Le parti « conciliariste » poursuit

sa guerre religieuse

contre la Messe

 

par Monsieur l’abbé Paul Aulagnier

 

Après les conversations qui ont entouré les prodromes d’éventuels accords entre Rome et la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X ces premiers mois de l’année 2001, accords qui ont échoué - encore - sur le problème de la Messe et de la réforme liturgique : le cardinal Castrillon Hoyos ayant refusé, au nom de l’Eglise conciliaire, le droit pour tout  prêtre de dire la messe traditionnelle.

 

Lettre du cardinal Castrillon Hoyos, du 14 Avril 2001

 

« En ce qui concerne la première condition, un certain nombre de cardinaux, évêques et fidèles jugent qu'une telle permission ne doit pas être concédée : ce n'est pas que le rite sacré précédent ne mérite pas tout le respect, ou qu'on méconnaisse sa solidité théologique, sa beauté et son apport à la sanctification pendant des siècles et dans l'Eglise, mais parce que cette permission pourrait créer une confusion dans l'esprit de beaucoup de personnes qui la comprendraient comme une dépréciation de la valeur de la Sainte Messe que célèbre l'Eglise aujourd'hui. II est clair que, dans les statuts de votre réinsertion, on offre toutes les garanties pour que les membres de la Fraternité, et tous ceux qui ont un attrait spécial pour cette noble tradition liturgique, puissent la célébrer librement dans vos églises et lieux de culte. On peut également la célébrer dans les autres églises avec la permission des Ordinaires diocésains ».

NDLR Mais ils n’en veulent pas. That is the question !

 

Après les agitations que la Fraternité Saint-Pierre a connu lors de son chapitre général de Juillet 2000 et qui ont aussi concerné la Messe et la réforme liturgique et son droit, il est bon de faire le point de la situation de l’Eglise sur cette affaire.

C’est à cette question que je désire consacrer les deux prochains numéros de Nouvelles de Chrétienté : celui d’aujourd’hui – Juillet/Août – celui de demain – Septembre/Octobre.

Pour ce faire, il me paraît utile de survoler les 32 ans de combat liturgique.

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Cette idée m’est venue en consultant la très précieuse collection d’Itinéraires. Dans le numéro de Novembre 1984, Jean Madiran donne une chronologie des évènements : les quinze premières années de ce magnifique combat liturgique. Il l’intitule « Quinze ans de guerre religieuse contre la messe traditionnelle : de 1969 à 1984 ». Ce survol des quinze premières années était utile et nécessaire après la publication, le 3 Octobre 1984, de la fameuse lettre « Quattuor abhinc annos » de la Congrégation du Culte divin. Cette lettre donne aux évêques la possibilité de concéder un Indult aux prêtres qui feraient la demande de dire la messe latine et grégorienne selon le rite de saint Pie V.

 

Il fallait prendre un peu de recul et voir les choses de haut.

Jean Madiran dans le numéro dont je parle, fait une judicieuse analyse de cet Indult. Il intitulait son article : La Messe revient.

Cet Indult en faveur de la Messe traditionnelle, était une nouveauté formidable. On croyait la messe traditionnelle interdite pour toujours. Nenni ! On pouvait, de nouveau, la dire. Qu’elles qu’en fussent les clauses très restrictives et odieuses, ce qui avait été interdit jadis – surtout en Mai 1976, lors du Consistoire du 24 Mai 1976 – était, de nouveau, permis. L’espérance renaissait… C’était le résultat d’un énergique effort de toute la Tradition.

Cela méritait réflexion, halte, un survol.

Le survol des quinze années de combat. Cela méritait une chronologie des faits, des actes, des écrits. Jean Madiran s’y employait.

 

Nous la donnons à relire ici, dans ce numéro. C’est passionnant.

Il nous reviendra alors de faire la chronologie des dix-sept autres années : de 1984 à 2001. Nous nous y emploierons dans le numéro de Septembre-Octobre.

Ce travail qui nous permettra de survoler trente-deux années, sera, me semble-t-il, utile aux nouvelles générations non seulement pour leur culture historique mais surtout pour bien situer le combat à poursuivre.

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Ce combat est – de fait – à poursuivre.

A poursuivre parce qu’il n’est pas encore gagner et qu’il faut le gagner pour le bien de l'Eglise, de nos âmes et de la Chrétienté.

Tous savent que c’est l’objet exclusif du Pèlerinage de Lisieux du 13 Octobre prochain : montrer la résolution inébranlable du peuple de la Tradition pour garder ce trésor catholique. Les fidèles seront là. Croyez-moi !

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Ce combat est, de fait, à poursuivre parce qu’il n’est pas totalement gagner quoique le parti qui mène la guerre – l’Eglise conciliaire libérale et moderniste – manifeste non point de l’essoufflement, mais une certaine division, une certaine incertitude, me semble-t-il, tout en donnant à cette réforme liturgique, un cadre juridique strict. Mais ce cadre n’est pas définitivement arrêté. Il peut changer, évoluer ; on s’y emploie.

Le pèlerinage de Lisieux à cette finalité déclarée : ébranler et faire reculer le parti conciliariste dans l’Eglise

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Voyons les choses de plus près.

En 1969  - le 3 Avril 1969 – le pape Paul VI, dans sa Constitution Missale Romanum donne à l’Eglise une messe nouvelle : une messe « fabriquée » de toute pièce par Mgr Bugnini et son équipe du Consilium qui ne fonctionnait pas si bien au témoignage du cardinal Antonnelli. A cette date, il ne « promulgue » rien, il « autorise » seulement une messe nouvelle. Elle ne sera promulguée officiellement que quelques mois plus tard (voir la chronologie).

 

Cette réforme de la Messe provoque immédiatement une inquiétude dans le monde catholique en raison des insuffisances doctrinales, principalement en raison de l’article 7 qui donne une définition de la messe plus protestante que catholique.

 

L’émotion est grande.

La Rome conciliaire s’aperçoit du faux pas, corrige le texte mais ne modifie pas le rite de la nouvelle messe élaborée pourtant à la lumière de l’article 7.

Cette correction ne tranquillise nullement. Les inquiétudes demeurent. Le monde catholique est en émoi.

Le cardinal Ottaviani, le cardinal Bacci présentent au Souverain Pontife une juste réclamation : une lettre en Septembre 1969, adressant au pape Paul VI, Le Bref examen critique. Là, ils affirment que la nouvelle messe s’éloigne, dans l’ensemble comme dans le détail, de la doctrine catholique sur la Messe et, en conséquence, demandent son abrogation ou du moins la liberté, pour tous, de garder l’ancienne liturgie.

 

Cette lettre et les diverses études publiées sur cette affaire n’ont pas - dans l’immédiat - d’effets pratiques extraordinaires : la nouvelle messe s’impose dans les paroisses. La guerre contre la Messe de toujours est, de fait, inexorable. Cependant elle galvanise  les énergies de la Tradition et donne bon fondement théologique au refus énergique que Monsieur l’abbé Dulac appellera « le refus des dociles ».

Les prises de position se multiplient.

Des déclarations, solennelles protestations de Foi, sont publiées :

- celle du R.P. Calmel ,

- celle de Monsieur l’abbé Dulac ,

- celle de Monsieur l’abbé Coache.

 

Nous redonnons le bel article de l’abbé Dulac.

La messe de toujours est dite. Sa célébration se multiplie

Mgr Lefebvre crée son séminaire pour former des prêtres qui diront exclusivement la Messe de toujours. Ce séminaire, pour cette raison, sera déclaré « séminaire sauvage » en 1973 par Mgr Etchegaray, archevêque de Marseille.

 

 

 

Après la fameuse visite canonique au séminaire d’Ecône, début Novembre 1974, c’est la publication,  par  Mgr  Lefebvre,  du  texte  du 21 Novembre 1974 : une véritable charte. La Rome conciliaire en prend acte pour condamner et Mgr Lefebvre, et son œuvre. Le séminaire

d’Ecône est déclaré fermé, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, de droit diocésain, supprimée. Nous sommes en 1975.Des pressions s’exercent (voir Itinéraires, Décembre 1976, La Condamnation sauvage de Mgr Lefebvre).

Mgr Benelli, au nom du Pape, écrit à Mgr Lefebvre ( 21 Avril 1976).

Lors de la tenue du Consistoire du 24 mai 1976, le Pape précise sa pensée, ses ordres, ses intentions : seule la messe nouvelle doit être célébrée.

Il demande à Monseigneur : docilité, soumission, fidélité, acceptation de la Nouvelle messe dans toutes les maisons qui dépendent de lui (mais qui étaient déjà sensément fermées).

Les ordinations sacerdotales toutefois se poursuivent. Le 29 Juin 1976 arrive. En cette année, les ordinants sont nombreux. Rome veut  interdire la cérémonie et s’y emploie hardiment.

Nous sommes à quelques jours des ordinations du 29 Juin… Mgr Lefebvre réfléchit. Puisque la doctrine est en cause, il poursuit, fait les ordinations. Il donne son magnifique sermon sur la prairie d’Ecône – 29 Juin 1976.

La Rome conciliaire est éprouvée. Mgr Villot le premier. Elle n’y tient plus, elle lance la « suspens a divinis » qui touche et le consécrateur et les consacrés. Certains se retirent, les fondations bénédictines les premières. Déjà… ! Mais la plupart, Mgr Lefebvre, le Père Barbara, l’abbé Coache, Dom Gérard, le Père André, le Père Avril, l’abbé de Nantes, Monsieur Jean Madiran, Mademoiselle Luce Quenette…font corps, font front. Le combat continue.

Il s’organise. Des laïcs fidèles réagissent. Des « centres de messes » s’ouvrent. Des prieurés se fondent. Les soutanes, de nouveau, arpentent les rues et les routes de France. Que de kilomètres parcourus !

La Rome conciliaire est obligée d’en prendre acte.

En 1980 elle lance une enquête auprès des évêques du monde entier pour savoir l’état de la situation… Jean Madiran analyse ces réponses dans Itinéraires de septembre-Octobre de 1980  (n°246, p. 153 et suiv.).

Quoi qu’il en soit, la Rome conciliaire prend note de la résistance catholique et, en 1984, publie  la lettre « Quattuor abhinc annos » et concède un Indult en faveur de la messe traditionnelle.

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Une grande victoire est gagnée. C’est la première victoire : la Messe revient. C’est le titre de l’article de Jean Madiran

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Nous poursuivrons cette chronique dans le prochain numéro… Peut-être même serons-nous obligés d’y consacrer deux numéros tant la matière est abondante et doit être analysée. Le problème est complexe. L’Eglise conciliaire est rusée. Nous le constaterons. Quoi qu’il en soit : si la Chrétienté ne réagit pas, n’unit pas ses forces, il faut craindre le pire. Il faut craindre que le parti adverse – l’Eglise conciliaire – gagne !

Pour empêcher cela ?

Il faut faire savoir notre résolution sur l’affaire que l’on peut appeler « l’affaire du siècle ».

Un bon moyen, un moyen simple. Lequel ? 

Le plus grand nombre possible de pélerins à Lisieux le 13 Octobre 2001.

Sainte Thérèse fera pleuvoir des roses sur notre noble et courageuse attitude.

Qu’on se le dise et qu’en famille, on vienne nombreux sur les collines normandes, de Firfol à Lisieux, au cœur même de la Basilique thérésienne.



La messe revient

 

par Jean Madiran

 

Extrait d’Itinéraires  n° 288 -Décembre 1984

 

La messe a survécu. Ils ne l'ont pas tuée. Ils n'ont pas pu. La messe catholique, interdite par l'Eglise catholique depuis quinze ans, la MESSE CATHOLIQUE TRADITIONNELLE, LATINE ET GRÉGORIENNE SELON LE MISSEL ROMAIN DE SAINT PIE V est toujours célébrée à travers le monde, et elle l'est de plus en plus. Le Saint Siège avait déclaré en 1981 que son sort était désormais réglé, qu'elle avait disparu, qu'elle était oubliée. Deux mille évêques avaient été invités à participer à cette tromperie, à la construire eux-mêmes, à la contresigner. L'enquête qui leur avait été impérée en juin 1980, on ne savait pas sur le moment, nous ne savions pas, Saventhem lui-même ne savait pas quelle était son arrière-pensée, et si elle nous était secrètement favorable ou défavorable. Mais les évêques, informés de première main, surent très vite ce que la bureaucratie vaticane attendait d'eux, et la plupart le firent docilement. On leur demandait de s'informer comme s'ils recherchaient partout des prêtres et des fidèles attachés à la messe traditionnelle, mais en tout cas de n'en trouver aucun. Ils n'en trouvèrent effectivement aucun, en évitant systématiquement d'interroger les personnalités et les groupes bien connus qui militaient publiquement pour le rite traditionnel, pour le latin et pour le grégorien. Ceux d'entre eux qui prirent l'initiative de se faire entendre de leur évêque, leur évêque refusa de les écouter. Les paisibles fidèles et les dirigeants circonspects de l’Una Voce française - circonspects et paisibles mais d'une piété indomptable - furent éconduits comme des trublions : ils l'ont raconté dans leur bulletin, et l'histoire saura retrouver leur témoignage, pour la honte des évêques truqueurs. La vérité truquée fut proclamée à Rome par la congrégation du culte tripotant avec gourmandise les résultats de son enquête : « no problème », plus de problème, la messe traditionnelle, ce n'est même plus la peine d'en parler.

 

Ils avaient tout fait depuis 1969 (et même avant) : raconté que c'était la messe des vieux, la messe des nantis, la messe des nostalgiques et des esthètes, ce fut une immense campagne de diffamation et de démoralisation qui trouvait son origine dans les consignes du stratège Hannibal Bugnini. Celui-ci s'était même vanté d'avoir, avec la nouvelle messe, réalisé un chef-d'oeuvre d'une splendeur sans précédent, qui écrasait la pauvre liturgie millénaire issue des âges obscurs. Toutes ces sottises avaient leur chance en une époque qui les aime d'un amour de prédilection et par connaturalité ; et toutes ces sottises avaient pour elles, en outre, la totalité des plus puissants media obsessionnels, audio-visuels, télévisés ou imprimés, magazines et journaux. Cela aurait pu leur suffire. Dès le début, ils avaient estimé que la persuasion par diffamation ne suffisait pas. Ils pou­vaient compter pourtant sur l'intimidation sociologique, sur la psychose de masse, sur la mort des vieillards nostal­giques et sur la montée d'une jeunesse sauvage, qui n'était plus instruite de rien, une jeunesse mentalement désarmée, offerte et vendue comme esclave aux princes de ce monde. Mais non. Ils y ont ajouté l'INTERDICTION. Ayant tout fait, et avec quelle efficacité temporelle, pour que la messe traditionnelle tombe en désuétude, pour qu'elle soit mé­prisée et pour qu'elle devienne un grimoire incompréhensi­ble aux générations nouvelles, ils ont en outre, dès le pre­mier jour de la messe nouvelle, décidé d'INTERDIRE l'an­cienne. Je me suis longtemps interrogé sur cette mesure qui, compte tenu de ce qu'ils pensaient, aurait forcément dû leur paraître superfétatoire. J'en suis venu à compren­dre que l'INTERDICTION, ce n'était point par tactique, ce n'était pas en fonction d'une stratégie ou d'une pédagogie ; c'était gratuit, c'était pour se faire plaisir : c'était par cruauté, c'était par haine. C'était la signature du Diable.

 

Le plus condamnable en effet, le plus honteux dans toute l'affaire, c'est bien qu'ils aient osé interdire le rite millénaire de la messe catholique.

Et c'est ce qui subsiste de plus honteux, de plus condamnable dans la lettre-circulaire du Saint Siège en date du 3 octobre 1984.

La messe traditionnelle n'est plus tout à fait interdite, il y a un progrès, ou plutôt un léger moindre mal ; elle demeure cependant une messe suspecte soumise à auto­risation préalable, c'est un scandale énorme et insensé.

Je le dis aujourd'hui comme je le dis depuis quinze ans et comme je l'ai écrit en 1972 au pape Paul VI : aucun pontife ne peut valablement frapper d'interdiction le rite millénaire de l'Eglise catholique.

 

S'il me fallait ne dire qu'une seule chose sur cet immense sujet de la guerre révolutionnaire à l'intérieur de l’Eglise et de sa liturgie, c'est celle-là que je dirais.

Est-ce une consolation latérale ou un motif de cons­ternation supplémentaire ? La circulaire du Saint Siège, dans la forme et dans le fond, est pleine de malfaçons, de méprises et de contradictions.

La méprise ou la malfaçon la plus criante, mais non la seule, est de faire référence à l'enquête liturgique de 1980 en des termes radicalement inexacts, comme si l'on avait oublié quelles questions au juste elle posait aux évêques.

 

La contradiction la plus violente est entre le dispositif, quasiment d'excommunication, institué à l'encontre des traditionalistes, et les sentiments attribués par deux fois au pape Jean-Paul II. A la fin de son texte, la circulaire du Saint Siège se donne comme le signe de la sollicitude du souverain pontife pour tous ses fils ; au début, elle précise même que le pape a voulu se montrer favorable aux groupes de prêtres et de fidèles qui demeurent attachés au rite traditionnel : ce qui a fait dire à La Croix du 17 octobre que c'était une « main tendue aux chrétiens traditionalistes ». Et simultanément, par la première des cinq conditions édictées, il est ordonné de n'avoir nullam partem avec eux. NULLAM PARTEM ! Toutes les traductions disent : « rien de commun », « rien à voir » ou « aucune connivence » avec ceux qui doutent de la messe de Paul VI. J'ai opté, on l'a vu, pour une traduction un peu moins écrasante : les tenir à l'écart, ou s'en tenir à l'écart. De toutes façons, des parias. Ce n'est pas ce qu'on appelle habituellement une « main tendue ».

 

Il faut bien voir, au demeurant, qui est ainsi écarté du bénéfice d'une autorisation éventuelle. Pas seulement ceux qui contestent la messe de Paul VI : mais jusqu'à ceux qui doutent. Et pas seulement ceux qui doutent mais jusqu'à ceux qui pourraient avoir quelque liaison ou quelque rapport avec eux. Cela peut aller fort loin. Exemple : Marcel Clément s'efforce depuis vingt ans de multiplier les preuves publiques qu'il n'a plus aucune « connivence », qu'il n'a désormais « rien à voir » avec moi, nullam partem. Mais il n'est pas assuré d'avoir convaincu tout son monde, dans le monde ecclésiastique où il aspire à un petit fauteuil et où il n'a pas encore gagné (en vingt ans) le moindre strapontin. Il demeure suspect. Qu'il s'en aille maintenant demander (hypothèse gratuite) l'autorisation de la messe traditionnelle, même à lui on pourrait la refuser, en faisant jouer la condition draconienne numéro 1.

 

La seconde condition draconienne, prise au pied de la lettre, édicte que la célébration de la messe traditionnelle sera strictement réservée aux fidèles mentionnés sur la liste nominative de la demande d'autorisation. La première condition supposait une inquisition incessante des sentiments intimes, la seconde exige des contrôles d'identité permanents. Par quoi ces deux conditions sont plus absurdes encore que draconiennes, plus inapplicables que cruelles. En outre, elles sont vicieuses : elles ne consentent en somme l'autorisation qu'à ceux qui n'ont aucun doute sur la messe de Paul VI ni aucune connivence avec les douteurs. Mais ceux qui n'ont aucun doute n'ont aucune raison pressante de demander la messe traditionnelle.

- Si vous n'avez aucun doute, pourquoi donc iriez vous abandonner notre superbe messe nouvelle ? Ce n'est pas raisonnable. Ou alors vous nous cachez quelque chose. Vous doutez en secret. Vous avez sans doute un peu trop écouté ceux avec qui vous ne devriez avoir NULLAM PARTEM. Ou bien vous n'êtes pas logique, ou bien vous n'êtes pas sincère...

 

Car il faut bien un motif à la demande.

 

Le motif acceptable sera d'être un vieillard nostalgique qui voudrait retrouver les souvenirs de sa lointaine enfance : on lui répondra que la messe n'est pas faite pour cela, mais qu'enfin, par grande condescendance, on pourra le lui permettre deux ou trois fois par an, dans quelque oratoire isolé, avec un vieux prêtre bien malade dont on n'attend plus rien.

 

Le schéma est soigneusement bouclé.

 

D'un côté, les seuls admis à demander l'autorisation sont ceux qui n'ont aucun motif de le faire: en tout cas aucun motif religieux.

 

De l'autre côté, ceux qui reçoivent la faculté

de donner l'autorisation sont ceux qui n'ont, pour la plupart, aucune intention de la donner : les évêques de la nouvelle messe et du nouveau catéchisme.

 

En effet, la circulaire du Saint Siège n'est pas un décret autorisant, fût-ce sous conditions, la messe traditionnelle. Elle décrète autre chose. Elle concède aux évêques la faculté de l'autoriser ou de ne pas l'autoriser, selon leur bon plaisir pastoral. Or ils ont dans leur grande majorité manifesté depuis quinze ans une hostilité hargneuse à la messe de leur ordination. Ils ont, par la parole, par l'exemple, par toutes sortes de mesures et sanctions administratives, montré qu'ils tenaient la messe nouvelle de Bugnini et de Paul VI en beaucoup plus haute estime. Ils n'ont aucune envie de se déjuger et d'autoriser une messe qu'ils ont déclarée dépassée, désuète, périmée, obstacle à l'évangélisation et masquant ce qu'ils nomment « l'esprit de l'Evangile ». Aux cinq conditions universellement obligatoires édictées par la circulaire du Saint Siège, ils ont au demeurant la faculté d'ajouter des conditions de leur cru, comme s'est empressé de le faire dès le 16 octobre Mgr Mamie, l’écœurant évêque de Fribourg, Lausanne et Genève.

 

Bref, la circulaire romaine donne à ceux qui ont voulu supprimer la messe traditionnelle la faculté d'en autoriser la célébration à ceux qui font la preuve qu'ils n'ont aucun motif de la désirer.

 

Si ce n'est pas une excommunication des catholiques traditionnels, c'est à tout le moins un apartheid : NULLAM PARTEM. Cette exclusion qui vient par l'Eglise ne vient pas de l'Eglise. Son dispositif révèle son identité. Elle est ce pluralisme ouvert à toutes les consciences, à toutes les opinions, à toutes les religions, sauf au dogme catholique et à la tradition catholique. Une telle exclusion ne vient pas de l'Eglise mais du monde : du monde maçonnique, libéral-socialiste, rêvant d'union de la gauche avec le communisme. Mais une telle exclusion vient par l'Eglise, parce que l'Eglise est elle-même pénétrée, noyautée, occupée.

Dans le même document du Saint Siège, donc, dans cette même circulaire du 3 octobre coexistent d'une part un tel renforcement des mesures administratives de discrimination et de persécution, d'autre part l'énoncé d'une paternelle bienveillance personnelle du souverain pontife, qui déclare vouloir se manifester par une concession concrète.

C'est un autre « cas majeur et particulièrement manifeste » de ce que le P. Joseph de Sainte-Marie nomme « la division intérieure du Magistère » (1).

 

Concernant la nouvelle messe de Paul VI en elle-même, dont la circulaire du Saint Siège cherche à nous imposer de proclamer sine ambiguitate etiam publice, sans ambiguïté et même publiquement, que nous n'avons nullam partem avec ceux qui « mettent en doute » (in dubium vocant) sa valeur juridique et doctrinale, nous répondrons d'abord à cette invitation par une observation préalable :

- Heureusement qu'il y eut dès 1969 des théologiens et des cardinaux pour mettre en doute la rectitude de cette messe nouvelle: Cette contestation provoqua quelques corrections indispensables, notamment celle de l'article 7 de l'Institutio generalis, et ainsi « cela évita » , comme dit le P. Joseph de Sainte-Marie, « le scandale d'un missel romain introduit par une définition hérétique de la messe ». J'ajoute que cette messe nouvelle était le plus grand bouleversement jamais subi d'un seul coup par la liturgie de l'Eglise, et que cette « réforme » d'une ampleur sans précédent était approuvée, y compris la « définition hérétique », par Paul VI dans sa constitution apostolique Missale romanum du 3 avril 1969. Les nouveaux textes, y compris toujours la définition hérétique, étaient publiés sous la signature de Paul VI. J'ai fait remarquer déjà plusieurs fois et, puisque la remarque n'a été ni entendue ni contestée, je répète aujourd'hui à la cantonade que ce plus grand bouleversement jamais subi par la messe, Paul VI, DANS L'HYPOTHÉSE LA PLUS BIENVEILLANTE, l'avait donc signé sans lire, ou bien avait lu sans comprendre. Il n'y a donc aucunement lieu de mettre tant de hauteur à vouloir nous écraser sous l'argument qu'il s'agit de « la messe promulguée par Paul VI ». L'argument n'a rien d'écrasant, quand il s'agit de la promulgation par un tel pontife dans de telles conditions. Quand il est établi, comme c'est le cas, que le souverain pontife a forcément signé sans lire ou bien lu sans comprendre une « définition hérétique de la messe », il ne suffit pas de corriger cette définition. Il faut prendre acte de l'anomalie et ne pas fermer les yeux sur les conséquences. C'est tout le nouvel Ordo, c'est toute la messe nouvelle qu'il avait en 1969 signé sans lire ou lu sans comprendre. Dans l'hypothèse la plus bienveillante. N'invoquez donc plus, de grâce, l'« autorité » de Paul VI. Vous finiriez par faire davantage que nous faire hausser les épaules.

 

Après cette observation préalable, mais non point subsidiaire, sur la dénommée « messe promulguée par  Paul VI », il n'est pas inutile de préciser en outre que ce n'est point d'abord l'orthodoxie ou la légitimité de son texte que nous mettons en doute, c'est son existence : son existence en tant que rite défini, stable, identique à lui-même à travers l'espace et le temps.

Dès son premier refus de cette messe nouvelle, le P. Calmel déclarait

« Je refuse l'Ordo Missae de Paul VI parce que, en réalité, cet Ordo Missae n'existe pas. Ce qui existe, c'est une révolution liturgique universelle et permanente, prise à son compte ou voulue par le pape actuel, et qui revêt pour le quart d'heure le masque de l'Ordo Missae du 3 avril 1969.»

 

Le P. Calmel avait vu juste dès 1969. Il ajoutait

« Commencée par le pape, puis abandonnée par lui aux Eglises nationales, la réforme révolutionnaire de la messe ira son train d'enfer ».

Il n'y a pas, dans les faits, de messe de Paul VI ayant des contours définis et respectés. Il y a eu, tout de suite, sous ce nom, ce que Louis Salleron a désigné comme « la messe évolutive ».

 

Le Saint Siège lui-même n'arrive plus aujourd'hui à savoir exactement de quelle messe il parle quand il parle de la messe « promulguée par Paul VI ». La circulaire romaine du 3 octobre mentionne la légitimité et l'orthodoxie du missel romain « promulgué par Paul VI en 1970 ». Mais c'est le 3 avril 1969 que Paul VI, par sa constitution apostolique Missale romanum, a déclaré promulguer sa nouvelle messe. C'est le 12 novembre 1969 que l'épiscopat français a prétendu la rendre obligatoire : il ne pouvait rendre obligatoire en 1969 une messe qui ne serait promulguée qu'en 1970. Le brouillard juridique est complet. D'avril 1969 à mars 1970, la nouvelle messe a connu au moins trois éditions vaticanes distinctes, avec des versions différentes et deux définitions successives de la messe elle-même, par les deux versions du fameux article 7 de cette Institutio generalis qui énonçait les intentions et la doctrine de la messe nouvelle. A s'en tenir aux textes officiels, l'évolution continuelle et la « créativité » incessante y sont déjà visibles, comme le montrent (entre vingt autres exemples) les nouveaux canons suisses, introduits en 1980 dans les diocèses d'Italie et adoptés en 1983 dans la nouvelle édition officielle du missel romain en langue italienne. Les textes officiels bougent lentement, mais ils bougent : dans le sens d'un effacement progressif du caractère sacrificiel de la messe, d'une accentuation rampante du rôle de l'assemblée dont le prêtre n'est plus que le président. Quant aux faits, c'est-à-dire les célébrations telles qu'elles ont lieu en réalité, la révolution liturgique s'y donne libre cours. Il ne s'agit pas d'excès isolés. Il s'agit de manifestations exemplaires, voulues comme telles, ayant en effet valeur et fonction d'exemple, la messe télévisée, les cérémonies de cirque et de music-hall organisées en présence du pape, sans que personne veuille ou puisse rétablir l'« ordre de la messe » , l'Ordo missae, fût-ce celui de 1970, qui est de plus en plus méconnu, méprisé, tenu pour inexistant. C'est bien compréhensible. La révolution liturgique s'était engagée contre la liturgie figée des anciens rites ; elle ne respecte pas davantage le fixisme des nouveaux. Il n'y a pas une messe nouvelle : il y a les stades successifs et mouvants d'une décompo­sition de la messe catholique.

 

On avait voulu faire croire au peuple chrétien et au clergé catholique que la messe traditionnelle était abolie, qu'elle était interdite, qu'elle était morte. Cette imposture contre laquelle nous bataillons depuis quinze ans avait une sorte de cohérence globale, une brutale simplicité, qui s'imposait aux prêtres et aux fidèles peu instruits ou mal informés. Il va être beaucoup plus difficile de faire croire que la messe n'est qu'à moitié abolie, frappée d'une interdiction à éclipses, et qu'elle est tantôt morte et tantôt non.

 

A la nouvelle, lâchée sur les antennes à partir du 15 octobre, d'une circulaire datée du 3, l'opinion mondiale a compris que l'interdiction était levée et que la messe traditionnelle était à nouveau d'actualité : ni désuète ni enterrée. On avait voulu la supprimer, on y avait échoué. L'opinion ne s'est pas trompée, elle a seulement anticipé sur la dynamique de la messe retrouvée, sans entendre ni vouloir entendre rien aux chinoiseries ésotériques que l'on prétend opposer encore à une libre célébration. La messe a survécu, la messe revient.

 

(1) Dans la Pensée catholique, numéro 212 de septembre-octobre 1984, spécialement p. 31-34, à propos de « la concélébration dans la réforme liturgique », le P. Joseph de Sainte-Marie évoque le « cas majeur et particulièrement manifeste de la division intérieure du Magistère » constitué par les anomalies, ambiguïtés et erreurs, de forme et de fond, qui ont marqué en 1969-1970 la « promulgation » de la nouvelle messe.



Chronologie

 

Quinze ans de guerre religieuse
contre la messe traditionelle

Extrait d’Itinéraires, n° 288 - Décembre 1984

 

 

 

3 avril 1969

 

- CONSTITUTION APOSTOLIQUE Missale romanum de Paul VI approuvant une nouvelle messe (1).

(La fabrication et l'institution par Paul VI d'une nouvelle messe, en 1969, est un commencement : le commencement d'une nouvelle période de la guerre dans l'Eglise. Mais bien sûr cette nouvelle messe n'est pas un commencement absolu. Elle est elle-même un aboutissement. II y a eu de longue date le mouvement liturgique anti-traditionnel. Il y a eu la constitution liturgique de Vatican II et son astuce sournoise (elle ordonnait explicitement de conserver le latin, le grégorien, les rites traditionnels, mais c'était de sa part une feinte, on l'a bien vu par la suite). Il y a eu les premières modifications de septembre 1964, supprimant le psaume 42 au début de la messe et à la fin, le dernier évangile et les prières de Léon XIII à la suite des messes basses ; il y a eu la formule      « Corpus Christi » à laquelle répondre « Amen » à la communion des fidèles ; et le Notre Père récité ou chanté par l'assistance en vernaculaire. Ces modifications figuraient dans l'« Ordo Missae » de janvier 1965 ; elles entraient en vigueur à partir du 7 mars 1965, avec le décret du même jour sur le rite de la concélébration et celui de la communion sous les deux espèces. Il y a eu le décret du 4 mai 1967 : le canon à haute voix, la suppression d'un grand nombre de signes de croix et de génuflexions du célébrant, etc… pour exercer prêtres et fidèles à des changements encore limités mais incessants. Il y a eu l'épisode de la « messe normative », ballon d'essai raté au synode épiscopal de 1967. Il y a eu le décret du 23 mai 1968 instituant trois nouveaux canons. Tout cela eut sa fonction et son importance. On était déjà en plein drame. Nous commençons cependant la présente chronologie en cette terrible année climatérique 1969. C'est le moment où - entre autres violences, au premier rang desquelles il faut compter le nouveau catéchisme en France - l'institution d'une nouvelle messe va être le moyen de PRÉTENDRE INTERDIRE la messe catholique traditionnelle, latine et grégorienne selon le missel romain de saint Pie V.)

 

(1) NOTE SUR LA PORTÉE JURIDIQUE DE LA CONSTITUTION APOSTOLIQUE  «  MISSALE ROMANUM» du 3 AVRIL 1969.

A) Nous disons bien : approuvant et non pas promulguant. La « promulgation » (une « promulgation »... sans publication !) fut opérée trois jours après, le 6 avril, par un décret de la congrégation des rites. Le texte lui-même de la messe ainsi approuvée puis « promulguée » ne fut publié que quelques semaines plus tard par l'imprimerie vaticane, accompagné d'une Institutio generalis qui en expliquait les intentions, les principes et les normes.

B) La bulle Quo primum de saint Pie V n'était pas abolie par ces décrets : son abolition éventuelle n'aurait pu être qu'explicite, elle ne peut être implicite. Par cette bulle, saint Pie V avait codifié, en 1570, la messe traditionnelle.

Juridiquement, donc, la nouvelle messe de Paul VI ne peut être considérée que comme une dérogation particulière aux prescriptions non abrogées de la bulle Quo primum.

C) La nouvelle messe de Paul VI et son Institutio generalis furent plusieurs fois retouchées après l'« approbation » du 3 avril  et  la  soi-disant « promulgation » du 6 avril 1969 ; l'édition « typique », c'est-à-dire officielle, ne parut qu'en mars 1970.

D) Encore tout récemment, le P. Joseph de Sainte-Marie, OCD, est revenu sur cette cascade d'anomalies (La Pensée catholique, numéro 212, de septembre-octobre 1984) : « Le début de cette instruction [celle du 20 octobre 1969] parle de la constitution apostolique « Missale romanum » comme ayant simplement « approuvé le nouveau missel romain » : approuvé et non promulgué. Et comment aurait-elle pu promulguer un missel qui n'existait pas encore ? Il reste déjà suffisamment anormal qu'elle ait couvert de son autorité, le livre fondamental de la liturgie catholique selon une édition qui fut retouchée plusieurs fois entre cette « approbation », qui lui était donnée comme un chèque en blanc, en quelque sorte, et sa publication effective (...). C'est l'un des autres aspects de ce drame : les nombreuses irrégularités de toutes sortes qui entachent ces documents. La précipitation et le désordre dans lesquels ils furent publiés le fait soupçonner ; leur analyse attentive le confirme. C'est ainsi que la constitution du 3 avril « approuvait » un Ordo Missae et une Institutio generalis qui n'étaient publiés que plusieurs semaines après et qui subissaient, entre temps, de nombreuses retouches. Mais surtout, cette constitution « approuvait » un missel dont la première édition typique ne voyait le jour qu'un an plus tard, au terme d'une lutte intense... »

E) Le titre même de la constitution apostolique Missale romanum du 3 avril 1969 disait pourtant bien sa volonté de PROMULGUER : « Constitutio apostolica qua missale romanum ex decreto concilii oecumenici Vaticani Il instauratum PROMULGATUR. » - Mais lorsque le 26 mars 1970 un « décret » de la congrégation du culte PR0MULGUE l'édition officielle du nouveau missel, la première phrase de ce décret indique que la constitution apostolique Missale romanun du 3 avril 1969 avait APPROUVÉ les textes du missel en question : approuvé et non promulgué. Le décret figure à la première page de ladite édition officielle ; à la seconde, la constitution apostolique avec son titre inchangé et son « PROMULGATUR » démenti mais maintenu...

 

 

1969

 

19 juin

- NOTE du conseil permanent de l'épiscopat introduisant en France la communion dans la main.

 

Septembre

- LETTRE DES CARDINAUX OTTAVIANI ET BACCI  présentant à Paul VI un Bref examen critique de la nouvelle messe et demandant l'abrogation de cette messe nouvelle.

 Publiés en France par la Contre-Réforme catholique de l'abbé Georges de Nantes et par la revue ITINÉRAIRES, cette lettre des cardinaux et ce Bref examen critique ont fait ensuite l'objet d'un tiré à part d'ITINÉRAIRES, puis d'un reprint chez DMM.

 

12 Septembre

- Lettre de Mgr de Castro Mayer à Paul VI.

 

24 septembre

- Premier article de Louis Salleron, dans l'hebdomadaire Carrefour, contre la nouvelle messe.

 

25 septembre

- Premier article (anonyme) de l'abbé Raymond Dulac contre la messe nouvelle, dans le Courrier de Rome.

 

Octobre

 - Fondation à Fribourg (Suisse) par Mgr Marcel Lefebvre, avec neuf séminaristes, de la FRATERNITÉ SACERDOTALE SAINT PIE X.

 - Prise de position très détaillée de l'abbé Georges de Nantes, dans la Contre-Réforme catholique, contre la nouvelle messe.

 

20 octobre

- Circulaire du Saint-Siège sur l'application progressive de la constitution apostolique Missale romanum.

 

Novembre

La revue ITINÉRAIRES publie des « précisions théologi­ques », selon la doctrine commune de l'Eglise, « sur quelques questions actuellement controversées » : I. - Le pontife romain, tête de l'Eglise. – II. - Les défaillances éventuelles du pontife romain. - III. - Le cas d'un « mauvais pape». - IV. - Le cas d'un « pape hérétique ». - V. - Le cas d'un « pape schismatique » (selon Suarez, un pape peut être schismatique en      « renversant tous les rites traditionnels » ).

 

1er novembre

- Imprimatur donné au premier Nouveau missel des di­manches (annuel) patronné par l'épiscopat français et conte­nant page 332, à titre de « rappel de foi indispensable », l'affirmation qu'à la messe « il s'agit simplement de faire mémoire de l'unique sacrifice déjà accompli ».

 

12 novembre

ORDONNANCE DE L'ÉPISCOPAT FRANÇAIS rendant obliga­toire, à partir du 1"' janvier 1970, la célébration de la nouvelle messe et l'utilisation de la traduction française établie par la commission épiscopale.

Cette ordonnance était juridiquement schismatique : en effet l'épiscopat français y prétendait décider lui-même, en ne se référant qu'à son propre pouvoir, le changement de rite en France. Il n'invoquait ni la constitution apostolique Missale romanum, ni la circulaire romaine du 20 octobre 1969.

 Par cette ordonnance, l'épiscopat français interdisait, en fait, à partir du 1er janvier 1970, le rite traditionnel de la messe et, quel que soit son rite, le latin à la messe.

 

Décembre

 - Dans la revue ITINÉRAIRES, éditorial de Jean Madiran contre l'interdiction de la messe traditionnelle : « Un petit livre rouge ».

 

1970

 

Janvier

- Déclaration du P. Calmel, O. P., dans ITINÉRAIRES : « Je m'en tiens à la messe traditionnelle, celle qui fut codifiée mais non fabriquée par saint Pie V au XVI° siècle, conformément à une coutume plusieurs fois séculaire. Je refuse donc l'ORDO MISSAE de Paul VI ».

 

Février

- Dans ITINÉRAIRES, l'abbé Raymond Dulac publie contre la nouvelle messe : « Les raisons d'un refus ».

 

26 mars

- Décret de la congrégation romaine du culte divin promulguant l'édition dite « typique » (c'est-à-dire officielle) de la nouvelle messe (en latin). L'épiscopat français, comme on l'a vu, n'avait pas attendu

cette promulgation officielle pour en rendre obligatoire une traduction à sa façon.

Octobre

- Ouverture à ECÔNE, par Mgr Marcel Lefebvre, du SÉMINAIRE INTERNATIONAL SAINT-PIE X, où seront instruits et ordonnés de jeunes prêtres pour célébrer la messe traditionnelle.

Décembre

- Première édition du livre de Louis Salleron sur (et contre) La nouvelle messe, un volume de 188 pages aux Nouvelles Editions Latines.

 

1971

 

9 juin

- DÉCLARATION DU CARDINAL OTTAVIANI (publiée dans l'hebdomadaire Carrefour par Louis Salleron qui est allé à Rome interviewer le cardinal) : « Le rite traditionnel de la messe selon l'Ordo de saint Pie V n'est pas, que je sache, aboli ».

 

14 juin

- Notification de la congrégation romaine du culte divin pour la mise en place de la nouvelle messe (notification superfétatoire pour la France où les évêques ont déjà devancé et dépassé Rome).

 

Novembre

- Le cardinal Heenan, à la demande de la Latin Mass Society, « association pour le rite tridentin » (adhérente à la Fédération internationale Una voce), fait connaître l'autorisation donnée par Paul VI aux Anglais d'utiliser occasionnellement le rite traditionnel de la messe.

 

1972

 

10 octobre

- Imprimatur à nouveau décerné au Nouveau missel des dimanches (annuel) de l'épiscopat qui, en sa page 383, réitère le « rappel de foi indispensable » de la première édition, selon lequel à la messe « il s'agit simplement de faire mémoire de l'unique sacrifice déjà accompli ».

 

27 octobre

- LETTRE A PAUL VI, de Jean Madiran

« Rendez-nous l'Ecriture, le catéchisme et la messe (...). Rendez-nous la messe catholique traditionnelle, latine et grégorienne selon le missel romain de saint Pie V. Vous laissez dire que vous l'auriez interdite. Mais aucun pontife ne pourrait, sans abus de pouvoir, frapper d'interdiction le rite millénaire de l'Eglise catholique, canonisé par le concile de Trente. L'obéissance à Dieu et à l'Eglise serait de résister à un tel abus de pouvoir, s'il s'était effectivement produit, et non pas de le subir en silence (...). Très Saint Père, confirmez dans leur foi et leur bon droit les prêtres et les laïcs qui, malgré l'occupation étrangère de l'Eglise par le parti de l'apostasie, gardent fidèlement l'Ecriture sainte, le catéchisme romain, la messe catholique (...). Laissez venir jusqu'à vous la détresse spirituelle des petits enfants : rendez-leur, Très Saint Père, rendez-leur la messe catholique, le catéchisme romain, la version et l'interprétation traditionnelles de l'Ecriture. Si vous ne les leur rendez pas en ce monde, ils vous les réclameront dans l'éternité... »

 

Novembre

- Première édition de La messe, état de la question, par Jean Madiran.

- Contre la nouvelle messe, Henri Charlier publie dans ITINÉRAIRES : « La messe ancienne et la nouvelle », texte qui sera en 1973 édité en opuscule (24 p.) par DMM.

 

1973

 

Janvier

- « Mise au point » de Mgr Adam, évêque de Sion (Suisse), affirmant qu'« il est interdit, sauf indult, de célébrer selon le rite de saint Pie V, qui a été aboli (sic) par la constitution Missale romanum du 3 avril 1969 ». Mgr Adam précise : « La présente déclaration est faite sur renseignement authentique et indication formelle de l'Autorité. »

Juillet

- Communiqué de l'Assemblée plénière des évêques suisses : « I1 n'est plus permis de célébrer la messe selon le rite de saint Pie V. »

Octobre

- Au nom de Mgr Badré, évêque de Bayeux et de Lisieux, le doyen d'Orbec publie un communiqué affirmant : « Le souci d'obéissance à l'Eglise interdit de

célébrer la messe selon le rite de saint Pie V dans quelques circonstances que ce soit. »

 

1974

 

14 novembre

- COMMUNIQUÉ DE L'ÉPISCOPAT FRANÇAIS qui, pour la première fois, cinq ans après coup, déclare explicitement interdite 1a messe traditionnelle (l'ordonnance du 12 novembre 1969 l'avait effectivement interdite, mais implicitement et par voie de conséquence, en rendant obligatoire la messe nouvelle en français).

Au communiqué est jointe l'ORDONNANCE ÉPISCOPALE du 14 novembre 1974, qui «confirme sa décision antérieure », celle du 12 novembre 1969, mais cette fois « en application » de la notification romaine du 14 juin 1971 et non plus de sa propre autorité.

 

21 novembre

- Déclaration de Mgr Marcel Lefebvre : « Nous refusons de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s'est manifestée clairement dans le concile Vatican II  et après le concile, dans toutes les réformes qui en sont issues. »

 

1975

 

Mai

- « Condamnation » (la « condamnation sauvage ») du Séminaire international d'Ecône et de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X fondés par Mgr Lefebvre.

 

 

29 juin

- Lettre de Paul VI à Mgr Lefebvre : « Le deuxième concile du Vatican ne fait pas moins autorité, il est même sous certains aspects plus important que celui de Nicée. »

 

11 octobre

- Lettre du cardinal Villot, secrétaire d'Etat, approuvant, au nom de Paul VI, l'édition française du nouveau Missel et assurant que par sa constitution apostolique Missale romanum de 1969, le pape a « prescrit que le nouveau Missel doit remplacer l'ancien ».

 

Novembre

- Louis Salleron publie La nouvelle messe en quoi (suivie de : Solesmes et la messe), un opuscule de 64 pages (édité par ITINÉRAIRES). En reprint chez DMM.

 

1976

 

24 mai

- DISCOURS CONSISTORIAL de Paul VI réclamant que la messe traditionnelle ne soit plus jamais célébrée : « L'adoption du nouvel Ordo Missae n'est certainement pas laissée à la libre décision des prêtres ou des fidèles... Le nouvel Ordo a été promulgué pour prendre la place de l'ancien ».

 

Juin

- Cinquième édition, revue et augmentée, de : La messe, état de la question, par Jean Madiran (un opuscule de 80 pages).

 

25 juin

- Mgr Benelli, de la Secrétairerie d'Etat, écrit, au nom de Paul VI, à Mgr Lefebvre pour exiger « la fidélité véritable à l'Eglise conciliaire » (sic).

 

22 juillet

- Paul VI frappe Mgr Lefebvre de « suspense a divinis ».

 

8 septembre

- A Jean Guitton qui lui demande d'autoriser en France la célébration de la messe traditionnelle, Paul VI répond « sévèrement » : - « Cela, jamais ! »

(Cette violente répartie ne sera rendue publique qu'après la mort de Paul VI, dans le livre de Jean Guitton paru en décembre 1979 : Paul VI secret, p. 158.)

 

11 septembre

- A Castelgandolfo, Mgr Lefebvre est reçu par Paul VI. Il demande au pape de « laisser faire l'expérience de la Tradition », c'est-à-dire notamment de lever l'interdiction qui prétend frapper la messe traditionnelle. Le pape répond qu'il réfléchira et consultera la curie.

 

29 septembre

- Achevé d'imprimer de la seconde édition (augmentée) du livre de Louis Salleron : La nouvelle messe, un volume de 256 pages aux Nouvelles Editions Latines.

 

11 octobre

- Lettre de Paul VI à Mgr Lefebvre exigeant (entre autres) l'abandon total et définitif de la messe traditionnelle.

 

1977

 

27 février

- Premier dimanche de Carême : Mgr Ducaud-Bourget, l'abbé Louis Coache, l'abbé Vincent Serralda et les fidèles du rite de saint Pie V s'installent dans l'église SAINT-NICOLAS-DU-CHARDONNET à Paris, ainsi rendue, depuis ce jour, au culte traditionnel.

 

1978

 

16 juin

- Le cardinal Seper, préfet de la congrégation romaine de la doctrine, intervient de manière pressante auprès de Mgr Lefebvre pour qu'il renonce à ordonner des prêtres fidèles à la messe traditionnelle.

Malgré pressions, menaces et sanctions, Mgr Lefebvre procède aux ordinations, chaque année à Ecône, le jour ou aux environs de la fête des saints apôtres Pierre et Paul (29 juin). Ainsi les célébrations habituelles de la messe traditionnelle se multiplient. Le nombre des prieurés de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X et des jeunes prêtres y exerçant leur ministère augmente régulièrement.

 

1980

 

19 juin

- La congrégation romaine du culte (dans une communication qu'elle aurait voulu garder secrète) demande à tous les évêques d'ouvrir une enquête sur la permanence éventuelle d'un attachement à la célébration de la messe en latin et selon le rite traditionnel. Jean Madiran révèle l'existence et le contenu de cette enquête dans ITINÉRAIRES, numéro 246 de septembre-octobre 1980, p. 153 et suiv.

L'enquête sera systématiquement faussée par le fait que les évêques vont omettre ou même refuser d'entendre justement les personnes et les groupes qui demeurent attachés à la messe traditionnelle.

 

1981

 

Novembre

- Mgr Antonio de Castro-Mayer, évêque de Campos, rend publique sa réponse à l'enquête liturgique en la publiant dans ITINÉRAIRES (numéro 257).

Il y déclare :

1° que conformément à la constitution conciliaire de Va­tican Il sur la liturgie, n° 54 et n° 36, les prêtres de son diocèse « maintiennent la coutume de célébrer la sainte messe en la­tin » ;

2° que conformément au n° 4 de la même constitution conciliaire, qui veut que « tous les rites légitimement reconnus soient conservés et favorisés de toutes les manières », la messe traditionnelle, dite « tridentine », est « célébrée d'une manière générale dans les paroisses du diocèse » .

 

Décembre

- Publication à Rome des résultats (faussés) de l'enquête liturgique. Conclusion officielle : il n'existe plus aucun problème concernant la messe traditionnelle, presque complètement disparue et presque complètement oubliée.

 

1983

 

21 novembre

- « MANIFESTE ÉPISCOPAL ». - Dans une « lettre ouverte au pape Jean-Paul II », Mgr Marcel Lefebvre et Mgr Antonio de Castro-Mayer contestent (entre autres) la « conception protestante de la messe » qui est celle de la messe nouvelle de Paul VI : « La désacralisation de la messe, sa laïcisation entraînent la laïcisation du sacerdoce, à la manière protestante. La réforme liturgique de style protestant est l'une des plus grandes erreurs de l'Eglise conciliaire... »

 

1984

 

3 octobre

- Déclarant obtempérer à un désir personnel du pape (« ipse summus pontifex » ), la congrégation romaine du culte, par une lettre aux présidents des conférences épiscopales, donne aux évêques la faculté de permettre, s'ils le veulent, des célébrations de la messe traditionnelle.

Mais la congrégation pose à l'octroi d'une telle permission, cinq conditions absurdes : cinq conditions qui reviennent en somme à ne consentir la messe traditionnelle qu'aux prêtres et aux fidèles qui ne la désirent pas ou ne la souhaitent guère.