparu la première fois, pour y dire le chapelet et y réciter la prière qu’il leur avait appris. Ils l’avaient déjà répétée maintes fois quand ils se virent  entourés d’une clarté extraordinaire.

 

S’étant levés, ils virent l’Ange qui s’approchait d’eux comme la première fois, en avançant au dessus des oliviers. Il s’arrêta à l’entrée du petit cirque. Il tenait dans la main un calice et, au dessus, ils voyaient une hostie de laquelle tombaient les gouttes de sang qui  découlaient dans le calice…suspendus en l’air, l’Ange s’agenouilla à côté d’eux, le front jusqu’à terre, et récita trois fois cette formule : Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je Vous adore profondément et je vous offre les très précieux Corps, sang, Ame  et Divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ présent dans tous les tabernacles du monde, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels il est lui-même offensé. Par les mérites infinies de son Cœur sacré et par ceux du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs.

 

Mus par le même mouvement qu’à la première apparition, les enfants, prosternés, disent la même prière. L’Ange se relève, prend l’hostie et la donne à Lucie ; puis il partage le contenu du calice entre Jacinthe et François, disant en même temps à chacun d’eux : Prenez le Corps et le Sang de Jésus-Christ, horriblement outragé par les hommes ingrats ! Réparez leurs péchés et consolez votre Dieu.

 

Et se prosternant de nouveau, il répéta trois autres fois la même prière : Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit…et il disparut.

 

Les enfants restèrent dans la même position, répétant sans arrêt la même formule, jusqu’à ce que François, se rappelant le premier la réalité, pensa que le soir était venu et que c’était l’heure de rentrer à la maison.
Lucie a la conviction qu’elle reçut ce pour-là une hostie réelle, car elle sentit le contact de l’hostie comme dans les communions ordinaires.

Ainsi que les fois précédentes, ils restèrent comme annihilés et leurs sens semblaient comme engourdis. Aussitôt après le départ de l’Ange, François de dire : J’aime l’Ange ; mais je ne suis plus capable de faire quoi que ce soit ; je ne suis même plus capable de courir ; je ne sais ce que j’ai.

C’était une grande paix et un grand bonheur au fond de l’âme, et, en même temps, un grand abattement physique.

Cet état d’affaiblissement des faculté durait quelques jours. Ils ne revenaient que peu à peu et lentement à leur état normal. Plus tard, ils eurent l’occasion de remarquer que les apparitions de la Sainte Vierge produisaient des effets  bien différents : c’étaient la même paix et le même bonheur de l’âme concentrée en Dieu ; mais physiquement, c’était de la vivacité et de l’enthousiasme communicatif. Comme pour les autres apparitions, ils comprirent la nécessité de garder le silence, et le gardèrent effectivement.

 

Quand on considère l’ensemble du « mystère » de Fatima, il semble que ces apparitions avaient pour but de préparer les âmes des petits pastoureaux d’Aljustrel à leur rôle de  messagers de Marie et de « rédempteurs » de leur Patrie en orientant déjà leurs pensées vers les grands besoins de l’Eglise  et des âmes et en leur faisant partager, dès maintenant, les grandes préoccupations de la très miséricordieuse Mère du genre humain.

 

 

La première apparition de Notre Dame

 

Nous sommes le 13 mai 1917. C’est un dimanche. La messe entendue, les trois enfants réunissent le petit troupeau de brebis.  Ils sont à la Cava da Iria.  C’est le plein midi. Le soleil est au zénith.

« Tout à coup une sorte de grand éclair frappe les yeux des petits bergers. Saisis d’épouvante, ils scrutent l’horizon. Rien que l’azur limpide d’un ciel sans nuages. Lucie nous dit que ce ne fut pas un éclair comme ceux de la foudre, mais un éblouissement, une sorte d’explosion de lumière qui éclairait à leurs yeux.

 

- Qu’est-ce que ça peut-être ? dit François.

Lucie …dit :

- Partons ! il y a des éclairs ; le tonnerre pourrait venir.

- Oui, partons dit Jacinthe, la plus petite et la plus apeurée.

 

Les brebis sont vite rassemblées ; ils les poussent sur la descente, vers la droite.

 

A mi-côte, lorsqu’ils passent devant un grand chêne vert, qui subsiste jusqu’à maintenant, un nouvel éclair, plus éblouissant que le premier, ils poussent le pas…

 

Arrivés au fond de la cuvette, ils s’arrêtent interdits et étonnés. Comme automatiquement, ils se retrouvent tous trois ensemble. Devant eux, à deux pas de distance, sur un petit chêne vert, bien verdoyant, haut d’un peu plus d’un  mètre et demi, ils aperçoivent une belle dame, toute lumineuse, , entourée d’une auréole plus brillante que le soleil.

Surpris et extasiées, enveloppés eux-mêmes dans l’auréole de lumière qui entoure la « Demoiselle », comme disait d’abord Lucie, les enfants contemplent la douce vision.

 

D’une voix infiniment caressante et toute maternelle, Elle les tranquillise :

 

- N’ayez crainte, je ne vous ferai point de mal.

Timidement, ils s’approchent de l’arbre qui lui sert de piédestal, et ils restent à la contempler. ….

Plus tard quand on demandera à Lucie de décrire le visage de la vision, elle ne saura dire que ce mot : Lumière ! Elle était lumière, lumière, lumière !

 

Et vingt ans après, au sujet d’une statue de Notre-Dame de Fatima qui est loin de la satisfaire, elle écrira à Monseigneur l’Evêque de Leira, les remarques suivantes : « Il me semble que si je savais peindre  - sans être capable de la peindre telle qu’Elle est, puisque c’est impossible  et qu’on ne peut même pas la décrire avec des mots de la terre  - je mettrais seulement une robe aussi simple et aussi blanche  que possible, et la « mante » tombant du sommet de la tête jusqu’au bas de la robe. Et comme je ne pourrais pas peindre la lumière et la beauté qui l’ornaient, je supprimerais toutes les parures, à l’exception d’un mince filet sur  les bords de la mante. Cet ornement brillait sur le fond de la lumière comme si c’eut été un rayon de soleil brillant plus intensément que le reste. Cette comparaison reste bien en deçà de la réalité, mais je ne sais comment mieux l’exprimer. »

 

La dame regarde les enfants.

 

Vaguement, le cœur dévot de la petite Lucie devine que c’est la Vierge Marie. Mais elle n’ose pas le croire :

- Qui étais-je pour cela ?

 

Alors elle s’arme de courage et, contrairement à sa façon ordinaire de faire, elle interpelle la visiteuse.

-  De quel endroit êtes-vous, Madame ?

Et le dialogue s’engage :

-  Je suis du Ciel.

Et de sa main, la Dame montre le firmament d’azur.

-  Et que désirez-vous de nous ?

-  Je viens pour vous demander de vous trouver ici six fois de suite à cette même heure, le 13 de chaque mois . Après, je vous dirai qui je suis et ce que je désire de vous.

-  Vous venez du Ciel !…Et moi, irais-je au Ciel ?

-  Oui tu y viendras.

Et Jacinthe ?

-  Aussi.

-  Et François ?

 

La Dame de lumière regarde le garçon avec une expression mêlée de bonté et de maternelle compassion :

-  Il y viendra aussi ; qu’il récite également son chapelet.

 

Heureux enfants, dont le seul mot de « Ciel » suffit à fixer les pensées et les désirs vers cette demeure éternelle des élus !

 

Pour Lucie et ses compagnons, la vision a rassuré leur espérance. Mais récemment, à Aljustel, il est mort deux jeunes filles, qui venaient chez sa mère apprendre à coudre et à tisser. L’une avait environ seize ans et l’autre vingt.

-  Et Marie du Rosaire, de chez José das Neves, est-elle au Ciel ?

-  Oui.

Et Amélie ?

-  Elle est encore au Purgatoire.

A cette pensée, Lucie se met à pleurer

 

Et Notre Dame obtint des enfants  - Lucie le révélera plus tard dans son cahier de souvenirs rédigé à la demande de Mgr l’Evêque de Leiria  - cette promesse :

-Voulez-vous, demanda la Dame aux enfants, voulez-vous vous offrir à Dieu pour faire des sacrifices et accepter volontiers toutes les souffrances qu’Il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés qui offensent sa divine Majesté ? Voulez-vous souffrir pour obtenir la conversion des pécheurs, pour réparer les blasphèmes, ainsi que toutes les offenses faites au Cœur Immaculé de Marie ?

 

La Dame savait donc les trois petits amis capables de le faire, de tenir une promesse aussi héroïque. De fait, Lucie au nom de tous les trois, répondit avec enthousiasme :

-  Oui, nous le voulons.

 

Avec un geste et un sourire de maternelle complaisance, la Vison ajouta :

-  Vous allez donc avoir beaucoup à souffrir, mais la grâce de Dieu vous assistera et vous soutiendra toujours.

 

 

En parlant ainsi, l’Apparition ouvrit les mains qu’Elle tenait jusque-là jointes, et  ce geste répandit sur les voyants un faisceau de lumière mystérieuse, à la fois très intense et très intime, qui, les « pénétrant jusqu’au plus profond de l’âme (ce sont les propres paroles de Lucie), les fit se voir eux-mêmes en Dieu….Dieu lui-même était cette lumière et cette image était plus claire que si elle avait été reflétée par le plus pur des miroirs ».

 

Alors, par une impulsion irrésistible, les petits voyants tombèrent à genoux, répétant avec force : « O très sainte Trinité, je vous adore !….Mon Dieu, mon Dieu, Je vous aime !…

 

Après quelques moments, l’Apparition recommanda aux petits de dire le chapelet tous les jours avec dévotion pour obtenir la paix du monde.

 

Après Lucie demanda :

-  Pourriez-vous me dire si la guerre durera encore longtemps ou si elle finira bientôt ?

-  Je ne puis te le dire encore, tant que je ne t’ai pas dit aussi ce que je veux (le message que j’apporte)

 

Cette parole, capitale pour indiquer le sens  général des apparitions, affirme dès cette première rencontre, la relation entre la conversion que demandera Marie et la fin des épreuves de l’humanité.

 

Ayant parlé ainsi, la Dame s’éloigna, comme en glissant, « sans remuer les pieds », dans la direction de l’est, et l’inoubliable vision s’évanouit dans la lumière du jour.

 

 

Deuxième apparition de Notre Dame : le 13 juin 1917

 

La date du prochain rendez-vous de la Dame, le 13 juin, était la fête de saint Antoine de Padoue, patron séculaire du Portugal et fêté à Fatima comme patron de la paroisse.

Malgré la fête, les enfants vont au rendez-vous de Notre Dame.  Rien ne les y aurait empêché.

Une soixantaine de personnes suit les trois enfants à la Cova da Iria.

 

-  Jacinthe, voici Notre Dame ; elle a fait son « éclair ».

 

Les trois enfants courent vers le chêne vert et les gens les suivent, se mettant à genoux comme eux. Lucie joint les mains comme pour prier et on l’entend dire :

-  Madame m’a demandé de venir ici ; qu’elle veuille me dire ce qu’elle désire.

 

« Alors, racontait Mme Carreira  - et ce fait est confirmé par les autres témoins – nous commençâmes à entendre une voix très fine ; mais nous ne comprenions pas les paroles ; c’était comme le bourdonnement d’une abeille. » 

 

Cependant Lucie, Jacinthe et François voient la belle dame dans son auréole de lumière et les deux filles l’entendent répondre :

-  Je veux que vous veniez ici le 13 du mois prochain et que vous appreniez à lire. Ensuite, je vous dirai ce que je désire de plus.


Lucie demanda à la dame du Ciel de guérir un malade qu’on lui a recommandé ; il lui est répondu qu’il doit se convertir et qu’à cette condition il guérira dans l’année.

 

La petite bergère s’enhardit :

-  Madame, je voudrais vous demander de nous prendre au Paradis.

 

La réponse de la Dame, c’est ce que l’on appela d’abord le « petit secret » de Fatima. Sans que la Vierge leur eût demandé de le tenir caché, nos trois amis comprenaient qu’il était de leur devoir et leur intérêt de garder pour eux ce que la Dame leur dit sur leur avenir, surtout à cause de leurs parents que la pensée d’une mort prochaine les aurait épouvantés.

 

C’est seulement en 1927 que Sœur Lucie, sur le désir de son confesseur de lui voir mettre par écrit certaines grâces de Dieu, consulta sur ce point Jésus au Très saint Sacrement et reçut du Maîtres, qui lui parla « d’une voix claire », l’autorisation de les raconter.

 

C’est ainsi que nous connaissons la demande de Lucie, à laquelle l’Apparition répondit :

-  Oui, Pour Jacinthe et pour François je les prendrai bientôt. Mais, toi tu resteras ici-bas encore quelques temps. Jésus veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé.

 

-  Alors je vais rester ici-bas toute seule !…

Pour elle, vivre sans Jacinthe ni son frère lui semblait impossible ; le monde sans eux, lui était un désert.

 

-Non, ma fille !….Et tu souffres beaucoup de cela ?… Je ne t’abandonnerai jamais. Mon cœur immaculée sera ton refuge et la voie qui te conduira à Dieu.

 

Evidemment, ces paroles sont restées pour Lucie une puissante source de force et de courage dans les luttes de toute sorte qu’elle a dû subir depuis lors pour rester la fidèle Messagère de la Dame du Chêne vert.

 

Dans  de nouvelles notes, publiées en 1942, elle nous fait connaître une autre grâce précieuse :

 

En prononçant ces dernières paroles, raconte-elle, la sainte Vierge écarta ses mains et, pour la seconde fois, nous communiqua le reflet de la lumière intense qui l’enveloppait, dans laquelle nous nous vîmes comme plongés en Dieu. Jacinthe et François paraissaient être dans une partie qui s’élevait vers le ciel et moi dans celle qui se répandait sur la terre.
Au dessus de la paume de la main gauche de Notre-Dame il y avait un cœur entouré d’épines qui s’y enfonçaient. Nous  comprîmes que c’était le Cœur Immaculée de Marie, outragé par  les péchés de l’humanité, qui demandait réparation.

 

Cette vision termina l’apparition qui avait duré environ un quart d’heure. Comme la première fois, Jacinthe avait tout entendu, mais  n’avait point parlé ; François n’avait fait que voir.

 

Et ainsi la Dame reviendra quatre fois du Ciel pour les encourager et les soutenir.

 

 

Troisième apparition de Notre Dame, le 13 juillet.

 

Lorsque, le 13 juillet, les voyants arrivèrent à la Cova da Iria, ils trouvèrent grande foule…Les quelques pèlerins du mois précédent avaient fait une grande publicité. Et aujourd’hui, ils étaient peut-être cinq ou six mille. C’était la première de foule de Fatima…

 

Lucie dit le chapelet ; les fidèles lui répondent. Il fait très chaud et les gens se protègent contre le soleil avec des parapluies ;

 

-  Fermez les parapluies, dit Lucie ! Notre Dame arrive.

 

La Vision se présente de la même manière, venant de l’Est, après un « éclair » fulgurant et dans une auréole d’intense lumière. Elle est là qui regarde Lucie, comme pour lui reprocher ses doutes. Et en la voyant si belle et si douce, la voyante, honteuse de son incroyance, hésite à lui parler. Jacinthe l’encourage, car elle n’ose pas prendre la parole elle-même. Enfin Lucie, sur un ton bien humble, se décide à demander à la Vision ce qu’Elle désire.

 

Avec la même amabilité que les fois précédentes, Elle répond :

 

-  Je désire que vous veniez ici le 13 du mois prochain, que vous récitiez le chapelet tous les jours en l’honneur de Notre Dame du Rosaire pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre, parce que seule Elle pourra l’obtenir.

 

Lucie, pour pouvoir répondre aux incrédules, exprime le désir de connaître le nom de la céleste Visiteuse ;  elle voudrait aussi lui voir donner une preuve miraculeuse de la réalité de sa présence.

 

-  Continuez de venir ici tous les mois. En octobre je dirai qui je suis et ce que je désire. Et je ferai un miracle pour que tout le monde puisse vous croire.

Très contente de cette réponse, Lucie s’enhardit à transmettre à la Dame plusieurs demandes de grâces. La Dame répond maternellement à chacune, sans s’engager à les exaucer, mais en recommandant toujours le chapelet comme moyen de les obtenir.

Puis raconte Lucie, « pour ranimer ma ferveur refroidie », Elle dit aux enfants :

-  Sacrifiez-vous pour les pécheurs et dites souvent, mais spécialement toutes les fois que vous ferez quelques sacrifices : O Jésus, c’est par votre amour, pour la conversion des pécheurs et en réparation des injures faites au Cœur Immaculée de Marie.

 

Depuis le début de l’apparition, les spectateurs avaient remarqué une petite nuée blanchâtre agréable à voir qui planait au dessus du Chêne vert ; ils avaient vu le soleil s’assombrir et la température s’était abaissée. Un petit vent frais soulageait de la canicule.  …A un moment, ils entendirent Lucie pousser comme des soupirs de plainte, et ses traits, comme ceux de ses cousins, marquaient un grand effroi. Lorsque, après la vision on demandera aux enfants la cause de cette frayeur, ils répondirent : c’est un secret.

 

C’est en effet, dans cette troisième apparitions que la sainte Vierge confia aux petits bergers un secret avec défense de le révéler à personne. Cependant, lors du 25 anniversaire des apparitions (1942), l’autorité religieuse a cru arrivé le moment de le manifester, au moins en partie, pour le bien des âmes.

Voici ce que Sœur Lucie écrivit alors sur ce sujet, « par pure obéissance et avec la permission du ciel » :

 

« En disant les dernières paroles rapportées ci-dessus (Sacrifiez-vous etc…) la sainte Vierge ouvrit de nouveau les mains, comme les mois précédents. Le faisceau de lumière projeté semble pénétrer la terre et nous vîmes comme une grande mer de feu. En cette mer étaient plongés, noirs et brûlés, des démons et des âmes sous forme humaine ressemblant à des braises transparentes. Soulevés en l’air par les flammes, ils s’élevaient au-dessus d’elles en même temps que des  nuages de fumées, puis ils retombaient de tous les côtés comme les étincelles  dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, au milieu de grands cris et de hurlements de douleur et de désespoir qui faisaient frémir et trembler d’épouvante.

Ce fut probablement à cette vue que j’ai poussé l’exclamation d’horreur qu’on dit avoir entendue.

« Les démons se distinguaient des humains par leurs formes horribles et dégoûtantes d’animaux épouvantables et inconnus, mais transparents comme des charbons embrasés.

Cette vue dura un instant et nous devons remercier notre bonne Mère du Ciel qui, d’avance, nous avait prévenus par la promesse de nous conduire en Paradis. Autrement, je crois, nous serions morts de terreur et d’épouvante.

« Comme pour demander secours, nous levâmes les yeux vers la Sainte Vierge qui nous dit avec bonté et tristesse :

« Vous avez vu l’enfer où vont aboutir les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, le Seigneur veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculée. Si l’on fait ce que  je vous dirai, beaucoup d’âmes se sauveront et l’on aura la paix !

« La guerre va vers la fin ; mais si l’on ne cesse pas d’offenser le Seigneur, sous le Pontificat de Pie XI commencera une autre pire »

« Quand vous verrez une nuit éclairée par une grande lueur  inconnue sachez que c’est le signe que Dieu vous donne, qu’il est  prochain le châtiment du monde par la guerre, la famine et les persécutions contre l’Eglise et contre le saint Père.

« Pour empêcher cela, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculée et la communion réparatrice des premiers samedis du mois.

« Si l’on écoute mes demandes, la Russie se convertiras et l’on aura la paix. Sinon, elle répandra ses erreurs dans le monde, provoquant des  guerres et des persécutions contre l’Eglise ; beaucoup de bons  seront martyrisés ; le saint Père aura beaucoup à souffrir ; plusieurs nations seront anéanties. ( Ici quelques phrases gardées encore dans le secret).

« Mais enfin, mon cœur Immaculé triomphera (De quelle manière… Au temps voulu cela paraîtra plus clair. Cependant on nous laisse entendre que ) la consécration au Cœur de Marie se fera ( et que, en conséquence) la Russie se  convertira et un temps de paix sera concédé au monde… « L’apparition conclut : Ne dites cela à personne. A François, vous pouvez le dire. »

 

Quelques moments après, elle demande :

-Voulez-vous apprendre une prière ?

-Oui, Madame.

-Lorsque vous récitez le chapelet, dites à la fin de chaque dizaine :

O mon Jésus, pardonnez-moi nos péchés ; préservez-nous du feu de l’enfer ; prenez au paradis toutes les âmes et venez en aide surtout à celles qui en ont le plus besoin .

 

Lucie qui était à genou, se leva et dit : -Elle s’en va !…

Puis !

-On ne la voit plus !….

 

NB : Qu’en est-il de cette consécration ? Est-elle faite ? Est-elle encore à faire ? Qu’en est-il du «  troisième » secret de Fatima ? Celui qui fut lu par le cardinal Sodano, à Fatima,  est-il le vrai secret, a-t-il été donné intégralement ? Je reste  personnellement très réservé et interrogatif.

 

 

Quatrième apparition de Notre Dame

 

Cette apparition ne put avoir lieu le 13 août par suite de la malice des hommes.

Mais quelques jours après et   du côté de Valinhos. C’est le dimanche. Les enfants ont entendus la messe. Après la messe, avec leur troupeau ils vont du côté de Valinhos. Vers les quatre heures, Lucie voit l’atmosphère prendre la même teinte qu’à la Cova da Iria pendant les apparitions et aperçoit « l’éclair » annonciateur de la Dame. La belle dame, dans son auréole de lumière est là, sur un chêne vert un peu plus haut que celui de la Cova.

Elle leur parle avec la même bonté, leur recommandant  encore de ne pas manquer les rendez-vous des jours 13, de continuer à dire le chapelet tous les jours ; elle leur renouvelle sa promesse d’un grand miracle pour tout le monde  le dernier mois. Elle ajoute : Si on ne vous avait pas enlevés à la ville, le miracle aurait été plus grandiose. Vous verrez saint joseph, avec l’Enfant-Jésus, prêts à donner la paix au monde ; vous verrez Notre Seigneur bénir le peuple ; vous verrez aussi Notre Dame du Rosaire et Notre Dame des Douleurs.

 

Lucie pensa aux offrandes que les fidèles déposaient devant le chêne vert, sur la table de Mme Carreira, et, comme celle-ci le lui avait recommandé, demanda ce qu’il fallait en faire .

 

-  Qu’on fasse deux pavillons de procession. L’un, tu le porteras avec Jacinthe et deux compagnes vêtues de blanc, l’autre sera porté par François et trois garçons vêtus aussi de blanc. Ce sera pour solenniser la fête de Notre-Dame du Rosaire.

Lucie a encore des demandes de guérison à présenter à la Vision, qui promet d’en exaucer quelques-unes pendant l’année.

Alors la Dame revient à la grande préoccupation de son Cœur, la conversion des pécheurs.

 

-  priez, priez beaucoup. Faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’il n’y a personne qui se sacrifie pour elles.

 

L’apparition dura le temps habituel ; les petits prirent congé de la Dame qui s’éloigna, comme toujours, en s’élevant du côté de l’est.

 

Cinquième apparition de Notre Dame : le 13 septembre.

 

Cette fois, la foule est plus nombreuse encore, peut-être bien  trente mille fidèles.
Lucie raconte comment, avec ses cousins, elle parvint jusqu’à la Cova da Iria.

 

« Les chemins étaient remplis de monde et tous voulaient nous parler. Il n’a avait pas de respect humain. Beaucoup de personnes, même de la haute société, fendant la foule qui se pressait autour de nous, tombaient à genoux et nous  priaient de présenter leurs supplications à la sainte Vierge. D’autres, ne réussissant pas à nous approcher, nous  criaient de loin, même du haut des murs ou des arbres sur lesquels ils s’étaient juchés pour mieux voir : « Pour l’amour de Dieu priez la Sainte  Vierge de guérir mon fils estropiés….. On nous recommandait de la sorte toutes les misères de la pauvre humanité.

« Et nous, disant : oui, à l’un, tendant la main à l’autre pour qu’il se relevât, nous avancions toujours aidés par quelques hommes qui nous frayaient le chemin à travers la foule ».

 

Vers midi, lorsque les enfants furent arrivés devant le portique des apparitions, on pouvait compter de vingt-cinq à trente mille personnes. C’était pourtant la pleine période des vendanges.

Lucie demanda aux assistants de dire le chapelet. …et ce fut une immense supplication …qui monta vers la Reine du Ciel. …Tout le monde répond au chapelet que récite Lucie. Tout à coup, la fillette s’interrompt et s’écrie radieuse :

 

-  La voilà !…. Je la vois !…

 

Dans le ciel bleu, pas un nuage….mais un ovale lumineux qui, au yeux de ces milliers de témoins, se déplace de l’est à l’ouest, glissant avec lenteur et majesté à travers l’espace et dégageant une lumière éclatante. En plus de la modification de la couleur du jour et de l’apparition de ce globe lumineux, d’autres prodiges frappèrent les sens de la foule pendant la durée de la vision.

Une nuée blanche enveloppait le chêne vert et le groupe des voyants. En même temps du ciel tombaient des sortes de fleurs blanches ou de flocons de neige qui ne touchaient pas le sol mais s’évanouissaient à une certaine hauteur.

Pendant ce temps, Lucie et ses cousins ne voyaient que la dame.
Dans cette cinquième rencontre, la Vierge leur dit de continuer à réciter le chapelet tous les jours pour obtenir la fin de la guerre . Elle insista pour que ses petits amis fussent là sans faute, le 13 octobre, car ce jour-là, comme elle l’avait annoncé le mois précédent, ils verront saint Joseph et l’Enfant-Jésus ainsi que Notre-Dame des Douleurs et Notre Dame du Mont-Carmel.

Lucie demanda à la Vision si Elle guérirait quelques malades qui l’avaient priée d’intercéder pour eux, en particulier une petite sourde-muette qui était là.

 

- J’en guérirai certains, mais pas tous, parce que le Seigneur ne se fie pas à eux

-  le peuple, continua Lucie, voudrait ici une chapelle.

 

L’apparition approuva cette idée, ajoutant que la moitié de l’argent recueilli pourrait servir à payer les premières dépenses de la construction.
Lucie un fois de plus demanda à la Dame de faire un miracle parce qu’on la traitait de menteuse et de fourbe disant qu’elle méritait d’être pendue ou brûlée. La Vision se contenta de confirmer sa promesse pour le mois suivant.

Finalement, Lucie cria au peuple, en montrant le Ciel dans la direction de l’est :

-Si vous voulez la voir, regardez par là !...Et beaucoup virent alors l’aéroplane de lumière remonter dans l’azur, et y disparaître.

 

Le 13 octobre, tout un peuple à la Cova.

 

Plus de cinquante mille personnes. Un pluie diluvienne.

Lucie demande que l’on ferme les parapluies. L’ordre se transmets à travers la foule, qui, stoïquement obéit.

 

A midi précis, (heure solaire) Lucie tressaille et s’écrie :

-  Chut !… Chut !… Notre Dame vient !…

-  Regarde bien, ma fille, Prends garde de ne pas te tromper, lui dit sa mère qui se demande encore avec inquiétude comment s’achèvera toute cette affaire.

Mais Lucie ne l’entend pas : l’extase l’a saisie.

Le visage de l’enfant… devenait de plus en plus  beau et prenait une teinte rose ; les lèvres s’amincissaient.

Cependant François et Jacinthe aperçoivent eux aussi la Dame à l’endroit ordinaire.

Pendant qu’ils la contemplent, la foule voit par trois fois se former autour de leur groupe , puis s’élever dans l’air, jusqu’à la hauteur de cinq ou six mètres, une petite nuée blanche, semblable à une fumée d’encens, comme si un prêtre invisible encensait liturgiquement la Vision.

Lucie demanda de nouveau

-  Qui êtes-vous, Madame et que voulez-vous de moi ?

-  Je suis Notre Dame du Rosaire. Je désire que l’on fasse ici une chapelle en mon honneur, et que l’on continue à dire la chapelet tous les jours. La guerre va vers la fin ; les soldats ne tarderont pas à rentrer chez eux.

 

Alors Lucie, qui avait reçu d’une foule de gens des suppliques à transmettre à la Dame, lui dit :

J’aurais tant de choses à vous demander ? Voulez-vous les accomplir ?

-  Certaines, oui ; les autres, non. Il faut que le gens se corrigent, qu’ils demandent pardon de leurs péchés !

 

Et, prenant un air plus triste, avec une voix suppliante :

 

-  Qu’ils n’offensent plus Notre Seigneur, qui est déjà tant offensé !

 

Ces paroles frappèrent fortement l’esprit des voyants qui gardèrent un profond souvenir de l’expression de douloureuse tristesse qui avait paru sur le visage de Notre Dame quand Elle les prononçait.

 

-Ne voulez-vous plus rien de moi, dit Lucie ?

 

-Non plus rien ! répond la Vision.

Alors, dans un geste déjà connu, Elle écarta les mains qui se reflétèrent sur le soleil comme pour attirer les regards des enfants dans la direction de l’astre du jour devenu tout à coup visible.

 

Au moment précis où la Dame faisait ce geste, Lucie avait crié à la foule :

 

-Elle s’en va ! Elle s’en va ! Regardez vers le soleil !

 

Et de groupe en groupe, le mot d’ordre court :

 

-Regardez le soleil !…Attention au soleil !…

 

Alors l’immense multitude perçoit un spectacle stupéfiant, unique, jamais vu…un de  ces prodiges célestes qui semblent annoncés par la parole du sauveur dans la prophétie sur les derniers temps : « Les puissances célestes seront ébranlées, les lois astronomiques seront renversées. .
Tout à coup, la pluie s’est arrêtée et les nuages opaques depuis le matin, se sont dissipés. Le soleil apparaît au zénith, semblable à un disque d’argent que les yeux peuvent fixer sans être éblouis et, aussitôt, il se met à tourner sur lui-même comme une roue de feu, projetant dans toutes les directions des gerbes de lumière dont la couleur change plusieurs fois . Le firmament, la terre, les arbres, les rochers, le groupe des voyants et la multitude immense apparaissent successivement teintés de jaune, de rouge, de bleu, de violet…

L’astre du jour s’arrête quelques instants. Puis il reprend sa danse de lumière d’une manière plus éblouissante encore. Il s’arrête de nouveau pour recommencer une troisième fois ce feu d’artifice si fantastique qu’aucun artificier n’aurait pu imaginer de semblable. …Ce peuple de soixante dix-mille voyants contemple…

Tout à coup, tous ceux qui composent cette multitude, tous sans exception, ont la sensation que le soleil se détache du firmament et, par bonds en zigzag, se précipite sur eux ! Un cri formidable sort à la fois de toutes les poitrines ou plutôt des exclamations diverses qui traduisent  les dispositions diverses des âmes.

 

« Miracle ! Miracle ! crient les uns…Je crois en Dieu, proclame un autre…Je vous salue Marie, disent certains. Ah ! Jésus nous allons tous mourir ! … entend-on par-ci… Mais notre Dame nous protège, réplique-t-on par là Il en est même qui, tout en haut, confessent leurs péchés…D’autres qui disent : « Que c’est beau ! »

 

Maintenant, tout ce peuple est tombé à genoux dans la boue pour chanter en chœur le Credo.

Qui décrira l’état d’émotion de toute cette foule ? Un vieillard, jusque-là incroyant, agite ses bras en l’air, en criant : Vierge sainte !…Vierge bénie !… Et les larmes inondant son visage, les mains tendues vers le Ciel, comme un prophète, le ravissement visible dans tout son être, il crie de toutes ses forces :

 

-  Vierge du Rosaire, sauvez le Portugal.

 

Et de tous les côtés, sur le plateau, se déroulent des scènes analogues.

 

La rotation du soleil avait duré dix minutes. Elle fut observée par tous les présent sans exception : croyants, incroyants, paysans, citadins, hommes de science, journalistes, libres penseurs. Tous, sans préparatifs d’aucunes sorte, sans autres suggestion que l’appel d’une fillette invitant à regarder vers le soleil, perçurent les mêmes phénomènes, avec les mêmes phases, au jour et à l’heure annoncés quelque mois auparavant comme ceux d’un grand prodige.

 

Une autre remarque : tous les habits trempés par la pluie, il y a quelques minutes, étaient maintenant absolument secs. Personne ne se trouvait incommodé d’avoir été tant mouillé.

Il faut remarquer enfin que dans les autres apparitions, les phénomènes atmosphériques observés par l’assistance s’étaient produits pendant l’entretien de la Dame avec les enfants. Cette fois, ils commencèrent seulement lorsqu’Elle quittait le lieu ordinaire des visions. C’était donc l’adieu de Marie, non seulement aux enfants eux-mêmes, mais à la Cova da Iria et à la foule qui la remplissait.

 

Voilà le « signe de Dieu »

 

Conclusion : si le Ciel a accumulé ce jour-là tous ces prodiges, c’est pour mieux convaincre les témoins et l’Eglise catholique tout entière de la réalité des apparitions aux enfants et de la crédibilité de leur témoignage, et pour enlever aussi aux parents des enfants et aux sectaires toute possibilité même de le mettre en discussion.

 

Ces miracles avaient encore pour but, sans nul doute, de nous montrer l’importance exceptionnelle que la Mère de Miséricorde attachait au message qu’Elle venait apporter à la terre par l’intermédiaire des trois petits bergers de Fatima.

 

Prions beaucoup !