Paroisse catholique Saint Michel

Dirigée par

 Monsieur l'abbé Paul Aulagnier

 

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Du 29 mai au 4 juin

Deuxiéme Dimanche après la Pentecôte

 

Sommaire

 

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L’Annonciation de la Vierge Marie.
Méditation III


1- Méditation sur nos mystères.

La semaine dernière, nous avons commenté, en suivant l’enseignement de saint Thomas, les premières paroles de la salutation angélique. Il nous faut poursuivre et voir la suite du récit de la salutation angélique : « L’Esprit-Saint descendra sur vous et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu ». (Lc 1 35).

Saint Thomas d’Aquin étudie ces paroles de l’Ange en la Somme à la question 32 de la III Pars. Il intitule cette question : « du principe actif dans la conception du Christ ». Il y consacre trois articles. Ce sont ces trois articles que nous allons aujourd’hui parcourir.

Article I : « Si d’être le principe efficient de la conception du Christ doit être attribué à l’Esprit-Saint ?

On pourrait en effet attribuer la conception du Christ à la Trinité tout entière puisque saint Augustin écrit : « Les œuvres de la Trinité sont indivises, comme indivise est son essence ». Mais elle pourrait être aussi attribuée au Père lui-même puisqu’il est dit dans l’épître aux Galates : « Lorsque est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils fait de la femme » (Gal 4 4). Or la mission du Fils est attribuée surtout au Père.De plus ; il est dit dans l’Ecriture que « la Sagesse s’est construit une maison » (Prov. 9 1). Or la Sagesse de Dieu est le Christ lui-même. Il semble donc que la réalisation de la conception du corps du Christ doive être attribuée surtout au Fils. Ce n’est donc pas à l’Esprit-Saint qu’il faut attribuer la conception du Christ.

Pourtant il est dit dans saint Luc au chapitre 1 que « L’Esprit-Saint viendra sur vous… ».

Saint Thomas répond au corps de l’article que « la conception du corps du Christ est l’œuvre de la Trinité tout entière ». « Respondeo dicendum quod conceptionem corporis Christi tota Trinita est operata ». Mais cependant « elle est attribuée spécialement à l’Esprit-Saint », « Attribuitur tamen hoc Spiritu Sancto ». Pour le justifier, Saint Thomas nous donne trois belles raisons.

D’abord, parce que cela convient à la cause de l’Incarnation qui se considère du côté de Dieu. L’Esprit-Saint, en effet, est l’Amour du Père et du Fils. Or c’est du plus grand amour de Dieu qu’il est provenu que le Fils de Dieu prît à Lui la chair dans le sein virginal ; c’est ce que nous lisons en saint Jean : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il envoya son Fils unique... » (Jn 3 16)
Ainsi parce que l’Incarnation est une œuvre d’amour de Dieu et qu’en Dieu l’Esprit-Saint est le fruit de l’amour échangé entre le Père et le Fils, il est juste d’attribuer l’Incarnation, oeuvre d’amour, à l’Esprit-Saint ». D’où les paroles de l’Ange Gabriel à Notre Dame.

« Cela convient aussi à la cause de l’Incarnation, du côté de la nature prise », « ex parte naturae assumptae ». « Par là, en effet, il est donné à entendre que la nature humaine a été prise par le Fils de Dieu dans l’unité de Personne, non en raison de certains mérites, mais par pure grâce ; or la grâce est attribuée à l’Esprit-Saint, selon cette paroles de l’Epître aux Corinthiens : « Il y a diversité de grâces, mais l’Esprit-Saint est le même » (Cor 12 4).

Parce que l’incarnation est l’œuvre par excellence de la grâce, - aucune créature ne pouvant bien évidemment devenir la cause physique principale ni méritoire de l’Incarnation - c’est une œuvre par nature divine - et parce que l’œuvre de la grâce est le fruit de l’Esprit-Saint, il est juste d’attribuer l’Incarnation à l’Esprit-Saint.

Troisièmement, cela convient au terme de l’Incarnation. L’Incarnation, en effet, s’est terminée à cela que cet homme qui était conçu fut saint et Fils de Dieu. Ce sont les paroles même de l’Ange à Notre Dame. Or l’une et l’autre de ces deux choses sont attribuées à l’Esprit-Saint. C’est par Lui, en effet, que les hommes sont enfants de Dieu ; selon cette parole de l’Epître aux Galates : « Parce que vous êtes fils de Dieu, Dieu a mis l’Esprit de son Fils dans vos cœurs, qui crie : Abba, Père ». (Gal. 4 6). Lui-même est aussi l’Esprit de sanctification, comme il est dit aux Romains (Rm 14). De même donc que les autres, par l’Esprit Saint, sont sanctifiés spirituellement pour qu’ils soient enfants de Dieu adoptifs ; de même, le Christ, par l’Esprit-Saint, a été conçu dans la sainteté pour qu’Il fût le Fils de Dieu par nature. Aussi bien, l’Ange lui-même, au jour de l’Annonciation, avait dit : « L’Esprit-Saint viendra en vous » et il conclut « à cause de cela, le fruit qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu ».

Concluons que le mystère de l’Incarnation est attribué pour de justes raisons au Saint Esprit.

Retenons : Parce que l’Incarnation est un mystère d’amour, de grâce et de sainteté, elle est l’œuvre du Saint-Esprit. Et voilà pourquoi l’Ange dit bien : « L’Esprit-Saint viendra en vous ».

Mais il faut donc affirmer tout également - et c’est dit dans le « ad primum » de cet article- que « l’œuvre de la conception » du corps du Christ « est commune à la Trinité tout entière ; cependant, selon un certain mode, on l’attribue à chacune des Personnes en particulier. Au Père, en effet, est attribuée l’autorité par rapport à la Personne du Fils qui s’unit la chair par cette conception ; au Fils est attribuée l’assomption de la chair ; et à l’Esprit-Saint, la formation du corps qui est pris par le Fils. C’est qu’en effet, l’Esprit-Saint est l’Esprit du Fils ; selon cette parole de l’Epître aux Galates : « Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils » (Gal. 4 6) Or, de même que la vertu de l’âme qui est dans la semence, par l’esprit qui est renfermé dans cette semence, forme le corps dans la génération des autres hommes ; de même, la Vertu de Dieu, qui est le Fils de Dieu, selon cette parole de la première Epître aux Corinthiens , « le Christ, la Vertu de Dieu », (Cor 1 24), par l’Esprit-Saint a formé le corps que le Fils de Dieu s’est uni. Et c’est ce que montrent les paroles mêmes de l’Ange, quand il dit : « L’Esprit-Saint viendra sur vous », comme pour préparer et former la matière du corps du Christ, et « la Vertu du Très-Haut », c’est-à-dire, le Christ, « vous couvrira de son ombre », c’est-à-dire que « la lumière incorruptible de la divinité prendra en vous le corps de l’humanité », et, en effet l’ombre est formée du corps et de la lumière », comme le dit saint Grégoire au livre 18 de ses « Morales ». Quant au « Très-Haut », dans ce texte, il le faut entendre du Père, dont le Fils est la Vertu ».

On aura remarqué, dans ce « ad primum » la belle interprétation de la parole de l’Ange au jour de l’annonciation.

Article 2 : « Si le Christ doit être dit conçu du Saint-Esprit » ?

Mais cette interrogation n’est même pas possible… puisqu’il est dit, en saint Matthieu : « Or la naissance du Christ arriva ainsi. Marie, sa mère, étant fiancée à Joseph, il se trouva, avant qu’ils eussent habité ensemble, qu’elle avait conçu par la vertu du Saint-Esprit » (Mt ; 1 18)

Aussi bien l’Eglise dit-elle tous les jours, dans son Symbole : « Qui a été conçu du Saint-Esprit : « Qui conceptus est de Spiritu Sancto ». L’usage de la formule n’est donc pas douteux. Il ne reste que d’en montrer la légitimité. C’est ce que fait Saint Thomas au corps de l’article.

Au corps de l’article, en effet, le saint Docteur nous avertit que « la conception n’est pas attribuée au seul corps du Christ, mais aussi au Christ Lui-même en raison du corps. D’autre part, dans l’Esprit-Saint se considère un double rapport eu égard au Christ. Car, au Fils de Dieu Lui-même, qui est dit conçu, l’Esprit-Saint a le rapport de consubstantialité ; tandis qu’Il a, au corps du Christ, le rapport de cause efficiente. Et précisément, cette préposition « de » désigne l’un et l’autre rapport ; comme quand nous disons que tel homme est « de » son père. Il suit de là que nous pouvons dire, à propos, que le Christ a été conçu de l’Esprit-Saint, en telle sorte que l’efficacité du Saint-Esprit se rapporte au corps pris par le Christ ; et la consubstantialité à la Personne » du Christ « qui a pris ce corps ».

C’est merveilleux de précision.

Article 3 : « Si le Saint Esprit doit être dit père du Christ selon l’humanité ? »

Saint Thomas va répondre « non » en s’appuyant sur saint Augustin qui, dans l’ « Enchiridion », au chapitre 40, écrit : « Le Christ est né de l’Esprit-Saint, non comme fils, et Il est né de la Vierge Marie comme fils ». C’est l’argument du « sed contra ».

Voici la réponse de saint Thomas. On verra comme l’argumentation est précise et éblouissante de lumière.
« Saint Thomas explique que « les noms de « paternité », de « maternité » et de « filiation » se disent en conséquence de la génération, non pas d’une génération quelconque, mais de la génération de vivants et surtout des animaux. Nous ne disons pas, en effet, que le feu produit ou engendré soit le fils du feu qui l’engendre ou qui le produit, si ce n’est peut-être par métaphore et à la manière des poètes ; mais nous le disons seulement parmi les animaux ou les êtres doués de vie sensitive dont la génération ou le mode de production est chose plus parfaite. Toutefois, ce n’est pas tout ce qui est engendré ou produit, même parmi les animaux qui prend le nom de filiation ; mais seulement ce qui est engendré dans la ressemblance du sujet qui engendre. Aussi bien, comme le note saint Augustin, nous ne disons pas que le cheveu qui naît de l’homme soit le fils de l’homme ; ni, non plus, que l’homme qui naît soit le fils de la semence : parce que ni le cheveu n’a la ressemblance de l’homme, ni l’homme qui naît n’a la ressemblance de la semence, mais de l’homme qui engendre. Et si la ressemblance est parfaite, la filiation aussi sera parfaite, soit parmi les hommes, soit en Dieu. Si, au contraire, la ressemblance est imparfaite, la filiation sera également imparfaite. C’est ainsi que dans l’homme se trouve une certaine ressemblance imparfaite de Dieu, et en tant qu’il est créé à l’image de Dieu et en tant qu’il est selon la ressemblance de la grâce. Et c’est pourquoi de l’une et de l’autre manière, l’homme peut être dit enfant de Dieu : et parce qu’il est créé à son image ; et parce qu’il lui est rendu semblable par la grâce.
D’autre part, il faut considérer que ce qui est dit d’un sujet selon la raison parfaite ne doit pas être dit de lui selon une raison imparfaite. C’est ainsi que Socrate étant dit homme naturellement selon la raison propre de l’homme ou parce qu’il porte en lui la nature humaine, ne sera jamais dit homme selon cette signification qui fait qu’on dit homme le portrait d’un homme quelconque, quand bien même peut-être Socrate ressemble en effet à un autre homme et soit en quelque sorte son portrait. Or, le Christ est Fils de Dieu, selon la raison parfaite de filiation. Il s’ensuit que même en étant, selon la nature humaine, créé et justifié, Il ne doit cependant pas être dit fils de Dieu, ni en raison de la création, ni en raison de la justification, mais seulement en raison de la génération éternelle, selon laquelle Il est le Fils du Père seul. Par conséquent, le Christ ne doit, en aucune manière, être dit fils de l’Esprit-Saint, ni de la Trinité, quand bien même l’Esprit-Saint ou la Trinité tout entière soient le principe actif de sa nature humaine ou de la grâce qui affecte cette nature »

Ainsi, selon les principes exposés plus haut, il faut dire que « puisque le Christ a été conçu de la Vierge Marie, qui a fourni la matière de son corps, dans la ressemblance de l’espèce ou de la nature humaine, il faut dire, à juste titre, qu’il est son fils. Le Christ, au contraire, en tant qu’homme, s’Il est conçu de l’Esprit-Saint comme du principe actif, n’est cependant pas conçu selon la similitude de l’espèce ou de la nature, comme l’homme naît de son père. Et c’est pourquoi Il n’est point dit fils de l’Esprit-Saint ».


2- Le « Lauda Sion Salvatorem », poème de saint Thomas d’Aquin.
Quelques réflexions.


Voici quelques réflexions sur le poème composé par Saint Thomas d’Aquin en l’honneur du Saint Sacrement.

« Lauda Sion Salvatorem.
Lauda Dulcem et Pastorem,
In hymnis et canticis. »

« Sion, Peuple de Dieu, acclame Ton Sauveur, Chante Ton Chef et Ton Pasteur, en des hymnes et de cantiques ».

La louange et l’acclamation joyeuse sont les premiers sentiments que Saint Thomas manifeste devant la Sainte Hostie. Oh Peuple de Dieu, manifeste ainsi ta révérence au Saint Sacrement…parce qu’il contient « Ton sauveur », « Ton Chef » et « Ton Pasteur ».

Oui ! Avec Saint Thomas, l’Eglise demande que nous « révérions » - « lauda Sion » - le Christ-Seigneur, dans la Sainte Eucharistie.

Qu’il en soit ainsi. Car Celui qui se « cache », en effet, dans l’Eucharistie, c’est Celui qui est avec le Père et le Saint-Esprit, l’être infini, le Tout-Puissant, le principe de toutes choses. Il se cache pour que nous puissions l’adorer plus facilement…

« Lauda Sion…in hymnis et canticis ». Chante Ton Seigneur, avec force et passion.

Saint Thomas insiste dans la seconde strophe : « Quantum potes, tantum aude ». Ne crains pas d’épuiser tes forces…dans cette acclamation. Il surpasse toutes louanges : « Quia major omni laude. Nec laudare sufficis ».

Voilà la disposition que nous devons avoir devant la Sainte Eucharistie

Et cela, non seulement parce qu’Il est notre Dieu, mais parce que, là, est notre Sauveur. « Lauda Sion Salvatorem »

Et de fait, cet admirable sacrement est le mémorial par excellence de la Passion de Jésus.
Or, là, dans cette Passion, il fut pour nous humilié, anéanti…Il a connu tous les abaissements possibles…
Alors parce que le Christ, Notre Sauveur, parce qu’Il est Notre Sauveur, parce qu’Il s’est anéanti, le Père, nous le savons, Saint Paul nous l’a enseigné, le Père l’a exalté, il lui a donné un nom au dessus de tout nom afin que tout genou fléchisse devant Lui et que toute langue proclame que le Christ, le Fils de Dieu, règne à jamais dans la gloire de son Père.

Et Saint Thomas nous demande d’entrer dans la pensée du Père éternel. Plus le Christ s’est abaissé, comme Sauveur, plus nous devons, comme le Père, l’exalter dans ce sacrement qui nous rappelle la Passion.

« Lauda Sion Salvatorem in hymnis et canticis » « Autant que tu le peux, Rien ne sera de trop ». « nec laudare sufficis ». Ce sera toujours trop peu.

On sait que Saint Bernard exprimait le même sentiment en l’endroit de Notre Dame. Il disait de Marie et de notre louange : qu’on n’en fera jamais assez. « Nunquam satis », disait-il. Saint Thomas exprime même sentiment devant la sainte Eucharistie « Nec laudare sufficis ». Ce sera toujours trop peu. Voilà le seul véritable amour devant les mystères de notre foi !

Et puis n’est-ce pas pour nous qu’Il s’est livré librement ? C’est ainsi qu’Il est notre Sauveur… ». Nous chanterons bientôt dans notre Credo : « Propter nostram salutem ».

S’il a souffert, c’est pour moi.
Si son âme a été plongée dans la tristesse. C’est pour moi. S’Il a connu la tristesse, la peur, l’ennui, c’est pour moi. S’Il a supporté tant d’injures de la part de la grossière soldatesque, c’est pour moi. S’Il a été flagellé…couronné d’épines, c’est pour moi, pour nous attirer à Lui. « Dilexit me et tradidit semetipsum pro me ».

N’oublions jamais que chacun des épisodes douloureux du Sauveur a été accepté par amour et librement pour notre salut.
O Jésus, réellement présent sur l’autel, je me prosterne à vos pieds ! Que toute adoration vous soit rendue dans le sacrement que vous avez voulu nous laisser la veille de votre Passion comme témoignage de l’excès de votre amour.
« Lauda Sion Salvatorem...in hymnis et canticis ».

« Lauda ducem et pastorem ». Oui il est là présent « vraiment, réellement, substantiellement présent », mon Roi, mon Pasteur, mon Bon Pasteur.
Il est le Bon Pasteur, « le premier de cordée : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » … « Qui me suit ne marche pas dans les ténèbres…personne ne va au Père si ce n’est par moi…Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là seul peut porter des fruits car sans moi vous ne pouvez rien faire…Je ne rejette pas celui qui vient à moi…Venez à moi, vous tous qui êtes accablés et je vous soulagerai…Vos âmes ne trouveront le repos qu’en moi »… Paroles du Bon Pasteur.
Il est là, le même Christ qui disait de telles paroles, qui guérissait le lépreux, calmait les flots déchaînés et promettait une place au bon larron, dans son Royaume.
Nous trouvons, là, dans l’Eucharistie notre ami, notre « frère aîné », dans la plénitude de sa toute puissance divine…et l’ineffable miséricorde de son amour.

« Lauda Sion salvatorem, Lauda ducem et pastorem in hymnis et canticis ».

Voilà exprimée la seule attitude digne de notre foi : attitude de respect, de révérence, d’adoration.
Voilà exprimée aussi la raison de cette adoration. Voilà les motifs de notre adoration : Il est là celui qui est Notre Sauveur, notre Roi, notre Bon pasteur.

« Louons le tous à pleine voix »
« Sit lauda plena, sit sonora »
Sit jucunda, sit decora ».

« Qu’il soit ardent »
Qu’il soit ardent
Qu’il soit splendide, le chant de nos cœurs en liesse »
« Mentis enim solemnis agitur »

Et pourquoi encore cette louange, cette vénération ?

Certes parce que nous avons devant nous, le Sauveur, le Roi, le Bon Pasteur

Mais aussi et surtout parce que ce respect, cette adoration est un hommage de foi.
Oh ! Bel hommage de notre foi. Et combien fructueux pour nous.

Souvenons nous de la confession de saint Pierre à Césarée. « Tu es le Christ, le Fils de Dieu. Et cette confession fut la gloire de saint Pierre. « Tu es Pierre et sur cette pierre », le Christ a fondé son Eglise. Et il fut déclaré par le Seigneur lui-même : «Bienheureux ». « Bienheureux es-tu Pierre… ». Ainsi a-t-il été exalté dans son acte de foi.

De même nous devant la Sainte Eucharistie, nous confessons la divine présence. Je ne vois, certes, qu’un fragment de pain, qu’un peu de vin…mais je crois sur la parole de Notre Seigneur. Vous qui êtes le Verbe de Dieu, la Sagesse éternelle et la Vérité infinie, vous avez dit : « Ceci est mon Corps », « Ceci est mon Sang ». Et parce que vous l’avez dit, je vous crois présent sous ces humbles et infimes apparences. Nos sens ne nous disent rien. C’est la foi qui nous fait pénétrer jusqu’à la réalité divine cachée sous les voiles eucharistiques.

Ah quelles sont belles ces strophes de Saint Thomas : « C’est un dogme pour les Chrétiens », « Dogma datur Christianis ». «
« Le Pain devient vraiment sa chair et le vin vraiment son sang »
« Quod in carnem transit panis et vinum in sanguinem »
Quod non capis quod non vides » « Tu ne comprends ni le vois »
« Animosa firmat fides »
« Mais la foi vive, elle, l’affirme en dépassant la nature »
« Praeter rerum ordinem ».

« Sous la double apparence
Vit la réalité sainte »
« Latent res eximiae »
« Sache que le Christ est présent
Tout entier sous chaque espèce, « Du Christ présent, rien n’est réduit »
« Qua nec status nec statura
« Ni l’être ni la grandeur.

Voilà notre foi en l’Eucharistie.

Et c’est ainsi que l’Eucharistie - et son mystère - nourrit ma foi, l’entretient, la fait vivre, l’actualise.

Et lorsque l’on sait le bien que nous donne la foi … En un mot, disons qu’elle nous donne la filiation divine, la vie éternelle…on ne peut que chanter : « Bienheureuse Eucharistie qui nous donne ces trésors. En elle, avec elle, par elle j’ai la vie éternelle.

Mais attention ! « Bons et méchants, tous la reçoivent
Mais pour un sort bien différent
« Mort aux méchants». « Mors est malis » mais vie, vie éternelle aux bons
« Vita bonis ».
« Celui qui mange mon corps et boit mon sang a la vie éternelle ». Amen.


3- Les audiences du mercredi à Rome par Benoît XVI

On sait que Benoît XVI a annoncé qu’il allait poursuivre les audiences du mercredi que son prédécesseur Jean Paul II avait inaugurées. Il a même annoncé qu’il allait continuer les commentaires des psaumes. C’est ce qu’il fit mercredi 25 mai.

Nous ouvrons ainsi sur la « paroisse saint Michel » une nouvelle rubrique : les méditations de Benoît XVI sur les psaumes.


Lecture du Ps 115.

1-2« Je l’aime, car Yahweh entend ma voix, mes supplications. Car Il a incliné vers moi son oreille, et toute ma vie, je l’invoquerai.
3-4 « Les liens de la mort m’entouraient et les angoisses du shéol m’avaient saisi ; j’étais en proie à la détresse et à l’affliction. Et j’ai invoqué le nom de Yahweh : « Yahweh sauve mon âme »
5-7 « Yahweh est miséricordieux et juste, notre Dieu est compatissant. Yahweh garde les faibles ; j’étais malheureux, et il m’a sauvé. Mon âme, retrouve ton repos ; car Yahweh te comble de biens.
8-9 « Oui, tu as sauvé mon âme de la mort, mon œil des larmes, mes pieds de la chute. Je marcherai encore devant Yahweh, dans la terre des vivants.
10-11 « J’ai confiance, alors même que je dis : « Je suis malheureux à l’excès ». Je disais dans mon abattement : « tout homme est menteur ».
12-13 « Que rendrai-je à Yahweh pour tous ses bienfaits à mon égard ! J‘élèverai la coupe de salut, et j’invoquerai le nom de Yahweh. J’accomplirai mes vœux envers Yahweh, en présence de tout son peuple.
14-15 « Elle a du prix aux yeux de Yahweh, la mort de ses fidèles. Ah ! Yahweh, parce que je suis ton serviteur, ton serviteur, fils de ta servante, tu as détaché mes liens.
17-18-19 « Je t’offrirai un sacrifice d’action de grâce, et j’invoquerai le nom de Yahweh. J’accomplirai mes vœux envers Yahweh, en présence de tout son peuple, dans les parvis de la maison de Yahweh, dans ton enceinte, Jérusalem. Alléluia ».

Voici son commentaire sur le psaume 115.

Résumé du pape lui-même


« Dans cette prière affleure le souvenir d’un passé chargé d’angoisse chez celui qui a gardé la foi, malgré l’amertume de la désespérance et du malheur, puis la prière se transforme en action de grâce. Parce que le Seigneur l’a tiré de l’abîme du mensonge, l’orant se prépare donc à offrir un sacrifice d’action de grâce, au cours duquel il boira la coupe de libation, signe de reconnaissance pour sa libération. Il le fera devant tout le peuple, pour que son témoignage soit pour tous une invitation à croire et à aimer le Seigneur. C’est une image du peuple de Dieu tout entier, qui rend grâce au Seigneur de la vie, lui qui n’abandonne pas le juste à la souffrance et à la mort, mais le guide vers l’espérance et vers la vie ».


Analyse du sens littéral du psaume

2. Le Psaume 115, dans l'original en hébreu, constitue une unique composition avec le Psaume précédent, le 114. Tous les deux constituent un remerciement unitaire, adressé au Seigneur qui délivre du cauchemar de la mort, des contextes de haine et de mensonge.

Dans notre texte apparaît le souvenir d'un passé angoissant: l'orant a gardé haute la flamme de la foi, même lorsque sur ses lèvres affleurait l'amertume du désespoir et du malheur (cf. Ps 115, 10). En effet, tout autour s'élevait comme un mur glacial de haine et de tromperie, car son prochain se révélait faux et infidèle (cf. v. 11). Cependant, la supplication se transforme à présent en gratitude car le Seigneur est resté fidèle dans ce contexte d'infidélité et a libéré son fidèle du gouffre obscur du mensonge (cf. v. 12). Et ainsi, ce Psaume est toujours pour nous un texte d'espérance, car même dans les situations difficiles, le Seigneur ne nous abandonne pas, c'est pourquoi nous devons garder haute la flamme de la foi.

L'orant se dispose donc à offrir un sacrifice d'action de grâce, au cours duquel on boira à la coupe rituelle, la coupe de la libation sacrée qui est signe de reconnaissance pour la libération (cf. v. 13). La Liturgie est donc le lieu privilégié où élever la louange reconnaissante au Dieu Sauveur.

3. En effet, on mentionne de façon explicite non seulement le rite du sacrifice, mais également l'assemblée de « tout le peuple », devant lequel l'orant accomplit son vœu et témoigne de sa foi (cf. v. 14). Ce sera dans cette circonstance qu'il rendra son remerciement public, sachant bien que même lorsque la mort menace, le Seigneur est penché sur lui avec amour. Dieu n'est pas indifférent au drame de sa créature, mais brise ses chaînes (cf.v.16).

L'orant sauvé de la mort se sent « serviteur » du Seigneur, « fils de sa servante » (ibid.), une belle expression orientale pour indiquer celui qui est né dans la même maison que le père. Le Psalmiste professe humblement et avec joie son appartenance à la maison de Dieu, à la famille des créatures unies à lui dans l'amour et dans la fidélité.

4. Le Psaume, toujours à travers les paroles de l'orant, se termine en évoquant à nouveau le rite d'action de grâce qui sera célébré dans le cadre du temple (cf. vv. 17-19). Sa prière se placera ainsi à un niveau communautaire. Son histoire personnelle est racontée afin qu'elle constitue pour tous une incitation à croire et à aimer le Seigneur. En toile de fond, nous pouvons donc apercevoir le Peuple de Dieu tout entier alors qu'il rend grâce au Seigneur de la vie, qui n'abandonne pas le juste dans l'abîme obscur de la douleur et de la mort, mais le guide vers l'espérance et la vie.

Il montre aussi comment ce psaume a été utilisé par l’Eglise. Il le disait en tout début de commentaire

1-Le Psaume 115 avec lequel nous venons de prier a toujours été utilisé dans la tradition chrétienne, à partir de saint Paul qui, citant son début dans la traduction grecque des Septante, écrit ainsi aux chrétiens de Corinthe : « Mais, possédant ce même esprit de foi, selon ce qui est écrit : J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé, nous aussi nous croyons, et c'est pourquoi nous parlons».(2Co4,13).

L'Apôtre se sent en accord spirituel avec le Psalmiste dans la confiance sereine et dans le témoignage sincère, malgré les souffrances et les faiblesses humaines. Ecrivant aux Romains, Paul reprendra le v. 2 du Psaume et décrira le contraste entre le Dieu fidèle et l'homme incohérent: « Dieu est véridique et tout homme menteur » (Rm 3, 4).

La tradition chrétienne a lu, prié et interprété le texte dans différents contextes et toute la richesse et la profondeur de la Parole de Dieu, qui ouvre de nouvelles dimensions et de nouvelles situations, apparaît ainsi. Au début, il a surtout été lu comme un texte du martyre, mais ensuite, dans la paix de l'Eglise, il est devenu de plus en plus un texte eucharistique, à cause de l'expression « la coupe du salut ». En réalité, le Christ est le premier martyr. Il a donné sa vie dans un contexte de haine et de fausseté, mais il a transformé cette passion – et ainsi ce contexte également – dans l'Eucharistie, en une fête d'action de grâce. L'Eucharistie est remerciement: « Je lèverai la coupe du salut ».

En conclusion, il donne le beau commentaire de saint Basile le Grand

5. Nous concluons notre réflexion en nous confiant aux paroles de saint Basile le Grand qui, dans l'Homélie sur le Psaume 115, commente ainsi la question et la réponse présentes dans le Psaume: « Comment rendrai-je à Yahvé tout le bien qu'il m'a fait? J'élèverai la coupe du salut ». Le Psalmiste a compris les très nombreux dons reçus de Dieu: du “non être”, il a été conduit à l'“être”, il a été façonné à partir de la terre et doté de raison... il a ensuite découvert l'économie du salut en faveur du genre humain, reconnaissant que le Seigneur s'est donné lui-même en rédemption à notre place à tous; et il reste indécis, en cherchant parmi toutes les choses qui lui appartiennent, se demandant quel don il pourra jamais trouver qui soit digne du Seigneur. Comment rendrai-je à Yahvé? Ni sacrifices, ni holocaustes... mais ma vie tout entière. C'est pourquoi il dit: J'élèverai la coupe du salut, appelant coupe la souffrance au cours du combat spirituel, la résistance au péché jusqu'à la mort. C'est du reste ce que notre Sauveur enseigna dans l’Evangile : Père, si cela est possible, éloigne de moi cette coupe; et il dit ensuite aux disciples : pouvez-vous boire la coupe que je boirai ? signifiant clairement la mort qu'il accueillait pour le salut du monde » (PG XXX, 109), transformant ainsi le monde de péché en un monde racheté, en un monde d'action de grâce pour la vie qui nous a été donnée par le Seigneur.