Paroisse catholique Saint Michel

Dirigée par

 Monsieur l'abbé Paul Aulagnier

 

Membre de la FSSPX

06 80 71 71 01

 

 

Semaine du 8 février 2004 au 14 février 2004

Dimanche de la Septuagésime

 

 

Présentation

La Providence permettant que je sois, pour l’instant, libre de toutes responsabilités paroissiales et en attendant  de retrouver un apostolat plus traditionnel, j’ai imaginé lancer cette initiative : la création d’une paroisse catholique sur la « toile ».

 

Pourquoi pas ?

 

Certes je ne pourrai donner les sacrements. Je pourrai toutefois donner l’enseignement classique que tout curé doit donner. Tous les dimanches, je vous enverrai une homélie, comme tout curé doit le faire auprès de ses paroissiens. Avec cette homélie, vous recevrez une leçon de catéchisme, comme tout curé doit encore faire. Il y aura deux leçons : une leçon de dogme et une leçon de morale. Je puiserai à la meilleure des sources : Saint Thomas. J’utiliserai le résumé du Père Pégue O .P., si louangé par Saint Pie X, et pour ceux qui seront un peu plus curieux, je joindrai les commentaires qu’il fait de la somme de Saint Thomas. Il suffira de cliquer sur la question de la somme, alors, vous apparaîtra  le commentaire du Révérend Père.

 

Enfin, il n’existe pas de vraie paroisse sans  annonces. Elles seront constituées, entre autres, de quelques nouvelles romaines.

 

Chaque semaine, il y en aura aussi pour vos enfants.  Il n’y a pas, il est vrai, de paroisse sans enfants, surtout dans le milieu de la Tradition. Je vous adresserai alors les chapitres de la « Miche de Pain ». Il vous sera loisible alors de faire travailler gentiment vos enfants, le dimanche après midi, au lieu de les laisser devant la Télévision des heures entières, pendant que les grandes personnes discutent doctement, du moins dans les familles bourgeoises. Je commencerai avec la première année. C’est charmant et frais de présentation. Dans mon enfance, j’y ai passé des heures à regarder les images et lire les textes. Vous ne trouverez pas mieux, avec les dessins originaux. Un peu vieillot.  Ce qui en fait la fraîcheur.

 

Je tiendrai également des permanences régulières. Il suffit que vous m’adressiez vos questions par é-mail, je vous répondrai comme si vous étiez devant moi, aussi vite. Et si je suis débordé par l’importance de vos questions, je saurai me faire aider. Croyez-moi. Vous avez en page de garde mon émail. Alors n’hésitez pas ! Vous ne serez pas obligé de vous déplacer pour consulter. Ce sera toujours du temps  gagné. C’est important. Je vous assure la confidentialité de l’affaire !

 Une boite de dialogue sera installée en bas de page, en fin de chapitre. Il vous suffira, là aussi, de « cliquer » pour manifester vos réactions : critiques et encouragements, et surtout suggestions.

 

Le curé de cette paroisse virtuelle , c’est Monsieur l’abbé Paul Aulagnier. Vous devez connaître ! Si l’expérience marche. Je saurai, vous dis-je, m’entourer de vicaires, de bons.

 

Abbé Paul Aulagnier

 

 

 

Sommaire

 

« C’est le temps de la Septuagésime.

Et avec la Septuagésime, nous entrons dans le cycle pascal.

Cycle pascal qui va nous rappeler l’état de déchéance et d’esclavage où nous a mis le péché originel, mais qui va aussi nous rappeler cet état de rachat, de rédemption, de sanctification, de libération. Nouvel état obtenu par Notre Seigneur Jésus Christ, qui est notre Pâques, le véritable Agneau pascal immolé, qui seul peut enlever le péché du monde : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Sanctification obtenue par miséricorde, qui est, pour nous, prémisse de la gloire qu’est le Ciel, qu’est la Vie éternelle à laquelle Dieu nous appelle tous. La Pâques est précisément un passage –c’est sa signification propre - le passage pour le peuple hébreux de l’Egypte à la Terre promise ; pour le baptisé, de l’esclavage à la libération, de la mort à la vie, du péché à la grâce, de la grâce à la gloire. Cette gloire qui est la fin promise par Dieu, acquise par le Christ en sa douloureuse Passion. Gloire pour laquelle chacun doit œuvrer pour en gagner le prix. A chacun, sa Pâques, dans le Corps de l’Eglise, ma Mère.

Et c’est pourquoi, soucieuse de notre âme et de son édification, l’Eglise, à l’orée de ce cycle pascal, va nous en rappeler tout d’abord la fin. Cette fin, c’est le Ciel.
C’est très pédagogique. La sagesse populaire ne dit-elle pas qu’ « en toute chose, il faut considérer la fin ». Le philosophe dit très justement aussi que « si la fin est ultime dans l’ordre de la réalisation , elle est première dans l’ordre de l’intention ». Cette fin - le Ciel, la Vie Eternelle - est proposé à tous. Le salut de Dieu est universel. C’est la raison du choix, en ce dimanche, de l’Evangile de Saint Mathieu en son chapitre 20 1-16. Mais ce salut, ce Ciel, tous ne l’obtiennent pas comme tous les hébreux n’ont pas gagné la Terre promise. C’est la raison pour laquelle l’Eglise, en ce dimanche, nous donne à méditer aussi ce passage de la première Epître de Saint Paul aux Corinthiens, où Saint Paul nous compare au coureur du stade et nous rappelle, en un mot, l’histoire du peuple hébreux dans le désert. Comme pour les Hébreux qui gagnent la Terre promise, ce Ciel, il faut travailler pour l’avoir. Il faut le vouloir. Il faut le vouloir, comme le coureur, dans le stade, veut gagner le trophée. On retrouve dans cette Epître la même conclusion, différemment dite, que dans l’Evangile. « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus ». Le serons-nous ?
Ainsi, si vous regardez bien l’ensemble des textes de cette messe de la Septuagésime, tous nous pressent à répondre à l’invitation de Dieu lui-même, qui appellent tous les hommes et toutes les générations humaines, quelle que soit l’heure de cet appel, à travailler à leur salut éternel.Telle est la signification de ce dimanche.

Mais nous considérerons plus particulièrement l’Epître de Saint Paul et spécialement, ce passage : « Tous courent, mais un seul remporte le prix ». « Omnes quidem currunt sed unus accipit bravium ».

Nul doute que c’est le prix qui intéresse le coureur, le joueur. Et parfois quel prix ! Des millions. Des millions pour le joueur de tennis. Des millions pour le joueur de foot-ball. Et l’on comprend bien facilement que ce prix, à ce prix, soit voulu, recherché, aimé. Ils sacrifient beaucoup pour « prendre », pour « avoir » ce prix. En latin, nous avons cette expression : « Accipere bravium ». Le verbe latin « accipere » a deux sens. Il signifie « prendre », mais aussi « recevoir ». C’est le premier sens qui convient ici, sans toutefois exclure le deuxième sens : « recevoir ». Il s’agit bien de « prendre », de « gagner » le prix, mais aussi un jour, de « recevoir ». Souvenez-vous de ce beau passage de l’Evangile de Saint Mathieu, où Notre Seigneur parle du maître qui récompense son serviteur actif et fidèle de ces belles paroles : « C’est bien, serviteur bon et fidèle, parce que tu as été fidèle en peu de choses, je t’établirai sur beaucoup : entre dans la joie de ton maître » (Mt 25 23). Il est bien vrai que l’on « recevra », un jour, le trophée : la possession de la joie du Maître.

Et la logique de l’histoire est simple : « ainsi courrez de manière à le remporter ». « Sic currite ut comprehendatis ».
« Comprehendere ». Ce verbe latin est très riche de significations diverses. Il faut les bien connaître pour apprécier toutes les beautés de cette course, tous les sentiments qui animent le coureur. Ce verbe peut se traduire en français, par « unir , joindre, comprendre, embrasser, s’attacher, saisir et même dévorer. On l’utilisera pour parler du feu qui « dévore » une forêt. Et on sait combien ce feu peut être violent, impétueux. Ces deux derniers sens montrent que « comprehendere » est un verbe qui peut exprimer des sentiments forts, actifs. C’est un verbe qui exprime une action puissante, tel un feu dévorant.
Ainsi ce verbe vient enrichir le verbe du verset précèdent : « accipere ». Certes, il s’agit de « prendre ». Mais cette saisie est une véritable « union », union affective, une union de cœur. Ce qui serait exprimé par le sens « embrasser ». Mais cette affection, ce sentiment du cœur, n’est pas un sentiment quelconque. Cette affection s’exprime avec véhémence, avec passion. On peut le déduire des significations du verbe comme « dévorer »,« saisir ». Mais l’élément affectif n’est pas le seul élément à noter dans la recherche du « prix ». Il faut noter aussi l’élément « cognitif ». « Comprehendere » veut dire aussi « connaître ». Ainsi ce prix à gagner doit être aussi connu. Le coureur doit en connaître le prix, le grand prix. Et c’est pourquoi, il est animé d’une telle ardeur pour en prendre possession. Il sera toujours vrai, là plus qu’ailleurs, que rien n’est voulu qui ne soit préalablement connu et apprécié. C’est la connaissance de la valeur de ce prix, qui anime l’ardeur du coureur.

Et Saint Paul insiste : « eux, les sportifs, s’activent fort pour gagner le trophée, la couronne. Et cependant leur couronne, à eux, est « périssable ». « Illi quidem ut corruptibilem ».Pour nous, pour nous les spirituels, pour nous les baptisés, elle est « impérissable ». Ils s’agitent pour peu, quelque chose qui peut fondre comme neige au soleil. Nous, les spirituels, nous devons nous « agiter », plus qu’eux tous, parce qu’elle est « impérissable. Vous voyez combien la connaissance de cette couronne est importante pour animer la course. Ils sont déjà admirables ceux qui courent pour quelque chose de périssable. Leur élan nous est même donné en exemple. Alors nous qui courons pour de « l’impérissable » -c’est un argument a fortiori si souvent utilisé par Saint Paul - montrons-nous tout autant, et même plus énergique. Il est, de plus, bien plus intelligent de courir pour du « sûr » que pour du « passager », du
« périssable ». Notre prix, à nous, c’est la Vie Eternelle. C’est l’ « Incorruptible ». C’est l’enseignement de notre foi. C’est ce que nous croyons. C’est ce que nous enseigne Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est ce que nous ont transmis les Apôtres.

Ecoutez, O peuple, ce bel enseignement. Ecoutez-le pour vous en émerveiller, pour vous en rassasier, pour en vivre, pour le gagner. Cet enseignement sera votre courage, votre force aux jours difficiles. Il sera votre soleil dans les jours sombres et tristes, dans les brouillards de la vie. Il sera votre lumière. Il sera comme la clarté de l’aurore. Il sera cette lumière douce qui vous reposera. Il sera comme la brise du soir qui rafraîchit après la chaleur du jour. Il sera comme la pluie fine, bretonne, si vous le voulez, qui, tranquillement, arrose le sol et en fait la fertilité. Oui ! Ecoutez cet enseignement de l’Eglise, cet enseignement de Saint Pierre qui nous décrit ce prix, cette couronne de gloire. Couronne qui donne alors un sens merveilleux à la vie. Qui donne une finalité à tout effort, à toute marche, à toute famille. Oui ! cette couronne éternelle est la fin recherchée, aimée parce que connue. C’est elle qui ordonne ma vie, qui corrige mon désordre, si toutefois, j’aime cette couronne « impérissable », qui me donne la force de redresser la barre.
C’est cette couronne qui explique toutes choses, qui est la gloire de ma vie, qui est la joie d’une famille unie, ensembles, père, mère, enfants, s’entraidant à trouver, à appréhender la couronne.
C’est cette couronne qui est la joie et la raison du sacerdoce catholique, le prêtre étant fait pour prêcher cette gloire éternelle ; qui fut la joie de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ; qui donna cette joie sereine et visible aux carmélites de Compiègne montant les marches de l’échafaud pour prendre possession de la Couronne.
C’est cette couronne qui explique la vie contemplative et la justifie contre tout révolutionnaire, et « soixante-huitard » : « je quitte tout pour posséder plus sûrement la gloire de Dieu. « Intra in gaudium Domini ».

Mais quelle est-elle cette gloire, cette couronne ?

Saint Pierre nous la décrit merveilleusement dans sa Première Epître écrite aux romains. Je vous donne la traduction du Père Spicq :

«Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ qui, selon sa grande miséricorde, nous a réengendrés pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-christ d’entre les morts, pour un héritage incorruptible, immaculé, immarcescible, conservé aux cieux, pour vous qui êtes gardés par la puissance de Dieu - moyennant la foi – pour un salut prêt à être révélé au dernier moment ». (1 Pe 1 3-7)

Et voici son commentaire : « Dans la Bible, l’héritage désigne toute propriété acquise par don ou succession. Religieusement, il s’agit de Dieu, du royaume céleste, de la vie éternelle, du salut. Sans autre précision, c’est le Paradis, lieu du séjour des élus à la fin des temps que Dieu leur a préparé depuis toujours ; c’est pourquoi les croyants sont « héritiers selon la promesse » (Ga 3 29). Plus précisément, le fils est juridiquement héritier (Rm 8 17), éminemment le Christ (Mc 12 7) Par conséquent ceux que Dieu a engendrés hériteront de plein droit, grâce au Christ (He 9 15-17). En bon théologien, Pierre évoque la nature et la valeur de cet héritage par trois adjectifs négatifs, car c’est la seule façon de concevoir ce bien transcendant et immatériel, qu’aucune force de destruction, d’avilissement ni de dévaluation n peut atteindre, à la différence des trésors terrestres. Il ne se peut corrompre (1 Cor 9 25) et demeure donc immuable comme tout ce qui relève du monde de l’esprit et de Dieu. Il ne peut subir aucune contamination du mal, rien d’impur ne le peut souiller, ce qui marque son originalité par rapport aux réalités terrestres. Enfin, il est « amarante », litt. « ne se flétrit pas ; épithète des herbes et des fleurs qui ne se fanent point ; ce qui suggère une merveilleuse beauté, ignorant le déclin et qui ne vieillira jamais. Au total, l’héritage intouchable par la mort, le péché et le temps est immortel, pur et splendide, sans fading. A la vérité, nombreux sont les héritiers de la terre qui n’ont jamais pu posséder une succession dilapidée, volatilisée par les événements ou l’impéritie et la ruse des hommes. Les élus de la Diaspora n’ont pas à redouter une telle éventualité pour leur « réservation » comme disent les « Agences de voyage », leur héritage est gardé intégralement, conservé inviolablement dans les cieux (Col 1 5), le lieu le plus sûr qui soit. » (Les Epîtres de St Pierre, Gabalda, p 46)
C’est beau et réconfortant à lire !

Et puis Saint Paul quitte la comparaison de coureur du stade, pour rappeler aux élus de Dieu, aux « saints » que nous sommes par notre baptême, l’exemple du peuple de Dieu, du peuple hébreux.. Dans leur pèlerinage terrestre, de l’Egypte en Terre sainte, dans la traversée du désert, ils ont tous eu part aux mêmes choses.
Ils ont tous été entourés des mêmes bénédictions de Dieu.
Ils ont tous été l’objet d’une spéciale attention de Dieu, d’une spéciale dilection de Dieu, d’une même prévenance de Dieu.
Ils ont tous bénéficié des mêmes largesses de Dieu dans leur course vers la Terre promise.
Ils ont tous été sous la nuée du Seigneur. Ils ont tous pu traverser la Mer et ainsi échapper à la fureur du Pharaon.
Ils ont tous mangé le même aliment spirituel, la manne.
Ils ont tous bu le même breuvage : le rocher frappé par le bâton de Moïse donnant une eau si abondante que tous, hommes , femmes, enfants et même le bétail purent s’abreuver et retrouver vie et force.

Et malgré cela, ce n’est pas le plus grand nombre d’entre eux qui fut agréable à Dieu : « non in pluribus eorum beneplacitum est Deo ».

O quelle ingratitude du peuple hébreux ! C’est ce que veut nous dire Saint Paul. Ne les imitons pas. S’il faut imiter le coureur du stade par son ardeur à gagner le prix, il ne faut pads imiter le peuple de Dieu, c’est-à-dire, il ne faut pas imiter son ingratitude.

Nous aussi nous bénéficions de la même largesse de Dieu.
Nous aussi nous avons tous le soleil de Dieu qui éclaire le jour et fait germer la semence. Nous aussi nous avons tous la lune de Dieu qui préside à la nuit.
Nous aussi nous recevons tous les bienfaits de Dieu.
Nous aussi nous avons tout reçu des grâces de NSJC : la grâce Sanctifiante, l’Eucharistie, l’eau du baptême, la Sainte Eglise…

Serons-nous ingrats, comme le peuple hébreux et sacrifierons-nous au « Veau gras ».
Attention. Peu eurent accès à la Terre promise. « Non in pluribus –ce n’est pas le plus grand nombre qui plurent à Dieu – beneplacitum est Deo ».

Traité de l'amour de Dieu de Saint Bernarde

Chapitre 3 : Que les chrétiens ont beaucoup plus de motifs d’aimer Dieu que les infidèles.

7 . Les fidèles, eux, savent quel immense besoin ils ont de Jésus, et de Jésus crucifié. Admirant et adorant en lui la suréminente charité de la science (Eph 33 19), ils sont confus de ne pas offrir au moins, en retour d’un si grand amour et de tant de bonté, le peu qu’ils ont. Mieux on comprend qu’on est aimé, et plus il est facile d’aimer ; celui à qui il a été moins donné est aussi capable de moins d’amour (Lc 7 47). Le Juif ou le païen n’est pas éveillé par les mêmes aiguillons d’amour dont l’Eglise sent la morsure lorsqu’elle s’écrie : Je suis blessé d’amour et : soutenez-moi avec des fleurs, environnez-moi de fruits, car l’amour me fait languir (Cant 2 4-5).Elle voit le Roi Salomon avec le diadème dont sa mère l’a couronné ; elle voit le Fils unique du Père portant sa croix ; elle voit le Dieu de majesté couvert de plaies et souillé de crachats, l’auteur de la vie et de la gloire cloué au bois, percé d’un coup de lance, saturé d’opprobres, et qui donne enfin pour ses amis son âme tant aimée. Elle voit tout cela, et le glaive de l’amour lui transperce le cœur si profondément qu’elle s’écrie : Soutenez-moi avec des fleurs, environnez-moi de fruits car je me meurs d’amour. Ces fruits sont les grenades que l’Epouse, introduite au jardin de son bien-aimé, cueille sur l’arbre de vie et qui empruntent leur saveur au pain céleste, leur couleur au sang du Christ. Elle voit enfin morte la mort, et l’auteur de la mort traîné derrière le char du triomphateur. Elle voit la captivité captive (Eph 4 8), ramenée des enfers sur la terre, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre, aux enfers. Elle s’aperçoit que la terre, qui sous l’antique malédiction ne produisait plus que ronces et chardons, refleurit, sous l’effet d’une nouvelle bénédiction qui la rajeunit. Et tous ces miracles lui remettant en mémoire ce verset : Ma chair a refleuri et de toute ma volonté je le louerai, elle désire puiser des forces neuves aux fruits de la Passion qu’elle a cueillis sur l’arbre de la croix, et aux fleurs de la Résurrection dont le parfum lui vaudra de plus fréquentes visites de l’Epoux.

8 . Elle dit, en effet : Que te es beau, mon bien-aimé, que tu es gracieux ; notre petit lit est
semé de fleurs (Cant 1 15). En désignant le lit du doigt, elle fait assez voir ce qu’elle désire ;
et en disant qu’il est fleuri, elle indique clairement ce qui lui donne l’audace de croire à l’accomplissement de ses vœux. Elle ne se fie pas à ses propres mérites, mais aux fleurs des champ que Dieu a béni. Le Christ prend plaisir à ces fleurs, lui qui a voulu être conçu puis élevé à Nazareth, la fleur de Jessé.
L’Epoux céleste, séduit par ces doux parfums, entre fréquemment et avec joie dans le lit nuptial d’un cœur qu’il trouve rempli de ces fruits et jonché de ces fleurs. Il accourt avec empressement et réside avec délices en un lieu où la grâce de sa Passion et la gloire de sa Résurrection sont l’objet d’une constante méditation. Les souvenirs durables de la Passion sont comme les fruits de l’année précédente, c’est-à-dire de tous les siècles qui se sont écoulés jusque-là sous l’empire du péché et de la mort, et qui maintenant apparaissent enfin dans la plénitude des temps. Quant aux trophées de la Résurrection, il faut y voir les fleurs nouvelles de l’âge suivant, que la grâce fait s’épanouir pour un nouvel été : leur fruit ne viendra à maturité, pour ne plus jamais se flétrir, qu’à la fin des temps, lors de la résurrection universelle. Déjà, dit l’Epoux, l’hiver est passé, les pluies ont cessé, et les fleurs ont commencé de paraître sur notre terre (Cant. 2 12), ce qui signifie que l’été est revenu avec celui qui est passé des glaces de la mort à la douceur printanière d’une vie nouvelle. Voici que je fais neuves toutes choses (Apoc. 21 5), dit-il. Sa chair, semée dans la mort, a refleuri dans la résurrection, et son parfum, répandu sur les champs de notre vallée de larmes, a fait reverdir les déserts, se réchauffer les plantes gelées, revivre tout ce qui était mort.

9. La fraîcheur nouvelle de ces fleurs et de ces fruits, les agréables effluves de ce champ à nouveau paré de beauté réjouissent aussi le Père dans son Fils, auteur de ces miracles, et il s’écrie : Voici que l’odeur de mon Fils est semblable à celle d’un champ fertile qu’a béni le Seigneur. (Gen 27 27) Ce champ est fertile, en effet, puisque nous avons tous reçu notre part de son abondante récolte. Mais l’Epouse, plus avancée dans la familiarité du maître, y vient quand il lui plaît cueillir les fleurs et le fruits dont elle orne les recès de sa conscience et dont les effluves, montant du lit de son cœur, accueillent l’Epoux lorsqu’il s’en approche. A notre tour, si nous désirons que le Christ se fasse souvent notre hôte, nous devons conserver dans notre cœur les témoignages fidèles de sa mort miséricordieuse et de sa glorieuse résurrection. Aussi David disait-il : J’ai appris deux choses : que la puissance appartient à Dieu et à vous, Seigneur, la miséricorde. (Ps 61 12-13). De ces deux vérités, nous avons des preuves dignes de foi, puisque le Christ est mort pour expier nos péchés et ressuscité pour nous justifier ; il est monté au ciel pour nous protéger, il a envoyé le Saint-Esprit pour nous consoler ; et il reviendra un jour pour parachever notre salut. Sa mort témoigne de sa miséricorde, sa résurrection atteste sa puissance, et chacun de ses autres actes manifeste ensemble puissance et miséricorde.

10. Tels sont les fleurs et les fruits que réclame l’Epouse ; sans doute devine-t-elle que la force de l’amour risque toujours de s’assoupir en elle et de tiédir, si elle n’est sans cesse ranimée par le rappel de ces mystères divins, jusqu’au jour où, admise dans la chambre de l’Epoux et goûtant ses embrassements si longtemps désirés, elle pourra dire : Sa main gauche est sous ma tête et son bras droit m’enlace. ( Cant 2 6) Elle sentira alors que toutes les preuves d’amour données en quelque sorte de la main gauche par l’Epoux en son premier avènement, ne sont rien auprès des douceurs infinies que lui réserve l’étreinte du bras droit. Elle comprendra ces paroles entendues jadis : la chair ne sert de rien ; c’est l’esprit qui vivifie. Elle connaîtra d’expérience ce quelle disait naguère : Mon esprit est plus doux que le miel, mon héritage plus agréable que le miel et son rayon. La suite du texte –Mon souvenir traverse les siècles – signifie que, même s’ils ne connaissent pas encore le bienfait de la totale présence, les élus ne se verront pas refuser la consolation de la mémoire tandis que dure l’existence actuelle où les générations relaient les générations. Aussi est-il écrit : Ils chanteront la mémoire de ta généreuse douceur, et ceci s’applique certainement à ceux dont il est dit un peu plus haut : Les générations successives loueront tes œuvres. La mémoire est donc le lot des siècles ; la présence est réservée au Royaume des cieux. Celle-ci sera la gloire
des élus parvenus à leur accomplissement ; l’autre sert de consolation à la génération qui poursuit ici-bas son pèlerinage ».

Quelques mots de commentaires.


Voilà un langage mystique qui peut surprendre. C’est le langage d’un amour tout spirituel. Il va user des mots et des sentiments de l’amour humain pour exprimer l’amour tout spirituel et divin d’une âme éprise de Dieu. Saint Bernard va user, s’inspirer et interpréter les expressions du « Cantique des Cantiques ».

Dans le § 7 , saint Bernard va donner les raisons pour lesquelles une âme baptisée (ici l’Epouse) va aimer NSJC d’un amour sans mesure. Notez au passage la belle expression utilisée par Saint Bernard : le fidèle seul, à la différence du Juif ou du paën, est capable de connaître « les aiguillons de l’amour ». L’Eglise seule (cad le fidèle) en peut sentir « la morsure ». C’est dire combien l’amour du fidèle peut être puissant.
Quelles sont donc les raisons qui peuvent éveiller dans l’âme fidèle une telle intensité d’amour ? C’est la médiation ou le souvenir des mystères de la Passion et de la Résurrection de NSJC et de leurs fruits. Saint Bernard est très clair : « elle (l’âme ou l’épouse ou l’Eglise) voit le Fils unique du Père portant sa croix ; elle voit le Dieu de majesté couvert de plaies et souillé de crachats….et qui donne enfin pour ses amis son âme tant aimée. Elle voit tout cela et le glaive de l’amour lui transperce le cœur ». Vous notez de nouveau l’intensité des sentiments. C’est bien le mystère de la Passion qui engendre dans l’âme de vrais sentiments d’amour. Mais plus que cela encore : c’est la connaissance des fruits de la Rédemption qui est aussi pour l’âme fidèle, source de reconnaissance et d’amour. Ces fruits sont essentiellement la vie retrouvée, la vie surnaturelle, le Ciel possédé, le Royaume de Dieu assuré, - « lieu de la présence », dira joliment Saint Bernard, alors que le temps présent est le lieu de l’absence de l’Epoux, possédé qu’en mémoire » - et de la possession inamissible de l’Epoux.
C’est ce que Saint Bernard exprime d’une manière parfaitement poétique : « Elle (l’âme …) voit enfin morte la mort (c’est-à-dire que revit la vie), et l’auteur de la mort ( le démon) traîné derrière le char (c’est-à-dire vaincu) du triomphateur ( le Christ qui, dans sa Passion a vaincu le diable, l’auteur de la mort) » Et par ce triomphe, alors « refleurit » la nature ; elle reverdit. C’est un nouveau printemps : « Elle s’aperçoit que la terre, qui sous l’antique malédiction ne produisait plus que ronces et chardons, refleurit, sous l’effet d’une nouvelle bénédiction qui la rajeunit ». Les basiliques romaines expriment, dans leur abside, cette nouvelle bénédiction, où tout refleurit au pied de la croix. D’où la végétation luxuriante.

Au § 8, Saint Bernard exprime qu’une âme fréquentant en mémoire et avec assiduité, la passion de NSJC et sa résurrection, est une âme qui plait à son « Seigneur et Maître », ce qui lui vaudra des visites fréquentes du Maître, en son cœur. : « L’Epoux céleste, séduit par ces doux parfuns ( fruits de la méditation de la passion du Seigneur), entre fréquemment et avec joie dans le lit nuptial d’un cœur qu’il trouve rempli de ces fruits et jonchés de ces fleurs ». Ou encore et plus simplement exprimé : « Il ( le Seigneur) accourt avec empressement et réside avec délices en un lieu où la grâce de sa Passion et la gloire de sa Résurrection sont l’objet d’une constante méditation ». Retenez cela ! C’est Saint Bernard qui vous le demande. Il y insiste lui qui dit en son § 9 : « Si nous désirons que le Christ se fasse souvent notre hôte, nous devons conserver dans notre cœur les témoignages fidèles de sa mort miséricordieuse et de sa glorieuse résurrection ».

Dans ce § 9 Saint Bernard revient sur les fruits délicieux de la Rédemption et de la Résurrection. La con naissance de ces fruits est toujours de nature à enflammer l’âme fidèle du véritable amour de reconnaissance. Elle y voit et contemple, en eux , les « fruits » de la puissance et de la miséricorde du Dieu. Vraiment notre Dieu est un Dieu puissant et miséricordieux, digne d’être aimé. Saint Bernard écrit : « de ces deux vérités, nous avons des preuves dignes de foi, puisque le Christ est mort pour expier nos péchés et ressuscité pour nous justifier ; il est monté au ciel pour nous protéger, il a envoyé le Saint-Esprit pour nous consoler ; et il reviendra un jour pour parachever notre salut. Sa mort témoigne de sa miséricorde, sa résurrection atteste sa puissance, et chacun de ses autres actes manifeste ensemble puissance et miséricorde ».

Voilà les sentiments qui doivent occuper le cœur de l’âme fidèle durant son exil terrestre, « ce temps de l’absence » et qui jaillissent spontanément dans une âme occupée à méditer la
passion du Seigneur. Et cette phrase de Saint Bernard, qui termine ce chapitre 3 en son § 10 est d’une richesse merveilleuse : « Ils (les élus) ne connaissent pas encore le bienfait de la totale présence ( caractéristique du Ciel : lieu de la présence achevée), les élus ne se verront pas refuser la consolation de la mémoire tandis que dure l’existence actuelle où les générations relient les générations…La mémoire est donc le lot des siècles ; la présence est réservée au Royaume des cieux. Celle-ci sera la gloire des élus parvenus à leur accomplissement ; l’autre sert de consolation à la génération qui poursuit ici-bas son pèlerinage ». Bonne méditation. Vous pourrez y revenir souvent.



Quelques informations de la semaine

A - La lettre de Mgr Fellay du 6 janvier 2004.

Pour nous, traditionalistes, cette semaine aura été marquée, par la publication, médiatiquement bien orchestrée, d’une lettre signée de Mgr Fellay, Supérieur Général de la Fraternité Saint Pie X , et de son Conseil, M l’abbé Schmidberger, premier assistant, de Mgr de Galarreta, second assistant, de Mgr Tissier de Mallerais et de Mgr Williamson.
C’est en dire l’importance.
Elle est datée du 6 janvier 2004 et a été rendu public à Rome, lors d’une conférence de presse, le 2 février 2004. Elle fut adressée au Cardinal Castrillon Hoyos, ainsi qu’ à tous les cardinaux de l’Eglise catholique.
Elle a pour but de manifester aux cardinaux et d’essayer leur faire partager, si possible, les « préoccupations majeures », des signataires, « sur la situation de l’Eglise ». Ils qualifient la situation de l’Eglise et du monde « d’extrêmement grave ».
Ils voient dans « l’œcuménisme », « initié officiellement par Vatican II et promu par Jean-Paul II », l’unes « des principales causes de ce bilan tragique ». Mgr Fellay écrit : « Méprisant l’enseignement constant et unanime de la Tradition selon lequel le Corps mystique du Christ est l’Eglise catholique et qu’en dehors d’elle il n’y a pas de salut, cet œcuménisme a comme détruit les plus beaux trésors de l’Eglise, parce qu’au lieu d’accepter l’Unité fondée sur la vérité entière, il a voulu construire une unité adaptée à une vérité mariée d’erreur ».

Mgr Fellay attire l’attention des cardinaux également sur les conséquences de cet œcuménisme à l’intérieur même de l’Eglise.
C’est l’oecuménisme qui a dénaturé la liturgie : « Cet œcuménisme a été la principale cause d’une réforme liturgique dont on sait l’effet désastreux sur la foi et la pratique religieuse des
fidèles ».
C’est l’œcuménisme qui est souvent cause de la falsification de la Bible : « C’est lui qui a corrigé la Bible, dénaturant le texte divinement inspiré pour en présenter une version édulcorée, inapte à fonder la foi catholique ».
C’est l’œcuménisme « qui vise à fonder une nouvelle Eglise ».

Tout cela, affirme la lettre, dénature la sainte Vérité gardée jalousement par l’Eglise. Aussi « l’Eglise ne pourra-t-elle correspondre à sa divine mission si elle ne commence par renoncer clairement à cette utopie et à la condamner fermement ».
C’est ce que devrait faire le Saint Père : « Nous ne voulons aucunement nous substituer au Saint Père, mais nous attendons cependant du Vicaire du Christ, les mesures énergiques et nécessaires pour sortir l’Eglise de l’embourbement dans lequel l’a mis un œcuménisme faux ». Ainsi le Pape seul « peut poser ces actes salutaires ».

Vous pouvez lire ci-dessous, la lettre in extenso :


Lettre aux Cardinaux
Le 2 février 2004

FRATERNITÉ SACERDOTALE
SAINT PIE X
Schwandegg
CH 6313 MENZINGEN
TEL [41] 41 755 36 36
FAX [41] 41 755 14 44

Menzingen, le 6 janvier 2004
En l’Epiphanie du Seigneur


Éminence Révérendissime,

À l’occasion des vingt-cinq ans du pontificat du pape Jean-Paul II, il nous a paru important de nous adresser à vous, ainsi qu’aux autres cardinaux, afin de vous faire partager nos préoccupations majeures sur la situation de l’Église. En raison de l’aggravation de l’état de santé du Saint Père, nous avons renoncé à lui écrire directement bien que, initialement, l’étude ci-jointe lui ait été personnellement destinée.

Par-delà l’optimisme qui entourait les célébrations de ce 25ème anniversaire, la situation extrêmement grave que traverse tant le monde que l’Église catholique n’échappe à personne. Le Pape lui-même, en son Exhortation apostolique Ecclesia in Europa, reconnaît notamment que le temps que nous vivons est celui d’une "apostasie silencieuse" où règne une sorte "d’agnosticisme pratique et d’indifférentisme religieux, qui fait que beaucoup d’Européens donnent l’impression de vivre sans terreau spirituel et comme des héritiers qui ont dilapidé le patrimoine qui leur a été légué ."

Parmi les principales causes de ce bilan tragique, comment ne pas ranger au premier plan l’œcuménisme, initié officiellement par Vatican II et promu par Jean-Paul II ? Dans le but avoué de réaliser une unité nouvelle, au nom d’une volonté de "regarder davantage ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise", on prétend sublimer, réinterpréter ou mettre de côté les éléments spécifiquement catholiques qui apparaissent comme causes de division. Ainsi, méprisant l’enseignement constant et unanime de la Tradition selon lequel le Corps mystique du Christ est l’Église catholique et qu’en dehors d’elle il n’y a pas de salut, cet œcuménisme a comme détruit les plus beaux trésors de l’Église, parce que au lieu d’accepter l’Unité fondée sur la vérité entière, il a voulu construire une unité adaptée à une vérité mariée d’erreur.

Cet œcuménisme a été la principale cause d’une réforme liturgique dont on sait l’effet désastreux sur la foi et la pratique religieuse des fidèles. C’est lui qui a corrigé la Bible, dénaturant le texte divinement inspiré pour en présenter une version édulcorée, inapte à fonder la foi catholique. C’est lui qui maintenant vise à fonder une nouvelle Église dont le cardinal Kasper, dans une récente conférence , précisait les contours. Jamais nous ne pourrons être en communion avec les promoteurs d’un tel œcuménisme qui tend à dissoudre l’Église catholique, c’est-à-dire le Christ en son Corps mystique et qui détruit l’unité de la foi, vrai fondement de cette communion. De leur unité, nous ne voulons pas, parce qu’elle n’est pas celle voulue de Dieu, elle n’est pas celle qui caractérise l’Église catholique.

C’est donc cet œcuménisme que nous entendons analyser et dénoncer par le document ci-joint, car nous sommes persuadés que l’Église ne pourra correspondre à sa divine mission si elle ne commence par renoncer clairement à cette utopie et à la condamner fermement, utopie qui, selon les propres termes de Pie XI, "disloque de fond en comble les fondements de la foi catholique ."

Conscients d’appartenir de plein droit à cette même Église et désireux de toujours plus la servir, nous vous supplions de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour que le Magistère actuel retrouve bien vite le langage multiséculaire de l’Église selon lequel "l’union des chrétiens ne peut être procurée autrement qu’en favorisant le retour des dissidents à la seule véritable Église du Christ, qu’ils ont eu jadis le malheur de quitter ." C’est alors que l’Église catholique redeviendra tout à la fois phare de vérité et port de salut au sein d’un monde qui court à sa ruine parce que le sel s’y est affadi.

Veuillez croire, Eminence, que nous ne voulons aucunement nous substituer au Saint Père, mais nous attendons cependant du Vicaire du Christ les mesures énergiques et nécessaires pour sortir l’Eglise de l’embourbement dans lequel l’a mis un œcuménisme faux. Celui qui a reçu le pouvoir suprême, plénier et universel sur toute l’Eglise peut poser ces actes salutaires. Du Successeur de Pierre, nous espérons, dans la prière, qu’il écoute notre appel alarmé et qu’il manifeste jusqu’à l’héroïsme cette charité qui a été demandée au premier pape à la réception de sa charge, la plus grande des charités – "Amas Me plus his" – celle qui doit sauver l’Eglise.
Daigne votre Éminence croire en nos sentiments respectueux et dévoués en Jésus et Marie.


+ Bernard Fellay
Supérieur général

Franz Schmidberger + Premier Assistant général

+ Alfonso de Galarreta Second Assistant général

+ Bernard Tissier de Mallerais

+ Richard Williamson

1. Jean-Paul II, "Ecclesia in Europa", n° 7 et 9, La documentation catholique n° 2296 du 20 juillet 2003, p. 668 ss.
2. W. Kasper, "The Tablet", Saturday, 24 May 2003, "May They All Be One? but how? A Vision of Christian Unity for the Next generation."
3. Pie XI "Mortalium animos" du 6 janvier 1928, AAS 20 (1928), p. 7.
4. 4 Ibid. p. 14.

 

La lettre de Mgr Fellay est aussi une lettre d’accompagnement : elle a pour objet de transmettre un document : une étude sur l’œcuménisme réalisée par la FSSPX, d’une vingtaine de pages. Vous pouvez en prendre connaissance en visitant le site Item qui publie tout le dossier de cette affaire. Vous y trouverez également l’interview de Mgr Fellay que l’Agence de presse DICI publia, le 2 février 2004, ainsi qu’un dossier de presse.

Bonne lecture.

Le discours du Pape Jean-Paul II au corps diplomatique le 12 janvier 2004

Le Pape Jean-Paul II reçut, le 12 janvier 2004, le corps diplomatique à l’occasion du traditionnel échange des vœux. Dans son discours, le Pape exprima ses inquiétudes sur différents sujets. Il aborda également le problème de l’œcuménisme en voulant y attacher une finalité nettement politique. Voici le commentaire que je me permets d’en faire sous le titre :

– L’œcuménisme, sa finalité politique.

C’est ainsi dans cette finalité politique de « paix à édifier » que Jean-Paul Il voit l’intérêt et la nécessité de l’oecuménisme. Aussi souhaite-t-il que tous les chrétiens « prennent résolument le chemin qui mène à l’unité telle que le Christ la veut ».
Ainsi montreront-ils « aux responsables des sociétés les ressources qu’ils sont susceptibles de puiser dans le patrimoine chrétien comme auprès de ceux qui en vivent ».

Quelques mots en guise de commentaire

L’œcuménisme tel que pratiqué par ce Pontificat serait-il plus politique que religieux ? C’est probable.
Cela ressort, du moins, clairement de ce passage de son discours :

« Vous le savez, l’engagement œcuménique est une des attentions de mon Pontificat. En effet, je suis convaincu que si les chrétiens étaient capables de surmonter leurs divisions, le monde serait plus solidaire. C’est pourquoi, j’ai toujours favorisé rencontres et déclarations communes, voyant en chacune d’elles un exemple et un stimulant pour l’unité de la famille humaine. Chrétiens, nous avons la responsabilité de « l’Evangile de la paix » (Eph 6,15) Tous ensemble, nous pouvons contribuer efficacement au respect de la vie, à la sauvegarde de la dignité de la personne humaine et de ses droits inaliénables, à la justice sociale et à la préservation de l’environnement »

Ce sont bien là considérations politiques !

Le Souverain Pontife ne semble nullement sensible aux conséquences de cet œcuménisme : le développement de l’indifférentisme religieux dans le peuple de Dieu, le syncrétisme religieux.

Il faut également faire remarquer que les raisons avancées par Jean-Paul II dans ce discours au Corps diplomatique près le Saint siège, pour justifier « son » œcuménisme, sont celles-là même qui, dans l’encyclique « Mortalium animos »de Pie XI, le condamne.

C’est frappant.

Voyez ce passage de l’encyclique « Mortalium animos » contre le « pan-chrétisme » :
« Une fausse apparence du bien peut plus facilement alors qu’il s’agit de favoriser l’union de tous les chrétiens, entraîner quelques âmes. N’est-il pas juste, a-t-on l’habitude de dire, n’est-ce pas même un devoir pour tous ceux qui invoquent le nom du Christ d’éviter les accusations réciproques et de s’unir enfin, de temps à autre, par les liens d’une mutuelle charité ? Quelqu’un oserait-il affirmer qu’il aime le Christ s’il ne cherche de toutes ses forces à réaliser le vœu du Christ lui-même demandant à son Père que ses disciples soient un ? Et le Christ n’a-t-il pas encore voulu que ses disciples fussent marqués et ainsi distingués du reste des hommes par le signe de l’amour mutuel : « C’est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples si vous avez de l’amour les uns pour les autres ». Plaise à Dieu, ajoute-t-on que tous les chrétiens soient « un » ; car, de la sorte, ils rejetteraient avec une efficacité beaucoup plus grande ce venin de l’impiété qui, en s’insinuant et se diffusant chaque jour davantage, prépare la ruine de l’Evangile.
Telles sont, parmi d’autres du même genre, (Jean-Paul II ajoute une finalité politique à ce panchrétisme. cf. plus haut), les raisons que font valoir les panchrétiens, ainsi qu’on les appelle. Il s’en faut d’ailleurs que ces hommes soient peu nombreux et rares ; ils ont, au contraire, formé des organisations complètes et fondé des associations que dirigent le plus souvent des acatholiques, malgré leurs divergences personnelles en matière de vérité de foi. L’entreprise se poursuit d’ailleurs si activement qu’elle s’est acquis la faveur de milieux multiples, captant même la bienveillance de nombreux catholiques, attirés par l’espoir de réaliser une union conforme, semble-t-il aux vœux de notre Mère la sainte Eglise, laquelle, de tout temps, n’a rien tant désiré que d’appeler et de ramener à elle ses enfants égarés »

Ce sont bien là exprimées quelques raisons de l’oecuménisme du Pontife régnant. On peut dire alors en toute vérité que ces idées semblent bien avoir capter la bienveillance, non seulement de « nombreux catholiques », mais du Pontife lui-même.

Mais le Pape Pie XI dénonce très fortement l’ensemble de ces idées panchrétiennes. Il dit : « sous les séductions de la pensée et la caresse des mots se glisse - lisez bien – une erreur incontestablement des plus graves et capables de ruiner de fond en comble les assises de la foi catholique. La conscience de notre charge apostolique Nous interdit de permettre que des erreurs pernicieuses viennent égarer le troupeau du Seigneur ».

C’est terrible !
Le panchrétisme à la tête de l’Eglise !

Je ferais, cependant, remarquer, pour éclairer les intelligences qui pourraient être troublées par mes propos – il faut instruire et non troubler - qu’il est clair que dans ce discours, Jean-Paul II exprime « sa propre opinion ». La manière dont il s’exprime sur cet œcuménisme, permet de le dire avec certitude. Il n’engage que lui. Il y insiste peut être beaucoup, beaucoup trop. Tout le monde sait même qu’il s’est engagé fortement dans cette voie.Il dit volontiers lui-même que la chose est aujourd’hui « irréversible ».
Nous en sommes quant à nous fort ennuyés.
Mais son insistance ne change pas la nature de son enseignement.
Il est clair qu’il n’engage pas le Magistère de l’Eglise, même s’il y engage toute l’Eglise.
Ce que fait, par contre, clairement le pape Pie XI dans son encyclique. La manière dont le pape, ici, s’exprime, la force qu’il donne à ses affirmations, les formules qu’il utilise, le montre à l’évidence.
C’est pourquoi il est possible de ne pas suivre cette « opinion » du pape Jean-Paul II sans pour autant contester et sa fonction et son Magistère. Mieux, c’est au nom du Magistère de l’Eglise tel qu’exprimé, par exemple, dans l’Encyclique de Pie XI « Mortalium animos », que je peux, que je dois refuser le panchrétisme actuel du Pape tel qu’exprimé dans son discours au Corps diplomatique. Que le pape régnant engage le Magistère de l’Eglise sur son œcuménisme, alors les choses seraient différentes, mais différent, alors, serait son discours et son enseignement sur l’œcuménisme.

Voilà ce que nous pourrions dire au cardinal Ratzinger… ou au cardinal Cottier, toujours théologien du Pape. Son autorité, il est vrai, - ni celle du cardinal Ratzinger -, n’est pas ici engagée dans ce discours, puisque lui-même nous a dit dans son interview, donné lors de son élévation au cardinal, que les discours préparés par la Secrétairerie d’Etat ne passaient pas dans ses mains… Ainsi de ce discours. Et si Mgr Tauran était encore à la Secrétairerie d’Etat, j’aurai volontiers « affirmé » qu’il en est le rédacteur…. »

Réaction sur l’Islam de John Rhys Davies

Sous le titre, « même à Hollywood, les bouches s’ouvrent », le journal Présent écrit, sous la signature de Alain Sanders: « C’est un véritable pavé dans la mare du « politiquement correct « qu’a lancé l’un des principaux acteurs du Seigneur des anneaux(I), John Rhys-Davies, dans une interview à World Magazine.
John Rhys-Davies n’est, bien sur, pas le premier à tracer un parallèle entre le combat à mort entre le Bien et le Mal qui soustend l’œuvre de Tolkien. Mais l’acteur gallois est sans doute, dans le monde très prudent ( pour ne pas dire plus) du cinéma, l’un des premiers à avoir ouvertement tracé un parallèle entre l’univers de Tolkien et la guerre actuelle contre l’islamo terrorisme.
Il faut dire que John Rhys-Davies, qui est une des grandes stars d’Hollywood, a mis le doigt là où ça fait mal :
« l’accroissement des populations musulmanes en Europe est une catastrophe démographique qui menace la civilisation occidentale »
Sommé de faire repentance – notamment par des responsables musulmans au Pays de galles ( eh oui même au pays du roi Arthur, ça existe …), John Rhys- Davies a refusé de le faire.
Et il en a même remis une couche :
« l’ Europe est en proie à une catastrophe démographique, personne ne veut plus en parler parce que nous sommes très attentifs à ne pas offenser les gens racialement. Et c’est bien comme ça. Mais il y a un phénomène culturel aussi. En 2020, 50 % des enfants d Hollande âgés de moins de 18 ans seront d’ascendance musulmane. Je pense que Tolkien annonce que les générations seront face à un défi. Et que si elles ne se réveillent pas pour faire face à ce défi, elles perdront leur civilisation. Et je suis concerné par ça »

Se disant conscient que l’expression de telles opinions pourrait lui coûter sa carrière cinématographique, John Rhys –Davies refuse de céder au terrorisme intellectuel : -

« Je suis à fond pour la culture traditionnelle de l’homme blanc. Il y a beaucoup de gens qui ne comprennent pas combien la civilisation occidentale est précaire, et qui n’en comprennent pas la beauté. Grâce à elle, nous avons une réelle démocratie. Grâce à elle, nous avons encore une sorte de tolérance intellectuelle qui me permet d’avancer une opinion qui peut vous être complètement étrangère. J’enterre si substantiellement ma carrière dans ces interviews que c’en est douloureux. Mais je pense qu’il y a des questions qui commandent des réponses honnêtes ».

L’auteur conclut : « Ne me traitez pas de raciste car je ne le suis certainement pas. Mais on ne me fera pas reculer là-dessus : l’Europe chrétienne a des valeurs et une expérience qui méritent d’être défendues » . Alain Sanders.

Bravo !